‹ Pardon et SaintétéChapitre 3 sur 3 · SECTION II · texte numérisé non relu

SECTION II

Moyens de sanctification»

On traite souvent la question de la sainteté comme une simple question de morale , ou tout au plus de religion naturelle. On engage les hommes à réprimer par la force de la raison leurs penchants vicieux ; à se rappeler les motifs qui doivent les porter h la vertu et à fortifier leur volonté par des actes de

renoncement. On somme la conscience de sanctionner les exigences de la raison ou d'avertir le pécheur des conséquences qu'aurait la transgression. On s'appuie plus ou moins sur les doctrines de la présence de Dieu , de sa Providence et d'une rétribution future pour détourner du péché et pour exciter à la pratique de la vertu. On donne enfln des directions spéciales pour cultiver les habitudes vertueuses ou pour corriger celles qui sont mauvaises.

Puisque nous sommes des êtres rationnels , et qui doivent être gouvernés par la raison en opposition à l'appétit et à la passion ; il y a beaucoup de choses vraies et importantes dans ces dissertations sur la pratique de la vertu. Mais comme nous sommes aussi des êtres déchus et absolument destitués de la faculté de nous régénérer nous-mêmes, des règles de ce genre et les efforts qui

en sont la suite ne peuvent qu'être par eui-mêmes sans efficace. Dieu a doué le corps d'une énergie de rétablissement qui le met à même de rejeter ce qui est nuisible à son organisation, et de guérir les blessures qui sont la suite des accidents ou de la méchanceté. Mais quand c'est l'organisation elle-même qui est

dérangée , au lieu de corriger ce qui en a besoin, elle aggrave ce qui, dans d'autres circonstances, ne serait qu'un désordre momentané. Que si par des moyens extérieurs on arrête le mal d'un côté, il reparaîtra de l'autre. Aussi long-temps que le système est dérangé, de tels moyens ne sont que des palliatifs qui peuvent bien cacher ou détourner le mal , mais qui , en laissent subsister la source. De même , aussi long-temp& que le cœur est irrégénéré, tout ce que peuvent faire la raison et la conscience est de peu d'efficace. Elles peuvent bien

placer des obstacles devant le courant

ou en détourner le cours dans des ca-

naux secrets, mais elles ne sauraient atteindre la source. Comme nous ayons conservé depuis la chute la raison, la faculté de choisir, la conscience , les affections sociales, des sentiments de justice, de crainte, de honte, etc., on peut, en dirigeant avec art ces principes d'action, arriver à produire une conduite convenable et digne, et même une grande amabilité de caractère. Mais il est impossible par ces moyens-là de créer des vues justes et des seutiments irréprochables à l'égard de Dieu et du prochain, ou de déraciner l'égoïsme, l'orgueil et les autres péchés dont notre nature est infectée. La raison et la conscience pourront bien amener un homme à changer de conduite, mais non pas à changer de cœur. Le sentiment du devoir pourra l'obliger à faire l'aumône à son

ennemi, mais il ne changera pas sa haine en amour. Le désir du bonheur pourra l'engager à servir Dieu extérieurement , mais il ne lui fera pas trouver du plaisir dans ce service. Les affections n'obéissent pas aux exigences de la raison ni aux ordres de la copscience. Elles peuvent être, jusqu'à un certain point, réprimées dans leurs manifestations, mais non pas changées dans leur nature. Elles suivent leur propre loi. Elles se complaisent dans ce qui est conforme à la disposition morale de celui qui les éprouve.

Il ne suffit pas pour s'assurer leur assentiment de leur présenter ce qui devrait faire leur bonheur.

