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Le hittite cunéiforme
Les documents qui nous font connaître la civilisation hittite sont généralement rédigés en caractères cunéiformes, empruntés par les Hittites aux Babyloniens, probablement, au temps de leur grand roi Hammurabi.
Voici le spécimen de récriture hittite cunéiforme. Ce texte représente le premier art. du Code hittite : « Si un homme »...
Les Hittites utilisèrent aussi récriture hiéroglyphique, mais elle n'est pas identique à l'écriture hiéroglyphique égyptienne, bien que basée sur le même principe.
L'écriture hiéroglyphique hittite est originale, elle utilise près de trois cents signes parmi lesquels on reconnaît des êtres humains, diverses parties du corps humain, tête, bras, jambes, mains, pieds, des oiseaux, des têtes de quadrupèdes et divers objets.
Le déchiffrement des hiéroglyphes hittites, depuis les premiers essais de Sayce, après la découverte des hiéroglyphes de Hamath, malgré les efforts de MM. Gelb, Bossert, Forrer, Merrigi et Hrozny n'a fait que peu de progrès.
Nous consacrerons un chapitre à cette écriture, mais cette étude est basée sur les textes des documents hittites écrits en cunéiformes, dont le déchiffrement ne fait plus de doutes.
La langue hittite est celle des conquérants d'origine aryenne, venus en Asie Mineure de l'Europe, d'après les uns : MM. S. Contenau, Cowley, Przeworski par les détroits, Bosphore ou Dardanelles, d'après les autres : Bissing, E, Meyer et R. Weil par le Caucase.
Le hittite est le plus ancien témoin des langues aryennes, il se rattache de même que le tokharien, langue parlée dans le Turkestan chinois jusqu'au Vllme siècle après J.-C., au groupe occidental kentum,
MM. A. Cuny (Revue Hittite et Asianique, octobre 1933 — janvier 1934), W. Petersen et E. H. Sturtevant ont émis l'opinion que le hittite et le tokharien seraient issus de la même souche que l'aryen avant tout fractionnement de l'unité proto-aryenne. Ce serait donc des idiomes parallèles à l'aryen, des idiomes très proches de l'aryen, bien qu'indépendant, et relativement proches du chamitosémitique.
Mais dans le hittite cunéiforme, dont les textes datent de la deuxième moitié du deuxième millénaire avant notre ère, il n'y a que l'aryen, une faible partie du vocabulaire hittite cunéiforme peut être identifié avec l'aryen, bien que sa grammaire lui appartient certainement.
Ces particularités s'expliquent par la présence des Asianiques, en Asie Mineure au milieu desquels s'établirent les Hittites. M. Hrozny admet aussi une forte influence de la langue akadienne sur le hittite cunéiforme.
Le hittite cunéiforme
par exemple : habalasàîzi « il écrase » où, en débarrassant ^ le mot de sa désinence : sdizi, il trouve la racine sémitique habalu « détruire ».
Le hittite cunéiforme, qui se greffe sur la langue des populations asianiques de TAsie Mineure, fut appelé, non sans raison, par M. Hrozny nessite, car les scribes, hittites, eux-mêmes^ l'appelaient nassili. M. Hrozny rattache ce terme au nom de la ville Nessa, la capitale primitive des envahisseurs aryens, lorsqu’ils s’installèrent en Asie Mineure.
On sait que M. Forrer a tenté d’appeler, d’ailleurs sans succès, ce langage le kasénite, parce qu’il était parlé aussi dans la vallée de Kanès,
En réalité le hittite devrait s’appeler nessite, mais pour ne pas déroger à l’habitude, consacrée par usage général, nous continuerons à l’appeler hittite, puisque cet usage est consacré même par la Bible, dont la traduction grecque par les Septante les appelait Héthéens ou Hittim, d’où dérive leiu* appellation actuelle Hittites. Les Assyriens les connaissaient sous le nom de Hatti et les Egyptiens, qui n'écrivaient pas les voyelles, sous celui de Ht\
Les Hittites occupaient le pays de Canaan avant l’arrivée des Israélites.
La parenté du vocabulaire hittite avec le lituanien est indéniable, bien que celui-là avait subi une forte empreinte des langues asianiques. Nous avons pu identifier près de deux cents racines dont la ressemblance est frappante.
Nous avons tenté d’expliquer quelques mots hittites du sens inconnu et douteux (accompagnés de points d’interrogation dans le vocabulaire de M. L. Delaporte), par les mots similaires lituaniens qui subsistent encore dans quelques dialectes et qui souvent sont déjà tombés en désuétude, mais furent fort heureusement consignés
dam les dictionnaires lituaniens du XVIIme et XVIIIme siècle de Syrwid - Sirvydas et de Ruhig-Ruigys ainsi que dans celui de Téminent linguiste lituanien Fr. Kurschat - Kursaitis. Cela permettra peut-être d'identifier le vrai sens de ces mots.
Chose étrange, nous avons trouvé une certaine ressemblance entre plusieurs mots lituaniens, d'une part, sumériens et akadiens, d'autre part, employés dans les textes hittites allographiquement. Cela semble confirmer l'hypothèse de MM. Cuny, Petersen et Sturtevant, relative à la parenté des langues aryennes avec les langues chamito-sémitiques.
Nous ne croyons pas avoir épuisé toutes les concordances du vocabulaire hittite et lituanien, j'espère que cette liste pourra être sensiblement allongée avec les progrès de la hittitologie.
En comparant le vocabulaire hittite et lituanien nous devons tenir compte de la particularité de l'écriture cunéiforme qui ne distingue pas les consonnes sonores et sourdes : & et p, d et g et k.stts qui sont rendues par les mêmes signes.
Nous tâcherons, dans la présente étude, d'établir le rapport du hittite avec le lituanien dans le domaine du vocabulaire d'abord, de la grammaire ensuite qui plus que le vocabulaire prouve la parenté des deux langues.
Vocabulaire hittite et lituanien
Les racines hittites et lituaniennes suivantes semblent être concordantes. L’emprunt d’une langue à l’autre, vu la discontinuité géographique et la séparation très ancienne de la souche commune (peut-être trente siècles avant notre ère), doit être exclu. Les coïncidences de vocabulaire hittite et lituanien ne sont pas fortuites, mais doivent être attribuées à l’identité originelle.
Hitt. alis « blanc >, alpas « nuage », lit. dial, alvas « blanc » et « métal blanc-étain », lat. albtcs « blanc » ; dans le lit. courant hal-tas « blanc » ce qui est métathèse du lat. alb ou du hitt. alp.
Hitt. annaz «jadis», lit. andai «jadis».
Hitt. ^Alaksandu — nom d’un roi de Wilousa, contemporain de Mouwatalis, il existe en Lituanie des noms propres des personnes : Aleksa, il existait aussi dans la mydiologie lituanienne une déesse Aleksota.
(q 11 est singulier que le radical balt-as se retrouve dans de nombreux noms de lieux de l’Est européen : lit. Baltijos jura c mer Baltique (blanche) ».
De nombreuses localités en Roumanie et au Caucase du Nord portent le nom de Balta, Ces noms de lieux sont connus depuis la plus haute antiquité.
P.'J. Gabrys 5
Hitt. alpant « souffrant d'une certaine maladie », lit. alpant ou alpstant « en s'évanouissant », racine verbale alpu, alpstu inf. alpti « s'évanouir, tomber en faiblesse, perdre connaissance ».
Hitt. anna « mère », lit. ainis « ancêtre », gr. àvves « grand'mère ».
Nous pouvons supposer, à juste titre, que le nom propre Anna — Anne dérive du hittite anna « mère ».
Hitt. lAnitta ou lAnittas, nom d'un roi Nessite, lit. anyta « belle-soeur, sœur du mari », lit. dial, anytas « beau-frère ».
Hitt. andurza « dans, dedans », lit. durys « porte », lit. dial, durise « entre les portes, dedans », gr. êùpaCe « dans la porte ».
Hitt. DAgni sens inconnu, probablement « déesse du feu » — ne pourrait-on pas l'identifier avec le lit. ugnis « feu », scr. agni « feu », lat. ignis « feu ».
Hitt. anis « celui », lit. ans, anas « celui ».
Hitt. ar « marcher, aller, venir », lit. ar-ti « labourer», lat. aro, arare « labourer », gr. àpào) « labourer », il semble que la racine hittite ar nous donne le sens primitif de « labourer », car, qu'est-ce que « le labour », sinon « marcher derrière la charrue ». Les Hittites ont employé probablement la même racine verbale pour désigner « le labour », car ils ont plusieurs divinités, dérivées de la même racine ayant le rapport avec la culture des champs.
P>Ara — divinité champêtre.
DArinna — déesse Soleil, dans sa course diurne, elle sort de la mer, elle voit tout, scrute tout, règle les différends entre les créatures, selon les normes de la justice et du droit ; on la représente avec trois paires d'yeux.
Il y a une certaine analogie entre cette divinité hittite et la divinité lituanienne du Soleil ascendant du printemps. Pr-aurima dont le temple se trouvait en
Vocabulaire hittite et lituanien
Lituanie au bord de la mer Baltique à Palanga^), où subsiste encore un grand pilekalnis, colline - tvimulus, lieu vénéré même aujourd'hui par les Lituaniens.
Hitt. arsis « champ planté, cultivé ».
Hitt. aruna « mer » dérivé de la même racine ar « marcher, aller et venir », car les vagues de la mer étant en mouvement semblent « marcher » ; de la même racine ar semble dériver aussi le mot lituanien jura « mer ». Ainsi nous pouvons expliquer l'origine en lituanien du mot jura dont la racine verbale ar ^ perdu en lituanien sa signification primitive « marcher », ayant gardé seulement la signification « labourer » 2 ).
Lat. mare, scr. mira, v. si. more, « mer » semble dériver de la racine proto-aryenne mer en hittite « pourrir, se putréfier », en lit. merkiu, merkti « immerger » v. si. mokry « humide ». En lit. moderne le mot mares (pl. t.) est employé pour désigner les eaux intérieures se trouvant dans le golf Kouron - Kursiu-mares, tandis que pour désigner la mer extérieure — Baltique est employée l'expression Baltijos - jura.
On explique généralement l'étymologie de mare par la racine mr «mort », en zend mir (mar) mourir ; il me * (*)
(1) Il est singulier que nous trouvions une localité en Turquie, dans l’andenne région hittite, portant le même nom, V^langa, et aussi en Bulgarie plusieurs Palanka.
(*) Il est singulier que chez les Hindous l’Ocçident est appelé Varuna et la région de la mer varuna ; or, Varuna figurç dans le Rigveda comme Dieu du Ciel, Créateur, le dieu de l’Océan et de l'Occident. A la divinité Varuna sont consacrés l'Ocçident, la nuit et les eaux.
