tome qu'ils contrefont
Cette redite du fantôme est la plus frappante de toutes ; l'image, qui ne se rencontrait pas dans le texte de la Correspondance de G^nmm, reparait jusqu'à sept ou huit fois dans le texte du Paradoxe. Mais on peut remar quer encore, pages 129 et 175, la double métaphore répétéedes ampoulesei des échasses ; pages 142 et 178, rassimilation du comédien et du courtisan ; pages 97^ 136 et 158, la théorie de la sensibilité, avec le retour de rénumération, un grand rot, un grand ministre^ etc.
Il Q*est pas hors de propos de rapprocher de ces redites un certain nombre d'impropriétés :
c< Cette bouffissure prescrite » ; tles doux et les faibles » (1) ; « éprouvera, toute sa vie, le rôle d'un débutant » ; a lorsque Torgueil de Tun d'entre eux se refuse à cette balance », ou encore des bizarreries telles que «arracher la chair à sa chère femme » ; « d'une mémoire tenace tenir », ou la tournure « n'y ayant peut-être pas un seul » employée pour « quand il n'y a peut-être pas un seul », et enfin des méprises comme c la poésie du reste », comme « la scène d'Hamlet » mis <( pour la scène de Macbeth » dans la transcription d'un passage qui n'est même pas pris à Diderot cette fois, mais à Grimm.
(1) Variante : les durs et les faibles. — La première leçon est celle du manuscrit de Saint-Pétersbourg.
INTRODUCTION
Il peut y avoir quelque intérêt encore à relever, soit dans les corrections, soit dans les additions de la rédaction remaniée, les détails où la manière de penser de Naigeon est reconnaissable. Ce que Diderot appelait le « tic de Naigeon » se retrouve dans des réflexions telles que : « on a dit du superstitieux qu'il croit croire » ; « il pleure comme un prêtre incrédule qui prêche la passion » ; « sera-ce Tenlhousiaste ou le fanatique »? De même la langue de Naigeon, qui n'est pas malheureusement celle de Diderot (i), se décèle par tel archaïsme qu'il affectionne : t deux sens distingués » mis pour « deux sens distincts. » Enfin la plaisante prétention du disciple de corriger le style de son maître, en faisant disparaître « le ton domestique et familier qui est mauvais », se montre nettement, au moins à deux reprises :
TEXTE DE DIDEROT
puisqu'en fourrant tout en travers de sa traduction les noms des acteurs français à côté des noms des acteurs anglais...
Il sent une extrême fatigue ; il va changer de chemise et se coucher.
TEXTE DU MANUSCRIT DE NAIGEON
puisqu*en associant des noms de comédiens anglois à des noms de comédiens fraaçois...
Il éprouve une extrême fatigue ; il va changer de linge ou se coucher.
La fureur de citer est encore un des traits caractéristiques de la manière d'écrire de Naigeon. En rééditant les Principes de politique des souverains^ qui sur le manuscrit autographe s'intitulaient^ paraît-il, yotes écrites de la main d*un souverain à la marge de Tacite^ Naigeon le prend de haut avec Diderot, et, selon les expressions mômes deMM.Assézat etTourneux, « il le gourmande sur sa négligence à l'égard des citations. » L'auteur du remaniement du Paradoxe s'est donné, sur ce point, libre carrière.
TEXTE DE DIDEROT
Et comment un rôle serait-il joué de la même manière par deux acteurs différents, puisque dans Técrivain le plus énergique, le plus clair et le plus précis, les mots ne peuvent jamais être les signes absolus d'une idée, d'un sentiment» d'une pensée. Ecoutez l'observation qui suit et concevez combien, en se servant des mêmes expressions, il est
MANUSCRIT DE NAIGEON
Et comment un rôle seroit-il joué de la même manière par deux acteurs dilTérens, puisque dans l'écrivain le plus clair, le plus précis, le plus énergique, les mots ne sont et ne peuvent être que des signes approchés d'une pensée, dun sentiment, d'une idée, signes dont le mouvement, le geste, le ton, le visage, les yeux, la circonstance donnée,
(1) Dans la plupart des additions du Paradoxe^ la lourdeur des périodes, leur embar* ras ne peuvent manquer de frapper le lecteur attentif.