Nous ne prétendons pas déprécier la raison et la conscience; mais il est nécessaire de bien déterminer jusqu'où s'étend leur sphère légitime , afin que dans nos efforts pour acquérir la sainteté, nous ne mettions pas notre confiance dans des

moyens sans efficace. Bien que l'Ecriture et la conscience nous enseignent que nos facultés livrées à elles seules sont insuffisantes pour nous amener à connaître et à aimer Dieu , les règles que nous suggère la raison pour cultiver la bonté morale, sont loin d'être sans valeur pour l'homme régénéré. Il est certainement utile que nous connaissions sur ce sujet les conseils des sages, et que nous nous habituions à faire un usage vigilant de tous ces moyens secondaires de travailler à notre perfectionnement, sans oublier toutefois que ce n'est point par la force de nos résolutions, ni par celle des considérations ^orales , ni par aucune règle de discipline, que la vie de Dieu dans l'âme peut être ou créée , ou entretenue. S'il est une classe d'hommes qui s'appuient principalement sur la raison et sur la conscience pour leur perfectionnement

moral , une autre classe, plus nombreuse peut-être, ont recours à des moyens qui n'ont, par eux-mêmes, aucune tendance à produire la sainteté , mais auxquels on suppose à tort que Dieu a voulu attribuer une efficace particulière pour produire cet effet. Tels sont, non-seulement les ablutions, les pèlerinages et les mortifications des païens, mais aussi les rites multipliés des églises chrétiennes corrompues. Répandre sur le corps une eau consacrée, répéter des formules de prières, suivre des services religieux qu'on ne comprend pas , recevoir l'imposition des mains , ou une onction matérielle, participer même sans foi aux sacrements : voilà tout autant de moyens .

qu'on s'imagine propres à faire pénétrer la grâce dans l'âme. On met aussi une grande confiance dans l'acte de se retirer du monde; dans la prière faite en certains temps ou en certains lieux, dans

telle ou telle posture particulière, et dans toute la routine et la discipline ascétique. L'histoire de l'Eglise renferme * de tristes preuves du zèle persévérant et laborieux avec lequel on a employé ce moyen de détruire ses péchés. Déjà du temps des Apôtres commençait à se manifester la disposition à recourir à de telles inventions pour acquérir la sainteté. Alors déjà il se trouvait des hommes qui ordonnaient de s'abstenir de • l'usage de la viande, qui défendaient le mariage , qui disaient : « Ne mange point de ceci, n'en goûte point, n'y touche pas » ; lesquelles choses, dit l'Apôtre, ont à la vérité quelqu'apparence de sagesse dans un culte volontaire et dans une certaine humilité , en ce qu'elles n'épargnent point le corps, et qui néanmoins ne servent qu'à satisfaire la chair.

L'Ecriture nous enseigne une doctrine

différente. Elle nous enseigne que les croyants sont tellement unis à Christ , qu'ils sont rendus participants, nonseulement du mérite attaché à sa mort , mais aussi de son Saint-Esprit qui habite en eux comme un principe de vie , les ■ rendant de plus en plus conformes à l'image de Dieu , et opérant en eux tant la volonté que l'exécution selon son bon plaisir. Elle enseigne qu'aussi long-temps • que les hommes sont sous la loi , c'est-àdire qu'ils sont tenus d'en satisfaire les exigences pour être justifiés devant Dieu, et qu'ils sont gouvernés par un esprit légal ou par le seul sentiment du devoir ou la crainte du châtiment, ils se trouvent dans la condition d'esclaves incapables d'éprouver pour Dieu les sentiments qu'il demande, et de produire des fruits de sainteté. Mais quand par la mort de Christ ils sont affranchis de la loi dans le sens que nous venons de dire, leur

relation à l'égard de Dieu est entièrement changée. Ils ne sont plus esclaves, mais enfants. Etant unis à Christ dans sa mort, ils sont rendus participants de sa vie , et en vertu de cette union , ils portent du fruit pour Dieu. Ils sont désormais conduits par l'Esprit qui habite en eux ; et cet Esprit est une source de vie, non-seulement pour le corps mais aussi pour l'âme} « car si l'esprit de ce- , lui qui a ressuscité Christ d'entre les morts habite en eux, celui qui a ressuscité Christ d'entre les morts vivifiera aussi leur corps par son esprit qui habite en eut. » Ainsi la doctrine de la sanctification telle que la Bible nous l'enseigne, c'est que nous sommes rendus saints, non par la force de la conscience ou par celle des considérations morales , ni par des actes de discipline, mais par Funionavec Christ qui tout à la fois nous réconcilie avec Dieu et nous rend partici-

