OBSERVATIONS DE M. DIDEROT
Sur une brochure intitulée Garrick^ ou les Acteurs an^/aw; ouvrage contenant des réflexions sur l'art dramatique, sur l'art de la représentation et le jeu des acteurs ; avec des notes historiques et critiques sur les différents théâtres de Londres et de Paris ; traduit de l'anglais.
Epig. a Zerbina penserete.
La serva padrona.
N'en parlons plus *. — Pourquoi ? — C'est l'ouvrage de votre ami. — Qu'importe ? — Beaucoup. A quoi boa vous mettre dans l'alternative de mépriser ou^ son talent ou mon jugement, et de rabattre de la bonne opinion que vous avez de lui, ou de celle que vous avez de moi ? — Cela n'arrivera pas, et, quand cela arriveroit*, mon amitié pour tous les deux* fondée sur des qualités plus essentielles, n'en souffriroit pas. — Peut-être. — J'en suis sûr. Savez-vous à qui vous ressemblez dans ce moment ? A un auteur de ma connoissance qui supplioit à genoux une femme à laquelle il étoit attaché, de ne pas assister à la première représentation d'une de ses pièces. — Votre auteur étoit modeste et prudent. — Il craignoit
Variantes. Les mots soulignés sont raturés
sur le manuscrit
* Croyez-moi; n'en parlons plus.
2 De mépriser son talent. — Le premier ou a été ajouté au-dessus du texte.
^Cest que cela n'arrivera pas, et que, quand cela arriverait.
*Mon amitié pour/'wn et pour l'autre, fondée sur des qualités...
Texte de la Correspondance de Grimm,
Ouvrage écrit d'un style obscur, entortillé, boursouflé et plein d'idées communes. Je réponds qu'au sortir de cette lecture un grand acteur n'en sera pas meilleur, et qu'un médiocre acteur n'en sera pas moins pauvre.
C'est à la nature à donner les qualités extérieures, la figure, la voix, la sensibilité, le jugement, la finesse ; c'est à l'étude des grands maîtres, à la pratique du théâtre, au travail, à la réflexion à perfectionner les dons de la nature. Le co-
Manuscrit de Naigeon,
que le sentiment tendre qu'on avoit pour lui, ne tînt au cas qu*on faisoit de son mérite littéraire. — Cela sepouvoit. — Qu'une chute publique ne le dégradât un peu aux yeuxde sa maîtresse. — Que moins estimé, il ne fût moins aimé ; et cela vous paroit ridicule ? — C'est ainsi * qu'on en jugea ; la loge fut louée, et il eut le plus grand succès, et Dieu sait * comme il fut embrassé, fêté, caressé. — Il l'eût été bien davantage, après la ' pièce sifïïée. — Je n'en doute pas ; et je persiste dans mon avis. — Persistez, j'y consens ; mais songez que je n« suis pas une femme, et qu'il faut, s'il vous plaît, que vous vous expliquiez. — Absolument. -^ Absolument?
— Il me seroit plus aisé de me taire que de déguiser ma pensée. — Je le crois. — Je serai sévère. — C'est ce que mon ami* exigeroit de vous. — Hé bien, puisqu'il faut vous le dire, son ouvrage écrit d'un style tourmenté, obscur, entortillé, boursouflé, est plein d'idées communes. Au sortir de cette lecture un grand comédien n'en sera pas meilleur, et un pauvre acteur n'en sera pas moins mauvais. C'est à la nature à donner les qualités de la personne, la figure, la voix, le jugement, la finesse ; c'est à l'étude des grands modèles, à la connaissance du cœur humain", à l'usage du monde, au travail assidu % à l'expérience, etàThabitude du théâtre à
Var.
* Ce fut ainsi qu'on en jugea.
2 La loge fut louée. —Et il eut. — Le plus grand succès. — Et Dieu sait...
3 Après une pièce sifflée.
*G'est ce qu*U exigeroit de vous.
'A la connoissance de Vhomme,
*Au travail assidu, à la réflexion, à l'expérience.
Texte de la Correspondance de Grimm.
mt^dien d'imilalion faîttoutpassablemeQt, il n^y a rien ni à louer ni à reprendre dans son jeu ; le comédien de nature, Tacteur de génie est quelquefois détestable, quelquefois excellent.
Avec quelque sévérité qu'un débutant soit jugé, il a t(^t ou tard au théâtre le succès qu'il mérite ; les sifflets n'étouffent que les ineptes.
Et comment la nature, sans Fart, formerait-elle un grand comédien, puisque rien ne se passe rigoureusement sur la scène comme en nature, et que les drames sont tous composés d'après un certain système de conventions et de principes ? Et comment un rôle serait-il joué de la même manière par deux acteurs différents, puisque dans Técrivain le plus énergique, le plus clair et le plus précis, les mots ne peuvent jamais être les signes absolus d'une idée, d'un sentiment, d'une pensée ?
Ecoutez Tobservation qui suit, et concevez combien, en se servant des mêmes expressions, il est facile aux hommes de dire des choses tout à fait diverses :
Texemple que je vais vous en donner est
Manuscrit de Saigeon,
perfectionner le don de nature. Le comédien imitateur* peut arriver au point de rendre tout passablement ; il n'y aura rien ni à louer ni à reprendre dans son jeu. — Où tout est à reprendre. — Comme vous voudrez. Le comédien de nature est souvent détestable, quelquefois excellent. En quelque genre que ce soi!, méfiez-vous d'une médiocrité soutenue. Avec quelque rigueur qu'un débutant soit traité, il est facile de pressentir ses succès à venir.
Les huées n'étouffent que les ineptes. Et comment la nature sans l'art formeroitelle un grand comédien, puisque rien ne se passe exactement sur la scène comme en nature, et que les poèmes dramatiques sont tous composés d'après un certain système de principes ? Et comment un rôle seroit-il joué de la même manière par deux acteurs différens, puisque dans l'écrivain le plus clair, le plus précis, le plus énergique, les mots ne sont et ne peuvent être que des signes approchés d'une pensée, d'un sentiment, d'une idée, signes dont le mouvement, le geste, le ton^, le visage, les yeux, la circonstance donnée', complètent la valeur? Lorsque vous avez entendu ces mots, que fait là voire main ?
je tâte votre habit, V étoffe en est moelleuse. Que savez-vous ? Rien. Pesez bien ce qui suit, et concevez combien il est fréquent et facile à deux interlocuteurs, en employant les mêmes expressions, d'avoir pensé et de dire des choses tout à fait différentes ; l'exemple que je vais vous en
Var.
* Le comédien d'imitation,
2 Le geste, la voix, le visage.
3 Les yeux, la circonstance, complètent...
— «Donnée» a été ajouté au dessus du texte.
Texte de la Correspondance de Ginmm.
une espèce de prodige, c'est louvrage 4nême en enlier dont il est question. Faites-le lire à un comédien français, et il •conviendra que tout en est vrai; faites-le lire (i un comédien anglais^ il vous Jurera hy god qu'il n'y a pas un mot àen rabattre, •que c'esl Tévangile du théâtre.