Quel est le rapport entre hittite aruna « mer » çt indien Varuna f Pourquoi au dieu de l’Océan est consacré l’Ocddent et ^Qn le Sud d'après la situation de l'Océan Indien? Cçla n'indiquerait-t-U pas que l’Océan, voire la mer, était située à l'Ocçident ppur les Aryas avant leur départ du berceau primitif dça Prptp-Aiyens ?
Je pose ces questions, sans essayer de les résopdrp.
semble plus logique de l'expliquer par la racine hittolituanienne mer « humide, immerger, faire pourrir ».
Hitt. arsanija « désirer, envier », lit. dial, arsus « envieux, passionné ».
Hitt. atta « père, chef », au pluriel attas « notables, autorités » ; le hittite attaman « mon père, mon chef » se trouve dans la langue lituanienne pour désigner le € chef de l'armée » qui a été emprunté ensuite par les Rutènes à l'époque, lorsque (au XVme siècle), l'empire lituanien s'étendait jusqu'à la mer Noire et englobait la Ruténie, ensuite par les Cosaques des Zaporogues pour désigner leur chef. Dès le XVIIme siècle le mot attaman « chef de l'armée » en Lituanie fut corrompu, sous l'influence slave (polonaise), en hetman.
Le mot lituanien tevas «père» qui dérive visiblement de Devas « Dieu », où la dentale sonore s'est transformée en sourde, pour distinguer probablement le « père terrestre » du « père céleste », semble être en très faible rapport avec le hittite atta i).
Hitt. auhi « il voit », prêt, austa lit. austa « il fait jour », lit. ausra « aurore », gr. scos, « aurore », lat. aurora,
(1) On sait que Mustapha Remal, le grand réformateur de la Turquie, prit le titre d*Atta-Turk « père des Turcs » ; nous ne savons pas exactement quel part revient dans les réformes d*Atta- Turk à l'élément hittite qui subsiste en Asie Mineure jusqu’à nos jours ; c’est l’opinion de plusieurs hittitologues : H. von der Osten, prétend avoir trouvé au-dessus de Marash des descendants des Hittites, reconnaissables à leur accoutrement et ne parlant ni turc, ni persan, ni arabe.
M. E. Pittard, l’éminent ethnologue genevois, fait, au sujet des Turcs, l’observation suivante (op. c. p. 390) : « N’a-t-on pas affirmé que c’est à cause de leurs mélange mêmes, que les Turcs Osmanli ont pu jouer le rôle que l’Histoire^connaît et constituer un organisme politique de longue durée, alors que les anciens empires, fondés par les autres groupes turcs — l’empire T-artar par exemple, — s’effondrait rapidement?* Ne faut-il pas attribuer cette qualité turque au mélange de l’élément hittite?
Vocabulaire hittite et lituanien
Hitt. arha « absent », arhz « autour de, alentour », lit. oras «air, ouvert» il oro, ant oro «dehors».
Hitt. dâ « prendre, recevoir, posséder », dats « vous prenez », lit. duo-ti « donner », gr. àldojfic « je donne », scr. dadâtha « vous donnez ».
Hitt. dâi « placer, poser » (les soldats dans une ville), lit. deti (kiaulini) «placer, pondre (un œuf)».
Hitt. ta « te, toi, à toi », lit. tu « toi ».
Hitt. tajugüj tauga « âgé de deux ans », lit. dveigys « âgé de deux ans », cette expression est employée en lituanien contemporain pour désigner « un veau âgé de deux ans ».
Hitt. dagan, tagan^) adv. «à terre» daga(n)zipa « sol, serre », daggalija « cultiver », lit. dial, daga « récolte » dagau, dagyti « récolter ».
Hitt. tak-ku « si », lit. jei(g)-gu « si ».
Hitt. talukaes « long », lit. tolokas « éloigné », gr. dôÀexos «long».
Hitt. damas — itérât. - duratif, damask « opprimer, éprouver », lit. dial, damas « digue, chaussée », gr.
« presser ».
Hitt. tarnâ « laisser qq. un, faire qq. chose, permettre de faire quelque chose », lit. tarnas « serviteur », tarnauju, tarnauti «servir».
Hitt. tuzis « armée », lit. tauta « peuple, nation », irl. tuath « peuple », os. touto « cité ». Il est singulier que chez les Hittites tuziSj dérivé de Taryen commun tut, a une signification de Tarmée et non du « peuple, nation, cité », cela ne signifierait-il que pour les Hittites
(1) M. Sturtevant (grammaire comp. p. 136)» identifie cette radne hittite avec le lit. zeme « terre », il est bien plus aisé de l’identifier avec daga « produit de la terre, récolte ».
« la nation ét le peuple étaient synonyme de « guerriers, arméë », car ce n'était probablemeilt que la classe dominante des guerriers qui constituait chez les Hittites « la nation ».
Pourtant la racine aryenne commune tut paraît sous sa fomie primitive dans les noms propres hittites, tels que Tuthàlija^), composé de tut «nation, armée» et halija 2 ) « puissance, gloire », Tuthalija signifie donc « puissance, gloire de la nation ou de l’armée ».
On connaît la prédilection de tous les peuples, d’origine aryenne pour la racine tut pour désigner les noms de leurs chefs, voire de leurs rois : Teuta, reine d’Illyrie, Teutamos, roi de Larissa, Tautomédis, roi des Daces, Tautinus, nom d’homme aquitain, Tautius, nom d’homme ibère, Tautamos nom d’homme lusitain»).
Il existe en lituanien le même mode de formation des noms propres en composition avec tauta, par exem. : Vytautas « défenseur de la nation », et aussi avec galija ou gaila «puissance», par exemple : Jogaila, Jogela, Skirgaila,
La présence en hittite de la racine tut semble être en contradiction avec l’opinion de l’éminent linguiste A. Meillet, il prétend que cette racine ne se trouve que dans les dialectes aryens de l’Ouest. (Introduction à l'étude des langues indo-européennes, p. 357). Il se peut que cela provient de l’origine occidentale des Hittites.
Hitt. titnu, titanu « placer, ranger, établir », lit. titnagis ou titnagas, subst. comp. tit-nagas « pierre qui servait à faire du feu ».
Pour cette opération on employait généralement la pierre de silex qu’on plaçait d’une manière spéciale entre
(1) n serait donc préférable d'écrire Tuthalija et non Dudhalija ou Dudhalijas, comme font certains hittitologues.
(*) M. L. Dela^rte doniie la signification de hdlija * * ployer les genoux, adorer*.
(3) Philipon, Les Ibères, p, 107.
Vocabulaire hittite et lituanien
les bouts des doigts, en lit. nagas « ongle », gr. zizrjjxc « placer » ; titnagas sign. littérale « objet placé entre les bouts des doigts ».
Il existe en v. lit. un verbe tombé en désuétude : tituoju, titinoju, titinojuos, titinoti * faire, se faire gros, grand, important ».
Cette racine verbale lit. serait-elle en relation avec le mot Titan « personne ou objet ayant un caractère gigantesque » et adj. titanesque, titanique ?
Hitt. URUdiinna sens inconnu, il existe en v. lit. un subst. m. tuinas « pivot, pillier, piquet » qui a, peutêtre, quelque rapport avec ce mot hittite.
Hitt. esmi (e-es-mi), eszi (e-es-zi) « être », lit. esmi, esti « être ».
Hitt. part, osant « étant », lit. esant « étant ».
Hitt. ad-, ed-, az, ez-, ezza-, etmi, etzi (3 pl. a-da-anzi) «manger», lit. edu «je mange»; cette expression est employée en lit. exclusivement pour désigner le manger des bêtes, pour désigner le manger des hommes, il existe une autre expression comme nous le verrons ultérieurement (voir p. 58 le mot walhi).
Hitt. edri « sorte de nourriture », lit. adj. edrus, f. edri « vorace, glouton ».
Hitt. eshru, gen. isharuwas « larme », lit. asara « larme ».
Hitt. halija « ployer les genoux, adorer », lit. galia « puissance, gloire » dérivé du verbe galeti « pouvoir » ; en lit. galia se transforme en gaila ou gela en composition avec une autre racine, souvent pour désigner les noms propres comme Jogaila ou Jogela, Skirgaila ou Skirgela,
Nous observons le même mode de formation de noms en hittite: Tuthalija.
Hitt. hala(i), sens inconnu, ne pourrait-on identifier cette racine hittite avec la racine lituanienne galas « fin, bout ». Il existe des noms propres hittites dérivés de cette racine : Hala-j Halys- le nom du fleuve appelé aujourd'hui KisiUIrmak, Holaja, le nom du fleuve en Asie Mineure et le nom de ville Halpa, aujourd'hui Alep. Ces noms de lieux désignaient probablement chez les Hittites les étapes (« fins, bouts ») de leur extension en Asie Mineure et en Syrie.
Hitt. halanta « tête, sommet », lit. galva « tête ».
Hitt. halki « grain » semble être emprunté à une langue inconnue (peut-être asianique), mais les Hittites possédaient une divinité P>Hallara, qu'ils qualifièrent de divinité de Dounna ^), or en lituanien duona « pain » ; le peuple lituanien considère le pain comme sacré, le nom du pain en lit. duona dérive probablement du nom d'une divinité ou personne divinisée — Dounna, qui, à l'époque préhistorique, — protoaryenne, inventa le pain et était probablement commune aux Hittites et Lituaniens. Il est singulier qu'en lit. dial, (samg.) le mot duona « le pain » se prononce dôuna.
Hitt. hanna « grand'mère », en lit. cette racine se trouve dans un mot composé ra-gana « sorcière ».
Cette racine est commune presque à toutes les langues aryennes : scr. gna à côté de râgni « reine », av. gêna « déesse » gr. « femme » ; en lit. nous trouvons la
racine gana dans lè mot composé ra-gana « sorcière » ; cette racine se retrouve en latin, dans une racine verbale (redoublée) gignere « engendrer ».
Il faut supposer que la femme, à la suite de matriarcat, avait une situation élevée chez certains peuples aryens.
(1) L. Delaporte. Vocabulaire, p. 16.
Vocabulaire hittite et lituanien
elle était probablement le juge comme chef de clan. C’était le cas probablement chez les Hittites primitifs, car hanna en hittite signifiait aussi « juger, régler une affaire judiciaire ».
Il semble que les mots français : honni, honte, honneur, dérivent plutôt de la racine hittite hanna « grand’mère, chef de clan — juge » que du v. al. haunijan, comme on a supposé (dict. Larousse) qui à son tour dérive probablement du hitt. hanna,
Hitt. hapati « serviteur, vassal, sujet », il existe en lituanien un mot vies-patis « seigneur, suzerain », opposé comme sens au mot hittite ha-pati qui semble être composé de deux racines, de même que le mot lituanien viespatis.
