LÉGALE
D'autre part il faut, en présence d’un chancre syphiliique confirmé, mettre en œuvre le traitement mercuriel, qui est destiné, non seulement à combattre les accidents du début, mais à préserver l'avenir.
Comme nous n'avons fail allusion qu'à des accidents plutôt tardifs, nous devons nous occuper tout d’abord du rèle que le traitement préventif joue vis-à-vis d'eux.
En ce qui concerne la paralysie générale, ce rèle est des plus importants. :
La stalistique déjà citée du professeur Fournier, el qui porte sur 79 cas, montre que chez ces 79 malades, la
Syphilis avait été traitée sérieusement.
4 fois pendant 3 ou 4 ans.
12 — 2 ans environ.
D — un an el demi.
16 ee - un an seulement.
43 — moins d'un an ou d'une facon insignifiante.
Parmi les 36 paralyliques généraux auxquels nous avons personnellement fait allusion, un seul avait suivi un traitement pilulaire de 4 ans, et n'avait plus rien pris (mariage au bout de ces 4 ans; deux enfants sains, pas de
fausse-couche ; début de la paralysie générale 13 ans après le chancre).
2 avaient suivi un lraitement pendant 3 ans.
__ 1 an environ.
Enfin, 22 n'avaient rien pris, ou s'étaient contentés d'ab-
sorber de temps en temps quelques pilules.
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Nous ne savons pas exactement ce que veut dire le professeur Fournier, quand il rapporte que ses quatre premiers malades ônt suivi un traitement vraiment sérieux ; ce traitement a duré quatre ans, mais cette durée suffitelle à constituer une intervention digne de ce nom.
Le contrèle d’un traitement suffisant n’est pas toujours facile : en dehors de la mercurialisation intra-musculaire, où l’on peut doser exactement les quantités de mercure confiées à l'organisme, il est difficile d'apprécier mathémaiquement la qualité d’un traitement préventif.
Nous sommes certain, pour notre part, que nos trentesix malades n'ont pris du mercure que sous forme pilulaire ; voyons comment se sont traités les quatorze autres malades dont nous avons parlé.
Tout d’abord, il en est (rois que nous avons particuliè-
rement SUIVIS :
Le premier, atteint de syphilis au printemps de 1898, a fait, au début, deux cures de sels solubles : 25 injections quotidiennes de 2 centigrammes de bi-todure de mercure; trois semaines de repos ; 25 nouvelles injections.
Le traitement fut continué par l'huile grise: 3 séries de 6 piqûres hebdomädaires s'échelonnent, séparées par des intervalle. de repos de plus en plus longs et terminent la première année de traitement.
3 mêmes séries sont reprises pendant la seconde année ;
3 séries de 5 piqûres pendant la troisième ;
2 séries de 5 piqûres pendant la quatrième et la cinquième.
Enfin, depuis le printemps de 1903, le malade a eu tous les
ans 5 injections d'huile grise.
Le second malade, contaminé en 1899, a pris au début quelques pilules: trois fois six semaines — à fait de temps à
nee
autre quelques frictions, et à partir du dix huitième mois de l'infection, où nous l'avons connu, a été traité. par deux séries de 25 injections de benzoate à 1 centigramme, puis par l'huile grise, comme le premier.
Le troisième fut traité exclusivement par l'huile grise.
Contaminé en 1900, il reçut, dès apparition de son chancre, 7 injections de trois vingtièmes de centimètre cube d’huile à 40 p. 100, séparées d'une semaine d’intervalle; au bout d’un mois, puis de deux, puis de deux et demi: 6 injections furent faites dans les mêmes conditions.
Les intervalles de repos augmentèrent, les séries furent de 5 injections, et il y en a eu encore 2 séries de 5 dans le courant de la dernière année écoulée depuis l'échéance.
Aucun de ces malades n'a pris d'iodure de potassium.
Parmi les 11 autres malades, 6 n'ont pris que des pilules, mais en quantité abondante et sans les abandonner.
4 ont suivi un traitement pilulaire très insuffisant.
Enfin, le dernier a pris seulement, au moment de son chancre, au régiment, quelques flaçons de sirop de Gibert.
En résumé :
Parmi nos 36 syphilitiques devenus paralytiques généaux, un seul s'est soigné à peu près bien {pour ne parler que du mercure).
Parmi les 14 syphilitiques ayant présenté des phéno-
mènes de neurasthénie, 4 seulement se sont mal soignés. Nous ne concluons pas autrement.
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So
De tous ces faits découle nettement l'importance d'un bon traitement préventif. Nous rejetons la méthode opportuniste, méthode dangereuse, qui ne préconise le mercure qu'en présence des seuls accidents, et qui, en leur absence, compromel l’avenir des syphilitiques.
Un tel traitement doit toujours être administré à doses intensives, mais surtout aux périodes jeunes de la maladie, où elle peut être assimilée à une infection aiguë répandant dans tout l’organisme la plus pernicieuse des toxines. Nous disons toujours à doses intensives, car celles-ci doivent non seulement être employées sans arrière-pensée, mais encore préconisées chaque fois que lorganisme est susceptible de les supporter sans dommage. Le professeur Fournier et, plus récemment, MM. Jullien (1), Duhot (2), entre autres, ont bien établi qu'une seule cure mercurielle intensive et prolongée, faite au début de toute syphilis, pouvait suffire à rendre les malades indemnes de tout accident, même (très longtemps après le début.
Nous pourrions citer bien des faits qui renforceraient l'opinion de ces auteurs, el dont nous avons été témoin lors de notre année d’internat à l'hôpital Saint-Louis.
