AVEC
Toutes les mylhologies prennent leur source 'dans la tradition judaïque que les peuples anciens ont travestie au point de la rendre presque méconnaissable. Cette incontestable vérité entrevue par saint Clément d’Alexandrie et formulée par saint Augustin, fut développée plus tard par Bompart, Huet, Thomassin, Bochart, Lavaur, Banier, Pluche, Brunet, Girardet, Guérin du Rocher, etc. Malgré tant de savans travaux, l’étude comparée de la Bible et des traditions mythologiques est encore peu répandue : c’est pour cette raison que nous croyons faire une œuvre utile en résumant ce qu’ont écrit de mieux sur cette matière les auteurs que nous venons de citer. Nous mettrons surtout à profit dans cette dissertation les collections de voyages anciens et modernes, la bibliothèque britannique , les lettres édifiantes, V histoire universelle des anglais et les mémoires de l’académie des inscriptions dont nous citerons quel-* quefois textuellement d’intéressans passages.
Trois causes principales plongèrent les hommes dans les ténèbres de l’idolâtrie : la vanité , l’ignorance et les passions. La vanité nationale altéra l’histoire pour faire honneur à un pays seul des faits qui concernent le genre humain tout entier. Si nous examinons séparément les diverses narrations mythologiques, l’idée qu’elles feront naître dans notre esprit sera presque toujours celle d’une localité distincte et exclusive, et au premier abord nous ne verrons peut-être dans leur coïncidence avec les récits bibliques qu’un rapport de hasard ; mais si nous les envisageons simultanément , l’universalité de similitude qui existe entre l’antiquité payenne et l’antiquité judaïque nous convaincra que ce concours général de croyances n’est pas le résultat du hasard , et
que les rêveries mythologiques ne sont que des faits généraux particularisés par la vanité nationale et défigurés par l’ignorance. Il était difficile que la tradition orale pût se conserver longtemps pure et intacte. Les peuples primitifs, doués d’une imagination toute poétique, chantaient plutôt qu’ils ne racontaient l’histoire des temps passés ; aussi l’erreur se mêla bientôt à la vérité et resta confondue avec elle ; les passions étaient intéressées à maintenir cette confusion sacrilège ; pour étouffer leurs remords, elles déifièrent le vice et s’empressèrent de mutiler la religion qui les condamnait et d’en dénaturer l’histoire. Cependant, les traditions primitives consignées dans les livres sacrés ne furent point tellement altérées que nous ne puissions en retrouver de nombreux vestiges dans toutes les mythologies. Nous allons donc essayer de retrouver les principaux faits bibliques sous le masque de la fable.
§ 1er.
Noms et attributs de Dieu.
« Au commencement le Très-Haut ( Eloim ) créa le ciel et la terre . » Ces premières lignes de la Genèse nous font connaître un des noms de la Divinité , son unité, sa toute-puissance, et par déduction ses autres attributs. Celte connaissance de la nature de Dieu est sans doute bien affaiblie dans les mythes payens; mais nous y retrouvons pourtant l’idée plus ou moins nette des principaux attributs de la Divinité.
Les différons noms que les Hébreux ont donné à Dieu (Eloah, Jéhovah, Kadosh, Dai, etc. ), ont été conservés plus ou moins fidèlement dans toutes les langues
avec la même signification ; nous nous bornerons à en citer quelques exemples :
me implicitement l’idée d’un des attributs divins que la Genèse nous fait connaître.
Hébreu
Syriaque
Chaldéen
Arabe
Circassien
Turc
Javanais
Mandingo
Tidoritain
Formose
— Eloah; pluriel Eloira (très-haut).
— Eloah.
— Oloah.
— Allah.
— llah.
— Allah.
— Ala.
— Alla.
— Ala.
— Alid.
Hébreu
Samaritain
Ane. maures
Cornouailles
Finlandais
Basque
Gallois
Etrusque
Latin
— Jéovah (être par excellence).
— Jave.
— Juba.
— Jeu.
— Jumala.
• — Jaun.
— Jau.
— Juve.
— Jov-piter, Jupiter, Jovis (1).
Hébreu
Sanscrit
Persan
Indboustan
Runique
Teuton
— Kadosk (le Saint).
— Çuddhas.
— Khoda.
— Koda.
— Kud.
— Cot.
Kamlschadale — Kout.
Hébreu
Sanscrit
Celtique
Grec-Eolien
Latin
Roman
Irlandais
Italien
Espagnol
Portugais
Mangalor
Phénicien
St-Domingue
— Dai (tout-puissant).
— Daivas.
— Diu..
— Deus
— Deus.
— Deus , Deu , Dié.
■ — Dia.
— Dio.
— Dios.
— Deos.
— Deu.
— Diodun.
— Dié , etc. , etc.
Un grand nombre des mots par lesquels s’exprime l’idée de la Divinité dans les langues anciennes renfer-
Sanscrit : Cuddhas (pur, vertueux).
Zend : Zerwan [temps sans bornes).
Persan : Khoda ( saint ).
Ane. Egyptien : Cneph ( caché ).
Gaulois : Teulalès ( père du monde).
Indien : Ram [de l'Hébreu Ram : élevé).
Etrusque : Sir [maître).
Chinois : Tia ( bonté).
Gothique : Guth [bonté).
Indhoustan : Achar [immuable).
Basque : Yancoa [celui d'en haut ).
Talenga : Paraba-Vastou [haute couse).
Malabare : Tampiran [être suprême ).
Id. : Saru Wesuren [être indépendant).
Thibélain : KoncikoCiet ( Dieu-un).
Id. : Koncioksum [Dieu-trin).
Indien : Brama ( être absolu ).
Chinois : Tou-Heou ( être par excellence). (1)
Bien que le Polythéisme exclue nécessairement l’unité de Dieu, il admet presque toujours l’existence d’un être en qui réside le principe de la souveraineté et devant lequel s’éclipse la gloire des divinités inférieures. Tel est le Dzeus des Grecs : « Rien n’échappe à ses yeux, dit Pindare; il est tout-puissant ; rien n’est fait que par lui. »» Tel est le Jupiter des Romains :
Undè nil majus generalur ipso ;
Nec viget quidquam simile aut secundum.
Horace. 1. od. 12.
Tel est le Sarwam-Akaranam des Perses, l’Ammon- Ra des Egyptiens, l’Odin des Scandinaves qu’ils appelaient le père universel , le Brahma de la trinité indienne f Dieu invisible , existant par lui-même et faisant tout naître par l’émanation de sa gloire. Les Celtes , les Gaulois, les Ethiopiens , les Germains, les Etrusques, reconnaissaient également un Dieu suprême.
Zoroastre ne donnait-il pas de Dieu une définition toute biblique lorsqu’il disait : ce II est le plus ancien de tous les êtres, éternel, incréé , indivisible , source de tous les biens, incorruptible , meilleur que tout ce qui
(1) Jupiter. — Primitivement on disait Jov, que l’on joignait à ue autre nom. Ainsi on a dit d’abord Jov ammon , puis Jov piler (Dieu père), puis Jupiter, Jovis. Jupiter est donc un dérivé de Jéhovah. — -Pluche.
(1) Nous avons puisé presque tous ces détails philologiques dans le savant ouvrage que vient de publier M. Azaïs (de Béziers), sur la Formation et le Développement du langage des hommes. Il y prouve , avec un rare talent , que tous les idiômes de l’ancien et du nouveau monde ont une origine commune, et qu’ils dérivent tous de la langue hébraïque.
est bon , et plus sage que tout ce qui est sage ; il est infiniment juste et tient de lui-même son existence, ses perfections sans bornes , sa toute science et son empire sur tout l’univers. » (i)
Le dogme de l’éternité divine était également connu des premiers habitans de l’Islande ; on lit dans leur Edda : « Ganeler commença ainsi à parler : quel est le premier Dieu et le plus ancien? — Nous le nommons le père de tous, répondit Har; il vit éternellement et régit dans tout son empire les petites choses comme les grandes. »
Les Indiens font à leur Dieu une prière qui ne serait certes point déplacée dans la bouche d’un chrétien : « J’adore cet être qui n’est sujet ni au changement ni à la crainte; cet être dont la nature est indivisible ; cet être qui est l’origine et la cause de tous les êtres et qui les surpasse tous par son excellence. » (a) Les sauvages de Madagascar ont une prière moins philosophique dans les termes, mais qui n’en exprime pas moins les divers attributs de la divinité : « O Eternel , ayez pitié de moi, parce que je suis passager! O infini , parce que je ne suis qu’un point ! O /orî, parce que je suis faible ! O source de la vie , parce que je touche à la mort! O intelligent , parce que je suis dans l’erreur! O bienfesant , parce que je suis pauvre ! O tout-puissant , parce que je ne puis rien ! » (3)
Nous ne nous sommes point arrêtés dans ce chapitre à la mythologie des Grecs et des Romains : elle est trop connue pour que nous ayons besoin de signaler les rapports frappant de leurs croyances sur la nature de Dieu avec la tradition judaïque. (4 ) Nous nous bornerons à rappeler que ce sont les philosophes de la Grèce qui se sont le plus rapprochés de la vérité, probablement à cause de la connaissance qu’ils eurent des livres sacrés des Hébreux, (5) On sait qu’Anaxagore enseigna que la formation de l’univers est due à la sagesse et à la puissance d'un esprit infini, et que c’était là aussi l’opinion
(1 ) Apud Etisrbiuin : prep. évang.
(2) Lcllres édifiantes, tome X.
(~>) Flaccourt : histoire de Madagascar.
(4) Voyez Cicéron : De naiurd deorum , avec l’appendice de D'Ùllivei.