INTRODUCTION
TBXTK DB DIDEROT
facile aux hommes de dire des choses toat-
à-fait diverses :
... au lieu qu'imitateur réfléchi de la nature, en entrant la première fois sur la scène, il sera imitateur de lui-même ; à la dixième fois, son jeu, loin de s'affaiblir, se fortifiera de toutes les réflexions nouvelles qu'il aura faites, etc.
G*esi que pour être poussés justes ils ont été répétés cent fois, c'est qu'alors l'acteur s'écoutait lui-même, etc.
Est-ce qu'il y a une sensibilité artificielle ?
Pour un endroit où le poète a senti plus fortement que l'acteur, ily en a deux où l'acteur sent plus fortement que le poète, etc.
MANUSCRIT DE NAIGEON
complètent la valeur. Lorsque vous avez entendu ces mots, Que fait là votre main ? Je ta te votre habit, f étoile en est moelleuse^ que savez-vous?Rien. Pesez bien ce qui suit, et concevez, etc.
Au lieu qu'imitateur attentif et disciple réfléchi de la nature, la première fois qu'il se présentera sur la scène, sous le nom d Auguste, de Cinna, (TOrosmane, (fAgamem* non, de Mahomet, copiste rigoureux de luimême ou de ses études, et observateur continu de nos sensations ; son jeu, loin de s'afToiblir, se fortifiera des réflexions nouvelles qu'il aura recueillies, etc.
C'est... que pour être poussés justes, ils ont été répétés cent fois; et que malgré ces fréquentes répétitions on les manque encore.
C'est qu'avant de dire Zaïre, vous pleurez, ou Vous y serez, ma fille, l'acteur s'est longtemps écouté lui-même, etc.
Est-ce qu'il y a une sensibilité artificielle ? M»is, soit factice, soit innée, la sensibilité n'a pas lieu dans tous les rôles. Quelle est donc la qualité acquise ou naturelle qui constitue le grand acteur dans l'Avare, le Joueur, le Flatteur, le Grondeur, le Médecin malgré lui, fêtre le moins sensible et le plus immoral que la poésie ait encore imagine, le Bourgeois gentilhomme, le Malade et le Cocu imaginaire ; dans Néron, Mithridate, Atrée, Phocas, Sertorius et tant dtautres caractères tragiques on comiques, où la sensibilité est diamétralement opposée à f esprit du rôle? La facilité de coaaoître et de copier toutes natures. Croyez-moi^ ne multiplions pas les causes, lorsqu* une sufûtàtous les phénomènes.
Tantôt le poète a senti plus fortement que le comédien ; tantôt, et plus souvent peutêtre, le comédien a conçu plus fortement que le poète, etc.
zxu
INTRODUCTION
TEXTE DE DIDEROT
Que faisait-elle donc ? Elle copiait de génie ; elle imitait le mouvemeDt, les actions, les gestes toute la nature d'un être fort au -dessus d'elle ; elle jouait, et jouait sublimement.
Cest que la vraie tragédie est encore à
trouver, et qu'avec tous leurs défauts les
anciens en étaient peut-être plus voisins que
nou^.
; Plus les actions sont fortes et les propos
simples, plus j'admire.
TEXTE DE NAIGEON
. Quel étoit donc son talent? Celui d'imaginer un grand fantôme et de le copier de génie.
Elle imitoit le mouvement, les gestes, toute l'expression d'un être fort au-dessus d'elle. Elle avait trouvé ce qu'Eschine, récitant une oraison de Démosthène^ ne put jamais rendre, le mugissement de la bête.
U disait à ses disciples : Si cela vous affecte si fort, qu*auroit^ce donc été, « si audivissetis bestiam mugientem ? » eic.
Et plus loin :
Gardez -vous bien de leur présenter des images trop fortes, montrez-leur si vous voulez:
Le /i'/s tout dégoûtaDt du meurtre de son père. Et aa têto à la main demandant son salaire.
mais n'allez pas au delà : si vous osiez leur dire avec Homère : Où vas-tu, malheureux, tu ne sais donc pas, etc.
p. 56 et 57.