pants du Saint-Esprit. Christ devient notre sanctification en même temps que notre justification. Non-seulement il affranchit de la pénalité de la loi, mais il rend saint- Il n'y a donc, selon l'Evangile, point de sanctification sans la justification ou avant celle-ci. Ceux qui sont en dehors de Christ sont sous la puissance du péché aussi bien que sous sa condamnation ; et ceux qui sont en Christ sont affranchis , non-seulement de la condamnation du péché, mais aussi de son empire.

Quant à la nature de cette union eutre Christ et son peuple, qui a des conséquences si importantes , l'Ecriture reconnaîtque c'est un mystère. Après avoir dit, nous sommes membres de son corps, étant de sa chair et de ses os , saint Paul ajoute aussitôt : Ce mystère est grand.

Il serait donc inutile d'essayer d'abaisser un pareil sujet au niveau de notre in-

telligence. La manière dont Dieu est présent et dont il opère dans tout l'univers, est pour nous un secret impénétrable. Nous ne pouvons pas même comprendre comment nos âmes sont présentes et agissent dans les corps qu'elles occupent. Dès-lors, nous ne pouvons nous attendre à comprendre la manière dont Christ habite par son Esprit dans le cœur des siens. Le fait qu'une telle union existe est clairement révélé j les effets en sont décrits expressément, et la nature nous en est représentée, tout autant que nous pouvons la connaître, par les comparaisons les plus frappantes. Dans sa prière sacerdotale , notre Sauveur dit:

« Je te prie que tous soient un; comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi, qu'eux aussi soient un en nous. Je suis en eux et tu es en moi , afin qu'ils soient perfectionnés dans l'unité. Celui qui garde ses commandements , dit l'Apôtre,

demeure en Christ et Christ en lui. Et à ceci nous connaissons qu'il demeure en nous, savoir par l'esprit qu'il nous a donné. Si quelqu'un n'a point l'esprit de Christ , il n'est point à lui ; mais, ajoute l'Apôtre , si Christ est en vous , le corps mourra sans doute , mais l'âme vivra. Ne savez-vous pas que votre corps est le temple du Saint-Esprit qui est en vous, que vous avez reçu de Dieu , et que vous n'êtes point à vous-mêmes ? et encore : ne savez-vous pas que vous êtes le temple de Dieu et que l'Esprit de Dieu habite en vous?

L'Ecriture est pleine de cette doctrine.

La grande promesse de l'Ancien-Testament était, qu'à l'avènement du Messie, le Saint-Esprit serait abondamment répandu sur les hommes. Il est dit que Christ nous a rachetés, afln que nous reçussions cet Esprit qui avait été promis, (Gai. 111, 13 et 14). Et la seule preuve

qui aux yeux des Apôtres démontre que l'on a part au bienfait de la rédemption, c'est la participation au Saint-Esprit, laquelle se manifeste, ou par les faculv tés miraculeuses qu'il conférait alors, ou par ces fruits aimables de sainteté qui ne manquent jamais de marquer sa présence.

Comme nous l'avons déjà dit, les effets attribués à cette union sont la participation aux mérites de Christ pour produire notre justification , et l'habitation de son Esprit au dedans de nous pour produire notre sanctification. La nature de cette union est représentée sous plusieurs points de vue. Elle est comparée à celle qui existe entre un représentant et ceux au nom desquels il agit, sous ce point de vue il est dit qu'Adam est semblable à Christ, et Christ est appelé le second Adamj car comme tous meurent en Adam, de même tous

revivront par Jésus-Christ. Celte même idée est présentée toutes les fois qu'il est dit de Christqu'il est mort pour ses brebis ou à leur place ; ou quand il est dit des chrétiens qu'ils sont morts avec lui , sa mort étant virtuellement leur mort , puisqu'elle satisfait pour eux aux exigences delà justice et qu'elle les rachète delà malédiction de la loi. Cette union est encore comparée à celle qui existe entre la tête et les membres d'un même corps.