(5) Diodoro de Sicile nous apprend que « Musée, Orphée, Mclampe , Dtdale, Homère, Lycurgue, Solon, Pylhagore, Eodoxe , Dcmocrite et Œnopis visitèrent l’Egypte » où le long séjour des juifs fil connaître leur doctrine et leur histoire.
de Xénophane. On sait encore qu’ Aristote croyait à la spiritualité divine ; que Platon nous représente Dieu comme un être unique * souverainement bon et toutpuissant, qui a tout créé selon l’idéal de la perfection (i), et que Pythagore, Zénon, Socrate, Celse, Homère, Hésiode, Pindare , Archiloque, Callimaquc, reconnaissent un Dieu suprême, créateur des Dieux et des hommes , principe et fin de toutes choses.
Création du monde.
Nous commencerons par mettre le récit de Moyse sous les yeux du lecteur, afin qu’il puisse facilement saisir les dilîérens rapports de la cosmogonie judaïque avec les traditions mythologiques , sans que nous soyons obligés de faire nous-même ces rapprochemens dans le cours de ce chapitre.
« Au commencement Dieu créa le ciel et la terre. La terre était informe et vide; les ténèbres couvraient la face de l’abîme et l’esprit de Dieu était porté sur les eaux. Or, Dieu dit : que la lumière soit et la lumière fut. Dieu vit que la lumière était bonne et il la sépara d’avec les ténèbres. Il donna 5 la lumière le nom de jour et aux ténèbres le nom de nuit, et du soir et du matin se fit le premier jour. Dieu dit aussi que le firmament soit fait au milieu des eaux et qu’il sépare les eaux d’avec les eaux. Et Dieu fit le firmament et sépara les eaux qui étaient sous le firmament de celles qui étaient au-dessus du firmament, et cela se fit ainsi. Dieu donna au firmament le nom de ciel, et du soir et du matin se fit le second jour. Dieu dit alors : que les eaux qui sont sous le ciel se rassemblent en un seul lieu et que l’élément aride paraisse , et cela se fit ainsi. Dieu donna le nom de terre à l’élément aride et appela mer toutes les eaux rassemblées , et il vit que cela était bon. Il dit ensuite : que la terre produise l’herbe verte qui porte la graine et des arbres qui portent du fruit selon leur
espèce... et cela se fit ainsi Dieu dit alors : que des
corps lumineux se montrent dans le firmament appelé ciel, afin qu’ils séparent le jour de la nuit... Il fit aussi les étoiles et il les mit dans le firmament du ciel pour luire sur la terre.... et du soir et du matin, il fit le
( I ) In Timœo. — Leg. X.
quatrième jour. Dieu dit encore : que les eaux produisent des animaux vivans qui nagent , et des oiseaux qui volent sur la terre.... et du soir et du matin se fit le cinquième jour. Dieu dit aussi : que la terre produise des animaux vivans.... et du soir et du malin se fit le sixième jour. Telle a été l’origine du ciel et de la terre , et c’est ainsi qu’ils furent créés....» (1)
On peut retrouver chez tous les peuples les vestiges plus ou moins eiïacés de ce sublime récit. Commençons par les Phéniciens. Leur cosmogonie ne nous est guère connue que par les fragments de Sanchoniaton. Le premier principe de l’univers, dit-il, a été un air ténébreux et spiritueux , un chaos plein de confusion et sans clarté, éternel et d’une durée sans fin. Cet esprit produisit Mob, c’est-à-dire un limon ou un mélange aqueux qui fut le principe de toutes les créatures et la génération de l’univers ; il y eut d’abord des animaux qui n’avaient aucun sentiment ; ils en engendrèrent d’intelligens et contemplateurs des deux. Immédiatement après Mob, le soleil, la lune, les étoiles et les autres astres commencèrent 5 paraître et à luire. Un violent degré de chaleur communiqué à la terre produisit des vents et des nuées qui tombèrent en pluie; celte pluie attirée par le soleil forma les orages, et le bruit du tonnerre réveilla les animaux intelligens qui commencèrent à se mouvoir sur la terre et dans la mer. (2)
LesChaldéens croyaient que l’arrangement de l’univers est l’œuvre de la sagesse divine. Ils semblaient avoir conservé le souvenir confus de ces races étranges d’animaux monstrueux , antérieurs au déluge et dont la géologie moderne a retrouvé de nombreux vestiges (5). A l’époque où l'univers était encore plongé dans les eaux et les ténèbres , nous dit Bèrpse (4) , on vit naître des monstres d’un aspect effroyable , des hommes bucéphales , des androgynes , des hyppocentaures , des taureaux à tète d’homme, des chiens à queue de poisson, etc. Le souvenir de ces monstruosités fut perpétué par les sculptures du temple de Bclus,
La cosmogonie que nous a laissé Diodore de Sicile paraît être celle des Egyptiens. Antérieurement à la
( 1 ) Genèse , chap. ter.
( 2 ) Aputl Eusebiuni , prepar. evang., 1. 1 .
(3) Voyez Cuvier, de Luc, Elit de Beaumont.
(4) Apud Alex. Polihist.
création, nous dit-il, le ciel et la terre ne formaient qu’un bizarre chaos. Dès qu’ils furent séparés, les portions ignées de l’air s’élevèrent dans les hautes régions où elles étaient portées par la puissance de leur pesanteur spécifique , tandis que les portions aqueuses se condensèrent dans le vaste bassin des océans et que les parties solides formèrent le globe de la terre. La chaleur du soleil mit en fermentation ces divers élémens d’où naquirent les êtres inanimés et les créatures vivantes.
Le grand historien de la théogonie grecque , Hésiode , suppose trois principes contemporains du chaos : YErèbe (i) , \eTartare el l’ Amour ; le Chaos était né des ténèbres et ce fut du Chaos qu’un être supérieur, Démogorgon , fit jaillir le monde. D’après Orphée (2), Dieu créa l’éther ou le ciel qui resta d’abord voilé par l’obscurité de la nuit ; la lumière dissipa bientôt ces ténèbres. Tous les êtres corporels et incorporels furent créés par la puissance infinie d’un Dieu unique et invisible. Orphée avait puisé de grandes et nobles idées sur la divinité dans le séjour qu’il fit en Egypte. « Il y a , dit-il , un Etre inconnu qui est le plus ancien de tous les êtres et le producteur de toutes choses. Cet Etre
sublime est vie, lumière et sagesse L’Empyrée, le
profond l’artare, la Terre et l’Océan, les Dieux immortels et les déesses , tout ce qui est, tout ce qui sera, était contenu originairement dans le sein de Jupiter et en est sorti. Jupiter est le premier et le dernier, le commencement et la fin ; tous les êtres émanent de lui. Il est la vie , la cause de toutes choses ; il est le père primitif; il n’y a qu’une seule puissance, un seul Dieu, un seul roi universel. » (3)
Anaxagore est le philosophe grec qui s’est exprimé le plus clairement sur les origines du monde. (4} D’après lui , la matière et l’intelligence sont éternelles ; elles étaient séparées l’une de l’autre par leurs attributs essentiellement différens. Il arriva un temps où l’intelligence,
( 1 ) Hereb est un mot hébreu qui signiGe couchant, confusion, soir. ( Bocharl , géogr. sacrée. )
(2) Apud Eusebium et Suidam.
(3) Aristote a nié l’existence d'Orphée; mais les témoignages de Diodore de Sicile, Ilygin , Appollodore , Âppollonius de Rhodes , Pausanias , Diogène Laerce , Valerius Flaccus , etc., ne permettent point de douter qu'Orphée ait été un personnage réel ; mais il n’est point certain qu’il soit l’auteur des hymnes qu’on lui a longtemps attribuées : plusieurs savants modernes croient qu'elles ont été composées par Onomacrite, poète contemporain de Pisistrate.
(4) Ilomeomereia.
sans y être contrainte par aucune nécessité, voulut sortir de son repos et faire régner l’harmonie parmi les divers élémens dont se composait la matière. L’Intelligence combina ces élémens , leur imprima un mouvement et forma des espèces de diverse nature ; elle a tout créé pour les hommes qu’elle entoure de sa continuelle providence, et qu’elle doit rappeler dans les cieux pour récompenser leurs vertus. Les astres ne doivent pas être rangés au nombre des Dieux ni des êtres animés ; ce sont des masses inertes auxquelles le mouvement est communiqué par l’intelligence suprême. Aucun philosophe grec ne s’est plus rapproché de la vérité que Jnaxagore , en ce qui concerne la cosmogonie (i). Presque tous les peuples anciens ont admis une matière incréée , comme cet illustre disciple de l’école ionienne ; mais ils reconnaissaient la plupart une origine plus ou moins moderne au monde organisé.
Nous croyons retrouver je Spiritus dei ferebatur super aguas , dans la doctrine de Thalès , qui considérait l’eau comme le principe de toutes choses. Thaïes n’a fait qu’ériger en système dé physique une croyance populaire bien antérieure au temps où il vivait , croyance que les poètes avaient symbolisée dans leurs écrits en faisant de Y Océan le père commun des Dieux et des hommes. Le système de Thalès se retrouve dès la plus haute antiquité chez les Egyptiens et les Indiens (2 '. Les Chinois et plusieurs autres nations de l’Orient supposent que l’eau a été le premier principe des êtres qui ne doivent leur forme qu’à la combinaison des portions de matière qui flottaient confusément dans l’immense fluide du chaos (5).
Nous ne pouvons mieux faire connaître la cosmogonie des Latins qu’en reproduisant le commencement du premier livre des métamorphoses d 'Ovide, qui dans bien des endroits, n’est qu’une poétique amplification du récit de Moyse . « Avant la formation de la mer, de la terre et du ciel qui les environne, la nature dans l’univers n’offrait qu’un seul aspect; on l’appela chaos, masse grossière, informe (4) , qui n’avait que de la pesanteur, sans action et sans vie , mélange confus d’élémens
(1 ) Le Batteux : Mém. de l’Acad. des inscriptions, t. XLI.
