II. — Diagnostic différentiel
Cette partie du diagnostic sera étudiée lorsqu'il y aura lieu der le faire dans la seconde partie de ce mémoire, à propos des paralysies et des contractures hystériques considérées en particulier. .
Je me contenterai ici des quelques considérations générales suivantes.
Il n'est pas un seul des signes des paralysies et des contractures hystériques qui, pris séparément, ne puisse se rencontrer dans les troubles de la motilité dus à d'autres affections. En unmot, il ne faut point s'attendre à trouver un signe pathognomonique des accidents hystériques, et établir sur sa constatation les bases d'un diagnostic certain.
Ce qui devient spécial à l'hystérie, c'est le mode de groupement, des différents symptômes, c'est leur mode d'apparition, leur marche et leur terminaison. Le médecin ne négligera donc aucun des renseignements qui peuvent lui être utiles. A un point de vue général, si l'on veut opposer les contractures et les paralysies hystériques aux troubles semblables de la motilité qui dépendent d'autres affections, il y a lieu d'insister sur les particularités suivantes :
A. — Paralysies.
Les paralysies dues à une lésion organique du cerveau peuvent se rapprocher des paralysies hystériques par la persistance de là contractilité électrique, mais elles s'en distinguent par le degré de la paralysie qui est toujours intense, par la marche qui ne subit point les irrégularités spéciales aux paralysies hystériques, par la rareté de l'anesthésie cutanée, la conservation de la sensibilité électro-musculaire.
Au sujet des paralysies organiques par lésion cérébrale il y a lieu de distinguer suivant qu'elles sont dues à une lésion de l'écorce ou à une lésion des parties centrales des hémisphères.
Les paralysies corticales sont celles qui offrent les plus grandes analogies avec les paralysies hystériques : en ell'et, ces paralysies sont limitées, incomplètes, transitoires et variables. Elles s'accompagnent fréquemment de convulsions dans le membre.
Ces paralysies s'observent dans les ramollissements superficiels, dans les hémorragies superficielles, dans la méningite, dans la paralysie générale.
L'exagération des réflexes tendineux et la tendance à la contracture peuvent se rencontrer aussi bien dans la paralysie par lésion spinale que dans les paralysies hystériques, de même que le début progressif et la persistance de quelques mouvements dans les membres paralysés ; mais, dans les paralysies organiques spinales, les troubles trophiques ne sont pas rares et particulièrement l'atrophie musculaire. La marche ne comporte pas ces améliorations ou même ces guérisons subites, spéciales aux accidents hystériques. Enfin, les troubles de la sensibilité diffèrent essentiellement dans les deux cas.
Les paralysies dues à des lésions des troncs nerveux, et désignées sous le nom de paralysies périphériques se distinguent par l'abolition des mouvements réflexes, par la topographie spéciale de l'anesthésie en rapport avec la distribution du nerf affecté. Ers réactions électriques de dégénérescence s'y montrent de bonne heure. L'atrophie musculaire survient ensuite.
Dans les paralysies du saturnisme, la contractilité électrique des muscles est altérée, mais ils conservent d'ordinaire leur sensibilité. E'akinésie saturnine envahit les membres de haut en bas, frappant d'abord les muscles de l'épaule, puis ceux des bras et ensuite les muscles de l'avant-bras et de la main. La paralysie suit une marche analogue pour le membre inférieur.
Elle ne frappe presque jamais un membre tout entier, et jamais aussi tous les muscles ne sont paralysés au même degré. Certains muscles, toujours les mêmes, perdent leur contractilité électro-musculaire. Ce sont pour les membres inférieurs et supérieurs les extenseurs, pour les épaules le deltoïde.
D'autres sont toujours respectés et conservent leurs propriétés
sensitives et motrices : ce sont le long supinateur et l'anconé
Duchenne de Boulogne insiste beaucoup sur ce caractère de la paralysie saturnine qu'il considère comme pathognomonique.
Les paralysies alcooliques se distingueront, en outre de la localisation à certains groupes musculaires (extenseurs) et de l'atrophie musculaire, par les troubles de la sensibilité qui les accompagnent : chaleurs, fourmillements, douleurs très vives...
La paralysie a frigore dite rhumatismale et la paralysie par traumatisme, froissement, compression, élongation, déchirement des troncs nerveux, sont caractérisées par une distribution spéciale des troubles de la sensibilité en rapport avec la distribution des rameaux sensitifs dû nerf affecté. Elles s'accompagnent également de modifications dans les réactions électriques et d'atrophie musculaire.
Quant aux paralysies suite de maladies aiguës : diphtérie, fièvre typhoïde, etc., le diagnostic différentiel, en outre des commémoratifs, s'appuiera sur les caractères suivants : la localisation fréquente au voile du palais, l'envahissement des muscles de la face, le début lent, la marche progressive, l'absence de caractères spasmodiques et des phénomènes de contracture, la faiblesse du pouls, l'état de prostration générale, enfin l'atrophie musculaire et la réaction de dégénérescence.
Enfin les paralysies post-épileptiqms surviennent toujours à la suite des accès et sont transitoires. Le diagnostic de la nature de l'accès qui les précède est, dans certains cas, de la plus grande importance.
B. — Contractures.
Il ne saurait être question ici des contractures qui s'observent parfois dans l'apoplexie cérébrale, et il y a là un ensemble symptomatique qui éloigne toute idée de confusion.
Il n'en est pas de même de la contracture tardive des hémiplégiques. J'y reviendrai plus loin au sujet de la forme hémiplégique de la contracture hystérique.
Le diagnostic des contractures hystériques et des contractures
par lésion organique médullaire sera également discuté plus loin au sujet de la forme paraplégique.
Les contractures réflexes par lésion des nerfs, traumatisme, lésions articulaires, etc., peuvent présenter les plus grandes analogies avec les contractures hystériques. Le diagnostic sera basé sur les recherches de la cause, et sur l'absence de troubles hystériques concomitants.
La contracture essentielle des extrémités ou tétanie, se distinguera par le degré moins intense de la contracture, l'absence des troubles de la sensibilité, sa localisation expresse aux extrémités, • et surtout par l'absence de tout autre symptôme permettant de .les rattachera la diathèse hystérique.