‹ Paraphrases musicales sur les grands concerts du dimancheChapitre 54 sur 68 · EN · texte numérisé non relu

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mettre plus de mutinerie émue, plus de grâce coquette, plus de simplicité piquante et vraie dans l'interprétation de cette musique divine, et la jeune et charmante artiste nous a fait passer là quelques minutes exquises. Il y a longtemps, du reste, qu'aucun chanteur n'avait obtenu, chez M. Chevillard, des marques de sympathie aussi prononcées. Oserai-je regretter pourtant que Mme Dalcroze ne nous ai pas donné, comme second numéro, quelquesuns des menus chefs-d’œuvre que jette au vent l'inépuisable inspiration de son mari, dès que les concertos, les quatuors, les festpiels et les opéras lui laissent deux minutes de répit. Il y eut de sa part discrétion extrême à ne pas le faire, et je n'aurais pas été le seul à me réjouir qu'au lieu de la Phidylé de M. Duparc, mélodie subtile, mais vraiment trop mal écrite pour la voix et de l'Air d'Ascanio, déjà bien fanoché, elle nous fit entendre telle Chanson simple, ou telle Chanson de l’Alpe, dont la poésie profonde et la verve intarissable font mieux aimer la vie!

J'en arrive aux concertos de piano. Celui en st bémol de Mozart, joué sans joie par Mme Clotilde Kleeberg, n'a pas produit tout l'effet qu'on en pouvait attendre. L'autre, qui est d'un jeune musicien a soulevé des tempêtes. Je ne m’acharnerai pas sur cette œuvre aux idées pâles, à l’orchestration vide au point d'en être plate, à la

construction effritée, désagrégée, dissociée jusqu’à l'ex-

trème émiettement. Le public l’a jugée sévèrement et j espère pour l’auteur qu’il n’attribuera pas uniquement au parti pris de quelques-uns cet insuccès qu'a nettement homologué l'ennui du plus grand nombre. Il s'est.

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ji trompé ; cela peut arriver à tout compositeur et je ne le __ lui reproche pas.

J'avoue qu'il m'est pius difficile de ne pas m'étonner … que M. Chevillard et les membres de son comité ne se …. soient pas aperçus que cette œuvre ne méritait point les l honneurs de léür magnifique orchestre. Ils me répondront à cela : « Vous voulez que nous jouions des modernés et des jeunes, et dès que nous en jouons vous marquez Votre méconténtement ! > Non certes: nous protestons seulement contre le choix fait parmi ces jeunes et si, comme nous aimons à le croire, il n'intervient dans cette sélection aucune considération étrangère à la musique, nous avons le droit de nous étonner que des musiciens et un chef d'orchestre d’une telle valeur soient

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à ce point dénués de sens critique.

L En tous cas ilest certain qué les merveilleux inter prètes de la rue Blanche ne mettent pas dans la compo- + sition de leurs programmes un soin équivalent à celui | qu'ils apportent dans leur exécution. Non seulement on … ne joue, parmi les jeunes, que les plus intrigants au lieu ; de chercher à découvrir les plus méritants, mais encore k on ressasse indéfiniment les mêmes œuvres anciennes ou

- étrangères. Le publie commence à en avoir assez, (je dis même le vrai public, le public payant), des sublimes mais sempiternelles symphonies de Beethoven. Il ÿ a pléthore de concertos. Et nous aurions enfin le droit de … connaître un peu nos Vieux maîtres de l’école française : Lully, Couperin, Rameau. Sans compterqu'il y a quelque impiété dans l'oubli du dieu de la musique, le grand Sébastien Bach !.…

Désormais il existe à Paris un auditoire cultivé,

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capable de prendre plaisir à des concerts te RUE A. quelque unité, quelque direction, quelque logique ne messiéraient pas dans la composition des programmes. J'ai toujours été suffisamment élogieux vis-à-vis de cette admirable cohorte instrumentale et de son éminent directeur, et je montre, à tout propos, une indépendance de vues assez fougueuse, pour avoir le droit de me fâcher un peu sans qu'on soupçonne ma bonne foi. Sincèrement l'orchestre Lamoureux, si plein d’ardeur au fort de l'action, sommeille quand il s'agit d'organiser sa campagne, et j'aimerais qu'il tâchât de nous révéler des nouveautés importantes ou des pages consacrées de la littérature musicale autrement qu'au petit bonheur la chance !

Le public est justement avide d'œuvres inédites. La preuve qu’il est capable de les goûter quand elles sont belles, c’est le succès remporté hier par le splendide Prélude du deuxième acte de l'Étranger, merveilleusement exécuté du reste.

À mon grand regret, je ne puis vous analyser maintenant ce morceau symphonique. Je l’entendais pour la première fois et sa complexité ne me permet point d’en décrire la structure, après une seule audition. Cela d’ailleurs ne veut pas dire que ce soit une page obscure. Loin de là. L'effet en est au contraire d’une clarté parfaite, et, si je n’ai pas compris très bien le comment de mon impression, je me suis du moins senti tout de suite en présence d'une chose véritablement grande et belle. Il y a, dans ce Prélude, une telle élévation, une telle sobriété de style, un charme si décent et si profond d'amour, une si noble tristesse, et tous les sentiments y sont exprimés en une langue tellement puissante et souple, tellement

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