‹ Paralysies et contractures hystériquesChapitre 2 sur 59 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Sous ce même titre nous avons présenté, il y a bientôt dix ans, à l'Académie de médecine, un Mémoire qui a eu l'honneur de remporter le prix au concours Bernard de Civrieux. Dans ce Mémoire, resté inédit, nous cherchions à établir qu'un certain nombre de paralysies et de contractures hystériques reconnaissait pour cause un désordre de l'innervation cérébrale, ou mieux un trouble du mécanisme de l'idéation. Ce qui était presque une nouveauté il y a dix ans, ne l'est plus guère aujourd'hui.

Néanmoins il nous a semblé que ce travail pouvait offrir encore quelque intérêt. En effet, à côté des troubles moteurs d'origine psychique, nous décrivons des variétés de paralysies et de contractures hystériques échappant à cette influence de 1' « idée » et dont la lésion dynamique doit être cherchée dans les parties inférieures de l'axe cérébro-spinal. Et nous pensons encore aujourd'hui, malgré des études récentes, que cette catégorie doit être maintenue tout au moins sur le terrain clinique. C'est en effet sur les données fournies par la clinique et l'observation que nous avons, fidèle à la méthode préconisée par notre maître, poursuivi nos recherches. Quoi qu'il en soit donc de l'interprétation physiologique, notre travail demeure un recueil

Vin AVANT-PROPOS

de faits, un groupement de tableaux cliniques destinés, pensonsnous, à rendre quelques services à l'élève et au praticien.

Les récents progrès de la neuropathologie nous ont obligé de revoir notre premier travail. Nous l'avons fait avec soin, sans y rien changer d'essentiel toutefois, mais sans rien oublier des travaux récents. Et nous avons l'espoir qu'ainsi revu et augmenté il résume fidèlement aujourd'hui, au moins au point de vue clinique, l'état de la science sur cet important fragment de la Grande Névrose, relatif aux troubles de la motilité.

Juin 1892.

Dire que la paralysie est l'abolition du mouvement est en donner une définition incomplète, car le repos qui s'accompagne d'inimobilité n'est pas une paralysie. La perte de l'action de la volonté ne saurait être donnée non plus comme caractéristique unique de la paralysie, puisque la paralysie peut atteindre des muscles soustraits à l'empire de la volonté. Faut-il donc voir dans la paralysie la perte de la faculté que possède le muscle de se contracter ? Pas davantage, puisque dans un membre paralysé la contractilifé musculaire, que la volonté est désormais impuissante à mettre en jeu, peut être facilement mise en relief par les autres excitants musculaires tels que l'électricité, les actions mécaniques, l'action nerveuse réflexe, etc.. D'un autre côté, les modifications de structure du muscle qui s'opposent à sa contraction, telles que la transformation graisseuse, l'atrophie, n'ont jamais été considérées comme des paralysies. Pour qu'il y ait paralysie, il faut qu'ily ait impuissance du muscle à se contracter, dans certaines conditions déterminées, pendant qu'il conserve sa structure normale, et ses propriétés contractiles pouvant être mises en relief dans d'autres conditions.

Les circonstances qui président à la perte d'activité musculaire dans la paralysie ne sont autres que celles qui accompagnent d'ordinaire le fonctionnement régulier du muscle atteint. C'est la volonté pour les mouvements volontaires, et l'excitant sensitif pour les mouvements involontaires. En d'autres termes, il y aura paralysie toutes les fois que les fibres musculaires auront perdu la faculté de se raccourcir sous l'influence des excitants ordinaires de I v/rs contractions. Cette définition est celle qui a été donnée par Axenfel. Elle sera complète si, par opposition avec ce qui a lieu dans les contractures, nous ajoutons que les muscles

PARALYSIES ET COMTRACTUHES BySTÉRIQPES. I

paralysés ont conservé leur souplesse et ne sont le siège d'aucune raideur.

Au point de vue clinique, la contracture doit être définie : une impuissance motrice s' accompagnant d'un état de rigidité persistante et involontaire du muscle, sans modification notable des réactions électriques et sans altération de texture de la fibre musculaire elle-même. Sans avoir la prétention de donner là une définition irréprochable, nous pensons que les caractères indiqués suffisent pour préciser ce qu'on doit entendre sous cette dénomination, et séparer la contracture d'un certain nombre d'états musculaires que l'on a souvent confondus avec elle.

