MARCELLE
les acteurs ?
andré. — Vous y êtes. En voilà un qui savait se rendre agréable dans une société ! E y avait là aussi la jolie madame de Surledo qui s'est fait surprendre dans le coffre à avoine avec le beau capitaine Fam«leuil. Dieu ! avons-nous ri ! C'est cette fois-là encore que le petit Alvin qui chassait comme un braque a flanqué un coup dé fusil dans l'aine à un paysan qui rabattait et qu'il lui a dit pour le consoler : << Mon vieux, t'as pas de veine... il n'y a ici que des douillards, des millionnaires et c'est moi qui n'ai pas le sou qui t'ai envoyé ce pruneau-là! » Ah! c'était le bon temps!
Marcelle. — Oui, c'était le bon temps!... Comment il y a déjà six ans ?
andré. — Mais oui. J'étai6 très amoureux de vous... vous aviez fait sur moi une impression profonde, ineffaçable même, puisque je l'éprouve encore en vous revoyant; mais vous comprenez maintenant mon émotion et combien je fus troublé en vous retrouvant sous le nom de Marcelle Talmah et venant chez moi répéter Folte Entreprise. A la suite de quelles circonstances...
Marcelle, se levant. — Vous m'aviez dit que vous ne m'interrogeriez pas, que vous ne chercheriez pas à savoir.. . je compte but votre discrétion et votre courtoisie.
andré, avec élan. — Et vous avez raison
Folle Hntreprise
d'y compter. (D'un air pntimer.) J'aurais bien voulu pourtant... enfin une seule question, très simple : M. de Serlys est-il mort ?
Marcelle. - — Non, il n'est pas mort.
Mais je vous en prie, nous ne sommes pas ici pour nous amuser... jouons.
andré. — Oui... jouons, il faut jouer. La vie est terrible, voyez-vous. Voulez-vous reprendre... votre dernière réplique s'il vou» plaît ?
Marcelle. — Où en étions-nous déjà? Je ne 6ais plus... Je suis toute troublée.
andré. — C'est absolument comme moi.
Vous en étiez, je crois, à: Je suis la femme de monsieur Morel.
Marcelle. — Oui, c'est cela....
Elle reprend le rôle de Berthe.
Vous m'aimerez toujours?
11 enlève sa Jaquette et la jette à l'autre bout d» l'atelier. En bras de chemise :
Si vous vouliez me suicre en mon paya de rêve, ATous irions nus ainsi que Péludan et Eve. Avee vous, cœur de mon cœur et chair de ma
[chair.
Je borne mon désir au petit trou pas cher; A la maison avec jardin, douces allées Où la brise zézaye avec les azalées, Grande pièce d'eau pour se promener la nuit.
Vous nagez?
marcelle-berthe.
andré-henry.
Comme un clair de lune.
MARCELLE-BERTHE
Mais l'ennuif Vous vous fatigueriez' bientôt de ce régime, Et de votre ennui vous me feriez la victime. L'homme croit aimer... non, il cultive son Moif
Oh! oui, Berthe Morel!
C'est pour toute la vie.
MARCELLE-BERTHE
A combien de maîtresses, Avez- vous déjà dit ces paroles traîtresses? Au bout de combien de temps, avez-vous cessé De les aimer?
Toujours elles ont commencé.
Berthe, sous mes dehors froids de viveur sceptique Apprenez que je cache une âme poétique. Un cœur embrasé sous des airs indifférents. Hélas! on est entraîné pur tant de courants A Paris... la vie... allez c< n'est pas commode D'être soi, de se livrer.
MARCELLE-BERTHE
Pourquoi donc?
ANDRÉ-HENRY
Lu Le monde, les amis, les affaires, le club. On imite, on devient impersonnel et snob. Et puis il faut avoir l'air mille huit cent trente Et j'ai les deux tours à ma cravate amaranthe. Avec le toupet de monsit ur de Polignac Et des gilets à schall comme au temps de Balfrac.
Sans quoi je me croirais déshonoré, madame : J'ai l'habit d'un dandy, mais je n'en ai pas
[l'âme.
Je me passerais fort bien de ces vêtements Et je n'ai pas besoin de ces vains ornements.
ANDRE-HENRY
Mais mon aJfiour sera la culture du Toi. Berthe, vous me prenez donc pour un êgoti-<t'l Je vous cultiverai, fleur aux yeux d'améthyste. Je brûle d'une amoiu qu'on ne saurait ni<r. Et j'aurai poiit CJ^Ùffuc «Au galant Jardinier.»
iIJ reste en suspens comme manquant de mTmoire, ne jouant plus.) Qu'est-ce que je distiu donc déjà? Vous voyez, je n'y suis plus... je perds complètement la mémoire: c'est votre faute, cela vient de ce que vous avez piqué ma curiosité au plus haut degré et que je ne peux plus penser à autre chose... il faut ^absolument que vous me racontiez votre histoire, car il y a une histoire... je sens que je ne peux rien faire sans ça.
Marcelle. — ■ Essayez tout de même.
andré. — C'est inutile d'essayer, je vous dis que je ne pourrai pas.
MAïuELLE. — Vous aviez dit que vous ne m'interrogeriez pas... vous aviez même donné votre parole.
andré — Je la retire. Elle est retirée... là, n'en parlons plu.-. Répondez-moi par oui ou par non, ne me dites que le strict nécessaire, mais répondez-moi, je vous en conjure. M. de Serlys n'est pas mort?
MARCELLE. Non.
andré. — Alors il vit ?
MARCELLE. Oui.
andré. — Mais il n'est plus votre marir*
MARCELLE. Non.
Folle Entreprise
andré — Voue avez divorcé?
MARCELLE. Oui.
andrjs. — Il vous trompait f
Marcelle. — Indignement... jusque sous mon toit, avec la bonne.
andré. — Le misérable! Alors?
Marcelle. — Alors je l'ai quitté. Il m'avait épousée orpheline et sans fortune, mais ne voulant rien accepter de lui, pas même la pension que la loi m'accordait, je suis venue à Paris et j'étudie l'art dramatique pour gagner ma vie.
andré. — Pauvre petite! Des enfants?
Marcelle. — Pas d'enfants.
andré. — Tant mieux. Et où est-il maintenant?
Marcelle. — Casimir ?
andré. — Il s'appelle Casimir?
MARCELLE. — Oui.
andré — Comme dan6 Folle Entreprise.
C'e6t drôle. Ce n'est qu'une coïncidence, mais elle est drôle. Eh bien ! où est-il Casimir ?
Marcelle. — Maison de santé.
andré. — Gâteux?
MARCELLE. FoU.