PARAPHRASES MUSICALES RATES
tique, enfin dérniér allegro, joué d’une façon tout à fait délicieuse, mais plutôt divertissement que finale de symphonie. Bref si l’énsémble, transcrit au piano, donne une charmante suité à quatre mains, je trouvé, comme beaucoup d'autrés musiciens, qu il n'est guère symphonique.
On a fait une ovation à l'orchestre et à son chel après une pälpitante exécution de l’Ouverture de Léonore. Mais on à moins chaleureusement accueilli, jé ne sais trop poürquoi,— sinon, péut-être, parce que c'est de la musique
françäisé, — la Chasse et l'Orage dés Troyens. Quelle
page d’inspiration puissanté ét nette cépendant ! C'est si
justement senti, si »u, si directement exprimé ! N'y a
surtout une minüté saisissante où la fanfare éclate toute proche au milieu de l’aversé. On dirait que lés trompettes ruisselantes crèvent le voile de la pluie. Et quelle plüie sobrement rendue, saris prolixité, sans nul flou, sans brumaille, une belle pluie franche, avec de beaux hilets clairs qui fouettent lé sol inondé. Quand j'étais
au collège. dans la plus humide cité de France, on nous faisäit décliner « #mber brestensis ». C'est |’ « imber
latinus » que Bérlioz à peinté ici musicalement, et c'est lé génie de chez nous, cela. Nous nous plaignons que les
étrañigers ne l’admirent point et nous sommes les pre-
miers à derneurer indifférents devant lui.
On a reçu plus froidément encore, et ceci je le comprends, les soporifiques noirceurs qui $servent d’intro-
duction au troisième acte du Juif Polonais. Ah ! l’ennuyeux exercice de rhétorique :« Exposer et développer l'idée de remords dans l’âme d’un assassin bourgeois. » Les trompettes ne travaillent pas depuis quarante me-
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sures, que leur ferons-nous faire ? Taratata, parbleu ! c’est tout indiqué.
Pour moi les meilleures minutes de la séance furent celles où les Variations symphoniques de Césard Franck m'entrainèrent vers les blanches sphères du recueillement et de l’extase. Je ne sais si la grâce divine me toucha l’autre jour, ou seulement la grâce de l'interprète, Mme Monteux-Barrière, mais j'ai frémi cette fois de tout mon cœur, qui trop souvent récalcitra devant l'idéal franckiste. Vraiment la jeune pianiste m'a conquis par son jeu mesuré, simple, recueilli, par un style à la distinction de bon aloi. Elle n’appartient pas à l'escadron des amazones du clavier, et n’a point piafié les passages de force, quitte à y rester modestement féminine; et dans les endroits de douceur, dans la longue et poétique ascension vers les hauteurs mystiques où plane la pensée, où les sentiments s’épurent, elle fut exquise, tout bonnement.
Et voilà comment le souvenir d’une musicienne simple et sincère, que je ne connaissais pas encore, mais qui m'a charmé, suffit à me faire terminer avec calme une missive pessimiste au début. Chère Madame, vous direz ce que vous voudrez, mais si les artistes contemporains et leurs acolytes étaient généralement plus naturels, je
serais moins rageur. Pacifique armoricain, j'étais né
pour mener une vie calme dans la tranquille admiration des chefs-d'œuvre. Ah ! que la destinée répond mal à mes aspirations.
Paris, le 24 novembre 1902.
Chère Madame, je voudrais bien ne pas vous écrire
aujourd’hui; le temps sombre me rend morose et je n’ai rien de bien palpitant à vous mander. Je dois recon-
naître pourtant que j'écoutai hier, non sans émotion, la
Symphonie avec chœurs, chez Colonne. Elle y fut jouée avec infiniment de soins; le scherzo notamment y trouva des interprètes fougueux et sûrs. Et puis ce m'est toujours | un nouveau plaisir d'écouter la traduction de M. Boutarel, pleine de charmantes euphonies :