C'est que la vraie tragédie est encore à trouver, et qu'avec leurs défauts, les anciens en étoient peut-être plus voisins que nous.
Il est vrai que je suis enchanté cTeatendre Philoctète dire si simplement et si fortement à Néoptolème qui lui rend les flèches &Her* cules qu'il lui avoit enlevées à t instigation d'Ulysse : < Vois quelle action tu avais faite. Sans t'en apercevoir tu condamnais un malheureux à périr ici de douleur et de faim. Ton vol est le crime d'un autre. Ton repentir est à toi, etc., etc. » Y a-t-il là dedans autre chose que ce que vous adresseriez à mon fils, que ce que je dirois au vôtre ? Cependant cela est beau, et le ton de ce discours prononcé sur la scène différeroit- il du ton dont on les pro^ nonceroit dans la société ? (1) — Je ne le crois pas. — Plus les actions sont fortes et les propos simples, plus j'admire.
(1) Ces dernières lignes traduisent des vers d'Horace : Satires, livre I, sat. iv.
• • . • Numquid PompoDiufl ûtis
Audiret leviora, patcr li viverel ?
INTRODUCTION xxin
Ce mode d'amplification, qui donne par moments au Paradoxe un air de pédantisme ou de puérilité, se retrouve encore, à la fin du dialogue, dans les digressions sur Macklin, l'acteur anglais, et sur les comédiens anciens, Polus et Aesopus. Le Quintilien du Saint-James Chronicle^ Aulu-Gelle, Plutarque y sont tour à tour, sans que cela semble bien nécessaire, analysés ou cités. Mais nulle part, Tauteur du remaniement n'a plus abusé de ce facile procédé, qu'en s'appliquant à copier vers pour vers une scène du Dépit amoureux^ et en la ponctuant d'un bout à Tautre de réflexions en a parte qui sont d'une criante invraisemblance. C'est faire injure au goût et à l'esprit de Diderot que de le prendre pour Tauteur de cette parodie, si éloignée du naturel, si prolongée, si peu plaisante.
S'il semble légitime de n'imputer qu'au seul Naigeon les corrections maladroites, les erreurs de sens, les redites, les citations oiseuses, dont le remaniement du Paradoxe s'est enrichi, comment s'imaginer que Diderot puisse être pour quelque chose dans une quantité d'emprunts, de véritables plagiats, dont est faite l'étoffe même d'une bonne partie du texte interpolé ?
Ces emprunts peuvent se répartir en trois catégories :
i^ Emprunts à Diderot lui-même, c'est-à-dire contons détachés ou des ouvrages déjà parus, ou des ouvrages inédits de Diderot.
2<> Emprunts à divers écrivains, tels que J.-J. Rousseau, Voltaire, M"« de Vandeul (fille de DiderotJ, d*Hoibach, Cailhava d'Estandoux, et l'auteur des Mémoires de Clairon.
3<> Emprunts à la Correspondance de Grimm^ non imprimée à l'époque du remaniement du Paradoxe^ et, dans une certaine mesure, inédite.
Le commentaire continu qui accompagne, dans cette édition, le texte du manuscrit de Saint-Pétersbourg, a surtout pour objet de noter ces emprunts et d'en démêler l'origine. Mais il y aurait quelque inconvénient à ne pas offrir, ici même, au lecteur l'indication sommaire de ces rapprochements qui mettent à nu les procédés d'éditeur de Naigeon (i), et qui donnent la clef de sa supercherie.
(1) Je me suis borné à étudier ces procédés dans le Paradoxe ; mais si Ton veut être édifié par ailleurs sur ce qu'était Naigeon,comme éditeur, qu'on relise ses déclarations au sujet de la Religieuse et de Jacques le Fataliste. Selon lui, les éditeurs qui Tavaient de-
xxiY INTRODUCTION
EMPRUNTS A DIDEROT
Texte du Paradoxe, Lettres à AfH» Jodin (éditées en 1821).
