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CHAPITRE III

Je ne suivrai point l'exemple des auteurs qui rangent parmi les complications des paralysies ou des contractures hystériques les troubles variés de la sensibilité, anesthésie, hyperesthésie, qui s'y surajoutent si fréquemment.

A notre, point de vue, les troubles de la sensibilité font partie du tableau symptomatique de la contracture ou de la paralysie. Les cas dans lesquels les troubles moteurs hystériques sont complètement indépendants du trouble de la sensibilité sont des cas d'exception. Il n'y a donc pas lieu de considérer comme une complication la réunion des symptômes morbides qui d'ordinaire font partie du même tableau symptomatique. 11 convient simplement d'y voir des formes cliniques variées, ainsi que nous avons eu soin de le faire ressortir.

J'en dirai autant de la contracture qui se rencontre si fréquemment dans les membres paralysés. Les connexions si intimes qui relient la paralysie à la contracture ne permettent pas de les séparer dans une description symptomatique et de les considérer comme des affections distinctes dont la réunion constituerait une complication.

En général , les paralysies et les contractures hystériques (troubles de la motilité) peuvent se mêler plus ou moins aux autres manifestations de la grande névrose dont eux-mêmes dépendent. Les véritables complications des paralysies et des contractures hystériques consistent dans les troubles de la nutrition — atrophie ou rétraction musculaire, — amenant dans le tissu musculaire ou

fibreux des modifications de texture indélébiles et qui rendent l'affection incurable ou susceptible d'être améliorée par les seuls procédés chirurgicaux.

Nous avons vu précédemment que l'atrophie musculaire peut se montrer dans les muscles atteints de paralysie hystérique. Ces cas nouvellement observés sont encore peu nombreux. L'atrophie est simple et guérit le plus souvent. Mais elle peut s'accompagner de mouvements fébrillaires et de la réaction de dégénérescence. Chez trois malades cités par Dutil et Gilles de la Tourette 1 , l'atrophie occupant la main avait complètement détruit un certain nombre de muscles qui vraisemblablement ne se régénéreront jamais. Voilà donc une complication heureusement fort rare de la paralysie hystérique, et qui peut rendre permanente l'impuissance d'un membre ou, tout au moins, de certains muscles.

La contracture peut également se compliquer de lésions des tissus dont l'effet est d'immobiliser le membre contracture dans son attitude vicieuse, même après la guérison de la contracture.

M. Charcot 2 a démontré que les rétractions fibro-tendineuses qui accompagnent parfois la paralysie spasmodique de nature organique, comme, par exemple, celle qui est la conséquence du mal de Pott, pouvaient également se montrer dans certains cas de contracture hystérique. Quelles sont les causes de cette complication ? M. Charcot serait tenté de les trouver dans une tendance' particulière de l'organisme chez certains sujets qui en même temps que de nervosisme sont entachés d'arthritisme, et l'on sait que cette dernière diathèse prédispose tout particulièrement aux inflammations des tissus fibreux.

En quoi, dans ces cas, consiste l'altération des tissus? Une s'agit point de la transformation fibreuse du corps du muscle lui-même. Le tissu musculaire est indemne et garde toutes ses propriétés physiologiques. Mais il se produit un raccourcissement et un épaississement du tendon en même temps que des tissus fibreux environnants. Le muscle tout entier est plus court, et cette diminution dans le sens de la longueur porte sur le corps charnu lui-même. Il en résulte que l'excursion des leviers osseux auxquels s'attache

' Contribution à l'étude des trou'des tropkiques dans l'hystérie, par Dutil el Gilles de la ToiiHEiTE. Nouvelle Iconog., 1889, n° 6. 2 Bulletin médical, 23 mars 1887.

le muscle ainsi modifié est considérablement diminuée. Une autre cause, sur laquelle M. Terrillon a insisté, s'ajoute à la précédente pour limiter encore les mouvements, et consiste, dans un épaississement des tissus péri-articulaires, aboutissant à une véritable ankylose fibreuse. Quand les choses en sont là, la contracture spasmodique peut cesser, le membre n'en resterait pas moins impotent si la chirurgie ne pouvait alors efficacement intervenir, ainsi que nous le verrons au chapitre du Traitement.

Il nous reste à parler maintenant de la coexistence possible de l'hystérie et d'autres états morbides dont les manifestations plus ou moins analogues peuvent jusqu'à un certain point se confondre avec les symptômes hystériques.

Il en résulte une sorte de corn plexus symptomatique qui tient à la fois des caractères propres aux deux affections en présence, et dont le pronostic varie suivant la gravité de l'affection surajoutée à la diathèse hystérique.

Ces cas, dans certaines circonstances, constituent de véritables complications des paralysies et des contractures hystériques.

Les affinités étroites qui relient la diathèse rhumatismale et la névrose hystérique n'avaient pas échappé à la sagacité des anciens auteurs. Sydenham regardait l'hystérie comme étant souvent de nature arthritique, et Robert Whytt disait : « J'ai reconnu que les maux hystériques étaient causés très souvent par une humeur de rhumatisme ou de goutte. »

Au point de vue particulier des manifestations qui affectent la motilité, l'union des deux diathèses peut exister de la façon la plus étroite, au point qu'il devient très difficile de rapporter à chacune ce qui lui revient en réalité.