Or, on sait qu’en aryen commun pati scr. paiih, zd. paitis, gr. noacs^ ht. dial, patis «mari» avait la signification de « maître », à côté de la signification primitive « mari, maître » (de la famille) ; vies-patis, composé de deux racines : viesas « publique » et patis « maître », cela devait donc signifier «maître public, seigneur».
Hitt. haras (gen. haranas) « aigle », lit. aras « aigle ».
Hitt. hwrta (3 s. hurdai) « maudire », M. Sturtewant identifie cette racine avec Ut. vardas « nom », il me semble que cette racine, de même que hitt. hurtai « malédiction, imprécation », a plus de ressemblance avec lit. burtai, pl. t. « sort », dérivé du verbe burin — burti « jeter le sort (mauvais) sur quelqu’un ».
Hitt. hark « périr, être détruit », lit. karti, imp. kark « prendre, tuer ».
Hitt. ija — imp. s. 2 : it, pl. 2 : itten ; iiatari « aller », être en route, voyager », lit. einu, eiti « aller, marcher », lit. joju, joti « aller à cheval ».
Parenté des langues hittite et lituanienjie
Hitt. fugan « joug », lit. jungas, acc. jungan « joug ».
Hitt. iskalla « fendre, couper, arracher », lit. isskeliu, isskelti « fendre quelque chose ».
Hitt. GISiskissana, sens inconnu, lit. iskisana € qq. chose qui ressort, dépasse, rebord », ce substantif est formé en lit. de la racine verbale : iskisu — iskisti, faire ressortir, dépasser qq. ch. ; il semble que de la même racine verbale dérive aussi le mot hitt. iskisa « dos », en lit. iskisa 3 p. sg. prés. « il ressort, dépasse », comme subst. peut signifier « qq. ch. qui ressort, dépasse, rçbord » dans ce cas à la racine verbale s'ajoute le suffixe na, iskisa-na, ce qui lui donne la forme définitive de substantif.
Hitt. iskisk, sens inconnu, M. L. Delaporte (Vocab. p. 29), fait dériver de la racine isk^ iskija « oindre », ce mot pourrait dériver aussi de la racine : kis « devenir, arriver, venir », dans ce cas là ü € de » serait le préfixe, alors is-kis pourrait signifier « venir de qq. part, sortir de qq. ch., dépasser » dans ce cas la signification du mot is-kis en hitt. et en lit. serait la même.
N-B. — Noüs croyons pouvoir faire observer à cette occasion qu'üne grande partie des mots hitt. commençant par is sont composés du préfixe is et d'une racine ; il est probable que is en hitt. a la même signification qu'en lit. « de », aus en allemand, iz « de » en v. slave.
Hitt. isnas « farine » ? lit. isnesa « il sort qq. ch. de qq. ch. », il existe en lit. un substantif isnasa « qq. chose sortant du rang », dériyjé de la même racine verbale zinesu, is-nesti « faire sortir qq. ch. de qq. ch. ». Is-nas pourait signifier « ce qu'on a sorti du grain — farine ».
Hitt. ispa-, ispija «se rassasier, manger ou boire trop», lit. isputes, isputusi (karvé), cette expression est exclusivement employée pour désigner « vache gonfle, qui a trop mangé », t'est le part. prés, du verbe tombé en désuétude, il y a le subst. puota «beuverie», is-puntu, is
Vocabulaire hittite et lituanien
pusti « gonfler, d'avoir trop mangé », dérivé de la même racine (sans préfixe is),
Hitt. iwar « comme, à la façon de », lit. ivairus < à la façon des autres, divers ».
Hitt. gang, kank « prendre, suspendre », lit. kankinu, kankyti «éprouver, tortiurer».
Hitt. karap^ krap « dévorer », lit. grahus « apte à saisir », adject. dérivé de grebiu, grobti « saisir avec violence ».
Hitt. karp, karpija « élever », en lit. existe un subst. karpa « verrue », la racine verbale en lituanien est tombée en désuétude i).
Hitt. kars « couper, retrancher, bannir », lit. kertu, kirsti « couper » ; de cette racine peut dériver : hitt. karas « camp de l'armée », lit. dial, haras « armée », lit. courant karas « guerre ».
Hitt. Karkémis, nom propre d'une ville importante hittite sur la rive de l'Euphrate (site Djerablus).
L'étymologie de ce nom semble être la suivante : Kar(as) -j- kemis, nous connaissons la signification en hittite de karas « camp de l'armée », kemis sens inconnu en hittite, mais en lituanien kiemas « cour, endroit clôturé avec une palissade, village », gr. xoifivj, xœfir^ « village », en composition avec une autre racine en lit. kiemas, devient kiemis, par ex. Did-kiemis «grand village», Tob kiemis « village éloigné » ; nous remarquons que le nom hittite Kar-kemis est formé de la même façon que Did-kiemis^ ou Tol-kiemis et devait signifier probable-
(i) Il semble que le nom des monts Karpates dérive de la radne hitt. — lit. karp c élevé». Cela nous indiquerait que les Hittites, voire Proto-aryens, qui ont fait souche des Hittites et des Lituaniens ont séjourné à répbqué préhistorique dans la région des Karpates.
ment «village, voire ville fortifiée ». Il serait donc préférable d’écrire ce nom Karkémis i), et non Gargamis, Kargarnis ou KarkamiZj ou Karkamish, comme le font certains hittitologues.
Hitt. kars « couper, retrancher, bannir, exiler », lit. karsis 2 ) « la sole (poisson) » ; il existe en lit. le verbe : karsinUj inf. karsti « étrier, éliminer », karsti vilnas «étrier la laine » et verbe tr. karsinu, karsinti qui est employé exclusivement pour désigner la nouvelle situation du père ou de la mère qui se retire des affaires pour céder le domaine à un de ses fils ou à une fille et vit séparément en recevant une pension.
Hitt. kartis (gen. kardias, dat. kardi) «cœur», lit. sirdis « cœur ».
Hitt kas (acc. kuun) «celui», lit. kas acc. lit. dial. kun, kan « qui ».
Hitt. Kaskas, nom d'un peuple, voisin des Hittites, en lit. Kaskas, ou diminutif Kaskelis ou Kas(a)kaitis, noms propres de personnes, fréquents en Lituanie 3).
(^) Il est singulier qu’en hittite hiéroglyphique le nom de Karkémis s’exprime par deux idéogrammes : f J dont le premier, la pèche, pourrait signifier la rac. karas « guerre, armée * *, le deuxième — cercle entourant un pieu avec une jarre surélevée, — semble symboliser « une localité habitée, village, ville, entourée d’une enceinte • — kemas, kemis. Cette forme des jarres et des vases était usuelle de la céramique hittite (Conteneau, La Civilisation des Hittites et Mitaniens, p. 220).
Nous proposons cette étymologie qui semble être plus plausible que celle de MM. Sayce et Ménant (Op. c. p. 181) qui tentèrent d’interpréter Kar-Kemis par « Forteresse de Ramosh », où Kamosh devait signifier le nom de la Divinité, sous la protection de laquelle cette forteresse, paraît-il, était placée.
(*) Ce poisson, d’après un conte mythologique lituanien, a été créé par la déesse de mer Juraté, quand elle déchira le poisson en deux et jeta dans la mer les moitiés.
(^) Nous pouvons présumer que le nom des Cosaques est le nom déformé de Kaskas hittites. Ces turbulents voisins du Nord des Hittites avaient toutes les caractéristiques des Cosaques contemporains et devaient primitivement exprimer une notion ethnographique.
Vocabulaire hittite et lituanien
Ce nom ne serait donc que pronom kas + kas redoublé « qui + qui ».
Hitt. kesti, kestanu « éteindre », lit. gestu, gestau, gesti, « s'éteindre », gesinu, gesinti, « éteindre ».
La phrase hittite : wedanda IZhin kestanutten (Del. grm. 119), ressemble à la phrase lituanienne ^vandertiu ugnin gesinkite, « éteignez le feu avec de l'eau ».
Hitt. genzu « attitude amicale, bienveillance », lit. dial, genciu « parmi les parents amis », cette expression lituanienne dérive de gentes «parents».
Hitt. kemam « hiver », lit. ziema « hiver », lat. hiems «hiver».
Hitt. kis « arriver, venir », lit. kisu, kisti « introduire, mettre qq. ch. dedans ».
Hitt. LUkita « remplaçant de membre du clergé », lit. kitas « l'autre ».
Hitt. kiten « frapper, tuer », lit. kaunu, kauti, « combattre, tuer dans le combat » ; de la même racine verbale hittite kuen^ dérive en hittite un substantif kuenna, kwenna qui correspond au aryen commun kwoina « prix de sang » ensuite « rançon, peine », en lituanien kaina, av. kaena, gr. Le hittite de même que le lituanien
conserve la labio-velaire, tandis qu'en grec la labiovelaire se labialise ; l'absence en latin du mot kwoïna ou ses dérivés (le lat. poena est un emprunt grec ou osque) indiquerait que cette coutume qui représente par rapport à la vendetta primitive un progrès considérable, n'existait pas chez les ancêtres des Latins, les Italiotes i).
(1) Hitt. italu c mauvais, méchant, dur, sévère », italawes « être dur, sévère ». Cette racine hittite donne peut-être la dé de l'énigme de l'appellation d'une importante branche proto-aryenne Italiote qui se détacha de la souche commune proto-aryenne probablement avant la branche hittite.
Le fait qu'il manque en latin le radical kwoïna « prix de sang » indique probablement que cette coutume de rachat qui représente,
quapd ils se détachèrent de la souche commune protoaryenne.
Il existe en Lituanie une très ancienne ville qui s’appelle Kaunas dont le nom semble dériver de la racine verbale kaunuj kauti « combattre », le nom de cet endroit devait donc signifier «lieu du combat», ce qui correspond d’ailleurs, à la réalité : cette ville, de temps immémoriaux, était le point stratégique, placé entre deux fleuves Nemunas et Neris, était la place forte et « lieu du combat ». Or, il existait au lime siècle av. J.-G. une autre ville Kaunos en Asie Mineure en face de l’île Rhodes et une
par rapport à la vendetta primitive, un progrès considérable, n’existait pas chez les Aryens primitif à l’époque où les ancêtres des Latins-Italiotes s’en détachèrent. La peine capitale (empalement) est prévue même pour les déUts contre la propriété, coupe abusive de la moisson d’autrui (tables VIII, 10). Les doutes soulevés sur l’authenticité de ces dispositions que l’on trouvait trop * barbares » dénotent une incompréhension de l’histoire Italiote (voir G. de Sanctis, Storia dei Romani, Turin 1907» II- p- 3).
On connait aussi la sévérité du droit romain, sa sévérité est égale à sa logique : pater familias (père de famille) avait jus vitae ac necis (droit de vie et de mort) par rapport à tous les membres de sa famille.
