‹ Parallèle entre l'inoculation blennorrhagique [electronic resource]Chapitre 5 sur 5 · V. Traitement rationnel du pannus · texte numérisé non relu

V. Traitement rationnel du pannus

Un pannus étant donné, deux indications se présentent : 1. Éloigner les causes locales ou générales qui l'ont produit ou qui l'cnlretiennenl.

a. Les causes locales sont le irichiasis, les granulations palpébrales, l'im-

plantation de corps étrangers dans les conjonctives palpébrales on à la surface du globe, le séjour habituel dans un air chargé de matières irritantes ou de poussière, l'exposition continuelle de l'œil à l'influence de l'air et de la lumière par l'impossibilité de fermer complètement les paupières, ainsi qu'il arrive dans la lagophlhalmie et l'entropion, etc. Quand une de ces causes existe, il faut l'éloigner par les moyens connus. Souvent le pannus disparaît; d'autres fois, au contraire, il persiste. Cela tient, ou bien à ce que le pannus est lié à des conditions morbides internes qui existaient auparavant ou qui se sont développées depuis; ou bien, à ce qu'il est devenu en quelque sorte une espèce d'habitude de l'organisme entier, ou une disposition morbide acquise, propre au tissu malade, idiopathique, en un mot.

6. Les causes générales sont de plusieurs espèces : tantôt le pannus s'est développé à la suite de la suppression plus ou moins brusque de quelque mouvement fluxionnaire habituel, lels que, menstrues, hémorrhoïdes, épistaxis, exanthème, exutoires, sueurs abondantes des pieds, etc. D'autres fois, le pannus tient à quelque perturbation générale du système nerveux, ou à quelques changements survenus dans les qualités du sang, à la suite d'excès de toute espèce, de chagrins, de privations, de misère, etc. Enfin, souvent le pannus se lie à l'existence de quelque dialhèse, et particulièrement des dialhèses scrofuieuse, rhumatismale, herpétique et syphilitique.

Énumérer les causes locales et générales auxquelles se rattachent le développement et la persistance du pannus, c'est en même temps indiquer ce qu'il y a à faire poyr les éloigner.

2. Après avoir successivement éliminé les divers éléments morbides qui^ compliquent le pannus et l'avoir réduit à l'état de maladie locale, voici le traitement qu'il réclame. Ce traitement est composé de moyens locaux et de moyens généraux.

a. Les moyens locaux, dont je fais à peu près exclusivement usage, après avoir essayé de tous ceux qui ont été plus ou moins préconisés, sont les suivants : les scarifications stimulantes sur la partie de la conjonctive oculaire contiguë à la cornée, dans le pannu^ indolent; les scarifications déplétives dans le pannus aigu; la cautérisation superficielle de la périphérie delà cornée et des parties voisines de la conjonctive avec une solution concentrée de nitrate d'argent, appliquée au moyen d'un pinceau, qui en est très-légèrement imprégné et le mucilage tannique (tannin 2 p.; eau dist., 7; gg. arab., 2), qui jouit d'une supériorité incontestable sur tous les autres collyres. Je n'ai pas renoncé à l'emploi d'autre coUyje, mais j'ai rejeté de ma pratique l'usage des substances incrustantes, et particulièrement l'acétate de plomb cristallisé dont j'ai souvent constaté les funestes efl'ets.

b. Quant au traitement général, il comprend les médications altérâmes ou fondantes, les anticongeslifs, les révulsifs cutanés, un régime hygiénique convenable, et dans les cas opiniâtres, certaines médic.nions reconslitulivcs

plus ou moins empiriques, telles que le sirop de Cuisinier, la tisane de Felz, la décoction de Zittman, etc., qui m'a réussi parfaitement dans un cas où l'inoculation blennorrhagique avait échoué.

VI. Parallèle entre le traitement du pannus par la tonsure conjonctivale et par

V inoculation blennorrhagique.

a. L'une et l'autre de ces méthodes de traitement guérissent par le procédé curalif dit de résolution.

b. L'action thérapeutique de la tonsure conjonctivale est bornée aux altérations de la conjonctive oculaire; celle de l'inoculation blennorrhagique s'étend avec la même efficacité aux altérations des conjonctives oculaire et palpébrale.

c. La tonsure conjonctivale est une opération difficile, laborieuse et extrêmement douloureuse; l'inoculation blennorrhagique, au contraire, est des plus simples, et les souffrances des malades sont beaucoup inférieures à celles que fait éprouver l'ophthalmie purulente aiguë envahissant des organes sains.

d. La tonsure conjonctivale et l'inoculation blennorrhagique sont des médications locales qui ne peuvent être réellement efficaces que dans le pannus réduit à l'état de maladie locale.

e. La tonsure conjonctivale, en raison des difficultés qu'elle présente dans son exécution et de la violence des douleurs qui l'accompagnent ; l'inoculation, à cause de ses dangers, ne sauraient constituer que des méthodes curatives exceptionnelles du pannus, applicables seulement aux cas qui ont résisté aux autres traitements.

f. Dans le pannus rebelle au traitement rationnel, la tonsure conjonctivale est applicable d'une manière absolue à tous les cas : au pannus membraneux comme au pannus charnu, au pannus partiel comme au pannus général, au pannus compliqué d'ulcère de la cornée et au pannus occupant un seul œil; landis que l'inoculation blennorrhagique ne l'est qu'au pannus charnu général, siégeant aux deux yeux ou à un seul œil, l'autre étant perdu.

g. La durée du traitement du pannus par l'inoculation blennorrhagique est de cinq à six semaines ; elle est de deux à trois mois par la tonsure conjonctivale.

h. La guérison du pannus est peut-être plus durable, et la récidive moins à craindre par la tonsure conjonctivale que par l'inoculation blennorrha-

gique; toutefois, je ne puis formuler mon opinion sur ce point qu'avec réserve.

i. Dans le cas de panuus pouvant être traité indifféremment par l'une ou l'autre de ces méthodes, jl y a avantage à donner la préférence à l'inoculation blennorrhagique.

Bruxelles, lyp. de veuve J. Van.Buggenhoudt, rue de rOrangeric,

Page 1