ROSE
S [.— ETIOLOGIE GÉNÉRALE
Nous avons dit ce qu'était la maladie infectieuse au point de vue pathologique : c'est la lutte entre l'organisme et l’agent infectieux. En clinique, la maladie infectieuse aiguë est une maladie fébrile, cyclique, générale, affectant tout l'organisme, mais frappant avec plus d'énergie sur un ou plusieurs points particuliers (intestin pour la dothiénentérie, poumon et méninges pour la pneumococcie, peau pour les fièvres éruptives).
Toutes ces maladies sont reconnues d’origine microbienne, soit que leur agent provocateur ait été déjà découvert et décrit, soit que l’existence de cet agent soit indiscutable, de par le tableau clinique, bien qu’elle n'ait pu encore être prouvée (fièvres éruptives, rhumatisme, etc.).
Voici, emprunté en partie à Charrin (1), en partie à Nielly (2), le tableau de ces maladies aiguës, universellement reconnues aujourd’hui comme étant d’origine inicrobienne :
Charbon. Rougeole. Péritonites.
Morve. Fièvres |Variole. Certaines hépatites. Rage. érup- ‘Varicelle. Pneumonies.
Choléra. tives Scarlatine. Pleurésies.
Fièvre jaune. Suette miliaire. | Bronchites.
Peste. Erysipèle. Laryngites.
Septicémie. Oreillons. Méningites.
Pyohémie. Diphtérie. Néphrites.
Gangrène septique. Fièvre typhoiïde. Cystites. Grippe ouinfluenza. | Typhus exanthémat. | Blennorragie. Dengue. Maladies de l’appareil| Puerpéralité. Paludisme: circulatoire. Rhumatisme articu- Maladies du sang. laire aigu.
Dysenterie, entérites. | Arthrites Angines.
(1) Charrin.— Traité de médecine I, p. 71.
(2) Nielly.— Art. infection, dict. encyclop. des sciences médicales, Tom. 15, 4°
série, p. 674,
. Des paralysies n’ont pas été signalées au cours ou à la suite de toutes les maladies ci-dessus énumérées, mais seulement à la suite de quelques-unes d’entre elles. On est en droit de se demander pourquoi, étant donné que la nature de la maladie est la même, certaines sont suivies de paralysies, tandis que certaines autres n’en présentent nulle trace.
Qu'il nous suffise de faire observer ceci: parmi les infections non encore signalées comme ayant donné prétexte à des paralysies, nul ne peut dire que dans un laps de temps plus ou moins long, on ne signalera pas des akinésies, dont elles seules sont coupables: il n’y a pas bien longtemps qu'ont été signalées et étudiées les paralysies développées à l’occasion de la blennorrhagie, de la fièvre puerpérale et de bien d’autres infections aiguës.
D'ailleurs, parmi ces infections, celles mêmes qui sont réputées comme des provocatricee fréquentes de paralysie, ne sont pas infailliblement suivies de troubles paralytiques. C’est, au contraire, l’exception. Pour la diphtérie, par exemple, qui, de toutes, est celle qui engendre le plus souvent les akinésies, Sanné dit qu’il y a paralysie 1 fois sur 9.
Les paralysies survenant à la suite des maladies aiguës sont l’exception, si on envisage la quantité considérable des cas de ces maladies.
Et pourquoi, dans certains de ces cas, y a-t-il paralysie ? Pourquoi dans d’autres n’y en a-t-il pas? Quels sont les cas de diphtérie, de dothiénentérie, de fièvre éruptive qui entraîneront de la paralysie, quels seront ceux qui guériront sans troubles paralytiques ? On avait d’abord songé à incriminer Ja gravité de la maladie : une fièvre grave était sûrement suivie de paralysie ; une fièvre bénigne en serait certainement exempte.
Gübler avait bâti, sur cette hypothèse, sa théorie de l’asthénie. L'observation a démontré que cette conception était
ne Dire M mal fondée, bien des fièvres graves, mêmê avec les pires complications, ne donnant jamais lieu à aucun phénomène parétique, alors qu’une diphtérie cutanée à peine esquissée,
une grippe des plus bénignes sont suivies d’impotence fonc-
tionnelle des plus absolues.
On a dû, et avec juste raison, invoquer la question du terrain sur lequel se développe l'agent infectieux, question qu’on a trop longtemps dédaignée et vers laquelle on re-
vient enfin, rendant un éclatant hommage à l’École de Montpellier. Noté maîtr e, M. le professeur Grasset, le faisait re-
marquer tout récemment dans ses lecons sur « les vieux dogmes cliniques devant la pathologie microbienne».