— Puisque, enlacée par les vers liarmo- Garrickme disaituDJour qu'il lui serait im-
nieux de ce dernier comme par autant de possible de jouer un rôle de Racine, que ses
serpents dont les replis lui étreignent la tête, vers ressemblaient à de grands serpents qui
les pieds, les mains, les jambes et les bras, enlaçaient un acteur, et le rendaient im-
8on action en perdrait toute sa liberté... mobile.
„. Si vous assistiez à ces études, combien de Salons (Salon de 1767, édité par Naigeon,
fois vous lui diriez : vous y êtes 1 Combien de P^ur la première fois, en 1798).
fois elle vous répondrait: vous vous trompez 1... Le Quesnoy répondit à un amateur éclairé
C'est comme le Quesnoy, à qui son ami sai- qui le regardait travailler,et qui craignait qu'il
sissait le bras et criait : Arrêtez ! le mieux est ne gAtût son ouvrage pour le vouloir plus
l'ennemi du bien : vous allez tout gâter. » parfait : « Vous avez raison, vous qui ne
— « Vous voyez ce que j'ai fait, répliquait voyez que la copie ; mais j'ai aussi raison, I — --— ^-^---— — — ^-— — ^----— -— — — — ^— ^^-.^^^-^^-^^^— ^^-^— ^^— — ^— ^^— — — ^— — — ^-^■^^— ^^^— ^— — — —
vancé en publiant in extenso ces deux écrits de Diderot ont fait un tort irréparable à sa mémoire : il aurait fallu supprimer « la peinture, très fidèle sans doute, mais très dégoûtante, des amours inf&mes de la supérieure » ; il aurait fallu «jeter au feu les trois quarts de Jacques le Fataliste. j> Mais attendons la fin de cette honnête diatribe : c Pour tranquilliser ceux qui se sont plu aux peintures lascives, aux détails luxurieux et quelquefois orduriers, que Diderot s'est trop souvent permis dans Jacques le Fataliste, je leur déclare que ces passages mômes que Tauteur trouvait très plaisants et qui ne sont que sales, n ont pas même été adoucis ; de sorte qu'ils pourront dire de notre édition ce que Tabbé Terrassbn disait de celle du Nouveau Testament du P. Quesnel, que c'était un bon livre oii le scandale du texte était conseiDé dans toute sa pureté, i Est-il besoin de commenter cette attitude ?
Et que dire du trait suivant ? Naigeon nous affirme dans ses Mémoires que Diderot, devenu vieux, jugeait sévèrement « ce mauvais livre» que Ton appelle les Bijoux indiscrets : c II n'entendait parler de ce livre, môme en bien, qu avec chagrin et avec cet air embarrassé que donne le souvenir d'une faute qu'on se reproche tacitement. Il nVa souvent assuré que, s il était possible de réparer cette faute par la perte d un doigt, il ne balancerait pas d'en faire le sacrifice à l'entière suppression de ce délire de son imagination. » Par égard pour ce maître qu'il se flatte d'avoir tant aimé, et dont il a la prétention d'honorer le génie en revisant sévèrement ses manuscrits, que va faire Naigeon de ce roman licencieux, paru depuis un demi-siècle ? Véc^vicr Aqs ouvrages philosophiques ? Ou bien en rejeter les éléments les plus grossiers, et mettre quelques bonnes pages en lumière ? C'est ne pas connaître Naigeon que de lui prêter tant de réserve. Il rééditera les Bijoux indiscrets, mais au texte traditionnel, imprimé sans modifications depuis 1748, il ajoutera trois chapitres; et, de ces trois chapitres, deux au moins seront si ignoblement orduriers, que M. Assézat, les rééditant sur la foi de Naigeon, déplorera qu'ils aient été produits à la lumière : a Ces digressions, que probablement Naigeon a retrouvées dans des papiers mis au rebut, ne nous paraissent être que des brouillons re- Jetés avec raison par l'auteur, et que son éditeur aurait bien fait de laisser où il les avait trouvés.» Ces digressions seraient-elles de Naigeon ? Il est, pour le moment, téméraire de l'affirmer. Mais sont-elles de Diderot ? Jusqu'à l'apparition d'un mauuscrit qui démontre qu'il en est l'auteur, nous voulons croire le contraire.