Dans d'autres circonstances, c'est l'affection rhumatismale qui débute sur une jointure, puis peu à peu les manifestations hystériques appelés sur ce point par la fluxion rhumatismale s'y substituent si bien, qu'à l'arthrite rhumatismale succède soit une contracture, soit une paralysie de tout le membre dont la nature entièrement hystérique est bientôt démontrée par les symptômes et la marche des accidents.

Les cas où il y a en quelque sorte fusion des deux diathèses dans une même manifestation symptomatique sont les plus graves, et le pronostic varie avec la part qui revient à l'élément rhumatismal.

J'ai eu l'occasion d'observer, avec M. le professeur Charcot, un cas de ce genre chez une jeune fille de vingt et un ans. La diathèse hystérique s'était affirmée par de l'anorexie, des crises de toux nerveuse, des accès d'asthme nerveux, la sensation de boule hystérique, l'apparition de contractures passagères dans les mains, l'hyperesthésie ovarienne, la présence de points douloureux épigastrique, sous-mammaire droit, intercostal gauche, des altérations passagères de la sensibilité spéciale, de la vue, de l'ouïe, une plaque d'analgésie dans la région des seins, etc.

L'affection avait débuté à la suite d'une chute sur le coude gauche qui fut suivie de troubles dont il était difficile de préciser la nature (arthrite ou contracture musculaire, peutêtre les deux). Lorsque nous eûmes occasion de la voir, elle était dans l'impossibilité absolue de marcher et môme de se tenir debout sans aide. Ce n'est qu'avec la peine la plus grande qu'appuyée sur deux béquilles et soutenue par plusieurs personnes elle pouvait aller de son lit au fauteuil où elle passait étendue la plus grande partie de la journée.

Les caractères de la paraplégie dont était atteinte cette malade offraient un intérêt spécial au point de vue qui nous occupe. Les lésions articulaires des genoux et des articulations tibio-tarsiennes n'étaient pas douteuses. Ces articulations étaient légèrement gonflées, douloureuses au toucher. Les mouvements des membres n'étaient pas assez étendus pour permettre la recherche des craquements. Toutes ces articulations étaient entourées d'une zone d'hyperesthésie cutanée exquise.

Ln outre de ces symptômes articulaires, il existait une impuissance motrice presque absolue, et les muscles des membres inférieurs étaient le siège d'une contracture générale. Cette contracture ditférait de la contracture hystérique simple par la persistance de quelques mouvements volontaires très limités; les mouvements provoqués étaient aussi possibles, mais ils étaient très limités par la raideur musculaire et occasionnaient des douleurs dans les muscles. En somme, nous avions affaire ici à une sorte de paraplégie mixte dans laquelle entrait pour une part difficile à préciser la diathèse hystérique et la diathèse rhumatismale.

On dirigea d'abord un traitement électrique contre les articula-

lions malades (courants continus). Puis un traitement hydrothérapique finit par avoir raison de ces accidents.

Je rappellerai ici que l'hystérie peut survenir chez des individus atteints d'intoxication chronique par l'alcool, le plomb, le mercure ou le sulfure de carbone. D'où il suit que les troubles moteurs qui atteignent ces sujets peuvent très bien relever à la fois de la névrose et de l'intoxication. M. Guinon a montré comment dans certains de ces cas, chez les saturnins par exemple, une paralysie de nature purement hystérique pouvait revêtir les apparences de la paralysie saturnine des extenseurs, tout en s'en distinguant foncièrement par des signes non douteux '. C'est là, en somme, un de ces exemples de la simulation d'une affection organique par l'hystérie, que M. Souques - a récemment étudiés. Mais on comprend très bien la combinaison suivante : une névrite périphérique, due par exemple au saturnisme ou à l'alcoolisme survenant sur un membre atteint déjà de paralysie hystérique. Il en est de même de la combinaison possible de la paralysie hystérique avec les troubles du mouvement succédant aux fièvres graves telles que la diphtérie, la fièvre typhoïde, la scarlatine, etc.. Il y a là certainement une complication de nature à modifier singulièrement le pronostic d'ordinaire bénin de la paralysie hystérique, et des difficultés de diagnostic parfois insurmontables.

Enlin il faut également avoir présent à l'esprit que l'hystérie peut exister chez le même sujet avec la syphilis et d'autres affections organiques du système nerveux, telles que la sclérose en plaques, le tabès, la maladie de Friedreich, la myopathie primitive progressive, le mal de Pott. On verra alors les manifestations symptomatiques de ces diverses affections, au nombre desquelles figurent les paralysies et les contractures, se mêler aux troubles du mouvement de nature hystérique. Et le départ de ce qui doit être attribué à la névrose ou à l'affection organique ne sera pas toujours facile à établir.

i Guinon, Des agents provocateurs de l'hystérie, p. £96.

■ Contribution à l'élude de syndromes hystériques simulateurs.

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