‹ Paralysies et contractures hystériquesChapitre 7 sur 59 · I. — Amyosthénie · texte numérisé non relu

I. — Amyosthénie

L'affaiblissement que la motilité peut subir dans l'hystérie existe à tous les degrés.

Le degré le plus faible est désigné sous le nom d'amyosthénie. Il fait partie du tableau des symptômes permanents de l'hystérie, marche de pair avec l'anesthésie et ne rentre pas d'ordinaire dans

le cadre des paralysies : il est cependant intéressant de s'y arrêter un instant, car il ne diffère que par le degré des troubles musculaires plus profonds et manifestement paralytiques.

L'amyosthénie ne se traduit d'ordinaire par aucun trouble fonctionnel apparent. Si le malade a remarqué qu'il était un peu plus faible d'un bras ou d'une jambe, il n'y attache que peu d'importance. Aucun des actes qui exigent le concours des membres supérieurs n'est entravé, et la démarche n'est point gênée. C'est dune là un signe délicat et qui demande à être recherché avec soin.

Pour reconnaître l'amyosthénie, il suffit parfois d'engager le malade à serrer une des mains de l'observateur avec les deux siennes alternativement; il existe, au détriment du côté amyosthénique, une différence de force de pression facile à apprécier par ce simple moyen. Pour les autres segments du membre, on agit ainsi qu'il suit: le membre (bras ou jambe) étant placé dans une attitude déterminée (flexion ou extension), l'observateur essaie de modifier cette attitude en priant le sujet de résister de toutes ses forces. C'est ainsi que, dans certains cas de paralysie incomplète, il est facile de mesurer en quelque sorte la différence de puissance qui existe entre les muscles antagonistes suivant que le membre résiste plus fortement dans une attitude que dans l'autre, en llexion qu'en extension par exemple. Mais, dans l'amyosthénie hystérique, ce n'est pas le cas, et l'on peut constater, par cette manœuvre, que la force musculaire est diminuée à peu près autant dans les différents groupes musculaires. Le membre résiste de la même façon dans l'extension quand on essaie de le , , fléchir ou dans la llexion quand on essaie de l'étendre. C'est en comparant avec un autre membre, celui du coté opposé, par exemple, que l'on constate une différence dans l'état des forces.

Enfin, il est un procédé plus précis pour mesurer cet état des forces et qu'il ne faut pas négliger. C'est l'emploi du dynamomètre. Cet instrument est assez commun pour que je n'entre pas ici dans sa description. Il faut savoir qu'il existe toujours entre la force de pression des deux mains une différence de quelques degrés à l'avantage de la main droite pour les droitiers, ou de la main gauche pour les gauchers II en résulte qu'une aussi faible différence n'aura de signification que si c'est la main droite dont

SYMPTOMATOLOGIE 2o

le degré de pression est au-dessous de celui de la main gauche chez un droitier ou vice versa chez un gaucher.

Il est à peine besoin de dire que ce faible degré d'impuissance motrice désignée du nom d'amyosthénie ne s'accompagne d'aucune modification de volume du membre et ne se révèle par aucun signe dans la forme extérieure des parties. C'est d'ailleurs le cas général même pour les paralysies très accusées ainsi que nous le verrons plus loin.

Les réflexes tendineux du membre amyosthénique sont généralement exaltés, et souvent coexiste cet état spécial d'aptitude à la contracture auquel nous consacrerons un chapitre spécial.

L'amyosthénie accompagne d'ordinaire l'anesthésie hystérique, et se distribue de la même façon qu'elle, affectant fréquemment la forme hémiplégique et occupant de préférence les membres du côté gauche. Les agents aesthésiogènes qui influent sur la sensibilité intéressent également l'amyosthénie qui se déplace en même temps que l'anesthésie, ainsi que Burcq l'avait parfaitement noté, passant alternativement avec elle d'un côté à l'autre du corps dans le phénomène du transfert et des oscillations consécutives.

Néanmoins toute générale que soit cette règle, elle souffre des exceptions, et l'amyosthénie peut exister sans diminution de la sensibilité, ou même avec un certain degré d'hyperesthésie.

L'amyosthénie subit des alternatives d'aggravation ou de décroissance sous l'influence de causes variées. Elle diminue lorsque la diathèse hystérique s'épuise. Les émotions vives l'augmentent, et elle se transforme parfais graduellement en véritable paralysie ; ou bien elle constitue un terrain favorable au développement de la contracture. L'approche des grandes attaques a pour effet d'en accroître le degré au point que la faiblesse du membre devient de l'impuissance presque absolue dans les quelques jours ou quelques heures qui précèdent.

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