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CHAPITRE PREMIER

ETIOLOGIE

L'hystérie est au premier chef une maladie héréditaire. Non seulement elle se transfert des parents aux enfants [hérédité similaire), mais elle peut être le produit, par voie de transformation héréditaire, d'une autre affection nerveuse, et elle tient une place de premier rang dans la grande famille neuropathologique, dont la parenté des différents membres est clairement affirmée par ce qu'on a appelé l'hérédité dissemblable ou de transformation. Une fois la prédisposition créée, intervient dans l'éclosion de la maladie l'action des causes secondaires dites occasionnelles et qui sont nombreuses. Mais je ne saurais entrer ici dans le détail de cette étude étiologique, et je dois me borner à rechercher s'il n'existe pas un certain nombre de circonstances, qui influent plus particulièrement sur le développement des troubles de la motilité caractérisés par les paralysies et les contractures.

11 n'y a pas lieu, au sujet de l'étiologie, de séparer l'histoire des contractures de celle des paralysies. Ces deux sortes de troubles de la motilité naissent la plupart du temps dans des circonstances identiques. Nous relèverons, chemin faisant, ce qui

peut intéresser plus directement soit les contractures, soit les paralysies.

Cette identité d'origine est un des premiers indices qu'il nous -est donné de relever au sujet de l'étroite parenté qui unit ces «leux variétés de troubles musculaires en apparence si opposés. Nous aurons, dans la suite de ce travail, bien d'autres rapprochements à signaler. La même cause pouvant donner naissance soit à la paralysie, soit à la contracture, est-il des circonstances .qui puissent favoriser le développement de l'un ou de l'autre de .ces phénomènes ? C'est ce que nous examinerons en second lieu. Au nombre des causes qui président au développement des Aroubles de la motilité (paralysie ou contracture), je rangerai : 1° les attaques convulsives et leurs diverses variétés ; 2° la disparition d'un autre symptôme hystérique ; 3° les impressions .morales ; 4° divers états morbides; 5° le traumatisme.

I. — Influence des attaques convulsives et de leurs diverses variétés.

A. — La paralysie ou la contracture se rencontrent parmi les symptômes précurseurs de la grande attaque.

Parmi les signes nombreux qui font prévoir l'éclosion de la grande attaque convulsive, un des plus constants est l'aggravation momentanée des symptômes permanents. C'est ainsi que l'anesthésie, si elle existait auparavant, s'accuse davantage, devient rebelle aux agents aesthésiogènes : si elle n'occupait que la moitié du corps, elle se généralise. Il en est de même de l'amyosthénie -qui existe fréquemment parmi les symptômes permanents de l'hystérie. Pendant les quelques jours qui précèdent les grandes .attaques, la faiblesse musculaire augmente, et la paralysie, parfois complète, remplace l'amyosthénie. C'est sous la forme hémiplégique que ces accidents se montrent plus particulièrement, et si les deux côtés sont atteints, c'est toujours avec une prédominance marquée d'un côté. Nous avons vu bien souvent des hystériques, pendant les quelques jours qui précédaient les grandes .attaques, au milieu des autres signes qui les tourmentaient à ce

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moment, se plaindre d'une impuissance presque absolue, ou tout au moins d'une gène très marquée dans les mouvements d'un bras ou d'une jambe. Le membre devient lourd. « Quand je veux soulever mon bras, dit l'une d'elles, c'est comme si je voulais soulever un poids de 100 kilos. » Les mouvements sont très limités, la pression dynamométrique nulle. De plus, elle traîne la jambe du même coté et peut à peine marcher. Ces troubles paralytiques des membres précédant les grandes attaques peuvent revêtir tous les degrés d'intensité, depuis la simple gêne dans les mouvements jusqu'à l'impuissance absolue. Cet affaiblissement musculaire s'accompagne d'une exaltation très marquée des réflexes tendineux, parfois même, mais plus rarement, de la trépidation épileptoïde par le soulèvement de la pointe du pied, et même de soubresauts et de secousses spontanées.

En présence de ces caractères qui font rentrer les paralysies qui précèdent l'attaque dans le groupe des paralysies spasmodiques, c'est-à-dire avec tendance à la contracture, nous ne serons pas surpris de rencontrer parmi ces prodromes de l'attaque hystérique, à côté de la paralysie, la contracture.

Cette contracture qui précède les attaques se produit tout d'un coup et acquiert immédiatement une grande intensité. Elle survient soit à la suite de quelque effort musculaire ou d'un léger traumatisme, soit sans cause appréciable. Elle est le plus ordinairement partielle. Elle passe d'un membre à l'autre, cesse pour revenir et se généralise peu à peu au point d'envahir parfois les quatre membres quelques instants avant l'attaque.

L'attitude des membres contractures est des plus variables et n'offre rien de spécial. Un point à noter est qu'elle se reproduit presque toujours d'une façon identique chez une même malade. Chez une malade, par exemple, que nous avons longtemps observée, la contracture commençait habituellement par le bras gauche, envahissait ensuite la jambe droite, puis les autres membres. La contracture de la langue n'est pas rare ; nous en avons observé plusieurs exemples.

Ces troubles moteurs, qui précèdent la grande attaque, n'ont qu'une durée éphémère, quelques heures, quelques jours au plus, puis, contracture ou paralysie, ils disparaissent dans le tumulte des convulsions de la grande attaque hystérique.