(2) Strabon, lib. XV.
(3) Mém. de l’Académie des inscriptions, t. XV, p. 32.
(4) C’est à tort qn Ovide a cru pouvoir expliquer le chaos des grecs par radis indigesiaque moles. Le mot chaos correspond au tohu-bohu des Hébreux , et signilie vide , profondeur , néant.
qui se combattaient entr’eux. Aucun soleil ne prêtait encore sa lumière au monde ; la lune ne faisait point briller son croissant argenté ; la terre n’était pas suspendue, balancée par son poids , au milieu des airs. L’Océan , sans rivages , n’embrassait pas les vastes flancs du globe. L’air, la terre et les eaux étaient confondus : la terre sans solidité, l’onde non fluide, l’air privé de lumière. Les élémens étaient ennemis; aucun d’eux^ n’avait sa forme actuelle. Dans le même corps , le froid combattait le chaud , le sec attaquait l'humide , les corps durs et ceux qui étaient sans résistance , les corps les plus pesants et les corps les plus légers se heurtaient , sans cesse opposés et contraires. Un Dieu ou la Nature plus puissante ( i ) termina tous ces combats, sépara le ciel de la terre, la terre des eaux, l’air le plus pur de l’air le plus grossier. Le chaos étant ainsi débrouillé, les élémens occupèrent le rang qui leur fut assigné et reçurent les lois qui devaient maintenir entre eux une éternelle paix. Le feu qui n’a point de pesanteur brilla dans le ciel et occupa la région la plus élevée. Au-dessous, mais près de lui , vint se placer l’air, par sa légèreté. La terre entraînant les élémens épais et solides, fut fixée plus bas par son propre poids. La dernière place appartint à l’onde qui , s'étendant mollement autour de la terre, l’embrassa de toutes parts. Après que ce Dieu, quel qu’il fut, eut ainsi débrouillé et divisé la matière, il arrondit la terre pour qu’elle fut égale dans toutes ses parties. Il ordonna qu’elle fut entourée par la mer, et la mer fut soumise à l’empire des vents, sans pouvoir franchir ses rivages Les astres trop longtemps obscurcis
dans la masse informe du chaos, commencèrent à briller dans les cieux ; les poissons peuplèrent l’onde; les quadrupèdes, la terre; les oiseaux, les plaines de l’air. » Les principales idées d’Ovide sur la création sont conformes avec les opinions de Lucrèce et de Diodore de Sicile qui s’étaient inspirés des conceptions d ’ Hésiode. Hésiode lui-même avait puisé en grande partie son système dans Sanchoniaton qui se vantait d’avoir appris d’un prêtre de Jèhova ce qu’il raconte de l’origine du monde.
Les Germains adoraient un Dieu suprême , auteur de tout ce qui existe , doué d’une puissance infinie et d’une justice incorruptible. On le considérait non-seulement comme le créateur de tous les êtres, mais aussi comme
( 1 ) La nature, dit Senèque , n'est pas antre chose que Dieu et l'harmonie qu'il fait regner dans l’univers
le principe el le moteur de tous les évènemens (i).
Movse , par les expressions vesperè et manè plusieurs fois répétées, donne à la nuit antériorité sur le jour; c’est ce qui nous explique pourquoi tous les peuples anciens faisaient commencer le jour au moment où la lune commence à éclairer l’horizon (2). Les Grecs nommaient la nuit , la déesse antique , et ils disaient qu’elle était l’aînée du jour. Alexandre-le-Grand , dans le cours de ses voyages belliqueux, demanda à un gymnosophite lequel était le plus ancien du jour ou de la nuit ; le philosophe Indien répartit que c’était le jour, ce qui surprit étrangement le roi de Macédoine, comme nous le fait remarquer Plutarque. Cet étonnement nous prouve que l’opinion générale de l’antiquité tenait en faveur de la priorité de la nuit.
Les Etrusques croyaient que Dieu avait employé 6,000 années à l’accomplissement de son œuvre créatrice. De mille ans en mille ans, il aurait créé : 1° les cieux et la terre; 2° le firmament ; 3° la mer et les eaux ; 4° le soleil et les astres; 5° les animaux; 6° l’homme. 6,000 années doivent s’écouler depuis la formation de l’homme jusqu’à la fin du monde (3). Les Persans admettent également dans la création six époques, mais dont l’ensemble ne forme qu’une année.
1 re
époque : mid-guzeram
( 55 jours) ,
création du ciel.
Oe
— mid-gusham
(60 jours),
— des eaux.
— pïlisbahïm
( 75 jours ) ,
— de la terre.
— jyaferam
( 30 jours ) ,
— des végétaux
— mîdigarîm
( 80 jours ) ,
— des animaux
— hamespîlamîdim (75 jours ) ,
— de l’homme.
On retrouve cette croyance dans le Boun-Dehesch qu’on regarde comme un fragment des livres de Zoroastre (4). — Les Guèbres célèbrent six fêtes en l’honneur de six temps de la création. — Selon les habitans de l’île de Formose, la création aurait duré quatre ans.
( 1 ) Tacite , Mores german.
(2) Mém. de l’Acad. des inscriptions, t. XLI , p. 46. Les Romains et les Egyptiens commençaient le jour à minuit ; les Babyloniens, les Perses, les Syriens le commençaient au lever du soleil ; les Umbriens et les anciens Arabes à midi , et les Athéniens et les Juifs au coucher du soleil. En Allemagne, en Angleterre , en Hollande , en Espagne , en Portugal , en France , le jour commence à minuit. Dans la Chine , il commence au coucher du soleil. ( M. Azais : Essai sur la formation du langage des hommes. Beziers , 1845. )
(3) Ânonym. Apud Suidam.
(4) Hyde. Relig. vet. Persarum, page 64
Cette division de la création par époques n’est nullement en désharmonie avec le texte biblique. Le mot hébreu, yom qu’on a traduit par jour, a souvent la signification d’un espace de temps indéterminé; et la preuve qu’il ne s’agit pas ici d’un jour proprement dit, c’est que Moyse employé cette même expression pour désigner les époques antérieures à la création du soleil qui peut être seul le régulateur des jours, dans le sens rigoureux que nous attachons à ce mot. Il ne faudrait point croire que cette interprétation ait été inventée par les philologues modernes pour mettre la Genèse en harmonie avec les sciences géologiques ; car saint Augustin disait à une époque où l’on était loin de soupçonner que l’intérieur du globe puisse nous révéler l’histoire de la création : qui die s , cujus modisint, aut perdifficilè nobis aut etiàm impossibile est cogitare, quant à magis dicere ( 1 ).
Les peuples de l’Inde attribuent la création à la bonté de Dieu. Ils s’imaginent que l’élément primitif, l’eau, prit la forme d’un œuf dont l’extension graduelle forma la voûte des cieux. La terre fut placée au milieu du firmament ; le soleil l’éclaira; l’air et le feu la vivifièrent, et les créatures furent douées d'une puissance reproductive (2). Parmi les Indiens, ce sont les Gentoux dont le stystème cosmologique est le moins déraisonnable. Dieu, disent-ils, se rendit invisible pour créer l’univers et remit le gouvernement du ciel entre les mains de Birmah. Après avoir triomphé de la discorde et de la confusion, il se rendit visible, commanda à Birmah de créer, à Bistnou de conserver, et à Sieb de détruire. Pour obéir à ces ordres, Birmah laissa flotter son esprit sur l’abîme du chaos ; Bistnou se métamorphosa en sanglier et avec ses défenses tira du sein du chaos Murto (la terre ) qui produisit un serpent et une tortue (3). M. Hotwel commente ainsi le texte sacré des Gentoux : “ L’Eternel ayant résolu de créer l’univers, semblable à un habile architecte, se retire pendant un certain temps, pour dresser son plan et préparer ses matériaux. 11 a à combattre dans son opération , la confusion et le tumulte qui composent l’abîme de Jhoale. Il les sépare, les soumet , les assujétit el les dispose à recevoir les impressions qu’il voulait leur donner. Il déployé ses trois
(t) Cité de Dieu. — V. aussi les commentaires sur la Genèse, 1. IV., n°. 44.
(2) Lords. Discovery of the banian religion.
(3) M. Th. Perrin : Origine des Dieux , 1857 , t. 1er.
grands atlributs, qui sont le pouvoir de créer, de conserver et de détruire , représentés par les trois premiers êtres créés. Son esprit flotte sur la nature fluide : la création commence. Birmah ou la création est représenté avec quatre têtes et quatre bras pour marquer le pouvoir de Dieu dans l’acte de la création. Bisinou, le conservateur, est transformé en gros sanglier, lequel marque la force de Dieu dans l’acte de la création. La tortue indique la stabilité et la solidité avec laquelle la terre est fondée , et le serpent la sagesse qui la soutient. »
Les docteurs Japonais disent que primitivement un œuf qui renfermait le monde flottait sur la surface des eaux ; la matière terrestre attirée par l’influence de la lune au fond de la mer se changea en un rocher ; l’œuf vint s’y fixer ; un taureau en brisa la coque d’un coup de corne, et le monde en jaillit ; ce fut ce même taureau qui créa l’homme de son souffle tout-puissant. J. -F, Lacroix fait remarquer que dans la langue hébraïque, un des noms du taureau est aussi donné à Dieu et que celte équivoque a pu tromper les Japonais et leur faire attribuer au taureau l’œuvre de Dieu. — Les Malabares adorent Isparette qui a créé le monde et les Dieux. Ce Dieu suprême prit la forme d’un œuf qui engendra toutes les créatures et un Dieu nommé Kiwelenga ; celui-ci produisit trois autres divinités : Brama , Vichenou et Ispara ; le premier crée , le second conserve et le troisième détruit. Vichenou a déjà subi neuf métamorphoses. Dans sa dixième incarnation , il prendra la forme d’un cheval ; ce sera le signe précurseur de la fin du monde (i). — Selon les Péruviens, Pachetamac est le créateur universel ; le soleil est son image visible qui a député sur la terre ses illustres enfans, les Incas, pour y faire régner les lois de la morale et les salutaires croyances de la vie future (?.). — Les sauvages de la Pensylvanie disent qu’ils ont été créés par un grand roi qui habite une région fortunée, qui se trouve au sud de leur pays, et que c’est là que doivent être récompensées les vertusdes hommes (3). — LeshabitansduMonomotapane sont pas idolâtres comme le reste des Caffres ; ils adorent un être unique et suprême, Mazira , qui a créé l’univers. Les Natchez croyent également qu’un esprit suprême (Couyopolchill ) créa, par la puissance de sa seule vo-
(1) Journal encyclopédique : juillet 1785.
