‹ ParaîtreChapitre 33 sur 59 · MADAME MARGES, LE BARON · texte numérisé non relu

MADAME MARGES, LE BARON

madame maroes. —Ah! oui, je pense bien

l'attendre, vous verrez comme il reviendra.,.

vous savoz où il va?

le baron. — Il va avec Paul.

madame marges. — Halfi non, ce n'est qu'un prétexte pour me filer entre les main-...

J'ai déjà eu toutes lœ peines du monde à l'amener ici... Ah' que son fils ait de* ennuis, ça lui est bien égal. Il va encore chez M110 Egreth, chez sa maîtresse.

le BARON, riant. — Emile, une maîtresse... ma bonne amie... qu'est-ce que vous allez chercher là?

madame marges — N'essayez pas de me donner le change... Si vous croyez que vous avez un rire naturel... Je le sais, j'en suis sûre, j'en ci les preuves et, vous aussi, vous le savez.

le baron. — Si vous avez les preuves...

madame marges. — Tout le monde le sait, d'ailleurs... il ne m'épargne même pas le ridicule... je suis un objet de risée.

le baron. — Ah!... si vous en faites une question d'amour-propre!

madame marges. — Non pas d'amour-propre seulement, mais d'amour aussi.

le baron. — D'amour. Madame Marges, d'amour! ne voulez-vous pas dire qu'une bonne affection?...

madame marges. — Vous ne pouvez pas comprendre ces choses-là... vous êtes un vieux sanglier... mais j'aime mon mari, moi, je l'aime comme au premier jour... Alors, après quarante ans de mariage, sans un nuage, «ans une discussion, quand on a toujours fait son devoir, tout son devoir, en arriver là, se savoir délaissée pour la première venue, c'est dur tout de même, c'est bien dur, allez!...

Elle pleure.

le baron. — Ma vieille amie, ma vieille amie.

madame marges. — Oui, votre vieille amie, c'est tout ce que vous trouvez à me dire. Il n'y a que les jeunes femmes, n'est-ce pas, qui aient le droit d'avouer certains sentiments. Si j'avais vingt-cinq ans, je serais touchante, intéressante. Mais, à mon âge, je 6uis ridicule d'aimer, de pleurer, d'être jalouse, car je suis jalouse. Je ne connaissais pas la jalousie... c'est une chose affreuse... Vous la connaissez ?

le baron. — La jalousie?...

madame marges. — Non... cette fille.

le baron. — Ah! Mlle Egreth?... non, je ne la connais pas... Comment voulez-vous que je la connaisse?

madame marges. — Emile l'a présenté à tous ses amis.

le baron. — Il ne me l'a pas présentée.

madame margè9. — Elle n'est pas jolie.

le baron. — Non ?

madame marges. — Elle est maigre.

le «AB0N. — ..Oui ?...

madame marges. — Mais c'est une actrice i Dès qu'une femme monte sur les planches, elle exerce sur les hommes un attrait singulier. Emile en est fou... il lui donne de l'argent, des bijoux... Elle tire de lui tout ce qu'elle peut Elle a bien raison, puisque ces créatures-là trouvent toujours des hommes assez bêtes pour obéir à leurs fantaisies. Mais, ce qui me met le plus en colère, c'est sa crédulité, à lui. Il est persuada qu'elle l'aime avec transport.

le baron. — Avec- transport payé.

madame marges. — Il lui fait une pièce.

le baron. — Une pièce?

madame marges. — Oui, une pièce de théâtre... un homme qui a toujours été si rangé, si tranquille... et intelligent... Quoi ?

le baron. — Oui, oui, intelligent.

madame marges. — C'est depuis le mariage de Juliette qu'il a changé ainsi... je n'„ comprends rien.

le baron. — Cela peut s'expliquer, pourtant. Il y a deux hommes dans Marges... Le bon mari, l'excellent père que nous avons connu, et le beau-père de Jean Raidzell, le beau-père qui a voulu faire de la mousse comme le Champagne de son gendre, et entraîné par Eugène dans un monde de viveurs, a cru qu'il était chic d'avoir une maîtresse. Seulement, il était à l'âge où, surtout pour un homme qui a peu vécu, les jeunes personnes sont dangereuses, et, lorsqu'un sexagénaire jette sa gourme!.. Mais croyez-moi l'ancien Marges n'est pas mort, il n'est qu'endormi.

