ANDRE, MARCELLE
andré. — Prenez donc la peine de voua asseoir, mademoiselle, ou plutôt le plaisir de vous asseoir, car si c'était une peine, je ne vous l'offrirais pas !
Marcelle. — Mon Dieu, monsieur, je vous demande mille pardons de me présenter ainsi moi-même...
andré, la coupant. — Mais pas du tout, mademoiselle, la présentation est inutile. D'après le portrait, charmant d'ailleurs, que m'a fait de vous le baron des Impairs, j'ai bien vu tout de suite que c'était à mademoiselle Marcelle TaLmah que j'avais l'honneur de parler...
Marcelle. — Madame!
andré. — Ah! madame... je ne savais pas... madame Marcelle TaLmah... Est-ce que
Folle Entreprise
vous êtes parente avec Talma, le grand Tailma... parterre de rois enfin!
Marcelle. — Non, pas du tout... d'ailleurs moi, ça s'écrit avec une h.
André. — Avec une h... Oh! alors, en effet, c'est différent!... Ah! d'abord, madame, je 6uis désolé que ce soit vous qui vous soyez dérangée...
Marcelle. — Croyez bien, monsieur...
andré. — Enfin, madame, ordinairement c'est le contraire, ce doit être le contraire... c'est aux messieurs à se déranger... surtout pour la première fois. Mais vous comprenez bien que je n'aurais pas demandé mieux que d'aller chez vous, c'est le baron qui m'en a dissuadé... il m'a dit que vous préfériez... alors je l'ai prié de vous écrire pour me donner oe rendez-vous !
Marcelle, un peu gênée. — En effet, monsieur, j'avais prié le baron... Alors 6i vous voulez bien, nous allons commencer...
Elle fait mine d'ôter son boléro.
ANDRÉ. — Oh! attendez, attendez... nous ne sommes pas pressés. Reposez-vous un peu !...
Marcelle. — C'est qu'il fait très chaud
andré. — Ah! si vous avez trop chaud... c'est différent! Permettez, je vais vous aider. (Il l'aide à retirer son boléro.) Vous prendrez bien quelque chose?
Marcelle. — Non, merci!
andré. — Voyons, un verre de porto avec des petits gâteaux... pour vous donner des forces... (Souriant.) On a besoin de forces dans le métier!... (Il lui verse un verre de porto et lui tend une assiette.) Un petit gâteau, ils sont excellents! Goûtez donc, ce sont des zizis.
Marcelle. — Tiens ! je ne connaissais pas. Des zizis, dites-vous?
andré. — Oui, des zizis... z, i... z, i. Ça vient de chez Palmyre, c'est une renommée dans cette maison-là... ils les font comme des anges.
Marcelle. — Le fait est que c'est exquis !
andré, la bouche pleine. — N'est-ce pas? Ainsi, moi, qui ne mange jamais de gâteaux, j'avoue que pour les zizis, je fais une exception... Oui, c'est le baron des Impairs qui m'a parlé de vous : vous verrez, elle n'est pas très connue, mais vous m'en ferez des compliments.
Marcelle. — Le baron est trop charmant : je ferai de mon mieux.
andré. — Ce sera très bien. Mon Dieu,
excusez-moi, il y a une question que je voudrais régler d'abord; elle est un peu... comment dirai-je?... matérielle, mais les affairée sont les affaires et puis j'aime mieux vous en parler tout de suite, comme cela nous en serons débarrassés. Des Impairs vous a sans doute dit, n'est-ce pas? ce que nous avions l'habitude de donner au cercle pour ces sortes de déplacements...
Marcelle. — Oui, oui, il me l'a dit.
andré. — Et cela vous convient?
Marcelle. — Je vous en prie... et puis pour moi, c'est moins une question d'argent qu'uu moyen de me faire connaître.
andré. — J'allais vous le dire. Oui, voilà comment ça s'est fait. Figurez-vous qu'à la suite du dernier scandale arrivé au cercle, aux Pieds Nickelés... Ah!... vous ne savez peut-être pas!... Oh! mon Dieu! c'est bien simple : c'est le petit de la Rochepurée, le vicomte de la Rochepurée... enfin Toutoum 6i vous aimez mieux... Vous connaissez?
