AVANT-PROPOS
manifeste: par conséquent, chez nous, redevenir … exclusivement moderne et français. (1 Nous connaissons aujourd’hui les harmonies et les flonflons de toutes les contrées de la terre à peu de chose près. Nous avons soit conservé, soit retrouvé les chants de l’homme de siècle en siècle. Parmi tous ces échantillons de l’Ailleurs et de l’Autrefois, telles sonorités constituent les balbutiements d’agglomérations à l'enfance, telles autres présentent le maximum de splendeur phonique auquel puisse atteindre une race; telles s’offrent à nous comme les produits faisandés des décadences, ettellesenfin … ne sont que les témoins de prospérités eflondrées, | semblables à ces rayons d’astres éteints qu'une sur- | vivance fictive et millénaire conduit encore jusqu’à ie nos yeux, dans les claires nuits d’été. | : Or, de toutes, une loi d'évolution très précise se à dégage. C’estqu'’entre plusieurs musiques, les diffé- 4 rences qui rendent chacune d’elles « exotique » à k l’égard de toutes les autresne s’affirment pleinement qu’en une seule période de leur développement. Pour ; bien discerner cette période, il faudraitenvisager l’art 1} l de chaque pays en ses trois états dejeunesse, de plein 1 épanouissement et de sénescence. On dirait alors que toutes les musiques se ressemblent dans le pre- mier et dans le dernier stade de leur évolution, et | qu'elles n’atteignentle maximum de diversité qu'au. moment même où elles deviennent mûres. Si bien …
Fe nite nation, en le déclarant atteint à la minute nême où la musique de la race en question paraît 1h plus différer de la musique de toute autre race. + Rappelez-vous les mélopées des peuplades sau- | vages et vous serez surpris du caractère de ressem- - blance qu’elles présentent entre elles, sous quelque | | latitude, en quelque année dela chronologie universelle qu’elles soient écloses. L'homme primitif ne possède guère que deux classes très larges de sentik ments, qu'il sache parer d’un vêtement artistique : a douleur et la joie, ce qui provoque les larmes et ce qui provoque le rire. Les ambassadeurs persans riaient en voyant les trésors de Charlemagne;
“et les rudes guerriers des chansons de geste pleu- … raient à la moindre offense. Aussi, toutes les musi- Dis primitives ne connaissent que deux couleurs, une triste, l’autre gaie; et la tristesse et la gaieté, À hez le Lapon comme chez le Soudanais, chez le ja l'artare comme chez le Peau-Rouge, déterminent dans les sons, aussi bien que sur les visages, des pe. pressions à peu près communes à tous les indi- “vidus. Un homme content, un air jovial, seront “partout reconnus pour tels. Quant aux rythmes et aux carrures, ils ne sont d’abord dictés que par les | gestes simples, les mêmes en tous lieux (la marche, | | course, les sauts, la chevauchée, la manœuvre des rames), et par les nécessités de la respiration.
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D'autre part, quand la civilisation atteint un degré suprême de développement, l'échange international et constant d’idées ne tarde pas à détruire, dans les arts, toute saveur de terroir.Parlafaute d’une technique excessive et cosmopolite, contre laquelle ils ne réagissent pas, tous les compositeurs en arrivent à réaliser des œuvres presque identiques de sentiment, de coloris et de facture.
[1 n’existe, entre ces deux termes, qu’un moment, moment précieux entre tous, où, les moyens esthé- … tiques d’un peuple devenus suffisants pour les besoins de son expression, ce peuple possède un langage complet, mais absolumentpersonnel encore. C’est toujours à l’heure d'épanouissement vigoureux, où, ne se contentant plus de rendre des sensations et des rythmes généraux, il arrive et s'en tient à la représentation musicale de tout ce qui le caractérise et le différencie de ses voisins, c’est-àdire à l’accomodation de sa musique avec les harmonies du climat, — grondements de la mer, des avalanches, du tonnerre ou des torrents, murmures de la brise, chant des oiseaux et subtils bruissements de la nature, — et à l’extériorisation rythmique, calme ou fiévreuse,solennelle, philosophique ou endiablée de son tempérament intime, reflet de ce climat lui-même. Le
Ce moment, d’ailleurs, n’est pas fatalement de ‘ brève durée, mais peut, au contraire, se prolonger
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ta ne que les : musiciens, EU eut I Sbiraone dans le fond national, expriment des idées neuves suivant le tempérament de leur race. Au fur et à
Ë mesure que s’en présenterontles occasions, je m’ef-
4 forcerai de prêcher cette absolue nécessité d’être et derester soi-même, c’est-à-dire homme de sontemps
et de son pays, sous peine de produire des œuvres D sans souffle et sans vitalité.
… Aujourd’hui, je nesaurais m'attarder davantage sur cette question grave, car il me reste, avant de clore une causerie déjà longue, à m'expliquer sur | certains accents de révolte qu'il me faudra sans
} doute faire entendre bien des fois et qui ne forment
«pas, croyez-le bien, la partie de ma tâche dont je
En 1e réjouis le plus.
Tout à l'heure, j je disais combien la valeur intrin- sèque des œuvres d’art me semble relative ; je n’enet endais parler de la sorte que de leur qualité d'émotion, que de cette forme intuitive, due au tempérament propre de chaque créateur, et qui se nomme le style ; en un mot, de tout ce que j’appellerai, *È aute d’un meilleur terme, leur côté sentimental.