INTRODUCTION
TEXTE DU PARADOXE
l'artiste, haletant,au connaisseur émerveillé ; mais vous ne voyez pas ce que j'ai là et ce que je poursuis. »
...Comme il nous arrive quelquefois dans un rêve, sa tête touche aux nues, ses mains vont chercher les deux confins de Thorizon, etc.
...Dans ce moment, elle est double : la petite Clairon et la grande Agrippine.
....dans le monde physique et moral — qui n'est qu'un.
...Je les vois (les poètes, les grands acteurs) sans cesse le portefeuille sur les genoux et le crayon à la main.
. .La sensibilité n'est guère la qualité d'un grand génie. Il aimera lajustice, mais il exercera cette vertu sans en recueillir la douceur. Ce n'est pas son cœur, c'est sa tête qui fait tout. A la moindre circonstance inopinée, l'homme sensible la perd ; il ne sera ni un grand roi, ni un grand ministre^ ni un grand capitaine, ni un grand avocat, ni un grand médecin.
...Celui que la nature a signé comédien,..
...Il en est au théâtre comme dans la société, où l'on ne reproche la galanterie à une femme que quand elle n'a ni assez de talents ni assez d'autres vertus pour couvrir un vice.
EMPRUNTS A DIDEROT
moi qui poursuis l'original qui est dans ma tête.
Rêve de (TAlembert (inédit jusqu'en 1830).
Il m'a semblé plusieurs fois en rêve... que je devenais immense... que mes bras et mes jambes s'allongeaient à rinfini,etc.,etc.et que j'escaladais le ciel, et que j'enlaçais les deux hémisphères.
Salon de i767, déjà cité.
Je fais deux rôles, je suis double ; je suis Le Couvreur et je reste moi ; c'est le moi Le Couvreur qui frémit et qui souffre, et c'est le moi tout court, quia du plaisir.
Jacques le Fataliste, inédit jusqu'en 1796.
La distinction d'un monde physique et d'un monde moral lui semblait vide de sens.
Lettres à iV/"e Jodin, déjà citées.
Que votre tête devienne un portefeuille de ces images.
Rêve de d'AJembert, déjà cité.
Le grand homme, s'il a malheureusement reçu cette disposition naturelle, s'occupera sans relâche à l'affaiblir, à la dominer, à se rendre maître de ses mouvements et à conserver à l'origine du faisceau tout son empire...
On l'étonnera difficilement ; il aura 45 ans ; il sera grand roi, grand ministre, grand artiste, surtout grand comédien^ grand philosophe, grand musicien, grand médecin ; il régnera sur lui-même et sur tout ce qui l'environne.
Essai sur Térence (Journal étranger,! 762) C'est le vrai caractère que nature a grave
sur le front de ceux qu'elle a signés poètes,
sculpteurs, peintres et musiciens.
Lettres à A/lï« Jodin, déjà citées.
Mais songez qu'une femme n'acquiert le droit de se défaire des lisières que l'opinion attache à son sexe que par des talents supérieurs
irvi
INTRODUCTION
TEXTE DU PARADOXE
...Je persifle quelquefois^ etc.
[Le développement qui suit est une sorte d'analyse très sommaire de la comédie Est'" il boa ? esl'il méchant ?]
...La jalousie de talents est un vice qui m'est étranger.
...Est-ce au moment où vous venez deper* dre votre ami ou votre maîtresse que vous composerez, etc.? C'est lorsque la grande douleur est passée... qu'on se possède et qu'on parle bien.
...Un ami tendre et sensible revoit un ami perdu par une longue absence, etc., il court, il embrasse, il veut parler, il ne saurait.
...On a dit que l'amour, qui ôtait l'esprit à ceux qui en avaient, en donnait à ceux qui n'en avaient pas, etc.
...Allez-vous-en chez La Grenée; demandezluila Peinture, etc., demandez-lui la Beauté, demandez même cette figure à un plus habile que lui, ou je me trompe fort, ou ce dernier se persuadera que vous n'exigez de son art que la figure d'une belle femme.