C’est grâce à la sévérité des mœurs et de leurs lois que les Italiotes, voire les Latins et les Romains, ont pu asseoir leur hégémonie sur la péninsule Italique d’abord, sur le bassin de la Méditerranée ensuite et créer la puissance de Rome.
La proto-histoire (le XII tables) et l’histoire (le droit romain) semblent justifier le nom des Italiotes.
Par contre le Code hittite (traduction de F. Hrozny) est bien plus indulgent : le meurtre et le vol est puni par la triple restitution et la compensation en argent.
Les atteintes à la propriété sont punies exclusivement par les amendes d’argent — les art. 91 à 100 du Code hittite.
Les attentats aux personnes et blessures sont punis aussi par des amendes d’argent — les art. V à XV, C. H.
La peine de mort était prévue par le Code Hittite — art. 187» 188» 189 pour les crimes contre la moralité : violation de sa propre mère et aussi la violation d’une vache ou une autre bête; dans le deuxième cas il y avait probablement des circonstances atténuantes.
Vocabulaire hittite et lituanien
peuplade Kaunii tributaire de Rhodes (Tite Live XXXIII, 20 et XLV, 25)
On trouve dans les textes hittites cunéiformes GU(D) « gros bétail, bovidé, taureau » ; ce mot écrit allographiquement dans les textes hittites, semble être emprunté au sumérien, mais il est probable que ce mot est d’origine aryenne, car nous le trouvons dans les principales langues aryennes; lit. dial, (samog., let.) guovs «le bovidé», scr. gauh, av. gaus « vache » ; le nom du « taureau » gr. raopoSy lat. taurus, v. pruss. tauris ne se trouve pas partout ; notamment pas en indo-iranien.
Hitt. kessar « main », il existe en lit. une racine verbale kes-, avec un suffixe itératif m- kesinu, kesinti et plus souvent iter. med. kesintis « faire un geste avec la main pour attraper qq. ch., faire tentative » ; gr. tokh. tsar « main, pouvoir ».
On sait que l’idéogramme de la main levée sur les documents hittites signifie « pouvoir, autorité royale », d'ici dérive probablement : Caesar et tzar,
Hitt. kukkuli sens inconnu, en lit. existe un mot kukulis « boulette de pâte », au figuré on a l’habitude
car il est dit dans Tart. 188 du C. H., € ... et le roi le fait vivre, mais au roi il ne vient pas *.
En somme, il n*y avait que l’inceste, l’outrage contre sa mère qui était puni par la peine de mort, tous les autres crimes pouvaient être commués en amende d’argent.
L’influence civilisatrice du Code Hittite est indéniable dans toute l’Europe orientale et en Asie Mineure; nous pouvons constater, entre autres, cette influence en Russie, où le juron faisant allusion à l’outrage de la mère est considéré le pire de tous.
Nous pouvons donc constater que les Hittites qui se sont séparés des Italiotes probablement au début du Illme millénaire avant notre ère, avaient atteint un degré de civilisation supérieur et postérieur à celui des Italiotes.
(1) Il existait aussi en Ibérie le mont Caunus, où Gracche avait combattu les Ibères (Tite Live, 50). H existe aussi en France (Ain), des très anciennes villes Caunes et Caen « lieu du combat ».
d'appeler des hommes trapus et gros Kukulis. On sait que l'auteur du fameux traité concernant l'élevage et le dressage des chevaux chez les Hittites s'appelait Kukkulis ou Kikkulis.
Hitt. kunna, verbe de sens indéterminé, lit. kunas « corps vivant », lit. dial, kuna « cadavre », on pourrait faire le rapprochement du subst. lit. kuna « cadavre » avec les mots hitt. kunatar « meurtre, homicide » et kunanzasa « massacre, meurtre ».
Hitt. kul « allumer, embraser ? », lit. dial, kuleju, kuleti « s'allumer concernant le fourrage ou céréales dans la grange, à la suite de la fermentation », d'ici le subst. kule « échauffement des céréales avant la saison de battage du blé », d'ici encore un autre verbe : kuliu, kulti « battre les céréales ».
Hitt. gulbina, URUgulbina, sens inconnu, ne pourrait-on pas rapprocher cette racine du mot lit. gulbe « cygne », adject. gulbinis.é « ayant rapport avec le cygne ».
Hitt. gurs « couper ? trancher ? », lit. guru, gurti v. intr. « être brisable, cassable », adject. gurus,i « cassable, fragile ».
Hitt. kuis, pron. relatif « qui », lit. kuris,i « qui » avec r euphonique qui disparaît dans le lit. dial.
Hitt. kutru « témoin », kutruwa(i) « faire attester ou (constater par témoins », lit. dial, kutravoju, kutravoti V. tr. « faire qq. ch. promptement », adj. kutrus « prompt, expéditif ».
Hitt. kutta « paroi ? c6té ? », kuttar « épaule, cou, muscle, force », lit. dial, kutu, kuteti « remuer, éveiller en secouant» et lit. kutenu, kutcnti «chatouiller»; lit. dial. (Klaipeda-Memel) kutis, gen. kucio et aussi ^uté, es « étable, écurie ».
Hitt. kuwajami, sens inconnu (mot étranger?), lit. dial, kuviuos, kuvietis, syn. droviuos « avoir honte, rougir de qq. ch. »
Vocabulaire hittite et lituanien
Hitt. kuwas « embrasser », semble dériver du verbe kuwaiami qui correspondrait au v. lit. kuviuos, kuvetis « rougir de qq. ch., par ex. de Tembrasser ».
Hitt. lahha « campagne, expédition militaire », arhor la « dételer des chevaux », lahhija « entrer en campagne, faire la guerre », lahhilah-heskinu « faire courrir, dresser des chevaux » ; lit. dial. (Tilze) laigau, laigyti, verb. intr. frg. « courir çà et là, par ex. des jeunes chevaux », subst. laigymas «course, danse », Laiguva, Laigyciai, villages près de Labgava (Prusse Orientale), probablement Tendroit où on dressait des chevaux.
Hitt. lak-j laga « courber, faire tomber », laknu « courber », lit. lenkiu, lenkti « courber » et aussi : lankiojuy lankiotij verb. tr. frg. « courber plusieurs fois », subst. lankas « cercle », adj. lankus « flexible ».
Hitt. lap (ou lab ?) « s’échauffer, être chaud », lit. labos J a, adj. « bon » ; quel rapport pouvait être entre hitt. lap (ou lab ?) « être chaud » et lit. « lab-as « bon »? Ce qui était « chaud » probablement était identifié avec « bon ».
Labarna nom d’un ancien roi hittite qui était ensuite employé comme titre du grand (prob. bon) roi, dérivé de la même racine lab « bon », arna n’est qu’un suffixe qui se rencontre aussi dans les noms lituaniens Svarna, Kvedarna,
Hitt. linganu « faire jurer, prêter serment », lit. linguojuj linguoti « faire mouvement avec la tête dans un sens affirmatif » ; la mythologie lituanienne connaît des prêtres qui s’appelaient lingones qui avaient pour fonction d*assermentçr.
LuLIDUTU(M), LITUTU(M) «otage, caution», lit. laiduoju, laiduoti « cautionner, donner en otage »,
P.'J. Gabrys
subst. laidas « otage, caution », part. pass. laiduotas « donné en otage ».
(Bien que ce mot soit d'origine akadienne, il ressemble étrangement à la racine lit. laid.)
Hitt. luk- « enflammer, faire clair, faire jour », lit. dial, liktis gen. cio « lumière, chandelle », lat. lux.
Hitt. maus, 3 s. mauszi, prêt. 2 s. mausta « tomber », lit. mauju, mauti « tirer ».
Hitt. mahy mahany mahuhses (Gotze, Madduwattas 142), sens inconnu ? Ne pourrait-on pas identifier cette racine avec le verbe du vieux lituanien: magaujUy magauti « très honorer, adorer », (Buga, Liet. Tau ta 1, 2).
DMAHy déesse ? Aurait-elle un rapport avec le verbe lit. magauti? Ce verbe, en lit., est tombé en désuétude, mais il existe encore en lit. dial, autre verbe, magojUy magauti « avoir profit, contribuer », subst. pl. t. dérivé de ce verbe est magarycios «arrhes, la confirmation de contrat conclu par la boisson ».
Y aurait-il un rapport du hitt. mah et lit. magoju avec le mot français le magot « argent caché » ?
Hitt. mantalija « une sorte d'offrande », lit. manta « bien mobilier » (Buga, Liet. Tauta 1, 2).
Hitt. mekis «grand», lit. menkas «petit, insignifiant», gr. fxéyas « grand ».
Hitt. merruiy memija « dire, parler », lit. menu y mineti « rappeler, se rappeler », en lit. dial, mémé « homme qui bégaye ».
Hitt. meta (mi-ta-ir-zi) «délimiter», lit. matuoju, matuoti «mesurer, délimiter», ma(s)tas «mesure».
Hitt. mer « se putréfier, se corrompre », lit. merkiuy merkti « immerger qq. ch. dans l'eau ou dans un autre liquide ».
Vocabulaire hittite et lituanien
Hitt. min « mon, ma », pron. poss., lit. man, mano « mon, ma », pron. poss.
Hitt. mugü(i) « implorer », lit. mugé « le marché, la foire ».
Hitt. Mitski, Musakayüj nom du peuple guerrier et du pays en Asie Mineiure occidentale avec lequel guerroya AïaSj roi de Karkémis (Néo-Hittites) ; il est intéressant de comparer ce nom avec Mus(a)kawa, Muskava (dict. Kurs.) Muskava, Moskova, Moskva ; les Lituaniens appelèrent ainsi leur turbulent voisin de TEst dès le XlIIme au XVIme siècle qui grignota l'empire lituanien ; ce nom dérive du verbe lit. musu, musti, imp. muski « battre, combattre », Muskava, Moskova, signifiait donc « pays, peuple combatif ».
Le nom néo-hittite Muski, Musakaya pouvait, peutêtre, avoir la même signification.
Hitt. neku « il se fait sombre », nekur « le soir », lit. naktis « nuit », lat. nox «nuit ».
Hitt. nepes «ciel», lit. dial, nepes(is) et debes(is) « nuage ».
Hitt. nesa, nesk, sens inconnu, M. L. Delaporte (Vocabulaire p. 55), pense que ce mot dérive de nà(i) « diriger », il y a une concordance entre cette racine hittite et le mot lituanien nesa « il porte », nesu, nesti « porter, transporter ».