Les caractères qui doivent être mis en relief sont les suivants : Y impuissance motrice, la rigidité involontaire et persistante, l'intégrité de la structure, et c'est ainsi que se trouvent éliminées : les convulsions toniques qui sont transitoires, passagères, et alternant avec des périodes de rémission ; les crampes, qui sont des contractions passagères, involontaires et douloureuses; le* raideurs dues à des altérations du tissu musculaire dans les myosites ; l'immobilisation volontaire d'un membre douloureux ; la catalepsie, qui est un état d'impuissance motrice, mais sans rigidité ; enfin la rétraction musculaire, qui consiste dans un raccourcissement du muscle avec épaississement des tissus fibreux.

Au point de vue de l'ordre de succession des manifestations variées qui révèlent l'hystérie, les paralysies et les contractures hystériques se comportent de deux façons : 1° elles sont les premiers signes qui trahissent l'existence de la névrose ; 2° elles surviennent à un certain moment de l'évolution de l'hystérie, alors que celle-ci s'est déjà manifestée par des symptômes indiscutables en nombre plus au moins grand.

Lorsque les contractures ou les paralysies se montrent comme première révélation de la diathèse hystérique, c'est souvent dans l'enfance qu'elles font leur apparition, et, à ce compte, elles entrent pour une part dans les symptômes de l'hystérie de l'enfance ou hystérie infantile. Elles peuvent d'ailleurs se montrer aussi chez l'adulte et môme à un âge avancé ; mais alors le plus souvent l'hystérie s'est déjà manifestée par quelque autre symptôme.

Ces troubles de la motilité font partie des symptômes de l'hystérie non convulsive, c'est-à-dire de l'hystérie qui ne s'accompagne pas d'attaques de nerfs ; et alors ils peuvent presque à eux seuls, joints à quelques troubles de la sensibilité, composer toutela symptomatologie de l'hystérie, et constituer, suivant l'étendue" des parties atteintes, une forme spéciale que l'on a désignée sousle nom d' 'hystérie locale.

Ces mêmes désordres moteurs se rencontrent également au: nombre des manifestations interparoxystiques de l'hystérie convulsive, ils rentrent alors dans le cadre des symptômes permanents.

Il importe de les distinguer des troubles de la motilité qui font partie de l'attaque d'hystérie elle-même et de ses diverses variétés. Parmi les symptômes de l'attaque on trouve, à diverses de ses périodes, des contractions passagères en quelque sorte aiguës, sur lesquelles je n'insisterai pas ici, principalement à la période épileptoïde et à la deuxième période ou période des contorsions. Dans certaines variétés de l'attaque, la tétanisation musculaire constitue un symptôme prédominant comme dans l'attaque de contorsion ou attaque démoniaque, et dans l'attaque de contracture. Dans d'autres, au contraire, c'est la paralysie musculaire qui, comme dans l'attaque de syncope, et surtout dans l'attaque de léthargie, tient le premier rang.

Je signale ces faits afin de démarquer exactement les limites de notre sujet et pour les écarter systématiquement de notre cadre.

Ce n'est pas que les paralysies et les contractures dont il s'agit ici n'aient parfois des relations avec l'attaque convulsive ; ellesla précèdent parfois ou la suivent, et nous aurons soin de revenir sur cette question ; mais il importe d'éliminer tout d'abord tous les troubles musculaires qui sont partie constituante del'attaque elle-même et doivent, en conséquence, être étudiésavec elle.

Nous avons divisé notre travail en deux parties.

Dans la première nous avons considéré les paralysies et les contractures hystériques d'unefaçon générale, c'est-à-dire indépendamment du siège qu'elles peuvent avoir et des diverses parties du corps qu'elles peuvent affecter. Cette façon de procéder nous a paru.

plus logique et destinée à nous éviter de nombreuses répétitions. En effet, dans le plus grand nombre des cas, la question de siège n'est que secondaire. Les longs développements que nous avons consacrés à cette première partie nous ont permis d'être relativement plus bref dans la seconde consacrée aux paralysies et aux contractures en particulier, c'est-à-dire considérées dans les diverses parties du corps. Nous n'avons insisté alors que sur les caractères particuliers empruntés au siège spécial. Chacun des chapitres de cette seconde partie est donc forcément incomplet, et il est nécessaire d'y faire entrer pour ainsi dire, pour le compléter, tout ce que nous avons dit au point de vue général.

Enfin notre seconde partie est subdivisée en paralysies et contractures des membres, et paralysies et contractures viscérales.

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