‹ Paraphrases musicales sur les grands concerts du dimancheChapitre 43 sur 68 · SN ORODOOS PRATT NT ITS ETES. TS · texte numérisé non relu

SN ORODOOS PRATT NT ITS ETES. TS

Per.

gnante, exprimant une torture morale, avec deux des-

sins qui se superposent sans se pénétrer. Une belle phrase des violoncelles à découvert amène l’a//egro, dont le sentiment très romantique me fait songer, non point à Beethoven, ni à Schumann, mais à Weber. De fait, il y a dans ceci quelque décousu provenant d’un excès de dramatisation plus théâtrale que symphonique. L’action reste dialoguée, l’orchestre presque toujours divisé en deux camps, qui se donnent la réplique à la manière des héros de Corneille, avec des petits lambeaux de phrases de deux ou trois syllabes : « Qui l’eût dit ? — « Qui l’eût cru P... » D’autres plus irrévérencieux son-

geraient à « Tu parles — Charles !... Tu penses — Hor-

tense |... » Ce décousu du style s'étend même à la composition générale. Il y a certes des beautés locales, une noblesse incontestable dont je saisis l'intention, mais avec des lacunes, des trous. »

Qui sait ? Comme le répète volontiers Catulle Mendès, les pensers les plus naturels d’une race sont si impénétrables aux esprits d’une autre race ! Peut-être ces trous sont-ils des profondeurs et les plus beaux endroits pour des oreilles germaniques. Mais, que voulez-vous? J'aime mieux marcher sur un sol plusplat... et plus sûr. Et puis je me méfie toujours des puits que l’on creuse pour dénicher des trésors, quand on ne se donne pas la peine, — et ceci c’est le génie latin, — de ramener ces trésors surface et de me les montrer à la lumière du clair solei.

Je reprends mes notes, en savourant, au passage, un joli effet orchestral, obtenu par le thème chromatique des violons accompagné aux violoncelles d’une sorte de marche en pizzicati, d'un caractère charmant.

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« L’Andante amène, avec une ascension du quatuor,

sentimentale et mystique, des soli de hautbois et de flûte, que suivent un tas de choses lentes, où le violon solo se promène à côté de cors et de bassons revêches, sans se mêler à eux. Ah ! ce que tous ces instruments affectent de « quant-à-soi » ! Et dire que c’est peut-être très beau !

« Voyons! je voudrais tout de même admirer un peu. Si vous croyez que c’est pour mon plaisir que je m'ennuie P

« Eh bien, non ! L’A//egretto, si pauvre de couleur, Si mat, si monotone de rythme, est un deuxième andante qui ne m'emballe guère plus que le premier... Enfin, voici le Finale. Il voudrait aller vite et deux fois prend le mors aux dents, sur des pizzicati accélérés peu à peu, comme un train qui se met en marche. Mais il s’oublie continuellement, avec des alternatives très fatigantes de lenteur et de vitesse, et une absence surprenante d'intensité sonore, pour aboutir à une coda violente, où toujours s'affirme cette dualité orchestrale, médiocrement symphonique. »

Tout cela peut être plein d’une intériorité merveilleuse. Je m'avoue tout à fait incompétent à la saisir.

Le public s’est montré froid. Je ne m’en étonne point et je doute que l'on acclimate jamais cette musique en France. J’éprouve, en revanche, une certaine surprise qu'il soit resté presque indifférent devant la scène lyrique de M. Charles Kœchlin : la Fin de l'Homme, conduite à ravir par M. Colonne. ,

Ah ! Madame, autant que l’on peut préjuger des sentiments d'autrui, je crois que vous eussiez pris plaisir

| PARAPHRASES MUSICALES AN à entendre ce bel ouvrage, si intelligemment construit, si chaudement orchestré, avec un thème directeur, qui caractérise l'humanité, et dont la souplesse musicale ne prétend pas régner sans partage sur le morceau tout entier, et ne tyrannise point la déclamation des chanteurs, suivant la mode nouvelle.