Cependant, mon ami, puisqu'il n'y a presque rien de commun entre la manière 4'écrire la comédie et la tragédie en Angleterre, et la manière dont uous écrivons ces poèmes en France ; puisqu'au jugeîment même de Garrick, celui qui sait ren- •dre parfai temen t une scène de Shakespeare ne sait pas le premier mot de la déclamation d'une scène de Racine, et réciproquement, il est évident que l'acteur français «t l'acteur anglais, qui conviennent l'un •et l'autre de la vérité des principes de l'auteur dont je vous rends compte, ne s'entendent pas, et qu'il y a dans la langue technique de leur métier un vague, •une latitude assez considérables pour que deux hommes d'un sentiment diamétralement opposé ne puissent y reconnaîire la vérité. Et demeurezplus que jamais attaché à votre maxime : Nil explicare. Ne vous expliquez point ^ si vous voulez vous entendre (1).
Cet ouvrage, intitulé Garrick, a donc •deux sens très distincts, tous les deux
(1) C'est depuis longtemps le premier de mes aphorismes, et chaque jour m'en confirme l'utilité et la sagesse. Mais l'emploi des 'mc^mes mots, par deux hommes qui expriiment des idées si diverses sur la même chose,
Manuscrit de Natgeon,
donner est une espèce de prodige. C'est l'ouvrage même de votre ami. Demandez à un comédien français ce qu'il en pense, et il conviendra que tout en est vrai. Faites la même question à un comédien anglais, et il vous jurera By god, qu'il n'y a pas une phrase à changer, et que c'est le pur évangile de la scène * . Cependant, comme il n'y a presque rien de commun entre la manière d'écrire la comédie et la tragédie en Angleterre, et la manière dont on écrit ces poèmes en France ; puisqu'au sentiment même de Garrick, celui qui sait rendre parfaitement une scène de Shakespear, ne connoit pas • le premier accent de la déclamation d'une scène de Racine ; puisqu'enlassé par les vers harmonieux de ce dernier, comme par autant de serpens, dont les replis lui étreignent latéte,les pies, les mains, les jambes et les bras*, son action en perdroit toute sa liberté, il s'ensuit évidemment que l'acteur françois et l'acteur anglois qui conviennent unanimement de la vérité des principes de votre auteur, ne s'entendent pas, et qu'il y a dans la langue technique du théâtre, une latitude, un vague assez considérable pour que des hommes sensés d'opinions diamétralement opposées, croyent y reconnoître la lumière de l'évidence ; et demeurez plus que jamais attaché à votre maxime ne vous expliquez point si vous voulez vous entendre.
— Vous pensez qu'en tout ouvrage et surtout dans celui-cy il y a deux sens dis*
Var.
* A changer; que c'est l'évangile de la scène. 2 Ne sait pas le premier accent de la déclamation *Les pies, les mains, les bras, les jambes.
Texte de la Correspondance de Grimm.
renfermés sous les mêmes signes, Tun k Londres, l'autre & Paris ; et ces signes présentent si nettement ces deux sens, que le traducteur s'y est trompé, puisqu'en fourrant tout en travers de sa Ira* duction les noms de nos acteurs français à côté des nomsdesacteursanglais, ila cru sans doute que les choses que son original disait des uns étaient également applicables aux autres. Je ne connais pas d'ouvrage où il y ait autant de vrais contresens que dans celui-ci ; les mots y énoncent assurément une chose à Paris, et toute une autre chose à Londres.
Au reste je puis avoir tort; mais j*ai d'autres idées que l'auteur sur les qualités premières d'un grand acteur. Je lui veux beaucoup de jugement ; je le veux spectateur froid et tranquille de la nature humaine *, qu'il ait par conséquent beaucoup de finesse, mais nulle sensibilité, ou, ce qui est la même chose, Tart de tout imiter, et une égale aptitude à toutes sortes de caractères et de rôles :
ne vient-il pas plutôt de ce que les principes généraux sont une espèce de patron qui va h tout habit ? Demandez à un vieux partisan de la musique de Lulli et à un homme de goût, passionné pour la musique de Grétry, quels sont les caractères d'une bonne musique, ils se serviront tous deux des mèm^'s lernios; mais, dans rapplication, Tun niera que la musique sur laquelle l'autre s'extasie ait aucun des caractères qu'il lui attribue.
(Grimm.)
Manuscrit de Naigeon.
tingués, tous les deux renfermée» ' dans les mêmes signes, Tun k Londres, l'autre à Paris. — Et que ces signes présentent si nettement ces deux sens que votre ami même s'y est trompé ; puisqu'on associant des noms de comédiens anglois à des noms de comédiens françois, leur appliquant les mêmes préceptes, et leur accordant le même blâme et les mêmes éloges, il a sans doute imaginé que ce qu'il prononçoitdesuns étoit également juste des autres. — Mais à ce compte aucun autre auteur n'auroitfait autant de vrais contresens ? — Les mêmes mots, dont il se sert, énonçan l une chose au carrefour de Bussy, et une chof^e différente à Drury-lane, il faut que je Tavoue à regret. Au reste, je puis avoir tort. Mais le point important sur lequel nous avons des opinions tout à fait opposées, votre auteur et moi, ce sont les qualités premières d'un grand comédien. Moi, je lui veux beaucoup de jugement ; il me faut dans cet homme un spectateur froid et tranquille; j'en exige par conséquent de la pénétration et nulle sensibilité ; l'art de tout imiter, ou ce qui revient au même, une égale aptitude à toutes sortes de caractères et de rôles — Nulle sensibilité ! — Nulle. Je n'ai pas encore bien ' enchaîné mes raisons, et vous me permettrez de vous les exposer comme
Var.
* Tous deux renfermés. — Les est ajouté audessus du texte.
* Je n'ai point encore enchaîné. — Le mot bien a été ajouté au-dessus du texle.
PAHADOXE SUR LE GOMÉDIEX
Texte de la Correspondance de Grimm.
S*il était sensible^ il lui serait impossible déjouer dix fois de suite le même rôle avec la même chaleur et le même succès :
très .chaud à la première représentation, il serait épuisé et froid comme le marbre à la troisième ; au lieu qu^imitateur réfléchi de la nature, en entrant la première fois sur la scène, il sera imitateur de luimême :
à la dixième fois, son jeu, loin de s'affaiblir, se fortifiera de toutes les réflexions nouvelles qu'il aura faites; et vous en serez de plus en plus satisfait.
Ce qui me conflrme dans mon opinion, c'est rinégalité des acteurs qui jouent d'âme. Ne vous attendez point de leur part à aucune unité ; aUernativement leur jeu est fort et faible, chaud et froid, plat
Manuscrit de Naigeon.
elles me viendront, dans le désordre de Touvrage même de votre ami*.
Si le comédien étoit sensible, de bonne foi, lui seroit-il permis' déjouer deux fois de suite un même rôle, avec la même chaleur et le même succès ? Très chaud, à la première représentation, il seroit épuisé et froid comme un marbre, à la troisième.
Au lieu qu'imitateur attentif et disciple réfléchi* de la nature, la première fois qu'il se présentera sur la scène, sous le nom d'Auguste, de Cinna, d'Orosmane, d'Agamemnon,de Mahomet \copiste rigoureux de lui-même ou de ses études, et observateur continu de nos sensations ; son jeu, loin de s'alToiblir, se fortifiera des réflexions nouvelles qu'il aura recueillies,, et vous en serez de plus en plus satisfait.
