LE BARON
paul. — Quoi ? vous ne comprenez pas ça?
le baron. — Je songe à ce malheureux qui est tombé là, couvert de sang, que j'ai aidé à relever, à transporter la-haut, dans sa chambre. C'est une chose horrible et que je n'oublierai jamais. Et tu me dis que tu ne regrettes rien... tu me parles d'injures proférées dans une réunion... Alors, c'est eUrayant ! Tu n'as pas voulu paraître un mari complaisant : c'est cette pensée-là qui t'a fait agir?... Mais tu avais d'autres moyens de te mettre au-dessus d'une pareille accusation... et les électeurs ne t'avaient pas pour cela, donné mandat de tuer.
pacl. — De me faire justice. .
le baron. — Crime paeaioauiel... Evidemment, tu seras acquitté, puisqu'on rabaisse La passion au niveau de l'épilepsie et de l'alcoolisme. Si la plupart de ceux qui rouge, en pareil cas, n'avaici; te cer-
titude, on tirerait moins souvent le revolver et le couteau.
PAUL. — Vous n'avez pa6 pitié de moi... :\»'z donc pas ce que c'est que de voir devant soi l'homme auquel votre femme livrée !
le baron. — Si, mon pauvre ami. j'ai de la pitié pour toi, mais pat. pour toi 6eul. J'en ai aussi pour Juliette, pour ta .-œur qui a souffert et souffrira encore noblement... pour 6on frère, à lui, dont tu as brisé la seule affection... oui, pour Eugène Raidzell, dont ce drame précipitera san6 doute la folie. Je ne comprends pas, je ne peux pas comprendre ce que tu as t'ait... vois-tu ça me désole!
paie. — N'importe qui eût agi de même, à ma place.
le BARON. — Ah ! si tu étais un pauvre diable sans éducation et sans culture, je t'excuserais davantage. Mais tu prétends être un homme de progrès, tu prêches la fraternité universelle, tu réclames l'amour libre au même titre que toutes les autres libertés, et, dès que tu es personnellement en cause, tous ces grands mots pour toi. perdent leur sens, ot tu suis, pour le donner à nouveau, le funeste exemple d'entrer, le revolver au poing, dans le constat de l'adultère. C'est là ton crime véritable. Enfin, espérons qu'avant dix-neuf cents ans on aura ramené l'amour à ses. justes proportions.
PAUL. — Si je suis tellement coupable, à vos yeux, pourquoi me l'avoir arraché des mains ce revolver? Pouiquoi ne m' avoir pas laissé achever mon œuvre sur moi-même ?
le- baron. — Ah! c'eût été complet!... Tu ne penses qu'à toi... Pense donc à tes parents, qui t'ont déjà acquitté, eux, efe dont tu désolerais irrémédiablement les vieux jours.
Sur ces derniers mots. M. Marges est entré.