Vous connaissez la pièce lyrique ; vous la retrouverez dans les Poèmes Barbares. Elle est d’une ironie quelque peu blasphématoire ; mais blasphème digne de Lecomte de Lisle, grave, poétique et puissant. Le premier homme a perdu tous ceux qui lui furent chers, et n’aspire désormais qu’à la mort. Les joies d’Eden revivent dans son souvenir, et les souffrances d’aujourd’hui ne lui en paraissent que plus cruelles. Il devient lâche : il se repent « du crime d'être né », ce crime, dont Caïn, plus fort, ne voulut point faire amende honorable, et tandis que l’humanité future crie par toutes les voix de l’espace : « Nous sommes ton péché, ton supplice ét ta race... Meurs, nous vivrons ! » Adam rend le - dernier soupir.

Un ténor et un baryton se partagent les rôles du premier homme et du récitant. Je vous l’ai déjà dit, le chant est clair, logique, et d’une grande justesse d’expression. La gravité tragique de l'heure pèse sur nous, sombre, lugubre même, avec un seul sourire, l’évocation du Jardin perdu, sans lignes fadement voluptueuses,

et soutenue par une instrumentation pudique où des

coups pianissimo de grosse caisse puis de cymbales rythment d’un façon neuve les sursauts d’une émotion tremblante. On comprend toutes les paroles qui se déroulent sans lenteur et ne se dévident point cependant

avec cette fâcheuse inconsistance que donne le manque

d'inspiration mélodique. Tout cela très senti, encore que très voulu. Quant à la partie symphonique elle vrésente un coloris singulièrement riche et délicat, avec le thème de l'Humanité, fort bien trouvé, quien forme la trame essentielle, et dont les battements alternatifs de secondes, promenés lentement sur les divers degrés de la gamme, s’étirent fatidiques et perpétuels comme le développement de la descendance douloureuse. Tels musicographes étiqueteurs le catalogueraient avec plaisir : « Motif d'évolution. »

Puis, lorsque le grand vent de la postérité souffle en tempête sur le dernier récit du baryton, les trouvailles orchestrales se recommandent encore à notre admira tion par une opulence de pâte discrète et forte; trois immenses gammes de flûtes surtout, cinglant de leur huée l'injustice des premiers âges. L'’eflet physique est merveilleusement rendu ; c’est bien, par l’étendue, le hululement de la bise déchainée, sans compter l’appropriation symbolique parfaite.

Et maintenant, Madame, si je vous dis, en prenant res-

pectueusement congé de vous,que jeneconnais M.Kæch-

lin ni d’Eve..…., ni mêrne d'Adam, vous croirez, sans doute, à la sincérité de ma sympathie pour cette œuvre nouvelle.

Paris. le 29 octobre 1902.

Je viens d'entendre, au concert Colonne la deuxième Symphonie de Brahms (en ré majeur). Presque aussi bien jouée que la première, elle m’a plu davantage. Cependant je ne vous l’analyserai pas, chère Madame, parce

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| que ce serait bien long, et puis parce qu'il est décidément trop vain de prétendre donner quelque idée de détail d’une œuvre musicale, à qui n’en a pas le texte

sous les yeux. Et lorsqu'on a ce texte, n'est-il pas plus

simple de le lire, que de s’attarder aux explications des commentateurs? Dans son ensemble cette symphonie, aux tendances moins pathétiques que la première, a de la grâce, quelque allure pastorale et certaine sérénité qui plaît, avec un allegro initial de jolie couleur, — pas toujours très propre et manquant un peu de limpidité, — mais qui finit d’une manière exquise, sur un chant de hautbois souligné de trombones et saupoudré de pizzicati charmants; avec un adagio que j'aimerais réentendre, car la pensée m’en a paru vraiment élégante, encore qu'un peu trop complexe pour être nettement saisie dès la première audition ; avec un scherzo de conception légèrement enfantine et un finale plus beau sur le papier, je présume, que réalisé à l’orchestre.

Tout cela pourrait être parfait : l'inspiration y est sincère, soutenue, souvent heureuse, la couleur grise mais fine et la science incontestable. Qu'y manque-t-il donc pour me satisfaire entièrement ? Je crois l'avoir découvert tout à l'heure ; c’est la beauté de la matière. Songez à ces tableaux adroitement dessinés, aux valeurs savantes, aux nuances délicates, mais où le travail de la brosse marque son effort dans une pâte épaisse et ternit un peu la fraîcheur du coloris général. Ou bien pensez encore, si vous le voulez, à une liqueur généreuse, de goût délicieux et de parfum rare, mais que troubleraient des nébulosités en suspens. Il faudrait filtrer cette liqueur, pour la perfectionner ; il eût fallu, sur cette

toile, que le pinceau courût plus allègrement, sans traîner |

avec lui toute cette substance boueuse. Il en va de même, ce me semble, des premières symphonies de Brahms. Y aurait-il donc une « matière » en musique, aussi bien qu'en peinture ? Je pense que oui. Le tout n'est pas

de trouver des thèmes inspirés, ni de riches harmonies,

il faut nous présenter les sons d’une certaine manière qui constitue justement la pâte musicale et qui ne s’apprend point.