On sait qu'il existait une ville, en Asie Mineure, Nessa, qui était la capitale primitive des Hittites. Qu'il me soit permis de former ici une hypothèse : Nessa devait probablement signifier « ville, voire camp transportable ». A l'appui de cette thèse je donnerai les nombreux noms des lieux : Nisaja en Médie, Nêsis (Sotchi) sur la Mer Noire, Nesiotis à l'Est de la Volga, Nissaja, Nissa-Nisch
(en Serbie), fleuve Nessus (Tite Live XLV, 29) Maritza actuelle en Macédoine. Les Proto-Aryens avaient probablement rhabitude de dénommer ainsi les localités où ils avaient campé au cours de leurs migrations. Cette hypothèse semble être confirmée aussi par Texistence chez les Hittites d'une ville Nenassa « ville non transportable », c'est-à-dire, un campement qui était probablement transformé en demeure permanente.
Ainsi M. H. Horzny voulait donner aux Hittites primitifs les noms des Nessites,
Hitt. newa « nouveau, frais », newah « renouveler, reconstruire », lit. naujas « nouveau », gr. vécus « nouveau ».
Hitt. parkuja « être pur », parkunu « purifier », lit. Perkunas « nom de dieu de l'orage ». Quel rapport peut-il exister entre « purifier » et « dieu de l'orage »? Il est bien facile de comprendre que les Proto-Aryens constatèrent probablement que l'orage donnant de l'eau en abondance, donnait ainsi ce moyen essentiel de purification ; si l'eau ne suffisait pas comme moyen de purification, le dieu de l'orage donnait aussi le feu par le tonnerre et l'éclair qui pouvait consumer les impuretés par le feu, Perkunas serait donc « purificateur o>. La racine verbale hittite parkunu, tombée en désuétude en lituanien nous donne ainsi la possibilité de retrouver l'étymologie du nom de la divinité lituanienne Perkunas, cherché en vain par les linguistes lituaniens i).
(1) Folklore lituanien conserve de nombreuses traces de Perkunas «purificateur». C’est à lui que Dieu du ciel confie la tâche de purifier la terre infestée des démons et des mauvais esprits en les précipitant dans l’enfer.
Perkunas, dans le folklore lituanien, est le dieu de l’orage ; il parcourt le ciel dans un char de feu, attelé de chevaux de feu ; lorsqu’il
Vocabulaire hittite et lituanien
Hitt. paszi * boire », lit. puota « beuverie », lat. potus « buvable ».
Hitt. palhis « large », lit. platus « large », gr. nXdzus « large ».
Hitt. paddaiy peda(i) «courir, fuir, emmener», lit. peda « pied », padai pl. t. « plantes des pieds ».
Hitt. behute « mener, conduire, emmener », anda behute « rentrer (des chevaux à Fécurie) », lit. begu, begti « courir, fuir ».
Hitt. pija, pijama (zj « donner ? faire présent ? (M. L. Delaporte, Voc. p. 62). On pourrait, peut-être, l’identifier avec le mot lit. pijusi (karvé) « vache donnant beaucoup de lait » (dict. Kursch), cette racine prend par extension la signification « boire », v. si. pi-ti « boire », russe pijany « ivre ».
Proto-hitt. pinu « enfant, fils », lit. pienas, lit. dial. peinas y pijnas « lait », ce subst. dérive en lit du verbe tr. (tombé en désuétude : pydau, pyditi « préparer la vache au veau », piju ou pa-pi-jusi karvé « vache qui vient de faire le veau, ayant beaucoup de lait ». Ainsi pinu pouvait signifier primitivement « buveur de lait », ensuite « enfant, fils ».
ouvre les yeux il en sort des éclairs, lorsqu’il les referme le tonnerre retentit, lorsqu’il pleure, il pleut, quand il ouvre la bouche il en sort les vents qui provoquent des orages, d’où son qualificatif Bumâburi(a)s «bouche d’orage» (P.-J. Gabrys, Lietuviu literaturos apzualga, p. 32).
(1) Etymologie de ^Telipinu et iTelipinu, nom d’un dieu hittite et des rois hittites serait : tele - pinu, composé de deux racines, dont la première tele, semble dériver de la racine aryenne commune tel « téter, allaiter », gr. ôijTir} « mamelle », lit. tel - ukas « veau qu’on allaite » ; deuxième : pinu « enfant ». Par conséquent, Telepinu pouvait signifier primitivement « celui qui tette le lait », ensuite : « enfant, fils gâté ».
En e&et, on sait que oTelepinu, fils du dieu de l’orage, se comporte comme tel, il joua une farce aux dieux de l’Olympe hittite en se cachant et en provoquant ainsi la perturbation dans le monde.
Hitt. pihaimi, pihhunija, URUpiggaifa^ sens inconnu ; il existe en lit. le verbe piginu, piginti, verb. tr. fact. « faire beau marché, sous-estimer », adj. pigus, f. pigi, ntr. pigu « beau marché ».
Hitt. pitta, sens inconnu ; il existe en lit. deux mots tombé en oubli (dict. Kursch), adj. pitas « rond », en parlant surtout des œufs, pitas pautas « œuf rond » et subst. pitelis ou pitlius a un double sens « sac du boursier » en Lituanie méridionale, « archet du violon » en Lituanie septentrionale.
Hitt. puk a haïr, détester », lit. subst. puika « fierté » et adj. puikus, f. (i) ntr. puiku « fier ».
Hitt. pupulli « ruine ? », lit. puolu, pulti c tomber ».
Hitt. puri, un vase dans lequel on verse des libations, purpura « sorte de gâteau en argile, ou en farine », lit. purvas (o) « boue », en lit. dial. argile ».
Hitt. putkija, sens inconnu « être fermenté ? », lit. puti inf. de punu ou puvu « pourrir, fermenter ».
RI Kl ST U (M), RIKSU (M), RIKELTU M) « traité », ces termes (allographiques) akadiens, devaient signifier en hittite « traité », comment les Hittites les prononçaient, nous rignorons, mais ils rappellent étrangement le mot V. lit. rikis « roi, chef », lat. rex, gaulois rix, scr. rag (raj).
Quel rapport peut-il exister entre rikis « roi, chef » et RIKISTU (M) ^ traité », sinon de cause à Teffet, c'est-à-dire, que l'acte du roi - rikis pouvait être appelé RIKISTU (M) «traité».
On sait que le nom des rois hittites vassaux était exprimé par l'allographe sumérien LUGAL(U), le nom du « grand roi » LUGAL G AL, nous ignorons la pronon-
Vocabulaire hittite et lituanien
dation hittite. M. G. Bonfante i) prétend que les Hittites ignoraient le mot rex, rix, mais ils pouvaient le connaître sous forme rapprochée du lituanien rikis.
Rousas (Rusas) roi d'Ouratru, allié de Mita, roi de Moitski (Midas, le roi des Phrygiens) et de Pisiris, dernier roi hittite de Karkémis, Ce nom est assez fréquent en Lituanie, Rouss (Russ) est le nom d'un bras du Nemunas dans son embouchure et aussi le nom d'une antique bourgade s'y trouvant depuis plus de mille ans.
Ce nom semble dériver de la racine verbale : rausiu, rausti «creuser, excaver», subst. rusis « creu, cave».
Certains historiens supposent que Rurik^) fondateur de la première dynastie russe, était originaire de Rouss (Russ) et donna ce nom au pays slave dont il est devenu le roi.
Hitt. sak- (sak~), sek «savoir», sakiya «faire savoir, déclarer », lit. sakau, sakyti « dire », seku pasaka « raconter un conte ».
Hitt. sakwa « yeux », lit. akys « yeux », lat. oculus « œil ».
Hitt. saruva(i) «piller (une ville)», lit. iarvas « protection, cuirasse ».
Hitt. skala « fendre, estropier », lit. skeliu, skelti « fendre ».
Hitt. septamas « le septième », lit. septintas «le septième ».
(1) Civilisation indo-européenne et civilisation hittite, Archiv Orientalni, vol. Il (1939)» N, 1.
(*) Etymologie de Rurik serait : Ru(ss) -f rik(is) = Rurik * * chef, roi de Russ >.
Hitt. spai (prés. 3 pl. spiyanti) « constater, être en état », lit. spéju, spéti « avoir loisir » et aussi « deviner, supposer ».
Hitt. URUsuppa, « viande », lit. supinis « plat de viande mélangée avec les petits pois ».
Hitt. suwel (su-e-e-el) « fil, corde », lit. suvu, siuti € coudre », siulas « fil ».
Hitt. suwa{i), suwaja «chasser», lit. suva, suo (gen. suns, sunies) « chien ».
Il existe en lituanien le verbe : sauju, sauti «tirer un coup de fusil, d'arbalète, ou d'arc », ce verbe est employé exclusivement dans ce sens ; cette racine verbale pourrait être apparentée avec la racine hitt. suwa(i), suwaja, on sait que le chien était le premier animal domestiqué par l'homme préhistorique, il lui servait probablement de compagnon et auxiliaire de chasse.
Hitt. sa, pron. pers. 3 p. sg. lit. sis, si « celui-ci ».
Hitt. uppa, ubba, subst., sens inconnu (Del. Voc. p. 85). Nous rencontrons ce subst. souvent en composition avec d'autres racines, pour désigner les noms de lieux hittites, par ex. : Kabubba, Kardubba, Kartuba, Italubba ou Italuppa, Isubba ou Isuppa ou Isuppitta, Ces localités étaient situées généralement au bord des cours d'eau.
En effet, M. L. Delaporte {Les Hittites, p. 37), dit : « Les villes et villages (hittites), dont certains ont déjà plus d'un millier d'années d'existence sur le même emplacement, sont bâtis dans les lieux découverts, de préférence au bord des petits cours d*eau ».
Que j>eut signifier ubba, uppa, uppita? Ce mot semble être apparenté au latin aqua « eau » où labiovélaire qu se transforma en labiale b, p, phénomène
Vocabulaire hittite et lituanien
vocalique courant dans les langues aryennesi .primitives. D'autre part, si nous tenons compte de la particularité de l'écriture cunéiforme hittite, qui ne distingue pas les sourdes et les sonores, rendues par les mêmes signes, nous comprendrons pourquoi uhha est transcrit aussi par uppa, en lit. upé « fleuve, courant d’eau ».
Nous savons aussi qu'il existait le même mode de formation des noms de lieux chez les Indo-Iraniens: Pendjab « région de cinq fleuves ». Le même mode de formation des noms de lieux existe aussi chez les Lituaniens : sesupe « fleuve composé de six affluents ».
Il serait donc logique d'identifier uhba, uppa au « fleuve, courant d'eau ».
Hitt. uija « chasser (la maladie), dépêcher, envoyer », lit. uju, uiti « chasser qq. ou qq. ch. avec dédain, mépris ».
Hitt. ug, uk « je, moi » pron. 1-p. sg., lit. as ^ je moi » pron. 1. p. sg.
URUD (U) «cuivre, bronze», lit. ruda «minerai à l'état brut ».
Hitt. uda « apporter (une nouvelle), emmener (du butin) », lit. vedu, vesti « mener, conduire, diriger, gouverner », subst. vadas(o) « meneur, conducteur, chef'».