...Considérez toutes les femmes qui rempliront les allées, et vous n'en trouverez pas une seule qui ait les deux coins de la bouche parfaitement semblables.
...Je suis plus clair dans mes Salons, où je vous conseille de lire le morceau sur la Beauté en généraL
EMPRUNTS A DIDEROT
et les qualités d'esprit et de cœur les pins distinguées.
Est'il bon ? est-il méchant ? ou f officieux PersifQeur, ou celai qui les sert tous et n^en contente aucun,
[C'est le sous-titre de la pièce qui a dû suggérer le développement interpolé.]
Réfutation de F ouvrage d'Helvétiua.
La première jeunesse ne connaît pas l'envie. Dieu soit loué I je suis resté bien jeune, etc.
Essai sur les règnes de Claude et Néron.
Ce n'est pas au premier instant de la douleur qu'on parle bien : l'on sent trop fortement, et l'on ne pense pas assez.
Correspondance générale. Lettre à M. M.
Et Grimm dont je me sépare à Paris, incertains si nous ne nous reverrons jamais.
... On est bien longtemps à se serrer, à se quitter, à se reprendre, sans pouvoir parler . Helvétius, cité par Diderot.
Les passions peuvent tout. Il n'est point de fille idiote que l'amour ne rende spirituelle. Salon de 1767, déjà cité.
Je demanderai donc à cet artiste : Si tous aviez choisi pour modèle la plus belle femme que vous connussiez, et que vous eussiez rendu avec le plus grand scrupule tous les charmes de son visage, croi riez-vous avoir représenté la beauté ?
Salon dei767,àé]h cité.
Convenez du moins que sur cette multitude de têtes dont les allées de nos jardins* fourmillent un beau jour, vous n'en trouverez pas une dont un des profils ressemble à l'autre profil : pas une dont un des côtés de la bouche ne diûère sensiblement de F autre côté.
Préface du Salon de i 767.
[L'interpolateur du Paradoxe renvoie ici son lecteur à la dissertation qui porte ce titre : A mon ami Monsieur Grimm ]
INTRODUCTCON
xxvn
TEXTE DU PARADOXE
...Entre tous ceux qui out exercé l'utile et belle profession de comédiens ou prédicateurs laïcs.
...Ils faisaient courir sur la scène les Euménides suivant la trace du parricide, et conduites par la vapeur du sang qui frappait leur odorat.
...On attend le shériff. Il arrive, etc., etc. [Suit l'analyse de cette tragédie historique.]
...Lorsque je t'objectai que ce n'était donc pas d'après toi que tu jouais, confesse taré ponse : ne m'avouas-tu pas que tu t'en gardais bien et que tu ne paraissais si étonnant sur la scène que parce que tu montrais sans cesse au spectacle un être d'imagination qui n'était pas toi?
...Qui est-ce qui leur chausse le soc ou le cothurne ? etc.
... et qu'ils devenaient faux, comme le médecin, le chirurgien et le boucher deviennent durs.
...Ce magistrat de la police m'exhorta à suivre ce genre.
EMPRUNTS A DIDEROT
Second entretien sur le âJs naturel.
... Ce seront là nos prédicateurs, etc., etc.
Lettres à -WW« Jodin^déik citées.
J'aime mieux les prédicateurs sur les planches que les prédicateurs dans le tonneau.
Plan d'une Université en Russie, analysé par Naigeon en 1798.
... Il est sublime, lorsqu'il exorcise Oreste, qu'il réveille les Euménides qu'il avait endormies, qu'il les fait errer sur la scène et crier : Je sens la vapeur du sang, je sens la trace du parricide > je la sens, je la sens.
[Le plan du Shériff est resté inédit jusqu'en 1875. Diderot l'avait communiqué à quelques uns de ses amis ; c'est Grimm qui nous l'affirme.]
Salon de 1767, déjà cité.
Vous n'êtes donc jamais vous ? — Je m'en garde bien. Ni moi, monsieur le Chevalier, ni rien que je connaisse précisément autour de moi. Lorsque je m'arrache les entrailles, lorsque je pousse des cris inhumains, ce ne sont pas mes entrailles, ce ne sont pas mes cris, ce sont les entrailles, ce sont les cris d'un autre que j'ai conçu et qui n'existe pas.