Pour expliquer le sens de cette comparaison , ce n'est pas assez de dire que Christ gouverne son peuple, ou qu'il y a entre jni et les siens une communauté de sentiments et d'intérêts. L'idée essentielle est qu'il y a communauté de vie; que le même Esprit habite en lui et en eux. De même que le corps est partout animé d'une même âme qui lui donne l'unité et qui transmet à tous les membres me yic commune, de même

le Saint-Esprit qui habite en christ est communiqué par lui à tous les siens; il les rend dans un sens particulier, un avec lui et un entr'eux , et leur transmet à tous cette vie dont le siège et la source sont en lui. Comme le corps n'est qu'un , quoiqu'il ait plusieurs membres , et que tous les membres de ce corps, quoiqu'ils soient plusieurs , ne forment qu'un corps , il en est de môme de Christ. Car nous avons été baptisé dans un même esprit pour n'être qu'un seul corps, et nous avons été tous abreuvés d'un même esprit.» Christ emploie une autre comparaison qui a la même valeur lorsqu'il dit : « Je suis le cep et vous êtes les sarments : celui qui demeure en moi et en qui je demeure , porte beaucoup de fruit; car sans moi vous ne pouvez rien faire. De même que les sarments sont tellement unis au cep, , qu'ilsparticipent de sa vie etqu'ils en dé-

pendent absol umen t,de même les croyants sont tellement unis à Christ qu'ils participent de sa vie et qu'ils sont à son égard dans une dépendance absolue. Le Saint-Esprit qu'il leur communique est en eux le principe de la vie et de la fécondité.

Christ et les siens sont un. Il est le fondement et eux l'édifice. Il est le cep, ils sont les sarments. II est la tête, ils sont le corps. Parce qu'il vit, ils vivront aussi; car ce n'est pas eux qui vivent, mais Christ qui vit en eux. Le Saint- Esprit dont il a dit à ses disciples : « II demeure avec vous et il sera en vous. »

est pour eux la source , non-seulement de la vie spirituelle, mais de toutes les manifestations de cette vie. Ils sont baptisés du Saiut-Esprit; ils sont nés de l'Esprit; ils sont appelés spirituels, parce que l'Esprit de Dieu habite en eux ; tandis qu'au contraire, les irrégénérés sont

appelés hommes naturels ou sensuels, « en qui n'est point l'Esprit. », Les croyants sont sanctifiés par l'Esprit ; ils sont conduits par l'Eprit; ils vivent par l'Esprit ; ils sont fortifiés par l'Esprit ; ils sont remplis de l'Esprit. Par l'Esprit ils mortifient le péché? par l'Esprit ils attendent l'espérance de la justice ; ils ont accès auprès* de Dieu par l'Esprit; ils prient et ils chantent par l'Esprit.

L'Esprit est pour eux une source de connaissance, de joie y d'amour, de patience, de bonté, de foi, de douceur, de tempérance (1). Cette doctrine de l'habitation du Saint-Esprit au dedans de nous tient tellement au tissu môme de

(1) Jean XIV ,17; Lac III, 16; Jean III , 5; 1 Cor. III, 16; Jade 19; 1 Cor. VI, 11; Rom. VIII, 14; Gai. V, 25; Eph. III, 16; Eph. V, 18 ; Rom. VIII , 13; Gai. V, 5 ; Eph. II, 18; Jean IV, 24; Jude 20; Eph. 1 , 17; 1 Thes. 1,6; Gai. V, 22.

l'Evangile, qu'elle en fait une partie absolument essentielle. Ce ne serait plus l'Evangile si nous en détachions celte grande vérité, savoir que l'Esprit de Dieu , qui nous a été acquis et qui nous est donné par Christ , est toujours présent avec les siens pour diriger et leur culte intérieur et leur conduite au dehors, et pour les introduire enfln sans défaut et sans tache dans la pureté et la félicité du ciel.