Hitt. wak, wag « rompre, briser », lit. vaga « sol rompu, brisé, motte » ; en lit. la racine verbale est inconnue, le mot vaga s'explique grâce à la racine verbale hittite.
Hitt. walhi « boisson offerte aux dieux », lit. valgau, valgyti « manger », valgis « nourriture », ce terme est employé en lituanien exclusivement pour désigner le manger des hommes, à l'époque antique ce mot lit. désignait probablement le manger ou la boisson offerte aux
dieux. Pour désigner le manger des bêtes il existe en lit. un autre mot edu, esti (voir p. 39). De cette racine dérive probablement le nom du paradis germanique Walhala.
Hitt. xvarra (i) « venir au secours », warra « secours », warri « secoureur », lit. varau, varyti « pousser, repousser, chasser Tagresseur, défendre », av. vara c lieu habitable et habité », dans TAvesta, le nom de cette portion de la terre que Djemshid rendit habitable en y apportant des germes de plantes d'animaux, scr. varana « enceinte fortifiée », v. ail. varian « défendre ».
La racine varas, wara, war, se rencontre souvent en composition avec d'autres racines aussi bien en hittite qu'en lituanien, par ex. Gaunuwaras, Salatiwara (ou Salatouwar, Saladouwar, Saladouar, dans les tablettes de Kanès), localité dans les pays hittites.
Lietuvaras c défenseur de la Lituanie », le nom d'un prince lituanien (XlIIme siècle), héro national.
Noms de lieux hittites se terminant en wara, war, désignaient probablement les villes fortifiées, où les habitants trouvaient le secours et la protection en cas d'agression. C'est pour cette raison que nous trouvons de nombreux noms de lieux habités dans l'aire Eurasiatique composés avec var : Temesvar, Ungvar, Kaposvar (Hongrie), Peshevar (Indes).
Hitt. warani « brûler », lit. virinu, virti « cuire ».
Hitt. watar (gen. watenas « eau », lit. vanduo (gen. vandens) c eau ».
Hitt. welku (sens inconnu), lit. velku, vilkti « traîner ».
(1) La radne var subsiste dans les langues germaniques. En anglais : war « guerre * ou v. ang. to war « faire la guerre ». En allemand : wehr «défense, armée», wehren « défendre, empêcher ». U est difficile de dire, s'il s'agit id des substrats ou des superstrats hittites, voire proto-aryens.
Vocabulaire hittite et lituanien
Hitt. welkuvan c récolter » s'expliquerait par la racine verbale lit. welku, vilkti « traîner, rentrer la récolte ».
Hitt. weda « emmener », lit. vedu, vesti « mener, emmener ».
Hitt. wetta « année », lit. metas, metai « temps, année », lat. vêtus «vieux, ancien».
Hitt. veya (prêt, wi-ya-at) « chasser », lit. veju, vyti « poursuivre, chasser », scr. veti, vayati « chasser ».
in
Concordances morphologiques hittites et lituaniennes
La parenté du hittite et du lituanien ressort encore plus de la comparaison de deux grammaires.
La morphologie prouve cette parenté bien plus que la lexicologie.
La morphologie hittite est simple. Le nom se présente avec deux genres personnel et impersonnel, deux nombres, sept cas au singulier et trois au pluriel.
Le verbe a deux conjugaisons à Tactif et une seule au passif, son sens se modifie soit par des adverbes séparés ou préverbes, soit par Taddition de préformantes, ou afformantes.
La proposition présente de nombreuses enclitiques, pronoms personnels, conjonctions et adverbes, toujours unies au premier mot, comme en akadien, le verbe est rejeté à la fin.
La déclinaison du nom ne distingue pas encore le masculin et le féminin, mais Tanimé et inanimé.
Au pluriel la déclinaison hittite semble être mutilée : il n'y a que trois cas : nominatif, génitif, datif et accusatif, tan^s que, en lituanien, la déclinaison au pluriel subsiste entièrement.
Duel en hittite est déjà atrophié, il en subsiste pourtant quelques traces dans les expressions suivantes :
Hasa hanzma « petit-fils et grand petit-fils ».
Sakwa « yeux (deux) ».
En lituanien contemporain le duel existe encore, mais il tend à disparaître.
L’accusatif sing. en hittite de même qu’en lituanien se termine par n, par ex. :
Hitt. Lit.
attan tevan
lutan îangan
arunan juran
Le datif sing. en hittite généralement se termine par ij mais dans les textes archaïques on rencontre datif en ai; la forme du hittite archaïque en ai se rapproche davantage du datif sing. lituanien que la forme courante en t, par ex. : tevui, langui, jurai.
Le nominatif pluriel du genre personnel hittite a les désinences : es, us, as, elles se rencontrent aussi en lituanien au nom. pl., par ex. : jures, sunus, par contre la terminaison as se rencontre en lit. à l’accusatif pl. de même qu’en hitt. la terminaison us, par ex. :
Hitt. Lit.
kurimpas « restes » juras « mers »
antuhsus « hommes » sunus « fils »
Dans le cas où les substantifs ont la terminaison en is la concordance dans la déclinaison est encore plus grande, par ex. :
Hitt. Lit.
Nom sg. tuzzis « armé » vagis « voleur »
Accus, sg. tuzzin vagin
Nom pl. tuzzîs (tuzzijas) vagys
Accus, pl. tuzzis vagius
Nous constatons la même concordance dans la déclinaison des adjectifs.
Concordances morphologiques hittites et lituaniennes 63
Si la concordance du hittite et du lituanien est frappante dans la déclinaison, elle est moins grande dans la conjugaison, en hittite la conjugaison semble être atrophiée et réduite au strict nécessaire. Pourtant il 7 a une grande ressemblance dans la formation des participes.
Le participe présent actif hittite prend la désinence anz et le lituanien — a (n) s, gen. — antis, par exemple :
Hitt.
asanz (a-as-an-za
pl. a-as-sa-an-te-es)
adanz
a-da-an-za
pl. a-da-an-te-es)
Lit.
esa(n)s~ esas gen. esantis.
eda(n)s ’ edRS gen. edantis
Le participe présent passif hittite prend la désinence mas, le même participe en lituanien prend la même désinence, par exemple :
Hitt. alalimas ou
alelamas vedamas
wertemas
Le participe passé passif hittite prend la désinence tas, le même participe lituanien a la même désinence, par exemple :
Hitt. Lit.
sarlatas nestas
tanatas varytas
Le verbe hittite semble avoir subi la grande influence de la langue souche sur laquelle se greffa la lan-
Lit.
nesamas
gue aryenne. Cette langue souche asianique ou hamitosémitique était probablement aglutinante, car le verbe hittite est accompagné des nombreux préfixes et préverbes de même que la phrase hittite est construite à Faide de la postposition.
Le verbe hittite semble être mutilé car la conjugaison du verbe hittite est réduite au plus strict nécessaire, contrairement aux autres langues aryennes primitives : le grée, le latin, le lituanien, etc., dont la conjugaison est exubérante.
Pourtant on peut remarquer une concordance dans la formation du verbe hittite et lituanien par les moyens des nombreux infixes : nu, in, sk,; par exemple :
Hitt. Lit.
taluk-nu « rendre long » didi-nu « rendre grand » Nu employé comme préfixe au verbe hittite de même qu’au verbe lituanien donne au verbe un sens définitif, par exemple :
Hit. Lit.
nu-likta «alors tu as juré » nu-likta « alors il est accompli ».
Le préfixe is se rencontre dans le verbe hittite aussi souvent que dans le verbe lituanien. Par exemple :
Hitt.
parija « ployer »
is-parija « ployer - de, déployer »
skala « fendre »
is-kal-la-ia « découper
Lit.
varyti « chasser »
is-varyti « chasser de, pourchasser »
skelti « fendre »
is-skelti « pourfendre »
Concordances morphologiques hittites et lituaniennes 65
Formation des noms (substantifs)
L'état actuel de la science hittitologique ne nous permet pas de définir le mode de formation exacte des noms, toutefois on peut constater que le nom est formé d'un radical primitif ou dérivé auquel s'ajoute des désinances as, is, s (au nominatif) pour distinguer le genre personnel du genre impersonnel ; même les noms impersonnels comme assul « faveur », memijan « parole », grâce à la désinance as, passent au genre personnel : assulas, memijas.
Au nominatif singulier personnel les noms terminés par une dentale ajoutant directement la désinance s, qui se combinant avec la dentale t(ts), se change en z, mais quand z est précédé d'une consonne il se vocalise en a muet, par exemple :
anijats = anijaz « message »
humants = humanza « tout ».
Même les noms sumeriens et akadiens écrits allographiquement prennent une désinance as au nominatif, par exemple ZAG-as « frontière ».
Nous avons déjà mentionné de nombreux cas de noms propres de Hatti primitif, comme Hattus, Nerik, Hapkis sont hittisés, pour ainsi dire, en y ajoutant la désinance as, dans ce cas la dernière consonne est doublée: Hattussas, Nerikkas, Hapkissas.
La langue lituanienne a la même particularité que le hittite de lituaniser les noms d'emprunt au moyen de la désinance as, par exemple :
Minsk Minsk* às
Smolensk Smolensk'as
P..J CabryB.
Dans certains dialectes lituaniens la désinence as perd la voyelle :
vyr(a)s = vyrs «homme»
met(a)s = mets «année».
Dans ce cas la dentale donne en lituanien dans la prononciation, de même qu'en hittite Z (prononcé comme tz)j toutefois l’orthographe lituanien exige d’écrire ts, pour marquer la provenance du son Z, par exemple : met (a) s = mets (prononcé mez) «année»
vad(a)s = vads (prononcé vaz) «chef».
De nombreux noms communs hittites et lituaniens sont formés à l’aide de mêmes désinences :
Hitt.
Lit.
- astis
talukastis « longuein: »
palhastis « largeur »
- uzis
apuzis « argile »
lahurnuzis « table de sacrifice »
gyvastis « vie »
isgastis « peur »
drabuzis « vêtement »
bernuzis « adolescent »
- talas
arsantalas « envieux » patalas « literie »
•mas
tethimas « tonnerre » gerimas « boisson »
weritemas « anxiété » vertimas « version »
- ilis, - ulis
Ces désinences sont souvent employées aussi bien en hittite qu’en lituanien pour la formation des noms propres, par exemple :
Hattîisilis i) Mazilis
Mursilis Turtulis
(1) Les hittitologues français ont tort de déformer les noms propres hittites: MursiUis, Hattusil-is, en faisant tomber.la désinence (is) et déforment ainsi les noms de Mursilis en Mursil, Hattusilis en Hattusil. Cela est contraire à Tesprit de la langue hittite qui hittitise même les noms étrangers en ajoutant les désinences hittites as, is.