Marcelle. — J'en ai entendu parler.
andré. — Oui. Eh bien, Toutoum a été surpris en train de tricher. Le baron ne vous l'a pas dit... Oh! il est très discret le baron, très délicat et puis, il faut tout dire, c'est son neveu!... Ah! aujourd'hui, la noblesse!... Il y a joliment du vrai, allez, dans le Prince d'Aurec, n'en déplaise aux mardistes. La noblesse et la bourgeoisie aussi d'ailleurs!... Hein, cette nouvelle affaire des pompes funèbres de la Tunisie ! Quel effondrement ! quel scandale!... Toute la gauche compromise, la droite aussi d'ailleurs et le centre donc ! C'est effrayant!!... Pour en revenir au petit de la Rochepurée, on a essayé d'étouffer l'affaire... mais ça s'est ébruité au dehors, on ne sait comment., il y a toujours des gens pour avoir l'air renseigné, ou simplement pour le plaisir de faire un mot... bref, il y a eu des potins et discrédit sur le cercle qui n'est composé que de gens fort honorables... mais enfin voilà la troisième fois que ça arrive en deux ans. Alors notre président, le baron des Impairs, a eu l'idée d'organiser une fête pour redonner du prestige, du panache aux Pieds Nickelés... Prenez donc encore un zizi ?
Marcelle. — Je vous remercie.
andré. — Voyons...
Il chante. Air des Petits Chagrins»
Encore un zizi, veux-tu bien?
Un zizi qui n'engage à rien Sans qu'on se touche.
(Parlé.) Qu'est-ce que je disais donc?
Folle Entreprise
Marcelle. — Que le baron roulait redonner du panache aux Pieds Nickelés.
anuré. — Ah oui!... Nous voulions d'abord avoir quelques sociétaires de la Comédie-Française ; mais ils proposaient de jou.'i- L'Amour de VArt ou Les Jurons de Cadillac.
Jane Ludwig, drapeau *ose, Arras; mademoiselle Ludwig est à Arras. Veux-jc connaître où est M. Berr? Drapeau chocolat : Blois. M. Berr est à Blois... C'est charmant I
Il va reporter la petite table.
Marcelle. — C'est trè6 ingénieux !
ANDRÉ. — On a besoin de forces dans le métier
Marcelle. — C'est ce que nous appelons le répertoire extérieur.
andré. — Précisément... mais nous n'avons pas voulu marcher..
Marcelle. — Four L' Amour de l'Art.
andré. — Ni pour Les Jurons de Cadillac. Alors, notre président a eu la bonté de se souvenir que j'avais écrit dans le temps une petite pièce qui s'appelle : Folle Entreprise, un acte et en vers, et qui fut assez goûtée dans quelques maisons où on la joua. Mais ici, autre difficulté. J'avais songé à Cadet pour le rôle d'Henry et à Reichenberg pour le rôle de Berthe ; mais Reichenberg était à Vienne (Autriche) et Cadet à Vienne (Isère). (Il se lève.) J'ai des petits drapeaux pour suivre la marche de la Comédie-Française à travers le monde, c'est mon petit jeu. (Il apporte près de Marcelle une petite table avec une carte et des petits drapeaux.) Ainsi aujourd'hui 26 février, je veux savoir où est mademoiselle Ludwig? Mademoiselle
andré. — Alors je me suis dit : je jouerai le rôle d'Henry, et des Impairs m'a dit : Pour le rôle de la femme, j'ai votre affaire; et c'est alors qu'il vous a écrit. Savez-vous votre rôle? c'est dans huit jours, c'est peutêtre un peu court?
Marcelle, se levant. — Oh! pour la mémoire, ça va très bien, ou du moins je crois que ça ira bien. Maintenant le baron a dû vous dire que je n'ai jamais fait d'études pour être actrice... [Avec regret.) Je n'ai pas passé par le Conservatoire.
andré, ravi. — ■ Dieu soit loué! vous ne vibrerez pas.