Le secret d'une vie sainte se trouve dans celte doctrine de l'union du croyant avec Christ. C'est là , non-seulement le fondement de son espérance de pardon , mais la source de la force par laquelle il meurt au péché et vit à la justice. C'est en étant enraciné et fondé en Christ, qu'il est puissamment fortifié par son Esprit dans l'homme intérieur, qu'il est rendu capable de comprendre la largeur, la longueur, la profondeur et la hauteur

du mystère de la rédemption, et de connaître l'amour de Christ qui surpasse toute connaissance, et qu'il est rempli de toute la plénitude de Dieu. C'est cette doctrine qui le soutient dans toutes ses épreuves et qui le fait triompher de tous ses ennemis ; car. ce n'est point lui qui vit, mais Christ qui vit en lui, lui donnant de jour en jour la grâce qui lui suffit et le purifiant pour lui appartenir én propre oomme un membre de son peuple de prédilection , zélé pour les bonnes œuvres.

L'union avec Christ étant la source de la vie spirituelle, les moyens par lesquels cette vie se conserve et se propage se rapportent tous à cette doctrine et tirent d'elle leur efficace» C'est ainsi qu'il est dit que nous sommes purifiés par la foi, sanctifiés par la foi, que nous vivons parla foi , que nous sommes sau-

vés par la foi. (1) Ce rôle important est assigné à la foi, parce qu'elle est le lien qui nous unit à Christ. Non -seulement elle nous donne le droit de faire valoir ses mérites pour notre justiûcation , mais elle nous rend participants de son Saint- Esprit. Christ à promis que tous ceux qui viennent à lui recévront une eau vive, par où l'Apôtre nous déclare qu'il faut entendre le Saint-Esprit. C'est par la foi , et dans la persuasion de l'union , qu'elle établit entre nous et Christ que nous pouvons nous approcher de Dieu avec confiance et ouvrir nos cœurs à l'influence sanctifiante de son amour.

C'est par la foi que nous recevons de sa plénitude, et grâce sur grâce. C'est par la foi que nous regardons à lui pour obtenir la force de vaincre les tentations

(1) Actes XV, 9; XXVI, 18; Gai. 11,30; Eph. II , 8.

et d'accomplir nos devoirs. C'est par la foi que nous recevons ses grandes et précieuses promesses qui nous rendent participants de la nature divine.

Tous les chrétiens savent par expérience que la foi en Christ est pour eux la source de la sanctification et de la paix. Lorsqu'ils sont tentés de se laisser aller au découragement ou au péché, s'ils regardent à lui pour obtenir du secours > ils se sentent une force pour résister au mal ou pour supporter l'épreuve que ni la force de leur volonté, ni la puissance d'aucune considération ne pourrait jamais leur fournir.

. Lorsqu'ils s'approchent de Dieu en leur qualité de membres de Christ , ils ont auprès de lui un libre accès , et ils éprouvent une joie ineffable et pleine de gloire. Lorsqu'ils sont abattus par.Taffliction , s'ils se rappellent qu'ils sont un avec celui <?»i a souffert pour eux, leur

laissant un exemple à suivre , ils se réjouissent en leurs tribulations, assurés que s'ils souffrent avec lui ils régneront aussi avec lui.

Déplus, puisque l'union avec Christ nous procure le Saint-Esprit source de la vie spirituelle, nous devons pour conserver cette vie, éviter tout ce qui pourrait porter cet esprit à s'éloigner de nous.

La Bible nous enseigne que l'Esprit peut être contristé ; que son influence peut être éteinte; que Dieu dans ses jugements la retire souvent à ceux qui la méprisent.