S'il est lui quand il joue; comment cessera-t-il d'être lui ? S'il veut cesser d'être lui, comment saisira-t-il le point juste auquel il faut qu'il se place et s'arrête •?
Ce qui me confirme dans mon opinioo, c'est l'inégalité des acteurs qui jouent d'àme. Ne vous attendez de leur part à aucune unité. Leur jeu est alternativement fort et foible, chaud et froid, plat et su-
Var.
* Dans le désordre mvinc de Touvrage de votre ami. — Le mot « même » a été reporté plus loin.
' Lui seroit-il possible de jouer.
3 Imitateur réfléchi et disciple attentif. — II y a eu interversion des épilhètes.
*Sous le nom de Cinna, Auguste, Orosmane, copiste...
« Il s'exaltera ou se tempérera » est une addition postérieure, et ne se trouve pas sur le manuscrit de Naigeon.
^Tout le passage depuis : « S'il estlui quand il joue» jusqu'à « et s'arrête » forme une addition marginale.
Texte de la Correspondance de Grimm.
et sublime ; ils manqueront demain Tendroit oti ils ont excellé aujourd'hui ; en revanche, ils excelleront dans celui qu'ils avaient manqué la veille, au lieu que ceux qui jouent de réflexion, d'éludé de la .nature humaine, d'imitation, d'imagination, de mémoire, sont uns, les mêmes à toutes les représentations, toujours également parfaits ; tout est mesuré, tout est appris ; la chaleur a son commencement, son milieu, sa fin. Ce sont les mêmes accents, les mêmes positions, les mêmes mouvements ; s'il y a quelque différence d'une représentation à une autre, c'est toujours à Tavantage de la dernière. Ils ne sont presque point journaliers : ce sont des glaces parfaites, toujours prêtes à montrer les objets, et à les montrer avec la même précision et la même vérité.
Ainsi que le poète, ils vont sans cesse puiser dans le fonds inépuisable de la nature, au lieu qu'on aurait bientôt vu le terme de leur propre richesse.
Quel jeu plus parfait que celui de M"° Clairon? Cependant suivez-la, éludiez-la,
Manuscrit de Naigeon.
blime. Ils manqueront demain l'endroit où ils auront excellé aujourd'hui. En revanche ils excelleront dans celui qu'ils auront manqué la veille *. Au lieu que le comédien qui jouera de réflexion, d'étude de la nature humaine, d'imitation const^nted'aprèsquelquemodèle idéal, d'imagination, de mémoire, sera un; le même à toutes lesreprésenlalions; toujourségalemenlparfait. Toula été mesuré, combiné, appris, ordonné dans sa tète ; il n'y a dans sa déclamation ni monotonie ni dissonance'. La chaleur a son progrès, sesélans, ses rémissions, son commencement, son milieu, son extrême '. Ce sont les mêmes accens, les mêmes positions, les mêmes mouvemens. S'il y a quelque différence d'une représentation àraulre'',c'estordinairement à l'avantage de la dernière. 11 ne sera pas' journalier. C'est une glace toujours disposée à montrer les mêmes objets, et à les montrer avec la même précision, la même force, et la même vérité.
Ainsi que le poète, il va sans cesse puiser dans le fond impérissable de la nature ; au lieu qu'il auroit bientôt vu le terme de sa propre richesse.
Quel jeu plus parfait que celui de la Clairon ? Cependant suivez-la ; étudiez-la ;
Var.
* Dans celui qu'ils avoienl manqué laveille.
2 La phrase « il n'y a dans sa déclamation ni monotonie, ni dissonance », est une addition marginale.
3La chaleur a son progrès, son commencement, son milieu, son extrême. — Les mots « ses élans, ses omissions » ont tHé ajoutés au-dessus du texte.
♦Quelque différence d'une représentation à la suivante.
511 ne sera point journalier.
Texte de la Correspondance de Grimm,
et VOUS vous convaincrez bientôt qu'elle sait par cœur tous les détails de son jeu comme toutes les paroles de son rôle. Elle a eu sans doute dans sa tête un modèle auquel elle s'est étudiée d'abord à se conformer ; sans doute elle a conçu ce modèle le plus haut^ le plus grand, le plus
parfait qu'elle a pu ; mais ce modèle, ce n'est pas elle : si ce modèle était ellemême, que son imitation serait faible et petite ! Quand, à force de travail, elle a approché de ce modèle idéal le plus près -qu'il lui a été poss ble, tout est fait.
Je ne doute point qu'elle n'éprouve en «lie un grand tourment dans les premiers .moments de ses études ; maisces premiers
Manuscrit de Naigeon.
et vous resterez convaincu qu'à la sixième représentation elle sait par cœur tous les détails de son jeu, comme tous les mots de son rôle *. Sans doute elle s'est fait un modèle auquel elle a d'abord cherché à se conformer. Sans doute elle a conçu ce modèle le plus haut, le plus grand, le plus parfait, qu'il lui a été possible. Mais ce modèle qu'elle a emprunté de l'histoire, ou que son imagination a créé, comme un grand fantôme, ce n'est pas elle ; si ce modèle n'étoit que de sa hauteur, que son action seroit foible et petite ! Quand, à force de travail, elle a approché de cette idée, le plus près qu'elle a pu *, tout est fini ; se tenir ferme là, c'est une pure affaire d'exercice et de mémoire' ; si vous assistiez à ses études, combien de fois vous lui diriez, vous y êtes I Combien de fois elle vous répondroit, vous vous trompez !
C'est comme le Quesnoi à qui son ami saisissoit le bras et crioii, arrêtez ; le mieux est l'ennemi du bien ; vous allez tout gâter.
Vous voyez ce que j'ai fait, répliquoit l'artiste haletant au connoisseur émerveillé ; mais vous ne voyez pas ce que j'ai là, et ce que je poursuis.
Je ne doute point que la Clairon n'éprouve le ^ tourment du Quesnoi dans ses premières tentatives, mais la lutte passée.
Var.
* Comme toutes les paroles de sou rôle.
2 Elle a approché de cette idée, le plus près quil lui a été possible.
^ Le texte portait : •< tout est fini. Mais si vous assistiez ». Mais a été raturé et remplacé en marge par l'addition « se tenir ferme là, c'est une pure affaire d'exercice et de mémoire ; si vous... »
*Que la Clairon n'éprouve le même tourment dans ses...
Texte de la Correspondance de Grimm,
moments passés, soa âme est calme ; elle se possède, elle se répèle sans presque aucune émotion intérieure,
ses essais ont tout fixé, tout arrêté dans sa tète : nonchalamment étendue dans sa chaise longue, les yeux fermés^ elle peut, en suivant en silence sonrôle de mémoire, s^entendre, se voir sur la scène, se juger et juger les impressions qu^elle excitera.
Il n'en est pas ainsi de sa rivale, la Dumesnil : elle monte sur les tréteaux sans savoir ce qu'elle dira ; les trois quarts du
Manuscrit de Naigeon.
lorsqu'elle s'est une fois élevée à la hauteur de son fantôme \ elle se possède ; elle se répète sans émotion. Comme il nous arrive quelquefois^ dans le rêve, sa tète louche aux nues; ses mains vont chercher les deux confins de l'horizon ; elle est Tàme d'un grand mannequin qui Tenveloppe ; ses essais l'ont fixé sur elle ; nonchalamment étendue sur ' une chaise longue, les bras * croisés, les yeux fermés, immobile, elle peut, en suivant son rôle de mémoire, s'entendre, se voir, se juger, et juger les impressions qu'elle excitera.