# Mais je suis, en revanche,absolument persuadé que à nous pouvons juger de façon catégorique tout ce
Rs en dehors des émotions de l'artiste, ne relève
que de son esprit, et non de son cœur, ses systè-
“mes a priori notamment, ses procédés et surtout ses partis pris, tel le choix des sujets qu'il traite et
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des genres qu’il pratique, toutes choses du domaine intellectuel, et qu’il nous appartient d'apprécier au nom des lois, parfaitement précises et définies pour le coup, du bon sens et de la raison.
Ainsi, pour en revenir à M. Richard Strauss, —
je choisis le premier exemple qui se présente à ma
pensée, — je ne puis contester à ses admirateurs le
plaisir que leur procure l'audition de ses pages sym-
phoniques; mais j’ai le droit de protester hautement contre son esthétique. Que j'aime ou que je n'aime pas ses courbes et sacouleur sonores, ceci, ne regardant que moi, reste dénué d'importance ; mais il ne m'est pas permis de constater sans protestation la cérébralité dangereuse d’un homme qui, confondant le monde des idées et celui des sentiments, c’est-àdire partant d’une donnée philosophique absolument erronée, prétend mettre en musique des axiomes moraux et représenter avec des accords et des
mélodies les demandes, les exigences et les prover-
bes de Sancho-Pança ! J'ai même le devoir de m'in-
digner devant des absurdités si dangereuses, car le
cerveau des auditeurs risque de s’y accoutumer. On
m'objectera que les compositions de ce maître sont
pourtant très intéressantes... Les œuvres d'art ne
sont pas faites pour intéresser desconnaisseurs, mais pour toucher ; et la perfection soutenant une esthé- .
tique fausse en accroît encore les périls.
C’est en vertu du même principe que je pour-
de ss sans che! | contrela musique de virtuosité. Fe, i-je besoin de dire queje ne considère aucunement ; À virtuosité comme mauvaise en soi? Je m'incline 4 même avec respect devant la virtuosité-moyen, mais 1 devant la virtuosité-but je m’insurge sans concession
» possible. C’est que précisément je ne me place pas, dans cette question, du côté sentiment. Les œuwres de virtuosité n'agissent émotivement sur
| personne; elles ne flattent chez les auditeurs qu'une & ertainesensualité animale ou qu’une curiosité malsaine, dilettantisme étroit de quelques-uns, éton- nement stupide de la plupart. Je n’interroge, au contraire, que ma raison, et je ne puis alors faire aucune différence entre les plus ineptes variations | de flûte, massacrées par un joli-cœur de sous-préfecture et la plupart des concertos de piano ou de violon, même supérieurement écrits et merveilleupement exécutés par les plus remarquables instrumentistes. Dans l’un et l'autre cas, le sens com- L. demeure également bravé; l'on y sacrifie de di même façon le charme, l’expression, la ligne, “tout ce qui fait la séduction, la grandeur, la dignité 7 de l’art, à des conventions décrépites, quand ce à on ’est point à des considérations de lucre moins pard onnables encore. Et la bonne musicalité, dans de pareils exercices, n’atténue en rien leur infék riorité radicale et spécifique... Avec une œuvre
médiocre, mais sincère, on peut attirer le petit mélomane vers des œuvres également sincères et plus parfaites ; son éducation se fait progressivement par le cœur et par ce sixième sens infaillible dont parle Tôpffer. Avec la musique de virtuosité on ravale à tel point le niveau mental d’un public, même intelligent et cultivé, qu'après avoir prodigué des bravos d’un quart d’heure aux gymnastes du clavier et de l’archet, il ne sait plus sacrifier deux minutes pour saluer de quélques applaudissements les plus sublimes chefs-d'œuvre symphoniques !
C'était cette distinction très nette de points de vue que je tenais à établir, avant d'entreprendre ici la critique des Grands Concerts : d'une part, élimination de toute polémique en ce qui concerne, soit chez moi, soit chez les autres, le sentiment du
Beau ; et, d’autre part, imprescriptible privilège de . discuter n'importe qui, n'importe quoi, n'importe quand, sur le terrain de l'esthétique et de la philo- …
sophie.
— SOMMAIRE : M. Sarasate et les virtuoses. — Antar de Rimsky- - Korsakow. — La Chasse fantastique, de M. Erlanger. — La scène finale de Siegfried. — Jeunes compositeurs. — Fragments de Messidor, de M. Bruneau.
6 janvier 1900 (1).
ONSIEUR Camille Chevillard, élu à l’unanimité, comme successeur de son beau-père, > par les musiciens de l'Association des concerts Lamoureux, dirigeait pour la Fe fois son orchestre le 31 décembre.
L’ accueil très chaleureux, dont il a été l'objet de
|tagent entièrement, à son égard, les sentiments de ses …. instrumentistes. Maintenant à l’œuvre! et qu’il ne craigne
… causes jeunes et nouvelles.
Jene rappellerai que pour mémoire les parfaites exécu-
(1) Les dates (sauf pour les Lettres à une dame imaginaire) } sont celles des numéros de la revue dans lesquels ont paru les … articles, et non celles où ils ont été écrits.