Quelle que soit, en effet, la théorie pathogénique invoquée pour expliquer la production des paralysies, on doit
bien admettre que, étant donnée une même maladie, le
même processus sera mis en jeu et devra produire les mêmes lésions : si ces mêmes lésions ne sont pas produites dans tous les cas, c’est qu’un obstacle quelconque s’y oppose, en certains de ces cas, ou encore si elles se produisent chez tel malade alors qu’elles font défaut chez tel autre, c’est parce que chez le premier existent des conditions particulières, qui manquent chez le second. Ces conditions particulières, c’est le terrain.
Et le facteur principal qui dispose le terrain c’est l’ on dité. Le froid, l'humidité, les traumatismes, les saisons nejouent qu’un rôle secondaire, et, ainsi que le fait remarquer Raymond, il est difficile d'apprécier d’une façon bien exacte la valeur de ces différents facteurs (1).
Le rôle du sexe est négligeable; l’âge est plus important. Landouzy conclut, après examen de différentes statistiques,
(1) Raymond.— Lecons sur les maladies du système nerveux, Paris, 1889, p. 357 et suiv.
à Tes
lee
que «dans l’âge adulte et dans l’âge mûr, les maladies infectieuses s’accompagnent d'accidents paralytiques plus souvent que dans le jeune âge». D'où la rareté des paralysies dans les maladies aiguës qui frappent plus volontiers l’enfance (rougeole, scarlatine, etc.).
Des facteurs plus importants sont: «Les causes de dépérissement profond plus ou moins latent, la misère physiologique déterminée soit par les mauvaises conditions de la vie matérielle, soit par des maladies essentiellement débilitantes comme le cancer, le sarcome, etc.» (1).
Mais, nous tenons à le répéter : au-dessus de toutes les causes déterminant les paralysies au cours des maladies aiguës, trône l'hérédité névropathique et arthritique : d’où la fréquence des paralysies au cours des infections aiguës chez les diabétiques, paralysies tout récemment signalées par M. Reichel dans la séance du 6 in du Club médical de Vienne (2).
S IL. — SÉMÉIOLOGIE GÉNÉRALE
Le système nerveux est le régulateur de tout l'organisme: de lui dépendent toutes les fonctions ; mais s’il est l’âme dont tout découle, lui-même a besoin d’être soutenu par l'harmonie de l’ensemble; si le système circulatoire est atteint, si la circulation se fait mal, le système nerveux est mal nourri, et tout en souffre ; si l'appareil nutritif fonctionne mal, les matériaux nécessaires pour le rènouvellement des flux de l’organisme sont mal élaborés, n’arrivent pas à destination ou n’y arrivent pas en quantité suffisante :
(1) Bonnet.— Loc. cit. {Wh., page 29). :
(2) In Semaine médicale, n° 34, du 13 juin 189%, p. 275.
tone
les: forces manquent, le système nerveux ne peut plus jouer son rôle. ANR
Alors que l'organisme tout entier lutte, exige des forces nouvelles, comme dans les maladies infectieuses, quoi d'étonnant que le système nerveux, surtout chez les prédisposés, où il est immédiatement frappé par l'agent infectieux ou ses produits, quoi d'étonnant que le système nerveux fasse défaut à sa mission, à un moment donné ; qu’une partie de cet appareil prête le flanc à l’infection ; pour toutes les parties de l'organisme qui dépendent de cette portion d’appareil nerveux lésée, c’est l’impotence, c’est la paralysie.
Et, suivant la partie du système nerveux qui sera frappée, la paralysie affectera un territoire différent, une forme caractéristique. Les paralysies consécutives aux maladies infectieuses peuvent, en effet, adopter tous les types : monoplégie, hémiplégie, paraplégie, ophtalmoplégie, paralysie des muscles de la respiration, de la circulation; paralysie d’un groupe musculaire distinct, suivant que la lésion provocatrice est d’origine cérébrale, mésocéphalique, spinale ou névritique. Nous verrons plus loin que les névroses peuvent se manifester aussi sous l'influence des maladies infectieuses et revêtir les caractères de l’un ou l’autre de ces types.
Ces phénomènes d’impotence ne se manifestent, avonsnous dit, que chez un nombre limité de malades atteints d'infection aiguë et seulement dans quelques-unes de ces infections. Mais, dans la plupart des maladies infectieuses, le système nerveux souffre dans son ensemble, alors même qu'aucune de ses parties n’est plus spécialement lésée ; il est certaines formes de maladies infectieuses qui sont dites adynamiques, précisément à cause de l'atteinte plus spéciale dont souffre le système nerveux.
Mais de ces troubles du système nerveux dans son ensemble, nous n'avons point à nous occuper ici; nous n'avons