Dans ce moment elle est double, la petite Clairon etlagrandeAgrippine'. — Rien, à vous entendre, ne ressembleroit tant à un comédien sur la scène ou ^ dans ses études, que les enfans, qui la nuit contrefont les revenans sur les cimetières, en élevant au-dessus de leurs tètes un grand drap blanc ^ au bout d'une perche, et qui font sortir de dessous ce catafalque une voix lugubre qui effraye les passans. — Vous avez raison. Il n'en est pas de la Dumesnil ainsi que de la Clairon ; elle monte sur les planches sans savoir ce qu'elle dira; la
Var.
*A la hauteur de son fantôme; son âme est calme ; elle se possède.
* Comme il nous arrive souvent dans le rêve.
3 Etendue dan^ sa chaise longue.
*Les bras croisés, immobile, les yeux fermés, elle peut.
•La phrase « dans ce moment elle est double, la petite Clairon et la grande Agrippine », est une addition marginale.
•A un comédien dans ses études. — Les mots « sur la scène ou >> ont été ajoutés audessus du texte.
■^ Un grand drap blanc attaché au bout d'une perche.
Texte de la Correspondance de Grimm.
temps elle ne sait ce qa'elle dit, mais le reste est sublime.
Et pourquoi l'acteur différerait-il en cela du statuaire^du peintre, de Torateur, du musicien ? Ce n'est pas dans la fureur du premier jet que les traits caractéristiques se présentent à eux ; ils leur viennent dans des moments tranquilles et Froids, dans des moments tout à fait inattendus : alors, comme immobiles entre la nature humaine et l'image qu ils ont ébauchée^ ils portent alternativement un coup d'œil atteatif sur Tune et sur l'autre^ et les beautés qu'ils répandent ainsi dans leurs ouvrages sont d'un succès bien autrement assuré que celles qu'ils y ont jetées dans la première boutade.
Ce n'est pas l'homme violent, l'homme hors de lui-même qui nous captive, c'est l'avantage de l'homme qui se possède.
Les grands poètes dramatiques surtout sont spectateurs assidus de ce qui se passe autour d'eux ;
ils saisissent tout ce qui les frappe^ ils en
Manuscrit de Naigeon.
moitié du tems* elle ne sait ce qu'elle dit ; mais il vient un moment sublime. Et pourquoi l'acteur différeroit-il du poète, du peintre, de l'orateur, du musicien ? Ce n'est pas dans la fureur du premier jet que les traits caractéristiques se présentent. C'est dans des moments tranquilles et froids, dans des moments tout à fait inattendus. On ne sait d'où ces traits viennent. Us tiennent de l'inspiration.
C'est lorsque suspendus entre la nature et leur ébauche, ces génies portent alternativement un œil attentif sur l'une et sur l'autre. Les beautés d'inspiration, les traits fortuits qu'ils répandent dans leurs ouvrages et dont l'apparition subite les étonne eux-mêmes' sont d'un effet et d'un succès bien autrement assurés que ce qu'ils y ont jette de boutade. C'est aa sens froid à tempérer le délire de l'enthousiasme '.
Ce n'est pas l'homme violent qui est hors de lui-même qui dispose de nous, c'est un avantage réservé à l'homme qui se possède^ Les grands poètes, dramatiques surtout, sont spectateurs assidus de ce qui se passe autour d'eux, dans le monde physique et dans le monde moral'.
— Qui n'en est qu'un. — Us saisissent tout
Vah.
* Les trois quarts du tems elle ne sait ce qu'elle dit.
*Dont rapparition subite les étonne toujours,
3 Li phrase « C'est au sens froid à tempérer le délire de l'enthousiasme » est une addition marginale.
'* C'est Tavanlage de l'homme qui se possède.
Les mots « un... réservé à » ont été ajoutés au-dessus du texte.
* Ce qui se passe autour d'eux dans l'un et Vautre monde.
Texte de la Correspondance de Grimm.
font registre ; c'est de ces registres que tant de traits sublimes passent dans leurs ouvrages.
Les hommes chauds, violents, sensibles se mettent en scône ; ils donnent ce spectacle, mais ils n'en jouissent point ; c'est d'après eux que Thomme de génie fait sa copie. Les grands poètes , les grands acteurs, et peut-être en général tous les grands imitateurs de la nature en tout genre, doués d'une belle imagination, d'un grand jugement^ d'un tact fin, d'un goût très sûr, seront, à mon sens, les èlres les moins sensibles; ils sont également propres t trop de choses, ils sont trop occupés à regarder et à imiter pour être vivement affectés au dedans d'euxmêmes.
Manuscnt de Naigeon.
ce qui les frappe. Ils en font des recueils ; c'est de ces recueils formés en eux, à leur insçu^que lant de phénomènes rares passent dans leurs ouvrages.
Les hommes chauds, violents, sensibles sont en scène. Ils donnent le spectacle, mais ils n'en jouissent pas. C'est d'après eux que l'homme de génie fait sa copie. Les grands poètes, les grands acteurs, et peut-être en général * tous les grands imitateurs de la nature, quels qu'ils soient ' , doués d'une belle imagination, d'un grand jugement, d'un tact fin, d'un goût très sur, sont les êtres les moins sensibles. Ils sont également propres à trop de choses : ils sont trop occupés à regarder, à connoître et à imiter pour être vivement affectés au dedans d'eux-mêmes. Je les vois sans cesse le portefeuille sur les genoux et le crayon à la main'. Nous sentons, nous ; eux, ils observent, étudient et peignent. Le diraije?Pourquoi noa'? Lasensibililèn*estguère la qualité d'un grand génie. Il aimera la justice, mais il exercera cette vertu sans en recueillir la douceur. Ce n'est pas son cœur, c'est sa tête qui fait tout. A la moindre circonstance inopinée, l'homme sensible la perd. Il ne sera ni un grand roi, ni un grand ministre % ni un grand
Var.
^ Et ^eui'èire généralement tous les grands imitateurs.
^Imitateurs de la nature, en tout genrc^ doués...
Ue les vois sans cesse le crayon et le jwrtcfeuille klarnsLin,
* Les mots • le dirai-je ? pourquoi non ? »
ont été ajoutés au-dessus du texte.
*Les mots « ni un grand ministre » ont été ajoutés de même.
Texte de la Correspondance de Grimm,
Voyez les femmes, elles nous surpassent cerlainemeni, et de fort loin, en sensibilité; quelle comparaison d'elles et de nous dans rinstant de la passion! Mais autant nous leur cédons quand elles agissent, autant elles restent au-dessous de nous quand elles imitent.
Dans la grande comédie, la comédie à laquelle je reviens toujours, celle du monde, toutes les âmes chaudes occupent le théâtre , tous les hommes de génie sont au parterre. Les premiers s'appellent des fous ; les seconds, qui s'amusent à copier leurs folies, s'appellent des sages ; c^est Toeil fixe du sage qui saisit le ridicule de tant de personnages divers, qui le peint, et qui nous fait rire ensuite du tableau de ces fâcheux originaux dont vous avez été quelquefois la victime.