Les mauvaises pensées , les paroles amères , les actes de péché doivent être évités , non-seulement à titre de péchés , mais comme étant des offenses contre le Saint-Esprit. Nous devons nous rappeler que souiller l'âme par le péché ou le corps, par l'intempérance ou l'impureté , c'est un sacrilège , parce que nous sommes les membres de Christ et que nos corps sont

les temples de l'Esprit Saint. D'un autre coté, nous devons cultiver avec soin les bonnes pensées et les saints désirs, nonseulement comme étant des choses bonnes en elles-mêmes , mais comme procédant de cet agent céleste duquel dépend notre sanctification.

Il y a bien loin de ce que nous venons de dire à l'état d'un homme qui résiste au péchéetqui cultive lesbonssentiments uniquement d'après des considérations morales et en se reposant sur sa propre force. Cette dernière disposition est ce que le monde appelle moralité,, mais ce n'est pas ce que la Bible appelle religion.

De pareilles considérations doivent avoir et auront toujours pour le chrétien leur valeur légitime , mais ce n'est pas sur ses propres efforts et sur ses propres ressources qu'il s'appuie pour devenir saint. La vie dont il est animé procède de la foi en Jésus-Christ \$X c'est par un

recours continuel au Saint-Esprit que cette vie se maintient. Il est tout aussi incompatible avec la religion de l'Evangile que nous puissions nous sanctifier par nos propres forces, que de supposer que nous puissions nous justifier par nos œuvres.

C'est principalement par l'efficace de la prière que nous recevons la communication du Saint-Esprit. La prière n'est pas seulement l'instinct d'une nature dépendante qui cherche du secours auprès de l'auteur de son être; il ne faut pas non plus y voir seulement l'expression naturelle de la foi et du désir, ou un mode de communication avec le Père des esprits; nous devons la considérer aussi comme le moyen établi de Dieu pour obtenir le Saint-Esprit. « Si vous , qui êtes mauvais , savez bien donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus votre Pècc céleste donnera -t- il le

Saint-Esprit à ceux qui le lui demandent (Luc, XI, 13). » C'est pour cela que nous sommes invités à être persévérants et importuns dans la prière, insistant surtout pour obtenir ces communications divines par lesquelles la vie de Dieu dans l'âme se maintient et se propage.

La doctrine que le Saint-Esprit opère dans le peuple de Dieu et la volonté et l'exécution suivant son bon plaisir, cette doctrine n'est pas incompatible avec Tusage diligent de tous les moyens rationnels et scripturaires pour croître dans la grâce et dans la connaissance de Dieu.

Car, bien que le mode d'influence de l'Esprit soit insondable , cette influence nous est décrite comme une œuvre qui éclaire, qui enseigne, qui persuade t toutes expressions qui supposent un sujet rationnel , affecté rationnellement. Ainsi l'habitation du Saint-Esprit dans le cœur des enfants de Dieu n'anéantit point leur

activité propre. Il agit en nous portant à agir. C'est pour cela que la Parole dè Dieu nous ordonne de faire ce qu'elle nous dit que le Saint-Esprit fait pour nous. Nous croyons, bien que la foi soit Fœuvre de Dieu j nous nous repentons , bien que la repentance soit un don de Christ ; nous aimons , bien que l'amour, le support, la douceur et toutes les autres grâces soient des fruits de l'Esprit.

Le progrès de l'œuvre de la sanctification consiste en ce que nous sommes portés ainsi sous cette influence divine à cultiver de bonnes dispositions et de bons sentiments. La loi de notre nature qui fait suivre d'un accroissement de force l'exercice répété de nos facultés , n'est nullement suspendue à l'égard des dispositions de l'âme régénérée. Des philosophes ont prétendu que la vibration communiquée à l'atmosphère quand nous prononçons un mot ne s'arrête jamais.