Marcelle. — C'est à la suite de circonstances tout à fait spéciales que j'ai embrassé la. carrière d'artiste. Vous serez donc indulgent?
andré. — Je n'en aurai pas besoin. Et
ouis vous allez me reposer des cabotines pré-
"tentieuses, exigeantes, jamais contentes de
leur rôle, qui arrivent toujours en retard,
Folle Entreprise
surtout celles gai ont une voiture, avez-vous remarquer qui n'apprennent pas le texte, notre texte, qui disent faux et auxquelles on ne peut pas faire d'observations. Vous aimez, vous, les observations ?
makcelle. — Je les adore. Eh bien! si vous voulez, nous allons commencer.
andré. — Où prenons-nous le public?
(Montrant le fond de la scène.) là-bas?
Marcelle, montrant le public. — Non!
Là.
a.vdré — Comme vous voudrez. (Désignant la porte du fond.) Vous entrez par là, sur la réplique... voyons... u tra la la la la la, il faut pour Jes comprendre avoir fait ses études ».
Marcelle. . — Et qu'est-ce qui fait la voix de Casimir, mon mari?
ANDitÉ. — C'est Jean... le fidèle Jean... mon domestique. Mais avant de commencer, voulez-vous me permettre de vous poser une question ?
Marcelle. — Mais je vous en prie.
andré. — C'est que vous ressemblez d'une façon extraordinaire à une personne que j'ai connue dans le temps... Mme de Serlys, Gabrielle de Serlys... Vous n'êtes pas sa sœur?
Marcelle, se troublant. — Je ne saurais vous dire... je ne crois pas.
andré. — Je vous demande pardon... je suis peut-être indiscret.
Marcelle. — Oh ! pas le moins du monde... au contraire. Quelle indiscrétion voulezvous qu'il y ait à me demander si je suis la sœur de cette Mme de... Comment dites- vous, Senlis?
andré. — Serlys.
Marcelle. — De cette Mme de Serlys.
{Petit silence.) Eb bien! si vous voulez, nous allons répéter Folle Entreprise ?
andré. — Quand vous voudrez... nous répétons seulement pour la mémoire... nous ne faisons pas les jeux de scène, ou du moins nous ne faisons que ce qui est indispensable.
Marcelle. — Il faut prévenir votre domestique que nous commençons.
andré. — C'est inutile... Il écoute toujours à la porte : il le verra bien. Vous y êtes?
Marcelle, dehors. — J'y suis.
andré. — Je commence.
Il joue le rôle d'Henry dans Folle Entreprise .
Trot' lu ures... elle est horriblement en retard : Le rnuhz-vous était pour deux heures et quart. C'est étonnant. Au fait je me trompe peut-être
Il tire une lettre de sa poche et lit.
Mais non, deux heures et quart, c'est bien dan*
[sa lettre.
Elle a peur — pourtant, il n y a pas de danger. Casimir son mari, le jxiuvre est en Alger, Il s'occupe de fa culture de la vigne E'. m'a confié sa femme comme au plus digne De ses plus vieux amis... Il ne se doute point /... Hier j ai reçu des raisins gros comme le poingr Les maris ont parfois de ces sollicitudes : Il faut, pour les comprendre, avoir fait se»
[études.
On frappe à la porte. André toujours jouant le rôle d Henry va ouvrir à Marcelle jouant le rôle de Berthe dans Folle Entreprise.
ANDRE-HENRY
Berthe, enfin vous voilà !
MARCELLE-BERTHE
Je ne suis pas, je croisr En avance.
ANDRÉ-HENRY
Vous avez une heure vingt-trois De retard.
MARCELLE-BERTHE
Vous me parlez comme un chef de gart>r
Henry.
ANDRÉ-HENRY
Berthe, c'est la passion qui m'égare.
D'ailleurs n'êtes-vous pas le train d'amour, le
[train Tant attendu.