Ces vérités seraient démontrées , que jamais les comédiens n*en conviendraient :
c'est leur secret. La sensibilité est une qualité si estimable qu'ils n'avoueront pas
Manuscrit de Naigeon.
capitaine , ni un grand avocat, ni un grand médecin.
Remplissez* la salle du spectacle de ces pleureurs-là ; mais ne m'en placez aucun sur la scène. Voyez les femmes, elles nous surpassent certainement et de fort loin en sensibilité ; quelle comparaison d'elles à nous, dans les instants de passion. Mais autant nous le leur cédons, quand elles agissent , autant elles restent au-dessous de nous, quand elles imitent^. La sensibilité n'est jamais sans faiblesse d'imagination.
La larme qui s'échappe de l'homme vraiment homme nous touche plus que tous les pleurs d'une femme. Dans la grande comédie, la comédie du monde, celle à laquelle j'en reviens toujours y toutes les âmes chaudes occupent le théâtre; tous les hommes de génie sont au parterre. Les premiers s'appellent des fous ; les seconds qui s'amusent à copier leurs folies, s'appellent des sages. C'est l'œil du sage qui saisit le ridicule de tant de personnages divers, qui le peint et qui nous fait rire et de ces fâcheux originaux dont vous avez été la victime, et de vousmême. C'est lui qui vous observoit et qui traçoit la copie unique et du fâcheux et de votre supplice.
Ces vérités seroient démontrées que les grands comédiens n'en conviendraient pas. C'est leur secret. Les acteurs médiocres ou novices sont faits pour les rejet-
Var.
* Remplissez moi la salle.
* Le mot imitent, rayé dans le texte, a été reporté en marge, et tout ce qui suit, jusqu'aux mots « dans la grande comédie », est une addition marginale.
Texte de la Con^espondance de Grimm,
qu'on puisse, qu'on doive s'en passer pour exceller dans leur métier.
Mais quoi! me dira-t-on, ces accents si plaintifs et si douloureux, que cette mère arrache du fond des entrailles, et qui secouent si violemment les miennes»
n'est-ce pas le sentiment actuel qui les inspire, n'est-ce pas la douleur même qui les produit? Nullement, et la preuve, c'est qu'ils sont mesurés , c'est qu'ils font partie d'un système de déclamation, c'est qu'ils sont soumis à une loi d*unité ;
c'est qu'ils .concourent à la solution d'un problème donné; c'est qu'ils ne rem* plissent toutes les conditions proposées qu'après de longues études; c'est que pour être poussés justes ils ont été répétés cent fois ; c'est
qu'alors l'acteur s'écoutait lui-même; c'est qu'il s'écoute encore au moment où il vous trouble, et que tout son talent consiste, non pas à se laisser aller à la sensibilité comme vous le supposez, mais à imiter si
Manuscrit de Naigeon.
ter. Et l'on pourroit dire de quelques autres qu'ils croyent sentir , comme on a dit du superstitieux, qu'il croit croire, et que sans la foi pour celui-ci, et sans la sensibilité pour celui-là S il n'y a point de salut.
Mais quoi, dira-t-on, ces accents si plaintifs, si douloureux que cette mère arrache du fond de ses entrailles et dont les miennes sont si violemment secouées :
ce n'est pas le sentiment actuel qui les produit ? Ce n'est pas le désespoir^ qui les inspire ? Nullement. Et la preuve , c'est qu'ils sont mesurés ; qu'ils font partie d'un système de déclamation; que plus bas ou plus aigus de la vingtième partie d'un quart de ton, ils sont faux; qu'ils sont soumis à une loi d'unité ; qu'ils sont, comme dans l'harmonie, préparés et sauvés ; qu'ils ne satisfont à toutes les conditions requises que par une longue étude -, qu'ils concourent à la solution d'un problème proposé ; que pour être poussés justes, ils ont été répétés cent fois ; et que malgré ces fréquentes répétitions, on les manque encore ; c'est qu'avant de dire : Zaïre, vous p leurez / ou 3 Vous y serez, ma fille ! l'acteur s'est longtemps écouté lui-même ; c'est qu il s'écoute au moment où il vous trouble, et que tout son talent consiste, non pas à sentir comme vous le supposez ; mais à rendre si scrupuleusement les
Var.
^ Sans la foi pour ceux-ci, et sans la sensibilité pour ceux-là.
'Ce n'est pas le désespoir mt^me qui les inspire ?
3 Le mot ou y entre les deux hémistiches a été ajouté au-dessus du texte.
Texte de la Correspondance de Grimm.
parfaitement tous les signes extérieurs du sentiment que vous vous y trompiez. Les cris de sa douleur sont notés dans sa mémoire, les gestes de son désespoir ont été préparés ; il sait le moment précis où les larmes couleront.
Ce tremblement dé la voix, ces mots suspendus, étouffés, ce frémissement des membres, ce vacillement des genoux...
Pure imitation, leçon apprise d'avance, singerie sublime dont lacteur a la conscience présente au moment où il l'exécute, dont il a la mémoire longtemps après l'avoir exécutée, mais qui n effleure pas son àme, et qui ne lui ôte, ainsi que les autres exercices, que la force du corps.
Le socque ou le cothurne déposé, sa voix est éteinte^ il sent une extrême fatigue, il va changer de chemise et se coucher :
mais il ne lui reste ni douleur, ni trouble, ni affaissement d'àme : c'est vous, auditeurs, qui remportez toutes ces impressions.
L'acteur est las, et vous êtes tristes ; c'est qu'il s'est démené sans rien sentir, et que vous avez senti sans vous démener ; s*il en était autrement, la condition d'un
Manusant de Naigeon,
signes extérieurs du sentiment, que vous vous y trompiez. Les cris de sa douleur sont notés dans son oreille; les gestes de son désespoir sont de mémoire, et ont été préparés devant une glace ^ Il sait le moment précis où il tirera son mouchoir, et où les larmes couleront ; attendez-les à ce mot, à cette syllabe, ni plus tôt, ni plus tard ; ce tremblement de la voix, ces mots suspendus, ces accens étouffés ou traînés - ; ce frémissement des membres, ce vacillement des genoux , ces évanouissemens, ces fureurs *, pure imitation, leçon recordée d*avance, grimace pathétique , singerie sublime dont lacteur garde* le souvenir longtemps après , l'avoir étudiée , dont il avoit la conscience présente au moment où il l'exécutoit ; qui lui laisse, heureusement pour le poète, pour le spectateur et pour lui, toute la liberté de son esprit, et qui ne lui ôte, ainsi que les autres exercices, que la force du corps. Le soc ou le cothurne déposé, sa voix est éteinte ; il éprouve une extrême fatigue ; il va changer de linge ou se coucher ; mais il ne lui reste ni trouble ni douleur, ni mélancolie ni affaissement d*àme '; c'est vous qui remportez toutes ces impressions. L'acteur est las, et vous êtes triste. C'est qu'il s'est démené sans rien sentir , et que vous avez senti sans vous démener. S'il en étoit autrement, la condition du comédien
Var.