Quoiqu'il en soit de cette hypothèse , il est certain que toutes les émotions pieuses fortifient le principe de la piété et laissent 1 âme dans un état meilleur. Le bien morcfl que nous recueillons de l'exercice de la foi , de l'amour ou de la reconnaissance, n'est point passager comme cet exercice lui-même. Bien loin de là. Une heure de communion avec Dieu produit une impression qui ne s'effacera jamais; elle rend à jamais l'âme moins susceptible pour le mal et plus susceptible pour le bien. Et comme le Saint-Esprit excite constamment l'âme vers l'exercice de la sainteté et qu'il la met en rapport avec Dieu, il la rend ainsi de plus en plus sainte et mieux préparée pour la sainteté parfaite du ciel.

La contemplation de la vérité, le culte de Dieu et l'accomplissement du devoir , sont les principaux moyens de produire dans nos âmes ces saintes dispositions.

Toute affection suppose un but en vue duquel elle a lieu et qui tend à la produire lorsqu'il est présenté à l'esprit. Nous ne pouvons pas craindre Dieu , à moins que sa puissance et sa sainteté ne soient présentes à notre esprit. Nous ne pouvons pas l'aimer , si ce n'est en vue de son excellence et de sa bonté ; nous ne pouvons pas croire , si non en vue de sa Parole, ni espérer sinon en vue de ses promesses. Comme chacune de ces affections suppose un but qui leur est approprié , ce but tend naturellement à exciter l'affection. Si nous n'étions pas déchus , ce but ne pourrait pas nous être présenté sans que l'affection correspondante se réveillât dans notre cœur. Malgré notre déchéance morale ces divers buts conservent la tendance qui est inhérente à leur nature : et comme cette déchéance est plus ou moins corrigée par le Saint-Esprit , ils exercent sur l'âme Tin-

-influence qui leur est propre. Aussi est-it dit que nous sommes sanctifiés par la vérité ; que nous sommes purifiés par la Parole de Christ ; que nous naissons de nouveau par la parole de vérité; que nous sommes transformés à l'image de Dieu en contemplant sa gloire. (Jean , XVII , 19; XV, 3. Jacques, 1,18-2 Cor. III > 18.)

Il serait déraisonnable de s'attendre que nous soyions rendus conformes à f image de Dieu, à moins que la vérité relative à Dieu agisse fréquemment et continuellement sur Tâme. Comment un cœur rempli des pensées et des soucis du monde , et surtout un cœur souvent entraîné au mal par la pensée ou la vue du péché ; pourrait-il s'attendre à voir se fortifier en lui les affections qui répondent à la sainteté ou à la grandeur de Dieu? Comment l'amour de Christ, croî-.

trait-il dans le cœur de ceux qui ne pen-

sent presque jamais à lui et à soq œuvre?

Un pareil résultat ne peut avoir lieu sans un changement dans la nature même des choses, et c'est pourquoi nous ne pouvons faire des progrès dans la sainteté, à moins de consacrer beaucoup de temps à lire, à entendre et à méditer la parole de Dieu, qui est la vérité par laquelle nous sommes sanctifiés. Plus cette vérité nous est mise devant les yeux ; plus nous entrons en contact avec elle, en en comprenant le sens, en rappliquant à notre position, en nous en appropriant les principes, en en pénétrant les motifs, en nous réjouissant de ses promesses, en tremblant devant ses menaces, en nous élevant par son influence, de ce qui est visible et temporel à ce qui est éternel et invisible, plus nous pouvons nous attendre à être transformés par le renouvellement de notre esprit; de manière à aimer tout ce qui est saint , juste et bon.

Les hommes distingués par leur piété ont toujours été des hommes de méditation et de prière ; des hommes habitués à se recueillir loin de l'influence du monde avec ses mille joies et ses mille chagrins, pour se placer sous l'influence des doctrines, des préceptes et des promesses de la Parole de Dieu.