Il veut l'embrasser.
marceli.e-berthe, effrayée Que faites-vous?
ANDRÉ-HENRY
J' et reins le train...
Je suis la flamme et toi le vent, donc tu m'at-
[tises..
MARCELLE-BERTHE
Henry, d: grâce, mon ami, pas de bêtises. D'abord dites-moi vous.
ANDRÉ-HENRY
Vous?
MARCELLE-BERTHE
Oui, VOUS.
Folle Entreprise
ANDRE-HENRY
Eh bien : vous,
Vous m'attisez.
MARCELLE-BERTHE
Mais non, Henry, nous sommes fous.
Je vous aime, si vou.s m'aimez, nous sommes
[sages, Berthe, de nous aimer.
MAHCELLE-BKRTHE .
Croyez-vous aux présages?
Vous allez rire... vous êtes un esprit fort. En rêre cette nuit j'ai vu Casimir mort D'unt insolation !
ANDRÉ-HENRY
Voulez-vous bien vous taire :
Apprenez que toujours on rêve le contraire De la réalité; calmez donc votre effroi.
MARCELLE-BERTHE
Le contraire/ mais alors il est mort de froid!
andré-henry, tâchant (le la calmer.
Vous êtes une enfant.
MARCELLE-BERTHE
Puis d'autres aventures...
Moi qui ne laisst jamais rien dan? les voitures, En venant ici, dans le treize -cent-vinqt'neuf , J'ai laissé mon encas, un bel encas tout neuf. Casimir me l'avait donné.
ANDRÉ-HENRY
Toujours cet homme!
MARCELLE-BERTHE
Il avait coûté dix louis.
ANDRÉ-HENRY
C'est une somme.
Enfin vous avez le numéro du sapin.
MARCELLE-BERTHE
Oui, mais le rocher peut me. poser un lapin. Pour comble de malheur, j'arrive à votre porte.: Je crois que l'on me suit dans l'escalier, et morte De ]" ur, je cours, je butte, et toc, sur les qe-
[noux.
andré-henry, 5e précipitant.
Vite, montrez-moi va.
MARCELLE-BERTHE, très digne.
Henry, relevez-vous!
De tant d'objets divers le bizarre assemblage Peut-être du hasard vous parait un ouvrage.
ANDRÉ-HENRY
Sans doute. Enfin vous voilà, c'est le principal.
MARCELLE-BERTHE, pleurant.
Mais je sais bien que ce que je fais est très mal.
ANDRÉ-HENRY
Soyons gais!
MARCELIJE-BERTHE.
Par ces présaqes, la Providence- Veut m'avertir que je commets une imprudence Extrême, et je vous dis adieu, car je m'en vais
ANDRÉ-HENRY
Vous ne ferez pas ça.
MARCELLE-BERTHE
Oh ! -mais si.
Très mauvais.
Alors... Quoi?
MARCELLE-BERTHE
ANDRÉ-HENRY
Restez donc, vous êtes adorable.
Il la presse.
MARCELLE-BERTHE
J'appelle.
andré-henry, chevaleresque.
.1/' prenez-vous pour un misérable?
Et v)ous savez bien qut chez moi vous n'avez
;[ri< <:»
A craindre... des autres. Vousle Bavez. Eh bien.' Alors, permettez-moi d'ôter cette volette Qui me cache vos clairs yeux bleus où se reflète. D'une âme innocenU et divine la candeur. Otez votre chapeau qui cache la blondeur Et les ors ondulés de vos cheveux de fée.
Il lui enlève son chapeau.
Aïe... l'épingle.
MARCELLE-BERTHE
Vous m'avez toute décoiffée.
Folie Entreprise
andré, ne jouant plus. — J'en aurai le cœur net : c'est impossible... une telle ressemblance...