En pratique, il faut tenir compte aussi des multiples considérations qui tiennent aux convenances personnelles des malades, c'est-à-dire à leur profession, au temps dont ils disposent, à la nécessité de dissimuler leur traitement et à leur situation de fortune. Mais, ces considérations
(1) Jullien. Traitement abortif de la syphilis par les injections de
calomel. ë (2) Duhot. Traitement intensif et abortif de la svphilis. Annales
de la Polyclinique centrale de Bruxelles, sept. 1904.
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mises à part, il faut à ces périodes jeunes, primaire et secondaire, injecter les sels solubles : deux ou trois séries de 20 à 25 injections quotidiennes de bi-iodure ou de benzoate de mercure à 2 ou 3 centigrammes par centimètre cube, séparées de quinze jours de repos entre la première et la seconde: et d’un mois entre la seconde et latroisième.
L'on arrive ainsi, après la troisième série, à quatre mois en arrière du début, période à laquelle une syphilis ainsi traitée reste muette dans la grande majorité des cas.
Après un repos de six semaines à deux mois, le traitement mercuriel doit être repris, et nous ne savons rien de meilleur pour réaliser un fraitement de fond que l'huile grise : médicament très actif et qui a fait ses preuves maintes fois en présence d'accidents rebelles, donc très suffisant à mercurialiser les malades : médicament indolent, peu assujettissant, qui, bien manié, ne prête à aucune critique. et dont on à exagéré à tort les dangers (1).
Les intervalles de repos entre les séries de traitement doivent être de plus en plus prolongés au fur et à mesure qu'on s'éloigne du début. L'on arrive ainsi à ne plus administrer le mercure que deux fois par an pendant la cinquième année, et comme on ne peut jamais dire d'une syphilis qu'elle estabsolument éteinte, que l'organisme ne souffre en rien de la médication mercurielle ainsi administrée,
nous pensons qu'il n'y à aucun inconvénient à ce que les
(1) G. Lebret. Deux cas d'innocuité de l'huile grise injectée accidentellement à doses considérables. La Syphilis, février 1905. Consulter, de plus, au sujet des Prétendus méfaits de l'huile grise,
l’article de notre excellent ami, le docteur Emery, dans, La Clinique, 23 février 1906.
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malades continuent, pendant de longues années, à se faire faire chaque année cinq injections d’huile grise. En tous ‘cas, leur confiance y qgagnerait singulièrement, et l'idée qu'ils se sentent parfaitement protégés annihilerait chez la plupart la crainte des accidents, cause parfois unique des désordres mentaux que nous venons d'étudier.
En vue de préserver les syphilitiques de la paralysie générale, le professeur Fournier vient de préconiser la méthode des cures mercurielles à termes tardifs. Après le traitement du début et prolongé méthodiquement pendant les deux premières années, sous {orme d'une série de cures. Mmercurielles vigoureuses, il conseille de « suspendre toute médication pendant deur ans, et de placer à la cinquième année, approximativement, un second traitement, celui-ci de la durée d’un an: puis, derechef, suspendre la médicalion pour quelques années, et refaire un troisième traitement d'un an vers le septième ou la huitième année.»
Voilà seulement ce qui, joint à une observance rigoureuse des règles de l’hygiène, peut constituer un traitement préventif de celte affection qu'il « vaut mieux prévenir que guérir », puisque, «de l'observation et de la statistique, il résulte qu'au total, une fois la syphilis acquise, l'unique garantie du malade contre les risques éventuels de la paralysie générale réside dans un traitement méthodiquement
et longuement poursuivi. » (A. Fournier).
Mercure et paralysie générale confirmée. — Actuellement, rien, pour ainsi dire, ne permet encore d'affirmer qu'un traitement mercuriel, si intensif soit-il,
2 où
puisse enrayer l’évolution d'une paralysie générale vraie, même à son début.
Mettons, pour satisfaire à l'opinion de MM. Lemoine et Leredde (congrès de médecine de Toulouse, avril 1902), qu'il puisse y avoir de rarissimes exceptions en présence de symptômes extrêmement éloignés encore de la période d'état : mais, surtout, n'oublions pas que les pseudo-paralysies générales syphilitiques que nous avons vu, cliniquement, si proches de la maladie de Bayle, sont curables…
Aux faits empreints du même doute, cités par Mairet (1), de Cassaët (2), Aubert (3), Devay (4), Marchand, (de Blois) (5). Carl Spengler (de Davos), nous devons opposer les opinions inverses de MM. Lannois et Pierret (de Lyon), et ainsi que nous les avons déjà signalées, celles de la plupart des maîtres de Paris, MM, Fournier, Brissaud, G. Ballet, Déjerine, Marie, Dupré.
M, Pierre Marie dit à ce sujet : «Je ne peux pas, sans protester, laisser passer celle affirmation que si les paralytiques généraux ne guérissent pas après un traitement antisyphililique, c'est que ce traitement n'a pas été assez énergique ou assez prolongé, »
Le professeur Brissaud est du même avis : « J'ai donné, a-l-il dit, à des paralytiques généraux, jusqu'à 14 centiz grammes de mercure par jour, sans incident; bien enlendu, il faut prendre quelques précautions. J'ai pour-
(1) Mairet. In Traité de thérapeutique de A. Robin, 1898. (2) Cassaët. Congrès de Médecine de Toulouse, 1902.
(3) Aubert, Thèse, Lyon, 1902.
(*) Devay. Soc. des Se. médicales de Lyon, 19 fév. 1902. (>) Marchand. Soc. médico-psychologique, oct., 1902.
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