Outre la contemplation de la vérité , le culte divin est un moyen important de croître dans la grâce; non seulement parcequ'il comprend l'expression et l'exercice de tous les sentiments pieux que cet exercice doit nécessairement fortifier, mais aussi parce qu'il est le moyen établi de Dieu pour entrer en communion avec lui et pour recevoir les dons de sa grâce* « Ceux qui s'attendent à l'Eternel prendront de nouvelles forces ; ils s'élèveront sur des ailes comme des aigles ; ils courront, et ne se fatigueront point; ils marcheront, et ne se lasseront point » . « Bien-

heureux ceux qui habitent en ta maison :

ils te loueront incessamment. Ils marchent de force en force pour se présenter devant Dieu en Sion ( Esaïe XL , 31 ; Ps. LXXXIV, 5 et 8.) L'expérience aussi bien que la révélation rend témoignage à la vérité de ce fait. Les enfants de Dieu ont toujours trouvé dans le culte, soit privé, soit public, du Père des esprits, les principaux moyens de renouveler leurs forces spirituelles. Le culte qu'on rend à Dieu dans ses temples terrestres est une préparation à celui qui aura lieu dans ce temple éternel des cieux qui n'est point fait par la main des hommes. Les sacrementssontpour nous, ce qu'étaientrpour les Israélites les sacrifices et les rites de l'ancienne économie. Ils sont des signes et des sceaux des promesses de Dieu et procurentàceux qui les reçoivent dignement les bénédictions qu'ils représentent. Le chrétien donc qui désire croître dans la con-

naissance et dans l'amour de Dieu observera fidèlement toutes les formes établies du culte divin. Il priera beaucoup dans son cabinet , il sera ponctuel au temple et à la table du Seigneur. Il recherchera les occasions d'entrer en rapport avec Dieu , comme un ami recherche la société de son ami ; et plus il jouira de cette communion, mieux il sera préparé pour cette communion parfaite avec le Père des lumières , qui constitue la félicité du cieL

Enfin, pour devenir bons, nous devons faire le bien. Quelques personnes s'imaginent à tort que l'action est tout dans la religion. Il n'y a point de religion dans les actes extérieurs , à moins qu'ils ne soient dictés par un esprit de piété. C'est peut-être une des tendances funestes de notre âge, de chasser la religion de nos intérieurs , de ne lui laisser

d'autre asile que la rue ou les assém-

fexercice de la bienveillance en fortifie le principe, que la pratique du bien tend à rendre les hommes meilleurs, mais par-»

ce que Dieu a ordonné que celui qui a arrosé les autres serait arrosé lui-même* Il répandsa grâce sur ceux qui travaillent au bien temporel et spirituel de leurs frères et qui suivent l'exemple de notre bienheureux Rédempteur, marchant avec Dieu et faisant du bien.

La vraie religion , telle que nous la trouvons dépeinte dans la Bible, n'est donc ni une manifestation purement extérieure ni une excitation de sentiments intermittente et passagère. C'est un principe de vie spirituelle permanent, spontané et progressif, qui modifie l'homme tout entier et qui produit les fruits de la justice. Ce n'est point telle ou telle bonne disposition isolée , mais bien la racine et le principe de tout ce qu'il y a de bons sentiments et de bonnes actions , qui se ma-

nifeste par l'amour et l'obéissance envers Dieu , par la justice et la bienveillance envers les hommes, et par l'empire sur nous-même. Cette vie divine ne peut être obtenue ni conservée par desimpies efforts de la raison ou de la conscience , ou par des observances superstitieuses: elle découle de notre union avec Christ ,qui envoie son Saint-Esprit danslecœurde tous les siens. Pour faire croître cette vie divine, nous avons à éviter tout ce qui tend à contrister l'Esprit de grâce et à pratiquer tout ce qui peut favoriser sa sainte^ influence sur le cœur. C'est par cette influence que nous sommes sanctifiés, car elle nous conduit à cultivèr toutes les dispositions saintes, par la contemplation de la vérité, par le culte de Dieu et par l'accomplissement de tous nos devoirs mutuels.

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