* Préparés devant un miroir,
2 Ces accents traînés, étouffés,
3 Les mots « ces évanouissemens, ces fureurs », ont été ajoutés au-dessus du texte.
*Dont l'acteur a le souvenir, •Ni affaissement. Le mot « d'âme » a été ajouté en marge.
Texte de la Correspondance de Grimm.
comédien serait la plus malheureuse des conditions. Heureusement pour nous et pour lui, il n'est pas le personnage, il le joue : sans cela, qu'il serait plat et maussade! Des sensibilités diverses qui se concertent entre elles pour produire le plus ^rand effet possible ! cela me fait rire. J'insistedonc,etJe dis : c*estlasensibilité extrême qui fait les acteurs bornés;
c*est le manque de sensibilité qui fait les acteurs sublimes. Les larmes du comédien descendent, celles de Thomme sensible montent ; ce sont les entrailles qui troublent sans mesure la tête de Thomme sensible, c*est la tête du comédien qui porte quelque trouble passager dans ses entrailles.
Avez- vous jamais réfléchi à la diffère n-
Manuscrit de Naigeon.
seroit la plus malheureuse des conditions ; mais il nVst pas le personnage ; il le joue, et le joue si bien que vous le prenez pour tel; rillusion n'est que pour vous ; il sçait bien lui qu'il ne Test pas. Des sensibilités diverses qui se concertent entre elles pour obtenir le plus grand effet possible, qui se diapasonnent, qui s'affoiblissent, qui se fortifient ; qui se nuancent, pour former un tout qui soit un, cela me fait rire. J'insiste donc, et je dis : c'est la sensibilité extrême qui fait les acteurs médiocres ; c'est la sensibilité médiocre qui fait la multitude des mauvais acteurs ; et c'est le manque absolu de sensibilité qui prépare les acteurs sublimes. Les larmes du comédien descendent de son cerveau ; celles de l'homme sensible montent de son cœur. Ce sont les entrailles qui troublent sans mesure la tête de l'homme sensible; c'est la tête du comédien qui porte quelquefois un trouble passager dans ses entrailles ; il pleure comme un prêtre incrédule qui prêche la passion ; comme un séducteur aux genoux d'une femme qu'il n'aime pas, mais qu'il veut tromper*; comme un gueux dans la rue ou à, la porte d'une église qui vous injurie lorsqu'il désespère de vous toucher ^ ; comme une courtisane qui ne sent rien, mais qui se pâme dans vos bras.
A vez-vousjamais réfléchi à la différence
Var.
' D'une femme qu'il veut tromper. — Les mots f n'aime pas, mais qu'il », ont été ajoutés au-dessus du texte.
•Qui veut vous toucher. — Le mot veut a été raturé, et remplacé, au-dessus du texte, par les mots " vous injurie, lorsqu'il désespère de vous. »
Texte de la Correspondance de Grimm,
ce des larmes excitées par un éyènemeat tragique, et des larmes excitées par un discours pathétique I On entend une belje chose : peu à peu la tête s'embarrasse, les entrailles s'émeuvent, les larmes coulent ; au contraire, à Taspect d'un événement tragique, les entrailles s'émeuvent subitement, la tête se perd et les larmes coulent ; celles-ci viennent subitement, les premières sont amenées.
Voilà lavantage d'un coup de théâtre naturel et vrai sur une scène éloquente:
il produit rapidement l'effet que la scène tait attendre ; mais l'illusion en est beaucoup plus difficile ; un incident faux, mal rendu, la détruit. Les accents s'imitent mieux que les mouvements; maislesmouvemenls frappent avec une bien autre violence.
Manuscrit de Naigeon,
des larmes excitées par un événement tragique, et des larmes excitées par un récit pathétique. On entend raconter une belle chose ; peu & peu la tête s'embarrasse ; les entrailles s'émeuvent et les larmes coulent. Au contraire, à l'aspect d'un accident tragique, l'objet, la sensation et Teffet se touchent. En un instant les entrailles s'émeuvent, la tête se perd et les larmes coulent. Celles-ci viennent subitement ; les premières sont amenées. Voilà ravantage d'un coup de théâtre naturel et vrai sur une scène éloquente. Il opère brusquement * ce que la scène fait attendre ; mais l'illusion en est beaucoup plus difficile à produire. Un incident faux, mal rendu, la détruit. Les accens s'imitent mieux que lesmouvemens ; mais les mouvemens frappent bien^ plus violemment.
S^oilà le fondement d'une loi à laquelle je ne crois pas qu'il y ait d*exception ; c'est de dénouer par une action, et non par un récit, sous peine d'être froid.
Hé bien, n'a vez-vous rien à m'objecter ?
Je vous entens ; vous faites un récit en société ; vos entrailles s*émeuvent ; votre voix s'entre-coupe ; vous pleurez ; vous avez, dites-vous, senti et 1res vivement senti. J'en conviens. Mais vous y êtes*vous préparé ? — Non. — Parliez-vous en vers î — Non. —Cependant vous enlratniez, vous étonniez, vous touchiez ; vous produisiez un grand effet. — Il est vrai.— Mais portez au théâtre votre ton familier; votre expression simple; votre maintien domestique.
Var.
* Il opère subitement ce que la scène.
* Frappent plus violemment. — Le mol « bien » a été ajouté au-dessus du texte.
Texte de la Correspondance de Grimm.
Manuscril de Saigeon.
voire gesie naturel, et* vous verrez combien vous serez pauvre et foible. Vous aurez beau verser des larmes ; vous serez ridicule. On rira ; ce ne sera pas une tragédie ; ce sera une parade tragique que vous jouerez ; croyez-vous que les scènes de Corneille, de Racine, de Vollaire, même de Shakespeare, puissent se débiter avec votre voix de conversation et le Ion du coin du votre atre? Pas plus que Thisloire du coin de votre atre avec l'emphase et l'ouverture de bouche du théâtre. — C'est peut-être que RacineeiCorneille, tout grands hommes qu'ils étoient, n'ont rien fait qui vaille ^ — Quel blasphème ! qui est-ce qui oseroit le proférer ? Qui est-ce qui oseroit y applaudir? Les choses familières de Corneille ne peuvent pas mê se dirt d'un ton familier*.
Mais une expérience que vous aurez répété cent fi»is, c'est qu'à la fin de votre récit, au milieu du trouble et de l'émotion que vous avez jettes dans votre petit auditoire de salloii, il survient un nouveau personnage dont il faut satisfaire la curiosité. Vous ne le pouvez pas ; votre âme est épuisée ; il ne vous reste ni sensibilité, ni chaleur ni larmes. Pourquoi l'acteur né-
* Votre geste naturel, vous verrez. — Le mot « et » a été ajouté au-dessus du texte.
2 De Racine, de Voltaire, puissent se débiter. — Les mots « même de Shakespear » ont été ajoutés au-dessus du texte.
^ C'est peut-être que Racine et Corneille n'ont rien fait qui vaille^ tout grands hommes qu'ils étoient.
* La phrase «» les choses familières de Corneille ne peuvent pas même se dire d'un ton familier » a été ajoutée plus tard ;'clle est de la même main, mais non de la même encre.
Texte de la Correspondance de Grimm.
Manuscrit de S'aigeon.
prouve l-il pas le même affai> sèment ?
