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ne Menouiene et nette, qu’ on ne saurait une minute résis- ter à la séduction de son austère grandeur... Une fois de
plus, en écoutant ce morceau vigoureux et ciselé tout ensemble, j'évoquais l’art roman : lamusique de M. d’Indy m y fait toujours penser. Il y a chez l’auteur de Feryaal cette homogénéité de plan, cette simplicité de lignes, cette élégance aristocratique d’ornementation, ce robuste
chatoiement des vieilles mosaïques byzantines, toute
cette urbanité, chrétienne par le sentiment et païenne par
l'expression, qui caractérise l’âge épiscopal des basiliques,
et, depuis la base de son orchestre jusqu'aux sommets
de ses vibrations mélodiques, ce je ne sais quoi de fort,
de grave, de contenu qui marqua chez nous la pleine floraison de la civilisation carlovingienne. Combien j'en fus ému, je n'ai pas à vous le dire ; c’est peut-être la plus grande joie pour un esprit sensible à la continuité
psychique de sa race, de voir renaître, en un homme et
en un art nouveau, le meilleur des arts et des hommes d’autrefois.
Paris, le 2 février 1903.
Chère Madame, cette lettre est la dernière que je vous adresse. Ne croyez pas que je cesse d'écrire; je romps seulement avec vous et le fais un peu brutalemént, pour ne pas me laisser attendrir par cette décision nécessaire. Vous n’en aurez pas de chagrin, sans doute, puisque vous n'’existez pas, ou du moins que votre existence n'avait, en soi, aucune réalité. Je serai seul à regretter par instants la correspondante fictive que je m'étais
donnée en votre personne : j'avais fini par vous aimer
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un peu, comme nous aimons toutes les conceptions de
notre esprit, si médiocres soient-eiles. Je ne veux pas
dire que vous étiez médiocre, il ne m'est pas permis
d’user de tant de franchise envers vous. et c’est précisé- Le) \
ment pourquoi je vous supprime de ma vie... En vous créant, je pensais me ménager une sorte d’adversaire, intelligent, large d'esprit, dont le commerce surexciterait utilement ma verve. Je me suis grandement trompé. Vous n’avez paru intelligente à personne. À qui la faute? Hélas ! j'en bats ma couple ! Et, chose plus grave, vous n'aviez aucune largeur de vue; cela ne se trouve guère dans votre milieu. Je le sentais, en vous écrivant chaque semaine; je me faisais humble, poli; je gazais mes raisonnements; je coupais d'eau claire mon encre écarlate. Non, Madame, je ne suis pas fait pour vivre
avec vous, ni vos pareilles. Venus de mondestrop diffé-
rents, nous ne parlons pas la même langue, et, si les nuances conviennent à merveille à votre gracieux bavardage, superficiel et vide de sens, moi j'ai besoin, pour me sentir moi-même, de ne pas prendre de gants et de ne pas baisser le ton de ma voix naturellement rauque et
bruyante. Mon droit de sauvegarder la personnalité que 14
je puis avoir prime mon devoir de faire le joli-cœur … en vous parlant. Mes pensées perdraient toute leur ver deur et leur peu de charme agreste dans vos salons ouatés. Ma sincérité s’y étiole à vue d'œil, et, tout comme la
fièvre qui tint laprincesse Uranie, j'estime qu'iléstgrand temps de la faire sortir « de votre riche appartement ».
Le paysan du Danube va déposer son frac; ilenest déjà tout joyeux. Aussi, tout en conservant de vous un souvenir bien meilleur sûrement que ne le feront
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Sommaire. — Toujours les concertos! !! — La fantaisie de M. Lenormand pour piano et orchestre, — Mazeppa de Liszt, dirigée par M. Weingartner. — La 5ymphontie Bretonne de M. Guy Ropartz. — Le jubilé de M. Colonne. — Nouvelle audition de la Symphonie pathélique. — Le deuxième Concerto de M. Saint- Saëns, pour violoncelle, joué par M. Hollman.
15 février 1003.
Les 1° et 8 février, c'est aux Concerts Lamoureux que j'ai passé mon après-midi. La Symphonie avec chœurs, w l'ouverture de Freyschutz et la charmante suite sur Namouna, merveilleusement interprétée, composaient le programme de la première de ces matinées, avec une Fantaisie pour piano et orchestre, de M. René Lenormand. ‘ni
On a fait à cet ouvrage un accueil très panaché; la critique s’est montrée généralement dure pour lui. Je ne parle pas de M. Trotrot et de ses acolytes, à qui le titre astucieux n'avait pas donné le change, et qui flairèrent « avec raison le Concerto sous la Fantaisie. |
Si je ne partage pas leur opinion sur le fond de cet ouvrage en particulier, j'estime, comme eux, que l'abus » des concertos, aux matinées dominicales, devient absolument flagrant, et lorsqu'ils sifflent après avoir écouté respectueusement les morceaux, je trouve qu’ils usent . d’un droit certain. Cette attitude peut n'être pas de très
bonne compagnie, mais en art il ne s’agit point de cela
et j'aurais mauvaise grâce à ne pas reconnaître la légitimité de leur attitude, alors qu'il y a quatre ans, et l’un des premiers, je pense, sinon le premier, j'attaquais déjà vivement les virtuoses et la musique de virtuosité, qui n'est sûrement pas à sa place au milieu de nos grands orchestres symphoniques. L'un de ces preux, — ne vous y trompez pas, il faut un certain courage pour oser avec constance violer le sentiment de la majorité, — l’un
d’entre eux, dis-je, s’est écrié naguère: « Nous sifflerions
Beethoven lui-même, s’il venait nous jouer un con-
certo ! » C’est bien ainsi que je l’entends, et si ma situation de chroniqueur, dans une revue où chacun des rédacteurs a le droit de dire librement ce qu’il pense, sous sa responsabilité personnelle, m'a permis de raisonner à maintes reprises ma façon de voir là-dessus, je
comprends fort bien que les amateurs de musique, dé-
pourvus d’une tribune littéraire, se servent d'arguments plus brutaux mais non moins éloquents. Chaque fois qu'ils empêcheront les autres d'écouter, en sifflant pendant les morceaux, je me révolterai contre eux, (ils n’ont pas le droit de troubler une audition), mais puisqu'on
permet aux spectateurs satisfaits de célébrer les virtuoses
par de quadruples et quintuples salves d’applaudissements, absolument disproportionnées le plus souvent avec le coefficient artistique de ces acrobates, n’est-il pas juste que les choses soient remises au point avec quelques sifflets P
Ce ne sont point les manières qu’on doit avoir dans un salon ?... Soit! Mais le concert est moins et plus qu'un salon. C’est moins, puisque l'entrée s’y paie, et
c'est, heureusement, beaucoup plus; c’est un temple, un temple où les vendeurs de trilles, de gammes en octaves … et en sixtes et de cadences à 100 francs la minute nesont
pas à leur place. Quand certains fervents y entreraient, le fouet à la main, pour jeter à la porte tous ces gens,