(2) Algarolli : Essai sur les Incas.
(5) Bibliolb. univ. liller . mars 1816.
lonté, les choses visibles et invisibles (i). — Les Hottentots croyent que GounjaTicquoa (le Dieu des Dieux) a créé le ciel, la terre, le soleil et tous les êtres, qu’il régit par sa providence, du haut de son empire qui s’étend au-dessus de la lune. La lune est l’image sensible du Dieu invisible et c’est à elle qu’on doit rendre les honneurs du culte (2). — Les habilans du Congo pensent que leur royaume seul est l’œuvre du très-haut, et que le reste du monde a été formé par les anges pour contribuer au bonheur de l’incomparable royaume de Congo. Il n’existe peut-être point de peuple où la vanité nationale se montre plus à nu. Au reste, presque tous les peuples de l’Amérique avaient la prétention de croire que leur patrie avait été le centre de la création (3). Les Indigènes de Bénin adorent un Dieu créateur, Oriza , qui voit tout , entend tout et peut tout. De même que les anciens Germains , ils croyent que c’est outrager la Divinité que de la représenter par des images corporelles (4).
Les nègres de la Côte-d’Or, quoiqu’adonnés au fétichisme, invoquent la plupart un Dieu tout-puissant, créateur universel ; les autres croyent qu’il existe deux Dieux, l’un blanc et l’autre noir; ils nomment ce dernier Demonio (5). — Les Quojas ( Sierra-Leone ) attribuent à Kanno une science infinie et une puissance sans bornes qui se sont révélées par la création ; mais ils lui refusent l’éternité , parce qu’il doit être un jour remplacé par une autre divinité qui punira le vice et récompensera la vertu. Cette croyance est peut-être une altération du dogme chrétien qui nous enseigne que Jésus-Christ viendra juger à la fin des temps les vivans et les morts. Les insulaires de la mer du sud reconnaissent un maître invisible qui a communiqué sa puissance à des divinités supérieures pour exécuter les diverses parties du plan de la création (6).
Cette attestation universellement rendue à la vérité d’un Dieu créateur 11e nous prouve-t-elle pas, comme le dit le savant président de l’institut historique , « que
(1) Kolbe. lre part. ch. 12.
(2) Le Page du Pralz : journal çeconom. 1752.
(5) Les naturels d'IIispaniola ( St-Domingue ) n’bésitalent pas à dire que le soleil et la lune élaient sortis a une caverne de leurile. (P. Charlevoix : hist. de St-Domingue t. 1er).
1^4) Voyages de D’Apper , Nyendaal , etc.
(5) Artus.
(6) Voyages de Coofc, t. VI.
la cosmogonie des payens n’est qu’une tradition défigurée de l’histoire de la création par Moyse, et que l’on retrouve dans les deux premiers chapitres de la Genèse la source de toutes les fictions des poètes sur la création. » (i)
Trinité .
« Faisons l’homme à notre image et à notre ressemblance , » dit le Seigneur, avant de procéder à la création de l’homme. St. Hilaire, St. Ambroise, St. Chrysostôme , Théodoret, St. Basile , St. Cyrille, St. Augustin et, après eux, tous les interprètes de la Genèse ont vu dans ces paroles l’expression de la pluralité des personnes divines , qui du reste se trouve indiquée dans plusieurs autres passages de la Bible (2). On peut contester que le vulgaire des Juifs ait eu une connaissance approfondie de la Trinité , mais l’on ne peut point mettre en doute que ce mystère ne fut bien connu des Patriarches, des Prophètes et des classes supérieures d’entre les Juifs (3). La tradition l’expliquait d’une manière plus explicite que la Sainte Ecriture; nous en trouvons une preuve évidente dans ces paroles du Zohar, le plus ancien livre des Juifs après la Bible : « il y a Deux auxquels s’unit U n et ils sont Trois , et étant Trois , ils ne sont qu’t/rc; ils forment Un de l’union la plus absolue. » (4) Avant de nous occuper de ce qui concerne la création de l’homme , nous allons tâcher de retrouver chez presque tous les peuples une idée plus ou moins nette du dogme de la Trinité.
La triade égyptienne se compose de Ammon , Moutk et Chons. Ckons qui provient de l’union des deux autres personnes et que les Thébains appelaient le Verbe, a de frappants rapports avec le Logos de Platon. Cette triple unité de Dieu se retrouve encore dans Osiris , Isis et Horus (5). Les Grecs donnaient
( 1 ) M. Villenave : Trad. des métamorphoses d’Ovide, notes du livre 1er, t. 1er, page 83.
(2) In principio DU creavit cœlum etlerram. Gen. Cap. I. V. 1.
— Ecce Adam quasi unus ex nobis factus est. Gen. III. 22.
Vernie, descendamus et confundamus linguam ipsorum. Gen. XI. 7. — V. It-aie C. XLVIII. — Le psaume XXXIIe et S. Augustin , lib. XI de Genesi ad lilteram.
(3) S. Epiphane, lib. 1. adversùs hœreses , hœresi 5. — S. Ambroise, Théodoret , etc.
(4) Zohar , sur le Livre des Nombres, fol. 77, col. 307.
(5) Champollion , lettres écrites de l’Egypte et de la Nubie p. 156.
à Minerve l’épithète de tritogénia et de trigènète ( 1 ). L’inscription du grand obélisque du cirque majeur à Rome est évidemment une allusion à la Trinité : Mégas Théos ( le grand Dieu ) , Théogénétos ( l’engendré de Dieu), Pamphegês (le tout-brillant). Platon parte du Verbe divin qui a coordonné l’univers et qu’il nomme quelquefois 1’ j Entendement , foSagesse , la Raison (2). « Non-seulement, dit Dacier, on prétend qu’il a connu le Verbe , mais qu’il a connu le St. Esprit , et qu’ainsi il a eu l’idée de la Trinité. » Un disciple de Platon, Héraclides, rapporte que Thalis, roi d’Egypte, demanda à une sibylle s’il pouvait exister quelqu’un de plus heureux que lui, et qu’elle lui répondit par quelques paroles obscures qui signifiaient : « Dieu , ensuite le Verbe et l’Esprit avec eux ; tous trois sont coexistants et tendent en un dont l’empire est éternel. » (3) Pylhagore disait que la puissance divine se marque par un triple signe (4). Timée de Locres, Anaxagore, Anaximandre, Chalcidius, Plutarque, Diogène Laerce et Porphire avaient également une idée confuse du mystère de la Trinité (5).
La base du système thcologique de l’Indhoustan est la divinité comprenant trois rapports distincts : Brahma, la substance première, infinie, créatrice; Wichnou, le conservateur, et Siva , le destructeur des formes. Les Indiens donnent à Dieu le nom de Trabrat ( trois ne font qu'un) (6). On lit dans leur Bagavadam : « l’Etre unique paraît sous trois formes, mais il est un : adresser son culte à une de ces formes, c’est s’adresser aux trois ou au seul Dieu suprême. » Nous avons déjà dit que les Thibétains appelaient l'Etre suprême Dieu un et Dieu trin . « Ils se servent d’une espèce de chapelet sur lequel ils prononcent ces paroles : Om, Ha, Hum ; lorsqu'on leur en demande l’explication , ils répondent que Om signifie puissance , que Ha est la parole , que Hum est l 'amour, et que ces trois mots signifient Dieu. » ( 7 )
(1) Giraldi , de Diis gentium.
(2) Epiménomis. — Phédon. — République.
(3) Apud Suidam.
(4) Servius.
(5) C’est du moins l’opinion de S. Justin, S. Augustin, Eusèbe et S. Clément d’Alexandrie.
(6) Oupnek’hat , traduction de Lanjuinais.
(7) Journal Asiatique do Paris , t. III.
Les anciens empereurs de Chine faisaient des sacrifices à l’Esprit un et trinaire, parce que la tradition portait que la grande unité comprend trois , qu 9 un est trois et que trois sont un (i). Lao-Tseu dit en parlant de Dieu : « Celui que vous regardez et que vous ne voyez pas se nomme I ; celui que vous écoutez et que vous n’entendez pas se nomme Hi ; celui que votre main cherche et qu’elle ne peut saisir se nomme Wei; ce sont trois qu’on ne peut comprendre et qui confondus ne sont qu’un ; celui qui est au-dessus n’est pas plus brillant ; celui qui est au-dessous n’est pas plus obscur. » (2) — La création, disent les Cambojens, a été accomplie par trois Dieux principaux, en ce sens que Probar-Missur a créé le monde après en avoir reçu le pouvoir de Pra- Lacupar, qui en avait lui-même obtenu la permission de Pra-Issur ( 3 ). Les habitans de l’île de Cuba attribuaient aussi à trois Dieux l’œuvre de la création (4). Les sauvages du Paraguay ont une trinité de Dieux suprêmes qu’ils appellent le Père , le Fils et Y Esprit, Le Père accomplit les fonctions de juge; le Fils et l’Esprit intercèdent pour les coupables; ces trois personnes portent le même nom, Tinimaacas (5). — L’idole de Tanag-Tanga, disent les Péruviens , esttroisenune(G). Une divinité des Japonais est représentée sous la forme d’un corps à trois têtes. M. Paravev a retrouvé cette même figure chez les Atzèques (7). Les Indiens ont également figuré la divinité sous le symbole d’un homme Tricéphale et d’un soleil qui se partage en trois soleils égaux (8).