C'est qu'il y a bien de la différence de l'intérêt qu'il prend à un conte fait à plaisir, et de Tinlérét que vous inspire le roallieur de voire voisin. Etes-vous Cinna ? Avezvous jamais été Cléopàlre, Mérope, Agrippine ? Que vous importent ces gens-là ?
La Cléopàlre, la Mérope, TAgrippine, le Cinna du théâtre sont-ils même des personnages historiques ? Non. Ce sont les fantômes imaginaires de la poésie. Je dis trop. Ce sonldes spectres de la façon particulière de tel ou tel poète. Laissez ces espèces d'hypogryphes sur la scène ; avec leurs mouvemens, leur allure et leurs cris, ils figureroierït mal dans l'histoire ; ilsferoient éclater de rire dans un cercle ou une autre assemblée de la société * ; on se demanderoit à Toreille : Est-ce qu'il est en délire? D'où vient-il? Où fait-on de ces contes-là ? Quelle est la planète où Ton parle ainsi ? — Mais pourquoi ne révoltent-ils pas au théâtre ? — C'est qu'ils y sont de convention ; c'est une formule donnée par ^ le vieil Eschylle ; c'est un protocole de trois mille ans. — El ce protocolle a-t-il encore longtemps à durer ? — Je l'ignore. Tout ce que je sais, c'est qu'on s'en écarte & mesure qu'on s'approche de son siècle et de son pays.
Connaissez-vous une situation plus semblable à celle d'Agamemnon dans la pre-
Var.
'Eclater de rire dans une assemblée de société. — Les mots « un cercle ou une autre »» el l'article « /a • devant société ont été ajoutés plus tard, comme beaucoup d'autres corrections de ce genre.
2 Une formule donnée depuis le vieil Eschylle.
Texle de la Correspondance de Grimm.
Réfléchissez, je vous prie, sur ce qu'où appelle au théâtre être vrai? Est-ce y montrer les choses comme en nature ? Nullement : un^roalheureux de la rue y serait pauvre, petit, mesquin ; le vrai en ce sens ne serait autre chose que le commun.
Qu'est-ce donc que le vrai ? Cest la conformité des sigoes extérieurs, de la voix,
Manuscrit de Naigeon.
mièrescèned'Iphigénieque la situation de Henri quatre lorsqu'obsédé de terreurs qui n'étoient que trop fondées, il disoit à ses familiers : Ils me tveront^ rien n'est plus certain ; ils me tueront. Supposez que cet excellent homme, ce grand et malheureux monarque* tourmenté la nuit de ce pressentiment funeste, se lève et s*en aille frapper à la porte de Sully son ministre et son ami. Croyez-vous qu'il y eût un poète assez absurde pour faire dire à Henri : Oui, cesl Henri ;c est ion roi qui f éveille; viens ; reçonncis la voix qui frappe ton oreille, et faire répondre à Sully ; Est' ce bien vous^ seigneur? Quel important besoin vous a fait devancer T aurore de si loin ? A peine un foible jour vous éclaire etme guide ; vos yeux seuls elles miens sont ouverts. — G'éloit peut-être là le vrai langage d'Agamemnon ? — Pas plus que celui de Henri quatre. C'est celui d'Homère, c'est celui de Racine, c'est celui de la poésie; elcelangagepompeux^nepeulêlre employé que par des êtres inconnus, et parlé que par des bouches poétiques, avec un ton poétique.
Réfléchissez un moment sur ce qu'on appelle au théâtre être vrai. Est-ce y montrer les choses comme elles sont en nature ? AucuDcment. Le vrai en ce sens ne seroit que le commun. Qu'est-ce donc que le vrai de la scène ? C'est la conformité des actions, des discours, de la figure, de la voix, du mouvement, du geste, avec un
Var.
* Cet excellent homme et malheureux monarque. — Les mots «ce grand et >> ont été ajoutés au-dessus du texte.
2 Et ce langage ne peut être employé. — Le mot n pompeux >* a été ajouté.
Texte de la Correspondance de Grimm.
de la Ogure, du mouvement, de Taction, du discours, en un mot de toutes les parties du jeu, avec un modèle idéal ou donné par le poète ou imaginé de tète par Facteur. Voilà le merveilleux.
Une femme malheureuse, mais vraiment malheureuse, pleure, et il arrive qu'elle ne vous touche point ; il arrive pis : c'est qu'un trait léger qui la défigure vous fait rire ; c'est qu'un mouveme nt qui lui est habituel dans sa douleur vous la montre sous un aspect maussade; c'est que les passions vraies ont presque toutes ces grimaces que l'artiste sansgoût copie servilement, mais que le grand artiste évite. Nous voulons qu'au plus fort des tourments l'homme coq serve la dignité de son caractère ; nous voulons que cette femme tombe avec décence et mollesse, et que ce héros meure comme le gladiateur ancien mourait dans Tarène, aux applaudissements d'un amphithéâtre, avec grâce, avec noblesse, dans une attitude élégante et pittoresque.
Manuscrit de Naigeon,
modèle idéal imaginé par le poète et souvent exagéré par le comédien. Voilà le merveilleux. Ce modèle n'inQue pas seulement sur le ton ; il modifie jusqu'à la démarche, jusqu'au maintien. De là vient que le comédien dans la rue ou* sur la scène sont deux personnages si différens qu'on a peine aies reconnoître. La première fois que je vis M^« Clairon chez elle, je m'écriai très naturellement : Ah !
Mademoiselle^ je vous croyois de taule la tête plus grande.
Une femme malheureuse et vraiment malheureuse pleure, et ne vous touche point. Il y a pis ; c'est qu'un trait léger qui la déGgure, vous fait rire. C est qu'un accent qui lui est propre, dissone à votre oreille et vous blesse. C'est qu'un mouvement qui lui est habituel, vous montre la douleur ignoble et maussade.
C'est que les passions outrées sont presque toutes sujettes à des grimaces que l'artiste sans goût copie servilement, mais que le grand artiste évite. Nous voulons qu'au plus fort des tourmens, l'homme garde le caractère d'homme, la dignité de son espèce. Quel est l'effet de cet effort héroïque ? De distraire de la douleur et de la tempérer. Nous voulons que cette femme tombe avec décence', avec molesse^etque ce héros meure comme le gladiateur ancien au milieu de l'arène, aux applaudissemens du cirque ^, avec grâce, avec noblesse \ dans une attitude élégante et pittoresque. Qui est-ce qui remplira notre
Var.
* Le comédien dans la rue ci sur la scène; - Tombe avec décence et molesse .
'^Aux applaudissemens d'un amphithéâtre, *Avecgrdce et noblesse.
Texte de la Correspondance de Grimm.
Qui est-ce qui remplira voire attente ?
Est-ce Talblète que la seusibilité décom-* pose et que la douleur subjugue, ou Tathlète académisé qui pratique les leçons sévères de la gymnastique jusqu'au dernier soupir ? Le gladiateur ancien comme un grand comédien, un gi and comédien ainsi que le gladiateur ancien ne meurent pas comme on meurt sur un lit ; ils sont forcés de jouer une autre mort pour nous plaire ; et le spectateur délicat sentirait que la vérité d'action dénuée de tout apprêt est petite et ne s^accorde pas avec la poésie. Du reste, ce n'est pas que la pure nature n'ait ses moments sublimes ; mais je conçois que si quelqu'un est sûr de leur conserver leur sublimité, c'est celui qui les aura pressentis et qui les rendra de sang -froid. Cependant je ne répondrais pas qu'il n'y eût une espèce de mobilité d'entrailles acquise et factice ; mais si vous m'en demandez mon avis, je la crois presque aussi dangereuse que la sensibilité naturelle. Elle doit à la longue jeter l'acteur dans la manière et la monotonie ; c'est ce qui ne peut être évité que par une tête de glace.