J'estime, pour pénétrer plus avant dans le cœur du problème, que cette propreté de travail tient surtout aux relations rythmiques des différentes parties en mouvement. La polyrythmie de Brahms est confuse ; non certes que nous ne puissions suivre simultanément des rythmes très divers ; encore faut-il qu’ils soient de même famille, nés les uns des autres et ayant une commune base d’unité. Dans le domaine du Temps, Brahms me paraît avoir manqué totalement de cette intuition. Lorsqu'il avait trouvé, très spontanément peut-être, les harmonies ou la structure contrapuntique d’un passage quelconque, je jurerais qu'il ne savait pas à priori suivant quel rythme en répartir les sonorités essentielles. I] réfléchissait, et quand on doit réfléchir sur la matière d'une œuvre d’art, neuf fois sur dix, on fait du travail vide ou malpropre. Le sien était malpropre, une confusion. qui m'a paru d’abord de la lourdeur, naissant de ce fouillis, où il n’y aurait pas une harmonie à retrancher, pour le rendre clair, mais seulement quelques dispositions rythmiques à déplacer et à simplifier. Voici du reste la confirmation de cette hypothèse : chaque fois que les sonorités de la deuxième symphonie mon-

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tent toutes vers l’aigu, le défaut disparaît, parce que

pour les sons élevés, comme pour les couleurs claires, une facture un peu chargée et trépidante ne se traduit » que par un papillottement assez savoureux ; mais dès - que cela redescend vers le grave, le fouillis recommence; … — les grosses cloches exigent un branle plus méthodique É que les petits carillons..….

… Au même concert, on nous a fait entendre un appa- » reil des plus intéressants, qui a joué, sans en rater une

É Bien que cette mécanique porte un nom et un prénom * comme vous ou moi (on l'appelle, en eftet, Mark Ham- » bourg), et qu’elle offre l'aspect d’un jeune bipède à … poil — à poil très long — et à sang chaud — mais pas - très chaud — je persiste à croire que c’est un automate. | Jamais un homme n'’arriverait à jouer du piano aussi vite (heureusement, car ce fut plutôt achevé !) ni aussi » fort, je croyais continuellement que tout allait se rompre, É ni aussi sèchement non plus, je veux dire avec une - absence pareille de sentiment. Une petite défectuosité - d'engrenage a voulu seulement que la main gauche frappât tous les accords avant la main droite ; c’est fâächeux !... On a fait une ovation extraordinaire à cette . exhibition si curieuse, et rappelé l’automate cinq ou six fois en scène.

… J'en oublie de vous baiser les mains.

Paris, le 4 novembre 1902.

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Les sentiments que je nourris pour la musique de … Schumann sont bizarres et je ne tenterai point, chère

Madame, de vous les définir. Il est évident que j'en raffole, mais pas très sûr que je l'aime. Durant. de longues années je résistai systématiquement à ses . charmes exquis, et je lui en veux un peu de ressentir si. vivement, aujourd’hui, les effets de sa grâce, alors que . je ne suis même pas certain de la bien comprendre. . J'ai donc pour elle moins d'amitié que de passion : elle est trop féminine, nous ne sommes pas du même monde ; et quelquefois je voudrais la battre, parce que je l'adore. .

Ah! comme je l'ai savourée tout de même l’autre dimanche, lorsque M. Chevillard et son orchestre nous | jouèrent la Première Symphonie de l'auteur de Manfred. Ah ! la savante caresse de ces harmonies ! l'enlacement . de ces mélodies persuasives et la voluptueuse étreinte . des rythmes ! Je ne sais si tout cela est très symphonique, (je crois en avoir douté jadis), mais c'est assurément la grâce faite musique, souple et forte tout ensemble, et . victorieuse de nos volontés défaillantes. Pour un peu, Madame, j'en perdrais toute retenue quand j y songe et … mon être frémit encore à ce seul souvenir.

