J..M. LEMOINE
les autres se présente ce inerveilleux Protée de la tribune, cet habile prestidigitateur de la phrase ? Tantôt votre oreille écoute, ravie, l'ingénieux apôtre du progrès national, le voyant, le prophète, arrachant à l'avenir ses insondables mystères, tantôt l’homme d'Etat consommé, planant bien au-dessus de la sphère agitée des partis, équilibrant, au sein d'une colossale crise politique, les attributs, les limites de la constitution. Aujourd'hui vous suivez pas à pas l'habile publiciste, éclairant, dans uue dépêche oflicielle, la métropole sur le rôle qui lui incombe pour consolider le faisceau des diverses nationalités dont se compose notre peuple, lui signalant les écueils dont la plage coloniale est semée. Demain, vous entendrez tout émus, la voix vibrante du professeur d'histoire ou de belleslettres, ou du docteur en droit constitutionnel, vous retraçant avec enthousiasme Îles fastes aimés de notre passé, où bien commentant les traités qui sauvegardent nos libertés, arborant vaillamment l’étendard de la tolérance, de la confraternité, parmi les cultes divers qui divisent nos rangs, et conviant les nationalités aux différentes croyances à se réfugier en toute sécurité sous l'égide du vieux drapeau britannique, les exhortant à fuir les discordes, et à marcher dans le droit chemin, — comme le dit sa noble devise: Per vias rectas !
C'est surtout quand, nous ouvrant intimement son cœur, il fait appel à nos sentiments comme hommes, à notre patriotisme comme citoyens d'une naissante nationalité, et nos implore à vivre en paix sous nos institutions libres, sans oublier ni Dieu, ni nos semblables, que s4 voix prend les accents de l'inspiration. Aujourd'hui il dérobera à Parkman une de ses pages émouvantes, sur l’héroisme des premiers missionnaires de la Nouvelle-France, et se complaira à rendre un hommage éclatant aux martyrs Brebœuf et Lallemant. Demain, il redira aux Canadiens-français qu’ils sont de bonne lignée, qu'à l'exemple de leurs pères, 1ls doivent savoir de quelle manière accueillir l’envahisseur de leurs foyers, le cas échéant.
Le soir, présidant à côté de sa spirituelle et aimable épouse, nn banquet d'amis ou de savants, lord Dufferin lancera un feu roulant de bons mots et de fines allusions, qu’il clora, à sa manière, par un ingénieux trait d'esprit, un compliment aux dames, avant d'aborder la discussion de quelque grave mesure d'utilité publique, ou d’un problème social, auquel ses agréables propos ont servi d'introduction. N'oublions pas surtout le généreux patron de l'éducation, qui, pour encourager notre jeunesse de nos universités, nos lycées, et de nos couvents, a taxé si Jourdement son patrimoine, déjà entamé, pour faire frapper cingcents médailles d’or et d'argent.
L'érudit comte de Dufferin, à l'instar de son devancier, le savant comte de la (ralissonnière, était dévoré de la soif de la science et des lettres. Comme l'ami du professeur suédois, Kalm, en 1749, lord Dufferin étonnait son entourage par ses connaissances variées et le charme de sa conversation. On n'est pas surpris de le trouver prêt à répondre, dans le même idiome, aux félicitations que l’université McGill lui adressa un jour, dans la langue de Cicéron et dans celle de Démosthènes. Une de nos villes surtout avait toutes ses complaisances: la vieille cité de Champlain. Il y venait chaque année, à la belle saison, s’y reposer. Ïl traversait à toutes les heures ses quartiers les plus populeux, seul ou avec un aide-de-camp ; le peuple se pressait sur ses pas pour saluer le comte Dufresne, son bon ami. Québec lui doit une éternelle reconnaissance pour les améliorations dont il gratifia l'antique capitale.
Aidé de l'expérience de l'ingénieur de la ville, M. Charles Baillargé, et éclairé par un savant architecte, M. Wynn, qu'il avait fait venir expressément d'Europe, lord Dufferin,
L:} gouver du bur missior le conti de cette en l’hor ruines (
Le terrasse Royale, Honneu La mun liques ax
La souvenir P. Johns:
Victoria,
C de
1, le
Etet
sein
‘hui
tro
lont
mée,
]les-
astes
rtés, ivers agier s disctas !
entité, et 1 108 era à de la euf et , qu'à ur de
ou de qu'il avant lème ut le sités,
pour
ralissseur ances ndre, dans outes belle seul resne, dont
r un ferin,
puisant jusque dans la bourse royale à Windsor, a trouvé moyen de faire relever nos murs, et, par ce qu'on appelle les Dufferin Improvements, d'orner Québec et de lui conserver son
cachet d’antiquité, sans nuire aux besoins du progrès présent. Le prolongement de la
terrasse Durham — qu'on doit encore à son initiative —couronna dignement tous ces travaux dont notre ville est si fière aujourd'hui.
En souvenir de ce fait, Son Altesse Royale, la princesse Louise et lord Lorne, à la demande expresse du maire et du conseil de ville, ont conféré son nom à cette terrasse — la terrasse Duflerin '— unique au monde.
Enfin, à l'instar de l'illustre comte de la Galissonnière, notre bon ami lord Dufferin, quittait Québec, à la demande expresse de la métropole. On requérait ailleurs ses services. Plus heureux que l’illustre Français, il n'aura pas à reprocher à sa patrie d'avoir été ingrate. Tâchons de marcher toujours dans la voie droite que lord Dufferin nous a tracée : Per vias rectas
! La terrasse Dufferin fait partie des fortifications de Québec. Elle relève donc, ni de la municipalité, ni du
gouvernement de la province de Québec, ni même de celui de la Confédération, mais des autorités impériales et du bureau de la guerre à Londres, représentés au Canada par le gouverneur général du Dominion, dont la commission le nomme aussi, commandant en chef des forces de Sa Majesté au Canada, etc.
Ce qui lui donne le le contrôle de tout ce qui touche à la défense de notre territoire.
La municipalité a contribuée pour $7,500 au coût de cette superbe terrasse, qui, avant sa prolongation d'après les plans Dufferin, portait le nom de terrasse Durham, en l'honneur de lord Durham, gouverneur général du Canada, en 1838, qui l'avait fait construire à ses frais sur les ruines du vieux château Saint-Louis, incendié le 23 janvier 1834.
Le gouvernement canadien a aussi contribué pour une large part aux dépenses de cette restauration. La terrasse fut ouverte solennellement le 9 juin 1879, par Leurs Excellences le marquis de Lorne et Son Altesse Royale, la princesse Louise, qui, à la demande expresse du conseil de ville présent et présidé par le maire, Son Honneur Robert Chambers, lui conférèrent le nom de l'illustre homme d'Etat, lord Dufferin, à qui nous la devons. La municipalité fit dresser procès-verbal de la cérémonie, et fit apposer sur la terrasse même des plaques métalliques avec les mots suivants :
Dufferin Terrace. H. Hatch, contractor. C. Baillargé, Engineer.
La Société Historique et Liftéraire ayant présenté au Conseil de ville un placet demandant de commémorer le
souvenir de certains personnages éminents en associant leurs noms à cette terrasse, le conseil, sur motion de M.
P. Johnson, adopta le 9 mai 1879, une proposition donnant aux cinq jolis kiosques qui y sont érigés les noms de Victoria, Louise, Lorne, Frontenac et Plessis