Nous trouvons dans presque toutes les autres mythologies un Dieu en trois personnes : chez les Bouddhistes, Bouddha , Dharmas et Sangghas ; chez les Chaldéens, A nos, Illinos et A os; chez les Phéniciens Ulomus ( lumière ) , Olusoros ( feu ) et Eliun (flamme ) ; chez les Scandinaves, Odin , IVile et IV e; chez les Perses, Ahriman , Ormouzd et Milhras ; chez les Samothraces, Axieros , Axiokersa et Axiokersos . L’Hermès-Tris-
(1) Le See-ki cité par de Prémare , selecta vestigia , art. 2.
(2) Mémoires concernant les Chinois, t. 1er, p. 299.
(3) Da Cruz , t. 3.
(4) llerrera, Uist. générale des Indes , liv. IX , ch. 4.
(5) Lettres édifiantes , t. IX , 2e lettre.
(6) Acort, Histoire naturelle des Indes, livre V, ch. 28.
(7) Annales de philosophie chrétienne , t. IX , p. 300.
(8) Guigniaut, religions de l’antiquité , planche 2.
mégiste des Egyptiens avait trois formes et trois noms : Pahitnoufi ( celui dont le cœur est bon ) ; Arihosnofri ( celui qui produit des chants harmonieux ) ; Meuï ( la raison). Chez les Grecs, Jupiter , Neptune et Pluton étaient parfois confondus dans un même personnage ; l’abbé de Tressan dit qu’on voit à Londres dans la collection de M. Towley une statue antique représentant Jupiter qui tient de la main droite la foudre, symbole du Dieu des deux , et de la main gauche un trident , symbole du Dieu des mers ; on voit à ses côtés un Cerbère , symbole du Dieu des enfers (i). On trouve également une connaissance vague de la Trinité chez les Celtes, les Arabes et les Océaniens (2'. C’est parce que le nombre ternaire est le symbole de la Trinité qu’il est devenu sacré chez presque tous les peuples. Citons quelques applications de ce nombre symbolique , en en restreignant le choix au polythéisme des Grecs :
Les 3 Grâces, Eglé, Thalie et Euphrosine.
Les 3 Parques, Clotho, Lachésis et Atropos.
Les 3 divisions de l’enfer.
Les 3 juges, Eaque , Rhadamante et Minos.
Les 3 furies, Tysiphone, Mégère et Alecto.
Les 3 gorgones , Sthényo , Euryale et Méduse.
Les 3 têtes de Cerbère.
Les 3 heures , Eunomie , Dicé et Irène.
Les 3 yeux du Jupiter d’Argos.
Les 3 rayons de sa foudre.
Les 3 hespérides , Eglé , Aréthuse et Hespéréthuse.
Les 3 corps de Géryon.
Les 3 cordes de la lyre d’Appollon.
Son trépied.
Le trident de Neptune.
L’unité triple de Diane, Phœbé, Hécate (5).
Création de lfhomme,
La tradition phénicienne raconte que le premier homme (Protogène) et la première femme (Eon) naquirent du vent Kolpia et de sa femme Baau. M. Fourmont a prouvé que Kolpia n’est autre chose
(1) Mythologie comparée avec l’histoire, t. Ier.
(2) Duclot. Bible vengée , t. Ier, p. 39.
(3) Voyez M. Ramée , hist. générale de l’architecture, 184o, introduction; et M. Clavel, histoire des religions, 1845 , lr° livraison.
reposent le vendredi (i); les juifs, le samedi (2); les chrétiens, le dimanche (3).
Le nombre 7 est devenu un nombre sacré et symbolique chez les Hébreux : nous nous bornons à rappeler
Les 7 jours consacrés à pleurer la mort de Jacob.
Les 7 tours de Josué autour de Jéricho.
Les 7 chants de trompettes qui font crouler les murs de Jéricho.
Les 7 jours de la fête de Pâques.
Les 7 jours de la fête des moissons.
Les 7 jours de la fête du tabernacle.
Les 7 enceintes du temple de Salomon.
Les 7 années employées à son érection.
Les 7 branches du chandelier.
Les 7 agneaux offerts dans les sacrifices.
Les 7 taureaux et les 7 beliers offerts par Balaam , etc.
Le nombre septénaire fut également symbolique chez les payens qui le considéraient comme l’expression de la
(1) Ce jour-là , il faut qu’à l’heure de la prière tous les fidèles se rendent à la mosquee ; mais ils peuvent ensuite vaquer à leurs affaires. Les MahoraétaDs n’ont que deux fêtes qui exigent un repos absolu. (Encyclopédie des gens du monde, Y° Religions.
(5) Les Juifs poussent jusqu’à l’extravagance leurs scrupules sur ce qui regarde le repos du sabbat. Ils n’osent, ni allumer ni éteindre le feu ; ils ont soin d’apprêter la veille tout ce qui est nécessaire pour leur repas : ils évitent de porter ce jour-là aucun fardeau. Manier de l’argent, monter à cheval , aller en bateau, jouer des instrumens , se baigner sont autant de choses contraires à la loi du sabbat. A peine permet-on aux chirurgiens de panser les plaies de leurs malades : il n’y a que les médecins auxquels on laisse la liberté d’exercer leurs fonctions , dans le cas où le malade aurait besoin d’un prompt secours. (Lacroix, Dict. des cultes , V° Sabbat.)
(3) La loi ecclésiastique qui fixe au dimanche le jour commémoratif du repos du Seigneur a toujours été protégée par les législateurs qui ont su comprendre que la violation du repos dominical est aussi anti-sociale qu’anti-religieuse. Constantin ordonna que le dimanche fut célébré dans tout son empire ; St-Léon interdit ce jour-là les plaidoyers et les jeux scéniques ; les empereurs Théodose, Anthernius et Valentinien confirment ces ordonnances. Les lois des Lombards , des Francs , des Anglo- Saxons prenaient le dimanche sous leur protection. Edouard le Confesseur et Guillaume de Normandie défendirent d’arrêter les débiteurs insolvables depuis trois heures du samedi jusqu’au lundi matin. Les lois des Bourguignons, des Germains, des Golhs, des Bavarrois défendaient le travail dominical. En Angleterre , d’après les ordonnances d’Alfred-le-Grand , ce travail fesait passer l’homme libre à la condition d’esclave. En France , Childeberl II, Pépin-le-Bref et Charlemagne condamnèrent à l’amende par leurs édits ceux qui profanaient le repos du dimanche. Ils ont compris tous que la loi humaine devait avoir une sanction religieuse et que sans la religion , il est presque impossible de gouverner les hommes. (V les ordonnances des rois de France , l’hist des fêtes mobiles par Baillel . le génie du Christianisme et les fêles chrétiennes de Ai. le V e Walsh. )
perfection (1). Il est impossible de ne pas voir l’influence d’un souvenir sacré dans
Les 7 titans.
Les 7 titanides.
Les 7 tuyaux de la flûte de Pan.
Les 7 cordes de la lyre d’Apollon.
Les 7 filles d’Astarté.
Les 7 pilotes d’Osiris.
Les 7 portes du temple d’ Héliopolis.
Les 7 degrés du temple des Destins.
Les 7 tablettes du livre des Destins.
Les 7 tours de Bysance.
Les 7 castes du peuple Egyptien.
Les 7 ouvertures de l’idole de Moloch.
Les 7 dieux planétaires des Indiens.
Les 7 Manous id.
Les 7 Richis id.
Les 7 mers du mont Mérou id.
Les 7 anneaux des Brahmes.
Les 7 esprits célestes des Japonais.
Les 7 catégories d’anges des Siamois.
Les 7 amschaspands de Mythra.
Les 7 villes du paradis Scandinave.
Les 7 dormants des Arabes.
Les 7 cieux des Madécasses, etc. (2).
Paradis terrestre. (5).
La fable du jardin des Hespérides est une altération évidente de l’antique tradition du paradis terrestre. Le mot Hespéride dérive de l’hébreu et signifie V arbre
(1) Cicéron dit dans le songe de Scipion qu’il n’est presqu’aucune chose dont ce nombre ne soit le nœud, et suivant le limée de Platon , l’origine de Lame du monde y est renfermée. Aristote, Macrobe , Plutarque , Diogène Laerce , Proclus professent une grande admiration pour ce nombre que les premiers grecs appelaient septas (vénérable).
(2) V. l’introduction de l’histoire générale de l’architecture par M. D. Ramée, la première livraison de l’hist. des Religions par M. Clavel , la symbolique de Creuser, t. 5 , p. 245 , celle de Baur, t. 2 , p. 314 , etc.
(3) D’après D. Calmet, Sarason et Michaélis le paradis terrestre s’étendait du Phase à l’Euphrate et du Tigre à l’Araxe et comprenait l’Arménie , le Chorasan , le Ghilan, etc. Les Arméniens nomment encore maintenant chos la contrée que l’Ecriture appelle terre de Chus. Huet et Bochart placent l’Eden dans la Babylonie , près du fleuve des Arabes.
au paradis (i). On voit à la bibliothèque du Roi un médaillon d’Antonin-Pie qui figure Hercule cueillant les pommes du jardin des Hespérides; un grand serpent s’enroule autour du tronc de l’arbre qui porte des fruits d’or et auprès duquel sont trois Hespérides.
