‹ Paraphrases musicales sur les grands concerts du dimancheChapitre 44 sur 68 · ANSE · texte numérisé non relu

ANSE

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sonnes bien pensantes nomment l’école judaïque. Epithète lugubrement péjorative, n'est-ce pas P 4

* Oh ! Madame, comme il m'en coûte de vous quitter sur une évocation si honteuse !

Paris, le 10 novembre 1902.

Chère Madame, on donnait hier, au Concert Lamoureux, l'Après-midi d'un faune. Vous dire que j'ai tâché de l'écouter de toutes mes oreilles serait demeurer audessous de la vérité, car il faut, si l’on prétend bien saisir l'intérêt de cette musique, la boire par tous les sens à la fois, sans compter que toutes les facultés intellectuelles (et d’autres encore!) ne sont pas de trop pour démêler quelque peu l’exacte portée de l’œuvre. Je n’ai pas manqué de les y appliquer et je pense en avoir assez exactement compris la teneur littéraire. Je pourrais même vous débiter là-dessus quatre pages de phraséo-

logie, peindre en traits poétiques... Mais vous me faites

sans doute crédit de la description et vous ne doutez pas, je l’espère, de mon aptitude à la réussir tant bien que mal ?... Parlons donc un peu de musique. Mais, au fait, y a-t-il dans cette pièce d’orchestre autre chose que de la littérature ? Ah! je vous vois venir. De grâce, Madame, épargnez-moi vos arguments, je les devine, et reconnais, comme vous, qu'il y a bien ici, comme dans les autres ouvrages de M. Debussy, je ne sais quel charme sonore, quelle délectation de l'oreille savourant des sorbets de flûtes, des compotes de bassons et des

Le. L

cocktails de trompettes, amalgamés avec un art prodi- :

gieux. Et notre œil lui-même, sous l'empire d’excitations indirectes mais irrésistibles, se pâme, ébloui des colorations de cet orchestre tour à tour flamboyantes, sourdes, aiguës, étincelantes ou profondes.

Mais sommes-nous en présence de créations géniales sapant quelque passage nouveau pour la musique, dans la forêt des sensations, ou seulement d’un musicien supérieurement adroit, qui nous distrait de nos inquiétudes d’avenir en faisant, comme le singe de la fable, mille tours de voltige à travers la couronne coruscante des sonorités symphoniques ? Je l’ignore et M. Debussy, pas plus que nous, ne saurait le dire; le temps éclaircira ce point. Sans mentir, il y a dans ces combinaisons subtiles jusqu'à la spéciosité, certaines grâces magiques : un Topinambou seul oserait le nier; mais ne serait-ce précisément que de la magie P On le dirait et les perles de cette instrumentation éblouissante, pareilles à celles qui, suivant M. d’Astarac, ornent la bouche des Salamandres, ne seraient-elles que de la lumière durcie ?

Franchement l'auteur de Pe/léas me rappelle, par plus

d'un point, l'alchimiste de la ÆRôtisserie de la reine.

Pédauque. S'il ne cherche pas, comme celui-ci, à mettre de la poudre de soleil dans des ballons de verre, il tente du moins de la fixer musicalement. S'il ne veut pas

transmuer les métaux, il transmue les sensations, et,

prince des synesthésies, fait passer dans le domaine acoustique tout ce qui est du domaine du toucher ou de la vue : ses flûtes signifient le bleu de l'éther, ses harpes, l'étincellement des rayons estivaux, ses cuivres, la pourpre du couchant, ses violoncelles chantent les contacts

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voluptueux, et demain peut-être, il fera dire par quelque . cor anglais la pulpe fondante des pêches. C'est un peu le . Grand-Œuvyre musical qu'il nous entreprend là. Nul doute que, si j'opposais à sa captivante utopie le 1 nom d'un symphoniste de tout repos, d’un Cicéron de a . l'accord parfait, {mettons Mendelssohn, pour exagérer | . notre pensée), M. Debussy me répondrait, toujours avec à - M. d’Astarac : « Votre Cicéron parlait avec abondance Me | et facilité, mais c'était un esprit banal, et il n’était pas ou beaucoup avancé dans les sciences sacrées. » J'en con- put . viens, et c’est, au fond, le sentiment seul qui dirige nos à préférences en tout ceci. Comme Jacobus Tournebroche, HE pour distinguer les Sylphes et les Salamandres dans les flammes du foyer paternel, j’estime que pour discerner, dans la musique de M. Debussy, tout ce quelle renferme, au dire de ses licteurs, il faut y avoir l'esprit extrème-- n . ment tendu. Et quoique ancien élève des PP. de la Com- k pagnie, je prise fort la logique, un peu nue mais sûre, de à ces MM. de Port-Royal. | Aussi quand, après le poème évocateur de fièvres sp atmosphériques, on nous a joué le Concerto de Haëndel nt pour deux violons, violoncelle et instruments à cordes, ie - j'ai cru non sans plaisir, entendre enfin la forte et subs- Ai tantielle parole de M. l'abbé Jérôme Coignard. x

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