Les troubles moteurs qui suivent la grande attaque présentent un intérêt plus considérable, car ils peuvent parfois persister fort longtemps.

B. — La paralysie ou la contracture sont consécutives aux attaques hystériques.

Nous savons, parles études faites sur la grande attaque d'hystérie ', que, parmi les symptômes de la dernière période, on cons-

Fie. 1. — Contractures généralisées consécutives à la grande atlaque d'hystérie. (Figure extraite des Éludes cliniques sue tu grande hystérie, par le docteur Paul Hicher.)

tate souvent des troubles de la motilité parmi lesquels les contractures sont fréquentes. Ces contractures sont de deux sortes : ou bien généralisées, et alors elles sont très douloureuses et arrachent des cris au patient. Le malade quia repris toute sa connaissance est soumis à une torture véritable. Les quatre membres sont con-

Vuyez aus Études sur la grande, hystérie, 2° édit., 18S3

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tracturés dans les positions les plus variables, le tronc lui-même est courbé dans un sens ou dans l'autre, la raideur musculaire est très intense, mais elle varie d'un instant à l'autre (fig. 1). En y regardant de près, on voit que les muscles palpitent. Il y a des moments de calme relatif, des l'émissions qui laissent un peu de répit, puis des exacerbations qui s'accompagnent d'unnouvel accroissement de souffrance. L'immobilité des membres contractures n'est donc pas absolue, et leur attitude est susceptible de subir quelques variations dans le cours d'une même atteinte de contracture.

Ces sortes de contractures généralisées douloureuses, qui surviennent parfois à la suite des grandes attaques hystériques, peuvent durer plusieurs heures, mais ne se prolongent jamais et se résolvent d'elles-mêmes au bout d'un temps plus ou moins long.

Il n'en est pas de même lorsque la contracture est partielle et non douloureuse. Il n'est pas rare alors de la voir se prolonger plusieurs jours pour ne disparaître qu'à la suite d'une nouvelle attaque, ou même persister d'une façon indéfinie pendant des mois ou des années. Il en est de même de la paralysie qui peut succéder aux attaques.

Ces troubles divers de la motilité, contractures ou paralysies, peuvent prendre naissance à la suite des attaques les plus variées. Il n'existe pas de relation entre les caractères de la crise hystérique et les troubles de la motilité qui lui succèdent. Et la violence des convulsions qui, d'après certains auteurs, pourraient provoquer une dépense exagérée de force musculaire et favoriser ainsi le développement de la paralysie, ne peut rien faire prévoir sur la nature des troubles moteurs qui suivront. C'est ainsi qu'à la suite de crises remarquables par un développement exagéré de force musculaire, on peut voir survenir des contractures permanentes, de même que les attaques de léthargie peuvent être indistinctement suivies de paralysie ou de contracture.

Le siège de ces accidents est des plus variables, affectant les membres ou les viscères et s'étendant à un plus ou moins grand nombre de parties.

La crise convulsive est parfois la cause d'un état de choses absolument nouveau et que rien ne faisait prévoir, ou bien elle modifie profondément l'état des symptômes qui existaient auparavant,

remplaçant, par exemple, la paralysie par la contracture, ou vice versa ; ou bien encore elle provoque une aggravation des symptômes. Ainsi la parésie d'un membre sera remplacée par une paralysie complète. La contracture qui n'existait pas dans un membre avant l'attaque existera dans deux après : une nouvelle •crise amènera la contracture d'un troisième membre, et, grâce à l'appoint que vient lui fournir chaque crise nouvelle, la contracture d'abord partielle peut devenir générale.

II. — Influence de la disparition d'un autre symptôme hystérique.

La mobilité des manifestations hystériques est depuis longtemps signalée par les auteurs. C'est ainsi que des troubles de la motilité peuvent suivre et, pour ainsi dire, remplacer des troubles de la sensibilité tels que la céphalagie, la rachialgie, la cardialgie intense, etc. ou bien des troubles de sécrétion, des hémorragies... Le siège de la lésion dynamique, qui sert de substratum aux symptômes, semble se déplacer et affecter successivement différentes parties systématisées des centres nerveux. Mais il ne faut pas oublier que ces troubles si variés peuvent exister simultanément : et ceci est surtout vrai en ce qui concerne les troubles de la motilité et delà sensibilité. Nous aurons l'occasion de revenir, dans lasymptomatologie, sur l'existence presque constante des altérations de la sensibilité dans les paralysies ou dans les contractures hystériques.

Mais cette sorte d'équivalence, qui existe entre les symptômes divers d'une même maladie nerveuse, se manifeste avec plus d'évidence encore entre les formes variées d'un même groupe symptomatique.

C'est ainsi, par exemple, qu'on verra les divers troubles de la motilité (paralysie, contracture, tremblement) se succéder et se remplacer, la paralysie faisant place à la contracture, ou inversement, etc.. Les troubles fonctionnels de môme nature se déplacent parfois avec une grande facilité, passant d'une région dans une autre, la contracture des viscères remplaçant les contractures des membres, ou vice versa; et les exemples ne sont pas rares où l'on

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voit les troubles de la motilité se promener successivement dans différentes parties du corps, ne quittant une place que pour se montrer dans un autre point. Il y a là quelque chose d'analogue •à ce qui se passe dans le phénomène expérimental du transfert.

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