madame marges. — Ah ! comment le tirer de son long sommeil!... Vous êtes son ami, Baron, son vieil ami... vous devriez lui représenter combien sa conduite est abominable et qu'il n'a pas le droit de me rendre malheureuse. Vous ne savez pas ce qu'est ma vie, à quelles vexations je suis en butte. Avant-hier encore, j'ai reçu une lettie dans laquelle on me disait : « Vous serez bien adroite si vous gardez ce soir votre mari auprès de vous. »

le baron. — Et vous l'avez gardé, naturellement.

madame marges. — Ah! pour sûr!

le baron. — Quelle erreur ! Mais c'est ellemême, c'est MUe Egreth qui vous avait envoyé cette lettre.

madame marges. — Vous croyez ?

le baron. — Voyons?... C'était signé! Elle

Madame Marges. — Il va encore chez Mllc Egreth...

avait besoin de sa soirée, elle devail dîner avec un beau jeune homme; alors, elle voua avertissait pour se débarrasser de son vieux. Vous avez t'ait admirablement son jeu il fallait, au contra ire. Laisser Emile y aller.' madame marges Ah '. bien, m. rci î

LE BARON — Mai- ee I I a i neineli t . <l

été d'une humeur massacrante, et Marges n< se serai! pas très bien amusé Cette lettre, quelle indication madame Marges, quelle indication !

madame marges - Comment?

i.e baron. — Naturellement, vous mettez tous les obstacles à leur liaison

MADAME MARGES. — Du moins, je tâche.

i.e baron. — Eh bien, ee n'esl pas ça du tout. Savez-vous ce que vous devriez faite:-' MADAME MARGES. — Non.'

le BARON. — Votre lille Juliette est dans le Midi, à C'a ii

MADAME MARGES — Oui.

i r. baron — Allez la rejoindre dès demain. Mais partez seule, seule! Retirez-vous chez voue fille, comme d'autres plus jeunes se retirent chez leur mère.

madame marges. — Mais alors, Emile sera jour et unit chez M110 Egreth.

le baron. — Précisément jour et nuit... elle en aura bien vite assez Ces jeunes femmes qui prennent pour amis sérieux des hommes mariés savent bien ce qu'elle- font. Mais, que l'homme marié devienne libre tout à coup, il n'est plus sérieux, et, si elles n'ont même plus leurs nuits à elles, qu'est-ce qu'il leur reste? Ça devient intolérable. 11 faut guérir le mal par le mal. Croyez-moi : de l'homéopathie, madame Marges, de l'homéopathie. Envoyez-le coucher chez elle, elle l'enverra coucher... chez von-.

madame marges — Vous voue moquez de moi.

le baron — Pourquoi me moquerais-je de vous? je ne trouve pas que les gens trompés soient tellement comiques. Et je suis désolé de vous voir de la jDeine... Alors, je vous propose un moyen.

madame marges. — Si j'étais certaine que ça réussisse !

le baron. — Ça vous réussira, je vous en réponds. Partez! .avant quinze jours c'est moi. le vieux sanglier, qui vous ramènerai Emile.

madame marges. — Je verrai... je verrai... {Un silence ) Dites-moi, ils ont du monde à diner ici, ee soit ?

LE BARON. — Oui.

madame marges. — Quand je suis entrée,

tout à I " 1 1. me, j'ai cru qu'il- déménageaient.

le BARON Non. ils reçoivent.. vous-

n'êtes pas in\ il

MADAME MARGES Non- ne sommes ja-

mais invités a ces grandes machines-là, nous autre, Oh! s'il n'y a» ait que Paul... mai» ma belle-fille ne nous trouve pas assez décoratifs et, comme elle a une grande influence sur mon fils... Mmi Deguingois doit être invitée r

LE BARON. — Je lie sais pas.

madame marges C'esl probable Pensez donc, une Deguingois est à sa place dans la plu.- haute société! .. Surtout maintenant qu'elle se poudre, elle a l'air d'une marquise.

es derniers mots, Mmc Deguingois est entrée.

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