Concordances morphologiques hittites et lituaniennes 67
Hitt. Lit.
Kukkullis Kukulis
Kikulis Didziulis
Il est à remarquer que le nom propre Kukulis est souvent employé en lituanien contemporain comme surnom pour désigner un homme de courte taille et gros qui ressemble à une « galette », en lit. kukulis i).
Formation des noms propres composés
La formation des noms propres hittites, composés de deux racines, est concordante avec celles des noms similaires lituaniens.
Par exemple, dans la formation des noms de lieux habités entrent souvent, aussi bien en hittite qu'en lituanien, les mots : pilis, pile, en lit. «ville» ou k(i) emas, k(i) émis « village » :
Hitt. Lit.
Kisna-pilis 2) Sena-pilis ou Sena-pile
Sapilis Daug-pilis ou Daug-pile
Si-pyle Did’Kiemis
Kar-kémis Dar-kiemis
T ol-kiemis
(1) Le nom propre de Kukkullis a été mentionné par Forrer (Real-lex d. Assyriol, I. p. 227)» à propos d’une victoire du grand roi de Hattoussas Tuth^lija : c Revenu à Hattussas, dit Toutha> lija, j’ai donné un établissement à SUMDKAL et à Ma (la ?) zitis. Quant à Kukkullis, j’en hs un vassal et le renvoyai chez lui. Mais Kukkullis se laissa entraîner par 600 hommes d’armes de TAssuwa et ils conspirèrent coupablement. Les dieux veillaient I La conspiration fut découverte, les coupables massacrés et Kukkullis périt ».
Nous remarquons dans ce texte le nom Ma (la?)zitis ou Mazitis, Ce nom a une consonnance lituanienne, le suffixe itis en lit. sert pour les noms diminutifs ; Mazytis signifie en lituanien « petit ».
(®) Kisnapilis est le nom d’un général hittite, il a probablement le nom de la localité d’où il était originaire, et en réalité il aurait dû s’appeler de Kisnapilis. L’étymologie de Kisnapilis === kisna -fpilis, où kisna, ki(r)sna en v. pr. et ht. dial. « noir », pilis en lit. «château, vîUe» ; Kisnapilis «château, ville noire».
On sait que les Proto-Aryens s'établissaient dans les vallées des cours d'eau, plus ou moins aptes à l'agriculture ou à l'élevage, leurs noms de lieux habités prenaient très souvent le nom des cours d'eau. Or, le nom des cours d'eau étaient souvent composés de deux racines dont la deuxième, presque invariablement, était uba, upa, apa, en lit. « rivière, fleuve ». La première racine désignait le caractère de la rivière,' par exemple : KarUuha, ou Kard-uba ou Kard-upa^ désignaient « eau, fleuve amer », kartuSj en lit., <camer't>; par contre Sal(d)uba ou Ak(t)uba désignait «fleuve d'eau douce, potable», Saldus, en lit., « doux - ce », aku ou eku, en hitt., «boire», Ainsi nous trouvons de nombreux noms de fleuves à travers l'aire eurasiatique portant le nom de Karduba, Sal(d)uba, Ak(t)uba (le bras gauche de l'embouchure de la Volga), ainsi que Sal(d)apa, Astapa, Manapa, Isupitta^). Ensuite, dans la prononciation, la deuxième racine uba, upa, apüj se transformera en uva, ava et prendra le caractère de désinance. Ultérieurement de nombreux noms de lieux habités au suffixe uva, ava, furent formés par analogie 2 ).
(1) Isupitta est composé du préfixe is, en lit. € de » et Upitta qui est le diminutif de Upe, en lit. « fleuve * ; Isupitta peut donc signifier • de petit fleuve ». Il est singulier qu*en Lituanie existe aussi une localité qui porte le nom de Upyte «petit fleuve».
(2) La formation par analogie de nombreux noms de lieux protoaryens, voire hittites et lituaniens, en uva et ava, semble invalider la règle de Fr. de Saussure (Op. c., p. 237)^ que l'analogie n'aurait aucune prise sur les noms propres, « spécialement noms de lieux (cf. Paris, Genève, Agen, etc.), car aucue création concurrente, ajoutaitil, ne surgit à côté d’eux».
Or, Proto-Aryens, voire Hittites et Lituaniens, à l'époque préhistorique, eurent l’habitude de créer des noms de lieux en série et, par conséquent, il y avait des « créations concurrentes » qui n’échappèrent pas à la loi linguistique de l'analogie. De trois exemples dtés ici par Fr. de Saussure, Genève, semble avoir été créée par l'analogie, car à côté de Génève, ancien Genava, nous connaissons
Concordances morphologiques hittites et lituaniennes 69
Ainsi de très nombreux noms de lieux habités hittites et lituaniens ont des terminaisons en uva et ava, par exemple :
Hitt.
Ankuva
Assuva
Arzava
Isuva
Dalava
Ingalava^ etc.
Lit.
Deltuva
Garliava
Kultuva
Kernava
Lahgava
Sasnava, etc.
Nous remarquons aussi la concordance dans la formation des noms des personnes hittites et lituaniennes, ainsi le mot lit. galia i) « puissant » et hitt. halija « puissance », entre très souvent dans la composition de noms des rois et des princes :
Hitt. Lit.
Tuthalija « puissance de Tarmée, de la nation »
Jogaila ou Jogela Skirgaila ou Skirgela Daugela,
Genu(v)a - Gênes et Genahum ancien nom d’Orléans ; le dernier nom de lieu maintient encore à l’époque romaine le suffixe ab, tandis que les deux autres, à la même époque, transformèrent déjà analogiquement uba, aba en uva, ava.
(1) La Bible (Les Rois I, 17, 14), mentionne le nom du géant philistin. Goliath, tué par David, qui était de la tribu de Geth ; la racine de ce nom ressemble au hitt. halija et lit. galia « puissance ». En lituanien contemporain on appelle génér^ement *■ un homme puissant, fort, de haute taille » - galijotas.
Il est singulier que la Bible spécifie que Goliath c était de Geth ». Le roi des Philistins chez qui se réfugia David s’appelait Akkis (comparez avec le nom hittite Lup-akkis), en lit. akis « œil », il était €roi de Geth » (Rois I., 27. 2.)
Il semble donc que les Philistins étaient une tribu hittite. L^onomastique philistine transmise par la Bible semble confirmer cette hypothèse.
Le mot akis, en lit., « œil », entre fréquemment dans la formation des noms de personnes hittites et lituaniennes, par exemple :
Hitt. Lit.
Lup-akkis 1) « arrache Ketur-akis « quatre yeux » yeux » (?) Juod-akis « yeux noirs »
On pourrait citer encore d’autres concordances de formation de noms communs et propres hittites et lituaniens, mais ceux qui sont cités ici prouvent amplement l’identité originelle de deux langues.
Super-désinence 2 ) — sis.
Il y a encore une particularité propre aux langues hittite et lituanienne, notamment la double désinence ou la super-désinence, sis qui ne s’ajoute pas au radical du nom, mais au nom entier avec la désinence, ce qui donne la super-désinence as + sis = a^is, par exemple :
Hitt. Lit.
Sarlatas + sis = sarlatassis gerasis (le bon), (digne du remerciement).
Nous pouvons donc conclure que la morphologie du hittite cunéiforme, malgré sa simplification : l’atrophie du pluriel et de la conjugaison, atteste une ressemblance frappante avec celle du lituanien contemporain. * (*)
(^) Lup^akkis était un général du grand roi hittite Supiluliuma; étymologie de ce nom serait lup, dérivé du verbe lit. lupti c arracher », akis en lit. « yeux », Lupakkis = « arrache-yeux ».
(*) Nous croyons pouvoir qualifier cette particularité linguistique de super-désinence, vu qu'à la désinence déjà existante s'ajoute encore une autre désinence. Cette particularité ne se rencontre pas, à notre connaissance, dans d'autres langues aryennes, elle est propre seulement au hittite et au lituanien. Nous reviendrons encore sxir cette question dans le chapitre concernant le hittite hiéroglyphique.
Le hittite hiéroglyphique
Les hiéroglyphes hittites n*ont pas encore livré leur secret, malgré les efforts des savants : MM. Forrer, Bossert, Meriggi, Cavaignac et enfin M. Hrozny qui n'ont réussi à élucider, sur quelques centaines de signes, qu'une soixantaine. Cette écriture, dite houstraphédon (rappelant la marche du bœuf attelé à la charrue) réserve encore bien des surprises.
Les hittitologues les plus distingués ne sont pas d'accord en ce qui concerne la langue que recouvrent les hiéroglyphes hittites, tout ce qu'on sait qu'il s'agit d'une langue aryenne qui n'est ni le hittite proprement dit (cunéiforme), ni le Invite, mais leur ressemble.
Il serait peut-être utile d'appeler au secours, la langue lituanienne qui, grâce à son archaïsme extraordinaire, semble être plus proche que toute autre langue de l'aryen primitif. C'est peut-être encore le lituanien qui départagerait la controverse de MM. Meriggi et Hrozny à propos du hiéroglyphe hitt. représentant la tête de porc ou de chien (Ardi. f. Orientforschung X., p. 126). Le signe qui suit l'idéogramme (tête d'animal), est lu su par Meriggi, ku par Hrozny.
La lecture su donne pour le mot qui suit : suvanai, que M. Meriggi rapproche de « schwein » ; la lecture ku donne le mot kuwanai « chien ».
Le rapprochement suwanai de schwein nous paraît trop aisé, il serait peut-être plus naturel de le rapprocher
du lit. suva (gen. suns) « chien », suvanai peut être dat. sing. ou nom pL, de suva.
On n'est pas fixé non plus quant à l’époque à laquelle remonte l'emploi de cette langue. M. Hrozny pense qu'on peut remonter jusqu'à l'époque du grand empire hittite (XVme, XlIIme siècle avant l'ére chrétienne) et l'identifie au palaïque.
M. E. Cavaignac (Op. c., p. 126), remarque à juste titre : « Palaïque ou non, si la langue des textes hiéroglyphiques a été employée au temps du grand empire, il faudrait y voir un idiome apporté dans ces régions à peu près en même temps que le hittite et que le dialecte indo-européen qui a laissé des vestiges dans le Mitanni. Cette langue appartient au groupe occidental des langues indo-européennes, mais le pronom jas (remarque Hrozny) le rapprocherait d'autre part des langues aryennes.
Les objections qui se présentent sont graves, continue M. E. Cavaignac, il serait extraordinaire qu'une langue dominant dans une si large partie de l'empire n'ait laissé aucun vestige dans les textes des Boghaz-keui. Il serait surprenant aussi qu'elle n'en ait pas laissé davantage à Ras-Schamra, qui a fleuri jusqu'au Xllme siècle. Là, en dehors de l'idiome local qui est sémitique, le hurrite i) était couramment employé.