« S’il n’y en avait qu’une, dit l’abbé Massieu , il n’y aurait personne qui ne crut voir Eve et Adam et tout ce qui est rapporté au chapitre IIIe de la Genèse » (2). Le nom de Chérubin se retrouve dans celui des corybantes qui servaient de gardes aux premiers rois de Phrygie (3). Le nectar et l’ambroisie qui rendaient les Dieux immortels ne sont-ils pas aussi un souvenir de l’arbre que Dieu nomma lui-même arbre de vie? (4)
Les poètes de l’antiquité ont placé, sous le règne de Saturne et sous le beau ciel d’Italie, la tradition de l’Eden, qu’il ont défigurée sous le nom d’âge d’or (5). Hésiode , Horace et Virgile nous en ont laissé de ravissantes descriptions, qui n’égalent pourtant point celle du chantre des métamorphoses (6). a Du temps de l’âge d’or, nous dit Ovide, les hommes gardaient volontairement la justice et suivaient la vertu sans effort; ils ne connaissaient ni la crainte ni les supplices; des lois menaçantes n’étaient point gravées sur des tables d’airain; on ne voyait pas des coupables tremblants redouter les regards de leurs juges , et la sûreté commune être l’ouvrage des magistrats. Les pins, abbatus sur les montagnes, n’étaient pas encore descendus sur l’océan, pour visiter des plages inconnues. Les mortels ne connaissaient d’autres rivages que ceux qui les avaient vu naître. Les cités n’étaient défendues ni par des fossés profonds, ni par des remparts ; on ignorait et la trompette guerrière et l’airain courbé du clairon. On ne portait ni casque , ni épée, et ce n’étaient pas les soldats et les armes qui assuraient le repos des nations. La terre, sans être sollicitée par le fer, ouvrait son sein et, fertile sans culture, produisait tout d’elle-même. L’homme, satisfait des alimens
(1) Elz- arbre, pardès , paradis , jardin. — On sail qu’une de res pommes jetées par la Discorde troubla la paix des nôces de Pelée , dont le nom a un singulier rapport avec celui d'Adam : ear Pelée signifie boue ( ttvi /ô$), comme Adam signifie terre [adamah).
(2) Mémoires de l’académ. des inscriptions, t. IV, p. 68.
("») Piliscus , lexicon anliquit.
(4) Nichols , conf. t 1er,
(5) Voyez Banier, Vossius et Bocbart.
(f>) Hésiode, les travaux et les jours. — Virgile , 4e églogue et ltr livre des géorgiques. — Horace , épodes.
que la nature lui offrait sans efforts, cueillait les fruits de l’arboisier et du cornouillier, la fraise des montagnes, la mûre sauvage qui croît sur la ronce épineuse et le gland qui tombe de l’arbre de Jupiter. C’était alors le règne d’un printemps éternel. Les doux zéphirs animaient de leurs tièdes haleines les fleurs écloses sans semence. La terre, sans le secours de la charrue , produisait d’elle-même d’abondantes moissons. Dans les campagnes , s’épanchaient des fontaines de lait , des fleuves de nectar, et de l’écorce des chênes, le miel distillait en bienfaisante rosée. » ( 1 )
Les livres sacrés des Chinois nous font aussi une délicieuse peinture des temps primitifs ; ils nous représentent la nature empressée de répondre aux désirs de l’homme et produisant sans culture les fruits les plus savoureux. Les saisons réglées dans leur cours n’étaient point troublées par le vent et les orages ; le cœur de l’homme était en harmonie avec cette tranquillité de la nature ; il obéissait sans efforts aux lois de la conscience et ne s’écartait jamais des principes de l’équité. Quelques anciens auteurs chinois parlent d’un jardin mystérieux planté sur la montagne de Kouen-lun , dont un animal céleste défend l’entrée et où se trouve l’arbre de l’immortalité (2). Les Indiens placent aussi dans leur chorcam un arbre dont les fruits divins communiquent l’immortalité et un serpent nommé cheien (5). Ils appellent critra l’âge fortuné où les hommes vivaient quatre cents ans au sein des délices. « Alors la droiture reposait sur quatre pieds et l’intérêt ne réduisait point les hommes à l’injustice : mais l’intérêt et l’injustice augmentant d’âge en âge , la justice fut successivement privée d’un de ses pieds et finit par ne plus tenir à la terre que d’un seul. » (4)
Il est impossible de méconnaître l’arbre de vie dans YYdrasils des Scandinaves : c’est un frêne gigantesque qui couvre le monde entier de ses rameaux. Sous une de ses racines est caché le serpent nydhogur , et sous une autre, coule la fontaine de la science (5).
(1) Ovide, métaraorph. I. 1.
(2) Le see-ki. — Le tchouang-isee. — Le chan-ai-kink. — Cités par de Préinare , selecla vestigia , art. 3.
(3) Bouchet , lettre à monseigneur l'évêque (TAvraoches , t. 11 des lettres édifiantes.
(4) L e manava dharma sastra , cité par Guigniaut, religions de l'antiquité. 1. 1. p. 61.
(5) Edda Islandorum , dœm. 14.
Le règne d cQuetzalcoatt est l’âge d’or des Mexicains. Des oiseaux au brillant plumage remplissaient alors les airs de leurs concerts harmonieux ; des moissons dorées couvraient les plaines, sans réclamer les travaux de l’homme ; la paix et le bonheur florissaient partout, jusqu’à ce que Cikuacoliuaü (la femme au serpent) eut perdu le genre humain (i). Les Tartares gardent aussi le souvenir d’un état primitif de perfection qui disparut aussitôt que l’homme eut goûté d’une plante nommée chimé ^2).
Les Madécasses placent le paradis terrestre dans le soleil ou dans la lune. Ce jardin rempli de fruits délicieux était arrosé par quatre rivières , une de lait , une de miel, une autre d’huile et une quatrième de vin. Le Démon engagea Adam à goûter de ces fruits savoureux : mais le premier homme répondit que la défense expresse lui en avait été faite par le Créateur. L’Esprit malin eut alors recours au mensonge et certifia qu’il venait de la part de Dieu , pour lui rendre toute liberté sur ce point. Adam s’empressa d’user de cette permission ; mais il ne tarda pas à être dénoncé par celui qui avait abusé de sa crédulité (3).
Les habitans des îles Mariannes disent que Ligobund descendit sur la terre, où elle mit au monde trois enfans. Elle fit de la terre un séjour délicieux, en la sillonnant de rivières et en la parsemant de fleurs et de fruits. Elle la peupla d’hommes intelligents qui restèrent à l’abri des maladies et de la mort , jusqu’à ce que le malin Esprit , Erigirégers , eut banni le bonheur et la paix de ces lieux enchanteurs.
La fable de Pandore , comme le récit mosaïque, fait résulter la déchéance du genre humain de la coupable curiosité d’une femme. Jupiter, pour se venger de Prométhée qui avait ravi le feu du ciel (4) , envoya Pandore lui présenter une boîte qui recélait toutes les douleurs et tous les maux. Prométhée, inspiré par une
(1) M. de Huraboldl , vues des Cordillières t. 1, p. 255.
(2) Journal asiatique , t. 5, Voyage de Bergrnann.
(5) Histoire générale des voyages , ed. in-4». t. XI.
(4) Huet prétend que le feu dérobé par Prométhée est le symbole de l’arbre de la science. « Ignem de cœlo subrepturn , arbores scientæ boni ac mali, symbolum esse manifeslum est. » Demonst. evang. , p. 150.
sage défiance, refusa ce présent; mais son frère Epiméthée céda aux instances de Pandore et ouvrit cette boîte mystérieuse, d’où s’échappèrent tous les maux qui désolèrent le siècle de fer. C'est alors que la guerre fit connaître ses fureurs, que la violence et la trahison succédèrent à la bonne foi , que la Discorde agita ses brandons et que les lois de l’hospitalité furent indignement violées Ci). — Nous trouvons dans l’histoire de Psyché , comme dans celle d’Eve , un jardin de délices, une défense sanctionnée par la menace d’une peine grave , les perfides conseils de l’envie , un crime inspiré par la curiosité, et une punition qui s’étend sur toute la postérité de la coupable (2).
Les Perses disent que l’homme vivait dans l’innocence, et par conséquent dans un état de félicité complète, avant que prévalut l’influence d 'Arhiman qui , après lui avoir fait manger certains fruits, resta sur la terre, sous la forme de couleuvre (3). — Les annales de la Chine racontent que sous le règne de Tyen-Hoang , l’Esprit céleste mita mort le Dragon qui avait introduit le désordre dans l’univers. C’est la femme qui avait été la première cause de tous ces maux, cc C’était au fruit de l’arbre de vie interminable , dit un écrivain chinois , qu’était attachée la conservation de la vie la gour-
mandise perdit l’univers et fut la porte de tous les crimes (4). »
cc Les Iroquois racontent que l’un des six premiers
hommes attendit au pied d’un arbre une femme
elle vint. L’homme qui l’attendait lia conversation avec elle et lui fit un présent de graisse d’ours, dont il lui donna à manger. La femme se laissa séduire ; le maître
du ciel s’en aperçut et dans sa colère , il la chassa
cette femme eut deux enfans qui se battirent ensemble et dont l’un fut tué. De cette femme sont descendus tous les autres hommes, par une longue suite de générations. » (5). — Nos premiers parents, disent les Tartares vécurent au sein d’un bonheur sans mélange jusqu’à ce qu’ils eussent mangé d’une plante qui abrégea leurs jours et leur fit connaître la douleur et la peine (6).
(1) V. la ihéogonie d’Hésiode et les métamorph. d'Ovide.
(2) V. Apulée.
(3) Boun-dehesh. Trad. par Anquelil-Dupcrron.
(4) Mémoires concernant les Chinois, par les missionnaires de Pékin , t. 1er, p. 107. — Martin , hist . sinic. 1. i , p. 16-
(5) Lafiteau , mœurs des sauvages américains, t. 1er, ch. 2.
(6) Pallas, voyage en Sibérie, t. 1.