Il est vrai que les interprètes au Nouveau-Théâtre nous ont versé ce philtre avec une habileté, des délicatesses, je dirais presque une dévotion sans égales. Et . quand je pense qu'il va falloir entendre dans cinq jours, » — je compte les jours, — la Deuxième Symphonie du. même maître, la tête m'en tourne à l'avance et, si vous : étiez là, je la laisserais peut-être involontairement tomber . sur votre épaule! Non, non! décidément je déteste Schumann! |

De l'Eglogue de M. Henry Rabaud, — poème virgi-. lien pour orchestre, — je ne conterai pas grand’chose, -

PARAPHRASES MUSICALES 189 » Il fut composé voici longtemps déjà, nous disent les “ critiques, et j'en suis bien aise pour M. Rabaud, dont . j'admire vivement la belle Symphonie et le Job, son . dernier envoi de Rome. Il me déplairait de voir ce vigou- F reux compositeur verser, à son tour, dans les mignardises et le maniérisme de jeunes demoiselles bien élevées, chers à ses camarades du Conservatoire. Non que cette Eglogue, (inspirée des Bucoliques de Virgile, affirme ingénüment le programme), ne soit gentille à écouter, aves son frisselis du quatuor sous le bavardage innocent de l'harmonie; mais le procès de l’œuvrette est vraiment - trop facile à faire. Il suffit d'ajouter un mot, rien qu’un . seul, au texte du poète et de dire au musicien :

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\ Silvestrem nimis tenui musam meditaris avena.

… Traduction libre : « Il ne faut jamais taquiner les muses, même celles des bois, avec un chalumeau trop frêle. »

… Vous vous attendez sans doute à me voir mainte-

. nant fustiger de la belle manière le Deuxième Concerto de Brahms, que l’impeccable talent de M. Diémer défendit à cette même séance avec une ardeur visiblement inquiète. Eh bien! vous vous trompez. Non point que je trouve cette pièce très amusante, je ne l'écoutai même pas sans un ennui mortel; mais pour diverses raisons,

. dont voici la meilleure.

C'est qu’en général on vient de se montrer très dur visà-vis de l'ouvrage en question et je ne vois vraiment pas pourquoi l’on afficherait plus de sévérité pour ce concerto que pour tant d’autres, également pénibles à entendre. Sauf quelques exceptions qui confirment la règle,

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le genre est faux, factice, insupportable, et, en celte têtu que je suis, je ne cesserai jamais de le redire. Dessinez,

peignez des camaïeux si cela vous plaît, écrivez des so-

nates, c’est une façon parfaitement légitime d'exprimer certains côtés de votre pensée, de synthétiser quelques

éléments de vos sensations, et les admirables concertos

de Bach ou de Hændel, avec leur accompagnement si discret, ne sont guère autre chose. Mais jeter sur des idées musicales rendues orchestralement, c’est-à-dire sous tous leurs aspects à la fois, le voile d’un timbre uniforme, autant vaut regarder un paysage d'automne à travers un

verre de couleur !.. D'ailleurs par une juste vengeance

de la nature offensée, les maîtres les plus parfaits, quand ils écrivent une pièce de cette sorte ne faussent pas seulement leur coloris, mais dessèchent presque toujours les lignes, altèrent les valeurs et morcèlent la composition de leur fresque musicale toute entière. Brahms, avec son deuxième Concerto de piano ne fut donc pas sensible-

ment plus coupable que les autres. C’est tout ce que je …

voulais dire.

Les adorables Sfeppes de Borodine et la Polonaise de Struensée complétaient le programme. Vous, vous auriez fait comme les gens chics, vous auriez filé du Nou-

veau-Théâtre avant la Polonaise. Entendre du Meyer-

beer ? Fi donc! En vous plaçant à un point de vue musical absolu, vous auriez peut-être eu raison, notezle bien ! Maïs on a toujours tort de se placer à un point

de vue absolu. Oui, Madame. Et M. Chevillard serait |

bien avisé de terminer chacune de ses séances, comme celle-ci, par un bon mouvement d’éclectisme qui vaudrait aux niais de ma sorte le plaisir d'entendre, une

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