Manuscnl de Naigeon.
attente? Sera-ce l'athlète que la douleur subjugue et que la sensibilité décompose ?
Ou Tathlète académisé qui se possède et pratique les leçons de la gymnastique en rendantle dernier soupir? Le Gladiateur ancien comme un grand comédien, un grand comédien ainsi que le gladiateur ancienne meurentpascommeonmeurt sur un lit, mais sont tenus de nous jouer une autre mort pour nous plaire ; et le spectateur délicat sentiroit que la vérité nue \ l'action dénuée de tout apprêt, seroit mesquine et contrasteroit avec la poésie du reste.
Ce n'est pas que la pure nature n'ait ses momens sublimes, mais je pense que s'il est quelqu'un sûr de saisir et de conserver leur sublimité, c'est celui qui les aura pressentis d'imagination ou de génie et qui les rendra de sang froid ^.
Cependant je ne nierois pas qu'il n'y eût une sorte de mobilité d*enlrailles acquise ou factice, mais si vous m'en demandez mon avis, je la crois presque aussi dangereuse que la sensibilité naturelle.
Elle doit conduire peu à peu l'acteur à la manière et à la monotonie. C'estunélément contraire à la diversité des fonctions d'un grand comédien ; il est souvent obligé de s'en dépouiller ; et cette abnégation de soi n'est possible qu'à une tête de fer.
Var.
* Sentiroit que la vérité d'action dénuée de tout apprêt. — L'addition du mot « nue w, mis au-dessus du texte, a conduit au changement de d' en /' devant action, — Sur le manuscrit de Naigeon, celte seconde correction nest pas faite.
* Qui les aura pressentis d'imagination et qui les rendra de sang froid. — Les mots « ou de génie » ont été ajoutés au-dessus du texte.
Texte de la Correspondance de Grhnm,
Mais, me dîrez-vous, une foule d'hommes qui décèlent subitement, à leur manière, la sensibilité qu'ils éprouvent, font un spectacle merveilleux sans s'être concertés.
D'accord ; mais il le serait bien davantage, je crois, s^il y avait eu entre eux un concert bien entendu.
Manuscint de Naigeon.
Encore vaudroit-il mieux pour la facilité et le succès des études, runiversalilé du talent, et la perfection du jeu, n'avoir pointa faire cette incompréhensible distraction de soi d'avec soi, dont Textréme difficulté* bornant chaque comédien à un seul rôle, condamne les troupes à être très nombreuses, ou presque toutes les pièces à être mal jouées, à moins que l'on ne renverse l'ordre des choses et que les pièces ne se fassent pour les acteurs qui, ce me semble, devroient tout au contraire, être faits pour les pièces. — Mais si une foule d'hommes attroupés dans la rue par quelque catastrophe, viennent à déployer subi temen t et chacun à sa ^ manière leur sensibilité naturelle, sans s*être concertés, ils créeront un spectacle merveilleux, mille modèles précieux pour la sculpture, la peinture, la musique et la poésie.
— Il est vrai. Mais ce spectacle seroit-il à comparer avec celui quirésulteroit d'un accord bien entendu, de cette harmonie que l'artiste y introduira, lorsqu'il le transportera du carrefour sur la scène ou sur la toile ? Si vous le prétendez, quelle est donc, vous répliquerai-je, cette magie de l'art si vantée, puisqu'elle se réduit à gà« ter ce que la brute nature et un arrange* ment fortuit avoient mieux fait qu'elle.
Niez- vous qu'on embétisse la nature?
N'avez-vous jamais loué une femme en disant qu'elle étoit belle comme une vier-
* Distraction de soi d'avec soi, qui bornant, etc. — Les mots « dont l'extrême difficulté » ont été ajoutés au-dessus du texte.
2 Subitementetà leur manière. —Les mots « chacun à sa » sont au-dessus de « à leur »
qui est raturé.
Te2'te de la Correspondance de Grimm.
D'ailleurs vous me parlez d'un instant fugitif, et moi je vous parle d'un ouvrage de Tari qui a sa conduite et sa durée.
Prenez chacun de ces personnages, montrez-les-moi successivement, isolés, deux à deux, trois à trois ; abandonnez-les à leurs propres mouvements, et vous verrez la cacophonie qui en résultera ; et, si, pour obvier à ce défaut, vous les faites répéter ensemble, adieu leur propre caractère, adieu leur sensibilité naturelle, et tant mieux. C'est comme dans une société bien ordonnée, où chacun sacrifie de ses droits primitifs pour le bien et Tensemble du tout. Or, qui est ce qui connaîtra le plus parfaitement la mesure de ce sacrifice ?
L'homme juste dans la société) Thomme à tète froide au théâtre.
Manuscrit de Naigeon.
ge de Raphaël ? A la vue d'un beau paysage, ne vous étes-vous pas écrié qu'il étoit romanesque * ? D^ailieurs vous me parlez d'une chose réelle, et moi je vous parle d'une imitation ; vous me parlez d'un instant fugitif de la nature, et moi je vous parle d'un ouvrage de lart projetté^suivi, qui a sa conduite, et sa durée. Prenez chacun de vos acteurs ; faites varier la scène dans la rue comme au théâtre et montrezmoi vos personnages successivement, isolés, deux à deux, trois à trois ; abandonnez-les à leurs propres mouvemens ; qu'ils soient maîtres absolus de leurs actions, et vous verrez l'étrange cacophonie qui en résultera : pour obvier à ce défaut, les faites-vous répéter ensemble ? Adieu ^ leur sensibilité naturelle et tant mieux.
Il en est du spectacle comme d'une société bien ordonnée où chacun sacrifie de ses droits primitifs, pour le bien de l'ensemble et du tout. Qui est-ce qui aprétiera le mieux la mesure de ce sacrifice ?
Sera-ce l'enthousiaste ? Le fanatique ?
Non certes * : dans la société ce sera l'hom-
Var.
^Wavez-vous jamais dit d'un paysage qu'il étoit romanesque. — Les mots soulignés ont été raturés et remplacés par l'autre leçon écrite au-dessus.
2 Vous me parlez d'un instant fugitif de la nature. — Le mot o instant » a été raturé, et tout ce qui a été ajouté au texte depuis « d'une chose » jusqu'à « d'un instant » est écrit en surcharge entre les deux lignes.
3 Adieu leurs caractèreSy adieu leur sensibilité. — Les deux mots « leurs caractères » ont été raturés ; adieu reste deux fois dans le texte, et peut-être doit-on lire : adieu, adieu leur sensibilité.
* Non certes, etc. Le premier texte était :
« non, ce sera l'homme juste dans la société, le comédien d'une tète froide au théâtre. »
Teœle de la Correspondance de Ginmm.
1'® novembre 1770.