C’est aussi à une plante (1 eclrimé) que les Thibélains attribuent la cause occasionelle de la déchéance primitive (i).
Les Mexicains trouvent l’explication des malheurs du genre humain dans la crédulité de la première femme trompée par un dragon. Leurs peintures représentent souvent Cihuacohuali, la mère commune des hommes, en rapport avec un grand serpent , et le grand esprit Tezcatlipoca pourfendant une couleuvre panachée (2). — Les habitans des îles Carolines disent qu’il fut un temps où la mort était inconnue , et que ce fut un esprit malfaisant, Elus Mèlabus , qui la fit descendre sur la terre (3).
C’est le souvenir du démon-serpent qui a fait attribuer à ce reptile par les peuples anciens de merveilleuses facultés. Hélène et Cassandre acquièrent une puissance d’audition extraordinaire , dès que les serpens d’Apollon leur ont léché les oreilles. C’est la même cause qui rend si subtile l’ouïe de Mélampus, qu’il entend la conversation des animaux (4). Les Indiens , au rapport de Philostrate, mangeaient le cœur et le foie de certains dragons , dans l’intention de se communiquer leur intelligence surhumaine (5;. — Nous retrouvons encore le souvenir du serpent de la Genèse, dans le Pitkon des Grecs percé de flèches par Apollon ; dans l’hydre de Lerne, le dragon des Hespérides et le serpent du temple d’Epidaure; dans le grand serpent des Salivas, vaincu par Purra, le fils du très-haut (6) ; dans le Chein des Indiens, dont la terre est délivrée par le dieu Shiven (7) ; dans le S dur des Scandinaves dont YEdda fait une peinture effrayante : « son palais est le chagrin ; sa table , la famine ; son couteau , la faim. La lenteur lui sert de domestique ; la maladie et la mort composent son lit ; la malédiction et les gémissemens forment sa tente » (H). Voilà bien l’énumération de tous les maux que le serpent tentateur a introduits sur la terre.
(1) Bergmann , système religieux thibélain-mongol. — Journal asiatique, t. 111.
(2) M. de Ilumboidt. vues des Cordilières. t. 1, p. 235.
(5) Desbrosses, hist. des navigations aux terres austr.des.
(4) Apollodore.
(5) Vie d'Apollonius.
(6) (iumilla, histoire naturelle de I’Orénoque.
(’) Bouchet, lettre à monseigneur l’évêque d’Avranches.
(8) Edda Islandorum , dœmesanga 14.
L’idée de serpent s’étant alliée primitivement avec celle de démon , il n’est pas étonnant que le Polythéisme ait rendu à ce reptile un culte inspiré par la terreur. Le serpent est encore aujourd’hui, sous le nom de Dabouè , le Dieu tutélaire du royaume de Juidah, sur les côtes de Guinée. Il a un temple, des prêtres, des esclaves, des revenus et c’est par de riches offrandes qu’on lui témoigne sa vénération (i). Les paysans des environs de Wilna ont encore actuellement une vénération superstitieuse pour le serpent qui était adoré par leurs ancêtres , ainsi que par les peuples d’Estonie, de Livonie, de Courlande et de Samogitie. — Quand les nègres du royaume de Fida apprennent qu’un serpent, génie familier de leurs maisons, a été brûlé dans un incendie, ils se livrent à la plus vive désolation et s'imposent des amendes, dans l’espérance que leurs regrets empêcheront le serpent brûlé à ne pas exercer sa vengeance contre eux (2). — Si l'on admettait les opinions du docteur Stuteley et des antiquaires anglais , il faudrait considérer nos ancêtres comme de fervents adorateurs du serpent. Ils regardent les alignemens celtiques , qu’ils nomment Dracontium, comme la figure des ondulations d’un serpent ; ces alignemens de Peulvans seraient des monumens gigantesques du culte ophiolatrique. Gomme le plus céièbre des Dracontium , celui de Karnac, n’offre qu’un coude insensible qu’on pourrait attribuer au hazard, les antiquaires anglais supposent que les alignemens de Karnac et d’Ardven n’en fesaient qu’un autrefois, et, en imaginant une ligne qui aurait réuni les deux monumens , ils obtiennent une ondulation bien prononcée (3). Ce n’est là qu’une conjecture : mais qu’elle soit probable ou non , il n’en reste pas moins démontré que le serpent a reçu les honneurs du culte chez un grand nombre de peuples et que l’universalité de cette vénération superstitieuse ne peut provenir que du souvenir altéré du serpent-démon qui trompa nos premiers parens (4).
(1) Valmont de Bomare , dict. d’hisloire naturelle, article terpent.
(2) Dictionnaire des cultes religieux, t. IV , p 254.
(3) V. les mémoires de la société des antiquaires de Londres, l'essai sur les antiquités de la Bretagne par M. de Fréminville , et l’essai sur les antiquités du Morbihan par M. 1 abbé Mahé.
(4) V. la Religion constatée universellement à l’aide des
sciences et de l’érudition modernes par M de la iMarne.
Paris 1833. 2. 8W.
L’existence des bons et des mauvais Anges, leur nature, leurs fonctions nous sont révélées dès les premières pages de la Genèse, et les autres livres canoniques complètent sur ce sujet l’enseignement de Moysc , avec une précision de détails fort remarquable (1). Ce dogme était de nature à frapper vivement l’imagination : aussi toutes les mythologies s’en sont-elles emparé , en peuplant les airs d’Anges , de Démons , d’Esprits et de Génies.
La mythologie chaldéenne donne une grande puissance aux Génies; ce sont eux qui répandent la pluie , amassent les tempêtes, déchaînent les orages, enflamment les volcans et dirigent le cours des astres. Les mauvais Génies sont emprisonnés au centre de la terre : mais ils trompent souvent la vigilance de leurs gardiens et c’est pour cela que l’harmonie de la nature est parfois troublée et le cœur de l’homme tristement agité (2). — Les douze mois de l’année des Perses étaient sous l’invocation d’un Génie, dont ils portaient le nom ; ces intelligences du second ordre étaient les instrumens de la providence , chargés de lutter contre l’influence des Esprits de ténèbres , qui éprouvent par la tentation la fidélité des hommes (5).
Le Dieu des Indiens créa une grande multitude d’Anges qui étaient soumis à l’autorité de Brahma , Vichnou et Siva. La plupart se trouvaient heureux de cette obéissance qui ne restreignait pas trop leur liberté : mais quelques-uns d’entre eux, nommés Assouras , inspirés par l’orgueil et les conseils de leur chef Mahechâsoura , portèrent leurs prétentions jusqu’à vouloir gouverner l’univers. Dieu employa d’abord la douceur pour les contenir dans les limites du devoir :
(1) Genèse. III, 1 , 24. — XVI , 7, 18, 19, 2t. — XXII, 11.— XXIV, 7.— XXVIII, 12. — XXXI , Il , 65. —XXXII, 24. — XLV11I, 16.— Exode III, 2. — XIII , 2 1 . — XIV , 19. — XXIll , 20. — XXXll , 54. — XXXlll, 2 , etc.
(2) Ne serait-ce pas à la tradition Chaldéenne que Platon aurait emprunté la doctrine des Eons ou Dieux secondaires qui président à la cooservalion du monde, doctrine qui fut plus tard adoptée par Valentin, Cerynthe et les Gnostiques? — ( V. sur la myth. Chaldéenne les Alémuires pour servir à l’histoire des égaremens de l’esprit humain , par rapport à la Religion. )
(ô) Mandelso, voyage d’Olearius , t. II, p. 215. — Sept Esprits célestes, nommés Amschaspands président aux sept premiers jours du mois.
mais voyant que sa bonté était méconnue, il ordonna à Siva de chasser du ciel les rebelles, qui furent exilés dans les 15 mondes de Purification (j).
Les Chinois honorent des Génies qui, d’après l’ordre deShang-ti (l’empereur suprême), veillent, les uns sur les villes, les provinces, les royaumes; les autres sur les rivières , sur les montagnes et sur les hommes. Ce sont les gouverneurs invisibles du monde , auxquels on doit des sacrifices solennels, cc Que la vertu des Anges et des Génies est sublime ! (lit-on dans un de leurs livres canoniques ) qu’elle est grande ! Tu les regardes et tu ne les vois pas ; tu les écoutes et tu ne les entends pas. Ils sont unis à la substance des choses et l’on ne peut les écarter. Ils sont cause que , dans tout l’univers , les hommes se purifient et se revêtent d’habits de fête, pour offrir des oblations et des sacrifices. Que leur multitude est immense ! Ils sont à notre gauche et à notre droite , ainsi qu’au-dessus de nous. » (2').
Les Madécasses comptent sept calhégories d’Anges. Les Malainka dirigent le cours des planètes , régissent l’atmosphère et entourent les hommes de leur protection bienveillante. Les Coucolanpou sont exempts de maladies , mais sujets à la mort ; ils régnent dans la solitude et ne se rendent visibles qu’à ceux qu’ils gratifient de leurs faveurs. Les Sacaras sont les Démons qui prennent possession des corps : on appaise leur fureur par des sacrifices de bœufs , de moutons et de coqs (5). Les Siamois distinguent aussi sept ordres d’Anges qui surveillent la conduite des hommes et tiennent note de leurs actions. Quand ils consignent sur leur registre un acte criminel , le coupable en est averti par un éternuement. O11 se préserve de la malice des Esprits à l’aide de certains papiers, où sont tracées des paroles magiques (4).
Les Péruviens professent la plus grande horreur pour le Démon Cupay et la manifestent en crachant à terre,
(1) J. Z. Holwel , évènemens historiques intéressants relatifs aux provinces du Bengale eide l’Indoslan , traduit de l’anglais , 2 in-8°, Paris 1768 — On lit dans l’Oupnek’hat, p. 72 : « les bons Anges ont remporté la victoire en confessant Dieu , en l’appelant à leur secours et en invoquant son nom mystique. » On lit encore dans le même livre (nu9ü, p. 62) que les bons Génies disent à Dieu : « saint, saint est le-maître des Anges et des âmes » Quel frappant rapport avec le sunclus , sanctus du prophète Isaïe !
