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CHAPITRE II

Période prodromique de la paralysie générale.

Si la paralysie générale se présente habituellement avec un ensemble de symptômes caractéristiques, elle peut débuter de facon assez trompeuse, ou encore se manifester, même en plein état, tantôt avec des allures frustes, tantôt avec des formes prédominantes dissimulant le fond de la maladie, de sorte qu'il est utile, pour ne pas la confondre avec une autre affection, de ne pas oublier ses allures atypiques, Quant à sa terminaison, elle est simulée par nombre de déchéances, surtout mentales, que lon à à distinguer de la dernière période de la paralysie. surtout si on n’a pas assisté à la période d'état.

C’est incontestablement le début qui prête au plus grand nombre d'erreurs : toujours lent, précédé d’une période prodromique variant, comme durée, de quelques mois à quelques années, il ne se révèle que chez les sujets attentivement suivis et fréquemment exarninés, et passe souvént inaperçu dans le cas contraire.

Des symptômes très nombreux vont {faire leur appariion, les uns sans importance manifeste et communs à d’autres affections, et les autres déjà susceptibles d’éveil-

ler l'attention, mais, comme nous le verrons, c’est par leur groupement que ces signes du début peuvent faire songer à la gravité d’une affection encore latente.

Cette période prodromique est de règle, elle a évolué même avant les ictus apoplectiques ou épileptiques qui, parfois, marquent brusquement un début vrai. Elle consiste en une «déchéance généralisée de tout l'être sentant, pensant et voulant » (Magnan et Sérieux), mais déchéance faile de nuances infimes: il faut une observation presque constante pour s’apercevoir que tout ce qui est activité et pensée s'émousse peu à peu, que la mémoire diminue, surtout celle du calcul, que l'articulation de certains mots, et l'écriture, surtout rapide, n'ont plus la même netteté. La même observation fait constater les défauts de l’attenlion et du jugement, le ralentissement de la pensée, qui se fatigue vite, l’altération de la faculté perceptive, de l’affectivité et du sentiment moral, les contradictions, les brusques différences dans toutes les manières d'être, le tout dominé chez le malade par une absence absolue d'inquiélude. S'il s'aperçoit au début de certaines anomalies, el va même quelquefois jusqu'à en concevoir quelque soupçon, il n’y prend bientôt plus garde, reste indifférent, eb accomplit tout ce qui lui est commandé par son instinct déchu.

Celle insouciance et cette euphorie dominent le début de la plupart des paralysies générales: mais il ne faut pas oublier que celles-ci peuvent être précédées de prodromes à allure dépressive, et même hypocondriaque.

Malgré ces anomalies, l’interrogatoire est non seule-

ment possible, mais encore d’une très grande utilité. En le

conduisant avec autorité et délicatesse à la fois, on obtient d'utiles confidences d'abord sur le passé pathologique. Si la syphilis est niée (ce qui est très rare ; en effet, en aucune autre circonstance on n'entend plus souvent cette réponse empreinte du plus parfait optimisme : « Oui, j'ai eu la syphilis, mais il y a longtemps !... »)le malade est cependant à même de parler de Symptômes ou de traitements révélateurs, des fausses-couches de sa femme, d'accidents que ses enfants ont pu présenter où dont ils ont pu mourir. Les malades parlent volontiers aussi de leur vie antérieure, font connaitre des causes adjuvantes comme l'alcoolisme et d’autres intoxications ou au to-intoxications (goutte, diabète, arthritisme. intoxications alimentaires des gros mangeurs, etc.), (rappellent leur surmenage, leurs excès, émotions et Soucis) ; la relation de traumatismes craniens, d’après Vallon (1), Siemerling, Lici, ne serait pas sans importance.

Il est facile également de savoir comment a été soignée la syphilis, avec quels procédés, et pendant combien de temps ; or, il n’est presque pas de cas où l’on ne retrouve une relation entre la fréquence de la paralysie générale et la qualité du traitement opposé à la syphilis.

L'examen des différents appareils et fonctions est tout aussi facile que l'interrogatoire, et il est plus utile, parce qu'il donne des résultats plus précis.

Il se dégage, en effet, des réponses du malade, une exagération de tout ce qui peut le faire valoir, quelque

(1) Vallon. La paralysie genérale et le traumatisme dans leurs rapports réciproques. Th., Paris, 1882.

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