‹ Paraphrases musicales sur les grands concerts du dimancheChapitre 57 sur 68 · EN IT · texte numérisé non relu

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D'AE Por en revenir à la Fans de M. Lenormand, ce qui m'a plu dans cet ouvrage, c'est que l’unité, si diffi-

cile à obtenir entre le piano et l'orchestre, y est heureu-

sement réalisée, non par leur fusion plus ou moins com-

plète, mais au contraire par leur indépendance absolue. À cet égard je citerais notamment plusieurs progressions où les instruments, partis d’un pianissimo, et le soliste, d'un piano léger, montent simultanément vers

une explosion, que les deux masses sonores atteignent

par des desseins concomitants mais non semblables, en

se rencontrant sur une même cadence diversement amenée... Les idées sont abondantes, 1 constructions tou-

jours solides et je ne vois guère à critiquer, selon moi, qu'un abus de grupettos lents qui communiquent par endroits, surtout dans l’andante, un Pen de banalité à la

mélodie.

Si quelques auditeurs n’ont pas compris cette pièce, fort bien jouée par Mile Fanny Davies {sur un mauvais

piano), c'est je pense à cause du fumet un peu spécial

des harmonies et de l’orchestration. Il est certain que tout le monde n'aime pas les anchois ni les harengs saurs

et, précisément ici, les accords ont quelque chose d’âcre

et de nasal, si j'ose dire, qui correspond bien à la forte exhalaison des saumures, dans le domaine des saveurs,

. C’est affaire de goût d'aimer ou de n’aimer pas ce genre de sonorités.

Le dimanche suivant, M. Weingartner dirigeait le

concert au Nouveau-Théâtre. Il ne m'a pas enthou-

siasmé comme de coutume. Outre que nous sommes vrai-

ment saturés de Beethoven, il m'a paru tellement exagérer les nuances, dans les deux premiers mouvements de la

ns. : 7

Pastorale, que toute leur Te si ohé et leur rmantes simplicité de sentiment s'évanouirent sous son scalpel. Ah ! de grâce, trêve d'anatomie! Trois pièces du cappelmeister, chantées par Mme Raunay, délicieusement, nous montrèrent que désormais, en Allemagne comme j en France, on ne redoute rien tant que de paraître écrire le plus petit bout de mélodie. La mélopée continue règne tyranniquement et la haine de l’air et du couplet se hausse jusqu'au mépris de toute courbe tant soit peu chantante.

J'éprouvai cependant quelques bonnes minutes de plaisir avec le Mazeppa de Liszt si chaud, si coloré, si vivant et si plein de musique. Je ne suis pas suspect de tendresse pour ce vieux démon verruqueux, et ce poème lyrique est le premier, griflonné par sa plume, qui me paraisse homogène et complet, sans longueur et sans creux. [1 m'a tout à fait séduit par le contraste si clair et si frappant entrelestroisétats dynamiques: chevauchée, : repos et marche triomphale dela fin. Le repos douloureux | qui fait pressentir le prélude de Tristan fut, en son « temps, une étonnante trouvaille, et dans le finale, ryth: mes et couleurs slaves miroitent si nerveusement que, depuis, les meilleurs d’entre les Russes n'ont pas imaginé de coruscations plus étincelantes. D.

On a justement ovationné M. Weïingartner et l’or-

chestre pour leur superbe exécution de ce poème, et je. |

pense que l’on eût fait de même après le prélude des … Maîtres chanteurs, si l’impérieuse nécessité de se level avant la fin du dernier morceau ne primait toute autre À considération dans l'esprit du public parisien.

LL vin éd #7 Lièie nf is »

1narsS 1003.

Le 15 février, on donnait, pour la troisième fois de la saison, le Faust de Schumann, aux Concerts du Châtelet. J'ai voulu réentendre cette œuvre qui m'avait laissé d’assez bons souvenirs, mais je n’ai pas eu la patience de rester jusqu’à la troisième partie, la Rédemption de Faust, vaste fresque d’un Tintoret musical, point culminant de

tout l'ouvrage. L’ennui m'avait gagné plus tôt. Dois-ie | 5 5 ]

en rendre Schumann responsable, ou ses interprètes ?

A coup sûr l'orchestre, les soli et les chœurs, « 250 - exécutants sous la direction de M. Ed. Colonne », ont

joué à peu près très bien, devant un public à peu près très attentif et content de lâcher, tous les dix minutes, un petit applaudissage agaçant et bénévole. Le tout réuni

m'a fait prendre la fuite; mais chacun sait que je suis

mauvais coucheur, et je me trouvais de plus un peu déçu de ne pas entendre M. Jacques Thibaud, dont le programme (Concerto de Mozart et fragments de Bach) me souriait fort. Le petit papier rageur et chamois de la direction, dénonçant la scélératesse du séduisant violoniste, n'était pas fait pour me mettre entrain. Bref, irritation, migraine, antipyrine et toute la boutique... Et dire qu’il y a des bienheureux, capables de juger la musique objectivement ! Ils verront Dieu et le Pater extaticus !!!... J'aimerais à expliquer maintenant tout le bien que je

pense de la Symphonie de M. Guy Ropartz, sur un cho-

ral breton, jouée le 22 février au Concert Lamoureux. Je

goûte cette belle œuvre à plus d’un titre, et comme artiste,

parce qu’elle est d'une profondeur de pensée, d’une no-

blesse de forme, qui vont même parfois jusqu’à l’abstrac-

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