MARCELLE. — Mais...
andré. — Je ne joue plus... nous ne répétons plus. Ecoutez, je vous demande pardon, c'est plus fort que moi. Tout à l'heure quand je vous ai demandé si vous n'étiez pas la sœur de Mme de Serlys, vous m'avez dit que non... je vous ai crue ; mais pendant que nous jouions, j'étais tout près de vous et l'expression du regard, certaines ra-
il Ai:i ki.i.k. — Qu'à cela ne tienne : Oui, je suis Gabrielle de Serlys... mais ne m'en demandez pas davanjtiage, n'insistez pas, cela me serait odieux. Jouons, eovfesvous ?
andré. — C'est cela, répétons Folle En. treprise. Nous reprenons d'où nous en étions. Je crois que ça ira très bien. D'abord vous savez admirablement votre rôle.
Marcelle. — J'ai une assez bonne mémoire, et puis je trouve que vos vers s'ap-
ANDRÉ HENRY
Oh oui! Berthe Morel.
Vexions de voix que j'ai retrouvées, votre odeur même, mille choses enfin... encore à l'instant quand vous avez enlevé votre voilette et votre chapeau... non, non, le- doute, n'est plus possible. En effet vous n'aviez pas menti, vous n'êtes pas la sœur de Mme de Serlys, maie madame de Serlys, elle-même. Que \-ous ayez des raisons pour vous cacher, cela ne me regarde pas, je suis un galant homme, je ne veux rien savoir, mais je vous en conjure, dites-moi que je ne me trompe pas et que vous êtes bien madame de Serlys... ou sans ça je sens que je vais devenir fou.
prennent très facilement... ils sont naturels, c'est comme de la prose.
andré. — C'est leur seul mérite, mais c'est vous surtout qui les rendez naturels... vous les dites simplement, sans prétention comme ils doivent être dits... sans vibrer.
Marcelle. — Nous reprenons, voulezvous?
Reprenant le rôle Folle Entreprise.
Vous /n'avez toute décoiffée.
4NDRÉ-HENRY.
Mes efferts seront-ils couronnés de sw.es?
Folle Entreprise
M ARCELLE-BERTHE .
Je suis la femme de M. Morel.
Je sais.
Cela n'empêche pas.
MARCELLE-BERTHE
Casimir est si tendre.
Je vous adore.
ANDRE-HENRY
MARCELLE-BERTHE
Chut!
ANDRÉ-HENRY
Il ne peut rien entendre, Voyons... Alger, c'est loin, à quoi bon parler
[bas; Nous sommes enfin seuls.' libres/
MARCELLE-BERTHE
Je ne peux pas, Je suis la femme de monsieur Morel.
Sans doute.
ANDRE-HENRY
MARCELLE-BERTHH.
me désirez, mais...
Mais?
MARCELLE-IîERTHB.
L'amour c'est pour toute La vie, et votre désir n'est pas éternel. Vous m'aimerez toujours?
ANDRÉ-HENRY, à QenOUX.
Oh oui! Tierthe Morel.
(Ne jouant plus.) Ecoutez, madame, il faat aie pardonner (Il se relève), mais l'émotion que j'éprouve n'est pas ordinaire. Je ne joue pa6... nous ne répétons plue... nous reprendrons tout à l'heure, nous avons le temps. Vous ne vous souvenez pas du tout de moi, n'est-ce pas?
Marcelle. — Pas du tout et je me demande même d'où vous me connaissez.
andré. — Et pourtant j'ai passé deux jours et deux nuits chez vous.
Marcelle. — Ohez moi P
andré. — Oui, chez vous. Oh! ce n'est pas hier naturellement; c'est il y a six ans. M. de Serlys, votre mari, qui avait à cette époque gagné beaucoup d'argent au jeu, avait acheté avec ses bénéfices un château appelé Mont-Loyal et que ses amis, entre eux, avaient surnommé « La Poussette », je n'ai jamais su pourquoi. C'était au mois d'octobre : il y avait des chasses et j'ai fait partie de la deuxième fournée d'invités. J'avais été amené là par le grand Ribert, un bon ami à moi qui était un peu cousin de votre mari.
Marcelle. — - En effet je crois me rappeler... attendez donc... Ribert, un grand brun... n'est-ce pas celui qui avait amené ses trente-sept chiens danois?