(2) Le Tchoung-young , ch. 16. — Publié par M A. Rému?sat dans le tome Xe des Notices et extraits des MSS. de la bibliothèque du Roi.
(3) Rennefort, p. 1 , 1. 2. — Hist. générale des voyages t. XL
(4) Le P. Tachard.
après l’avoir nommé v i). — Les Moluquo’s sont persuadés que les Démons communiquent la petite vérole : aussi ne sortent-ils jamais le soir sans porter avec eux une gousse d’ail, qui doit leur servir de préservatif infaillible. — Les Nègres de la côte d’or ont la plus profonde aversion pour le Démon : quand ils pensent qu’il réside dans un de leurs villages, ils pratiquent pendant huit jours des cérémonies bizarres et licentieuses et finissent par chasser l’Esprit malin, en jettant des pierres et en poussant de grands cris. — Les habitans de Pégu (Gange) employent des moyens plus doux pour détourner la colère du Diable; ils empilent une grande quantitéde plats savoureux, sur un échaffaud dressé tout exprès pour ce vorace convive. Ils poussent parfois la déférence jusqu’à lui abandonner, pendant trois mois, la possession de leur maison, qu’ils ont préalablement pourvue d’une grande quantité de vivres (?.).
Les Californiens croyent à la révolte des Esprits malins contre leur créateur (3). De même que les sauvages del’Orénoque, ils pensent que le Démon est un Génie séducteur qui tend à l’homme de continuelles embûches (4). — Les Turcs placent la révolte des Anges immédiatement après la déchéance d’Adam. Depuis sa chûte , Satan attise les passions dans le cœur de l’homme : mais les bons Anges contrebalancent son influence par les secours qu’ils nous donnent (5 '.
Les Nymphes , les Satyres , les Dryades , les Sylvains , les Faunes, les Furies , les Parques et les Génies de la mythologie des Grecs sont une altération évidente du dogme des bons et des mauvais Anges, qu’ils avaient emprunté aux Phéniciens ^6). L’existence des bons et des mauvais Esprits fut également admise par les Scandinaves (7) , les Arabes (8; , les Scythes (9' , les Thraces (10), les Gèles et les Massagètes (11), les
(1) Garcilasso, histoire des Incas, partie 2, ch. 18.
(2) Dictionnaire des cultes religieux. V° Anges, Démon, Diable , etc.
(3j Venegas, histoire naturelle et civile de la Californie, part. 1 , secl. 2.
(4) Gumilla, histoire naturelle de l’Orénoque, ch. 28.
(5) Théologie d’Orner Nesséfy, n° 1.
(6) Huet , alnelanœ quœst. lib 2, cap. 4, p. 125.
(7) Edda islandorum , dœmesanga 3, 4, 6.
(8) D’Herbelot , Bibliothèque orientale, art. Div. t. II, p. 322.
(9) Hérodote , 1. 4.
(10) Luciani opéra t. II , p. 152.
(11) Diogène Laerce 1. 8, vita Pylhugoris.
Goths(i), les Celtes (2) et les Mexicains (3). Cette croyance se retrouve encore chez les Thibétains (4' , les Kalmouks (5), les Japonais, les Cochinchinois et les naturels de Ceylan et des îles Philippines (6).
Tous les peuples ont cru non-seulement à l’existence des Démons, mais aussi à leur influence mystérieuse; nous pourrions citer à l’appui de cette assertion un grand nombre de faits (;); mais nous préférons consigner ici deux aveux d’une grande autorité. Le premier est d’un auteur fort anti-religieux, M. Salverte , qui dit en propres termes : cc les idées des Hébreux sur les possessions des Démons étaient celles de tous les peuples anciens. » ( 8 ). Nous empruntons le second aveu , encore plus explicite au célèbre médecin Hoffmann : « que les Démons agissent sur les corps humains, c’est ce qui a été cru de temps immémorial par toutes les nations, observé avec un accord admirable par les théologiens comme par les philosophes et les plus sages
médecins Assurément en matière de faits, il
faut s’appuyer sur la seule autorité des témoignages : or, je doute qu’il y ait jamais eu quelque relation de faits fondée et affermie sur une autorité plus grande que celle qui nous apprend que les Démons ont produit différents effets sur les corps naturels et sur celui de l’homme. » (9).
Promesse et attente d’un Rédempteur.
A peine l’homme , trompé par le Démon , fut-il déchu de son innocence originelle, que Dieu lui promit un Rédempteur. Cette promesse , qu’il renouvelle de siècle en siècle, était bien de nature à trouver un grand
(1) Jornandez , de rebus golicis.
(2) Pelloulier , hist. des Celtes.
(5) Vincent-le-Blanc , voyages , part. 3 , ch. 9.
(4) Bergmann , système religieux Thibétain.
(5) Malte-Brun , précis de géographie.
(6) V. sur les Anges: Banier , mythologie et fables des anciens.— Dissertation sur les bons et les mauvais Anges , bible d’Avignon t. XIII , p. 255. — Monseigneur Bouvier, institut. Philosoph. t. II, p. 222.
(7) V. Plutarque, de oraculorum defectu. — Eusèbe, préparât. évangel. 14. — Bayle , dict. historique , art. magus.
M. Ferdinand Denys , tableau hist. des sciences occultes, introduct.
(8) R1. Salverte , des sciences occultes , t. II , ch. 19.
(9) De Diaboli polentià in corpora , t. V des œuvres complètes d'Hoffmann.
retentissement : aussi l’attente des Juifs fut-elle partagée par les Gentils. Mille ans avant la venue du Messie , on pouvait lire dans le Bar ta chastram cette étonnante prédiction : « il naîtra un brahme dans la ville de Sçambelam: ce sera VVichnou Iesoudou... alors, ce qui était impossible à tout autre qu’à lui, ce Wichnou Iesoudou , brahme , conversant parmi ceux de sa race , purgera la terre des pécheurs, y fera régner la justice et la vérité, et offrira un sacrifice... » Qu’on traduise brahme par prêtre, sçambelam par Bethleem (i), et Iesoudou par Jésus ; qu’on remarque que Wichnou, qui s’appelle aussi Chrishna (Christ), est la seconde personne de la trinité indienne, et qu’on nous dise s’il y a beaucoup de prophéties qui soient mieux circonstanciées (2). — La mythologie gothique, transportant l’avenir dans le passé, nous représente Thor, le premier né du Dieu par excellence , comme un Rédempteur qui brise la tête du serpent, mais qui n’en délivre la terre qu’aux dépens de sa propre vie.
Le rituel des sacrifices d’expiation doit être regardé comme fondé sur la promesse d’un Rédempteur. Quand Dieu promit de racheter le monde par les mérites du sang de J. -G., il devint nécessaire d’instituer un signe visible, au moyen duquel le sacrifice du Golgotha put être annoncé d’une manière prophétique à toute la postérité d’Adam. C’est dans cette intention qu’on immola les premiers nés des troupeaux. Cette oblation instituée par Dieu lui-même fut le type des sacrifices que nous voyons pratiqués par tous les peuples, et devint l’expression symbolique du besoin d’un Rédempteur (5). Cette attente générale fut encore plus clairement formulée par les oracles des sibylles qui annonçaient la venue d’un roi puissant, qui étendrait sur tout l’univers la domination du peuple romain, et celle d’un auguste personnage de l’orient, qui renouvellerait la face du monde. Ces deux personnages, que Virgile a confondus dans sa célèbre églogue , sont désignés d’une manière bien distincte (4). Le premier n’est autre qu’Octave, le second est Jésus-Christ (5). Les Juifs eux-mêmes aveuglés par leurs préventions, avaient confondu les prophéties
(1) L’un de ces mots signiGe littéralement maison de pain, et l’autre pain de maison.
(2) Recherches asiatiques, traduction de Labaurae.
(3) Faher, Horæ mosaicæ.
(4) Wislon, Vindicalion ofsibyll. orac. p. 51.
(5) Burmanni;not in Suet. vit Auguslic. 01.
dont ils étaient dépositaires : il n’est donc point surprenant que Virgile, et après lui Suétone et Tacite , soient tombés dans la même erreur (1).
Les Mages qui vinrent adorer notre Seigneur étaient probablement des disciples de Zerdusht (Zoroastre). Ce philosophe célèbre prédit , dans le Zendavesta, la naissance d’un personnage nommé O shandezbegha (Homo mundi ) , qui devait enseigner la justice et la vérité , et qui , malgré la persécution du Démon, ferait régner le bonheur sur la terre (2). « Zerdusht, le fondateur de la secte des Mages , déclara aux Parsis que N. S. se manifesterait, en leur ordonnant de lui apporter des présents. Il avait prédit qu’une femme concevrait, en restant vierge, et qu’au moment où elle enfanterait, il paraîtrait au ciel , en plein jour, une étoile au milieu de laquelle serait représentée une Vierge (5). »
Si nous en croyons Lactance, Mercure Trismégiste aurait écrit que « le fils de Dieu fait homme par la volonté de Dieu serait l’auteur de la régénération, et que des cultes divers de l’Egypte, il ne resterait que de fabuleux récits auxquels la postérité ne pourrait ajouter foi (4). » — Les Mexicains disaient à Fernand Cortez qu’une de leurs plus antiques prophéties leur annonçait
(1) Tacite, hist. Y. 13. — Suetone, Vespasian. c. 4. — - Bibliothèque Britannique, tome LYI. p. 51. — Rappelons ici les vers de Virgile.
ULTIMA CUMOFI VEN1T JAM CARMINIS OETAS.