Salons (Salon de 1765, réédité et corrigé par Naigeon en 1798).
L'élève est âgé de dix-neuf à vingt ans lorsque, la palette lui tombant des mains, eic, 6lc.
Réfutation de F ouvrage dHelvétius,dié\k cité. Le chirurgien dont Tâme se trouble et la main vacille dans les premières opérations, s'endurcit et cesse de frémir ; les entrailles du médecin cessent de se tourmenter à la longue., à force de tremper ses mains dans le sang des animaux, le boucher voit couler le sang humain sans horreur.
Réfutation de f ouvrage d^Helvétius, déjà cité. ...Je ne sais si le magistrat en connaît toute l'utilité.
XX vm
INTRODUCTION
TEXTE DU PARADOXE
...Le citoyen qui se présente à l'entrée de la comédie y laisse tous ses vices pour ne es reprendre qu'en sortant.
... un jeune dissolu, au lieu de se rendre avec assiduité dans l'atelier du peintre, du sculpteur, deTartiste qui l'a adopté, a perdu les années les plus précieuses de sa vie, et il est resté à vingt ans sans ressources et sans talent. Que voulez-vous qu'il devienne ? Soldat ou comédien ?
...Le théâtre n*est méprisé que par ceux d'entre les acteurs que les sifflets en ont chassés.
...Connaissez-vous la Riccoboni? etc., etc.
EMPRUNTS A DIDEROT
Réfutation de f ouvrage cTHelvétius,
déjà cité.
C'est que. quand je vais au spectacle, je laisse à la porte tous mes intérêts, toutes mes passions, sauf à les reprendre en sortant.
Salon de i765, déjà cité.
On nous a tenus cinq ou six ans devant le modèle... Des années précieuses se sont écoulées av.ant que le jour de dégoût, de lassitude et d'ennui soit venu. L'élève est âgé de 19 à 20 ans, lorsque, la palette lui tombant des mains, il reste sans état, sans ressource, sans mœurs... Que faire alors?
que devenir ?
Do r val et moi.
Il n'y a que la médiocrité qui donne du dégoût au théâtre.
Réfutation de f ouvrage dHelvétius, déjà cité. Vous avez connu la Riccoboni ; eh î c'était votre amie, etc., etc.
De la Société dramatique, La femme qui est belle pour le sculpteur sur un sofa, est laide dans son atelier.
...Une très belle courtisane lui servait de modèle pour la figure de la France. Mais comment croyez-vous qu'elle me parut entre les figures colossales qui l'environnaient?
Pauvre, petite, mesquine, une espèce de grenouille, etc
Si Ton voulait épuiser ces rapprochements, il faudrait indiquer les passages du Paradoxe, où l'auteur du remaniement s'est souvenu du Neveu de Rameau, et s'est ingénié à en pasticher la manière : t Ils semblaient avoir oublié qu'ils étaient ensemble, et chacun s'entretenait avec lui-même comme s'il eût été seul, l'un à haute voix, l'autre à voix si basse qu'on ne Tentendait pas, etc. » p. 171. «Ici l'homme au paradoxe se tut. Il se promenait à grands pas, sans regarder où il allait ; il eût heurté de droite et de gauche ceux qui venaient à sa rencontre, s'ils n'eussent évité le choc. Puis, s'arrêtant toutà coup et saisissant son antagoniste fortement parle bras, etc. » p. 173. « Mais j'ai donc causé longtemps tout seul ? — Cela se peut, aussi longtemps que j'ai rêvé tout seul, etc. » p. 176-177.
Tous ces centons de Diderot, insinués, comme une marque de fabrique, dans la partie du Paradoxe que l'interpolateur a édifiée sur le
INTRODUCTION xxix
texte des Observations, ne pouvaient pas, étant donnée leur origine même, ne pas avoir pour résultat de faire illusion. Et une fois de plus Tobjection, qui s'est souvent présentée à mon esprit au cours de mes recherches^ se formule, pour ainsi dire, d'elle-même : cetle abondance d'idées, d'exprestions, de tours propres à Diderot, n'est-elle pas plutôt findicede son intervention dans le travail ? Pour donner à l'objeclion loule sa force, je reconnaîtrai que Diderot s^est répété, ou tout au moins que ses éditeurs Tontfait se répéter plus d'une fois. Mais est-il faciled'admettre qu'un pareil prosateur, improvisateur-né, ait entassé dans un si petit nombre de pages un si grand nombre de contributions tirées de ses propres écrits, et soutiendra t-on avec vraisemblance qu'un prodigue de cette trempe se soit évertué à rassembler parcimonieusement, autour d'un canevas déjà utilisé, les lambeaux recousus d'une quinzaine de ses œuvres ? Ces rappels de développements, Diderot les aurait donc réservés exclusivement pour cette partie d'amplification qui est venue grossir son premier texte ? En effet, sauf le passage relatif à Réffulus, où Diderot s'est souvenu de Y Avis à un jeune poète {i), le texte des deux lettres de 1770 ne donne jamais lieu à ces rapprochements dont le grand nombre attire Tatleution, Icrsquc, dans le Paradoxe sur le Comédien^ on étudie d'un peu près les parties ajoutées.
A supposer que Diderot eût pu passer condamnation sur ces réminiscences de ses œuvres, peut-on supposer qu'il eût fermé les yeux sur des emprunts faits par son secrétaire ou collaborateur à d'autres écrivains ? Dans le Paradoxe sur le Comédien y les plagiats ne sont pas rares. Les Mémoires de M''^ Clairon, édités seulement en 1799, semblent avoir été misa profit par Naigeon, qui n'a pas eu besoin d'attendre l'impression de ce travail pour en prendre connaissance. Il a pu connaître de même, et il paraît avoir utilisé la Vie de Diderot par Mme de Vandeul. Il a lu, et très vraisemblablement il a imité VArt delà Comédie de Gailhava. Il a puisé dans l«s préfaces dramatiques de Voltaire. Il a exploité sans scrupule le fond d'idées que lui offrait la lettre de Rousseau à d'Alembert sur les spectacles. Tous ces rapprochements introduiraient ici des citations d'une trop longue étendue ; on me permettra de renvoyer aux notes du commentaire continu (!2® partie, Manuscrit de Saint-Pétersbourg ; Clairon, pages 89, 93, 95, 101, 103, 106; Cailhava, pages 112, note 2, et U3, note I ; M^^ de Vnndeul
(i) Adressé au Journal de Grimm en n64.
INTRODUCTION
page 123, note i ; Voltaîre, pages 128 et 129 ; d^HoIbach, page 142, note 2 ; J.-J. Rousseau, pages 145, 146, 147, 151).
Quant aux emprunts faits à Grimm, ils sont, pourla démonstration, d*uQe importance capitale; il convient de les signaler deux fois plutôt qu*une.
Et tout d'abord, Tidée d'a^onger la dissertation de Diderot a dû venir à Naigeon en lisant une note de Grimm. Dans cetle note, le critique subtil de \di Correspondance joint ses propres réflexions à celles de Diderot ; il le contredit finement sur un point essentiel, et, d'autre part, il le complète : « Quant au philosophe, dit-il, il n'aurait pas encore fini, s'il avait su le fait que je vais rapporter », et il raconte un trait du jeu de Sophie Arnould, que Naigeon a repris, en y introduisant une variante. Grimm ajoutait : «Quel parti notre philosophe aurait tiré de cette anecdote loCest cette ligne qui parait avoir déchaîné, je ne dis pas les ressources imaginatives, mais la manie compilatrice de Naigeon : les mots et les gestes de Sophie Ârnould (page 175), de la Gaussin (page 171), de Baron (id. id.), de Caillot (pages i64 et suivantes), d'autres encore, entrent, pour une part qui n'est pas négligeable, dans les additions du Paradoxe.
Bien d autres de ces additions sont, purement et simplement, des larcins faits à Grimm ; Tinterpolateur a pillé la Correspondance. Ici encore, c'est aux textes à parler ; je choisis trois exemples.