(1) Nous pouvons faire observer que les textes de Ras-Schamra, écrits en caractères alphabétiques, probablement dérivés du système cunéiforme, (J. Friedrich, Der Alte Orient, XXXIII, 1-2), en énumérant un grand nombre de sortes de sacrifices des Cananéens qui étaient assez différents de ceux des Israélites et de ceux des Phéniciens, donnent leur nomenclature. Parmi ces sortes de sacrifices il y a le sacrifice de communion, accompagné d*un repas sacré, appelé pgr ou skn et non selem comme chez les Sémites.
Nous tenterons une explication de Pappellation du nom de ce repas sacré.
Pgr sont des consonnes de la racine du mot lituanien pikr-us € amer, désagréable », gr. nixpoç « amer ».
Le hittite hiéroglyphique
Les hittitologues ont quelques difficultés à circonscrire la région où fut employé le hittite hiéroglyphique. M. E. Cavaignac (Op. c., p. 154-55) dit : « Sur TEuphrate, nous trouvons d'abord le centre brillant de Karkemis, avec ses palais, ses bas-reliefs et ses magnifiques inscriptions, qui sont au nombre des plus beaux spécimens de récriture hiéroglyphique hittite. Toute la zone de Karkemis a d'ailleurs donné des textes analogues, mais plus humbles naturellement : Gerger-Kalessi et Samosate au Nord, Kubbeh et Kallekli au Sud, et même Tell- Ahmas, qui est plus connu comme centre assyrien.
« Nous dirigeant vers le sud, quelques textes d'Alep servent de transition pour atteindre Hamath. La ville n'a guère été sémitisée avant le VlIIme siècle : on n'est donc pas étonné que les rois antérieurs y aient laissé de beaux textes hiéroglyphiques, fameux dans la science pour avoir, les premiers, il y a un siècle, attiré l'attention sur cette catégorie de monuments. Un peu plus au Sud, Restan offre encore des textes, mais ensuite l'écriture hiéroglyphique n'est plus représentée que par les antiquailles : à Betshean, sur les sceaux, à Jérusalem sur des jarres, à Gaza sur un anneau...
« En somme, conclut M. E. Cavaignac, Hamath, Karkemis, Malatia, Karaburun, Kolit-Oghlu-Yaïla, circonscrivent assez bien le domaine des gens pour lesquels
Skn sont des consonnes de la racine du mot lituanien skan-us « agréable à manger ou à boire » ; ce terme est employé dans lit. contemporain pour désigner la qualité de la nourriture ou de la boisson destinée pour les hommes et probablement, dans l’antiquité, pour les dieux.
Ceci confirmerait l’hypothèse que les Hittites et probablement Hurites ou Horites, comme les appelle l’Ancien Testament ainsi que les Cananéens installés avant les Israélites au sud de la Mer Morte, parlaient une langue apparentée à la langue lituanienne, telle qu’elle est parlée jusqu’à présent sur les rives de la mer Baltique.
on peut adopter provisoirement Tappellation peu compromettante d'« Hittites hiéroglyphiques ».
M. E. Cavaignac dans « Le problème hittite » (p. 159), donne comme spécimen le texte hittite hiéroglyphique de la stèle, trouvée à Restan, au sud de Hamath qu'on prétend lire à peu près complètement (?)
Voici cette stèle :
Cette stèle se trouve à présent au Louvre. (Copie Ducoloner)
M. Cavaignac (Op. c. p. 159) transcrit, lit. et traduit ce texte comme suit :
tu
A mu
(enfant) E (?) li Ur Amu
(roi) (pays)
va
ja va
ta
va
na
ma s
(na) s na hi me
C8Bf r
ja na
(édifice)
(pa) (stèle) na (déesse) la tu
(porte) amu
ta-me ja
va Ba ta (aller) a
ha
(ta) va ja ha a ha
« Amu Urhilina E(?) tas (enfant) namu vajas Amatuvana (pays) (roi). Eva jan (porte) nan amu (édifice) tameha, japavata (?) stèle vanaja (Déesse) Bahalata (aller) tuhaa ». (Dans ce texte les mots entre parenthèses représentent des idéogrammes).
Le hittite hiéroglyphique
« Moi je suis Urhilina, fils d'E (?) tas, roi du pays de Hamath. Lorsque j'ai construit cette porte (?), j'y ai fait entrer cette stèle (?) pour la déesse Baalat».
La lecture du texte ci-dessus et sa traduction me paraissent être éronnées. M. Cavaignac ne tient aucun compte de Tidéogramme - édifice.
A la place de la lecture de M. Cavaignac je propose la suivante :
« Amu me Urhilina E (?) tas (enfant) Amu, javas, tuva namas (pays) (roi). Eva ja (porte) namu (édifice) tame java nuha ta, pa ?, (stèle) navaja (déesse) Bahalata tu haa». (Les mots entre parenthèses représentent des idéogrammes).
On remarquera que j'ai rapporté s dans la première ligne aux deux mots : java (s) et nama(s), car sa position le permet.
Dans la deuxième ligne du hiéroglyphe (fragment de gauche) nous remarquons l'idéogramme édifice et à côté le texte namu. Or, on sait que les signes idéographiques sont souvent accompagnés par un complément phonétique et il arrive que le mot tout entier soit écrit phonétiquement à côté de Vidéogramme. Il est donc permis de lire l'idéogramme (édifice) - Dans la ligne pré¬
cédente du hiéroglyphe nous avons déjà identifié le mot : namas.
Or, namas en lituanien signifie «édifice, maison». En supposant que le hiéroglyphe recouvre une langue lituanienne ou toute proche, nous pouvons traduire ce texte :
«Moi, Urhilina, d'E(?)tas fils, (déclare que) céréale est à moi, (mais) la maison (est) à toi (se trouvant) (dans) le pays du roi Evaja, (dans) cette maison vous n'apporterez des céréales, (par contre) tu (y) entrera la nouvelle stèle de la déesse Bahalata. (Les mots entre paranthèses représentent les sous-entendus).
On dirait qu* *il s'agit d’un contrat ou d’un bail de location d’un édifice namas avec une restriction de ne l’employer comme grange, mais, par contre, de la bien tenir et de l’omer d’une stèle de la déesse. On sait que les Cananéens donnaient à leurs dieux le nom haal « seigneur » et à leurs déesses haalat « dame ».
Dans ce cas là l’idéogramme déesse est accompagné par un complément phonétique bahalata • baalat «déesse».
En analysant ce texte et comparant le hittite hiéroglyphique au lituanien, nous trouvons une ressemblance frappante.
Hitt. hiér.
Lit.
Amu
mano 2) « à moi, le mien »
tuva
tavo « à toi, tien »
namas
namas « édifice, maison »
javas
javas « céréale avec paille,
céréale non battue »
tas, ta
tas, ta « ce, cette »
navaja
naujaja « nouvelle »
nu
ne « non, ne - pas »
tame
tame « dans ce, cette »
loc. de tas, ta « ce, cette »
Le verbe ha (ta), haa, que nous rencontrons dans ce texte, pourrait être identifié avec le verbe latin habeo, habere « avoir », il se répète dans ce texte deux fois, la première fois il suit l’idéogramme « porte », ce qui peut signifier « avoir porte, prendre porte - porter », dans le
(1) L’idéogramme édifice accompagné du complément phonétique namu nous a servi de dé, en permettant de supposer que les hiéroglyphes recouvrent une langue très proche du lituanien; la présence d’un autre mot lituanien javas < céréale > nous confirme dans cette supposition.
(*)Dans le vieux lit.: muma = hitt. amu, métathèse de (m) uma, « à moi, le mien » (voir : P.-J. Gabrys Liet. liter. apzv., p. 9)*
Le hittite hiéroglyphique
deuxième cas ce verbe accompagne Tidéogramme (jambe) et peut signifier « avoir jambe, aller, entrer », alors dans le premier cas: nu-ha (ta) nous traduisons «n’apportez pas», dans le deuxième cas: tu haa «tu feras entrer». Le verbe haa, hata serait donc le verbe auxiliaire, il est employé ici à l’impératif.
Les substantifs namas et javas sont mentionnés deux fois, la première au nominatif : namas, javas où s se rapporte à deux mots ; dans le deuxième cas : namu est locatif, suivi du pronom tame, aussi au locatif ; quant à java, il semble être à l’accusatif, mais nous sommes surpris de ne pas voir n, caractéristique de l’accusatif.
Toutefois, nous devons faire observer qu’en lituanien contemporain, Vn de l’accusatif est atrophié, il est remplacé par une cédille pour marquer cette (Ûsparition ; il serait surprenant que le hittite hiéroglyphique ait eu déjà ce caractéristique.
Le pronom tame « dans ce, cette », se rapportant à namu « édifice » au locatif est aussi au locatif : tame est identique au locatif lituanien: tame (nom. tas, ta).
L'adjectif navaja semble être au féminin se rattachant à l’idéogramme (stèle de la déesse), le hittite hiéroglyphique distinguerait peut-être les genres contrairement au hittite cunéiforme qui ne distingue que le personnel et l’impeiisonnel. En identifiant l’adjectif hitt. navaja au lit. naujaja, nous supposons qu’il est ici employé avec une double désinence ou super-désinence :
Hitt. hiér. Lit.
(probable)
masc. navasis masc. naujasis
fem. navaja fem. naujoji
acc. naujaja (n)
En lit. contemporain cette forme d’adjectif est employé pour la précision du sujet auquel on le rapporte.
cet adjectif s'obtient en ajoutant aux adjectifs courants le pronom : jis, ji « celui-ci, celle-ci », par exemple : naujas + jis = naujasis nauja + ji == naujoji
Cet adjectif est employé en lit. poiu* préciser le sujet auquel il se rapporte, il peut acquérir la signification du sujet même et le remplacer (cf. p. 70 ).
Nous présumons que l'adjectif hitt. hiéroglyphique navaja pourrait avoir la même signification.
En conclusion, qu'il nous soit permis de formuler une hypothèse : les hiéroglyphes hittites semblent recouvrir une langue très proche du lituanien, plus proche que le hittite cunéiforme et, probablement, moins corrompue par les barbarismes asianiques et chamitosémitiques que le hittite cunéiforme.
Nous supposons que les hiéroglyphes hittites n'étaient employés que par les classes dominantes : le roi, les prêtres et les guerriers qui conservèrent, plus ou moins intacte, la langue primitive des conquérants. Tandis que l'écriture cunéiforme fut réservée pour l'usage de la langue hittite populaire corrompue par des barbarismes asianiques et chamito-sémitiques.
Importance du hittite et du lituanien pour la philologie, la préhistoire et la protohistoire
La comparaison du lituanien, le plus vieux témoin vivant des langues aryennes, avec le hittite, le plus ancien témoin mort de Taryen, attesté dans les tablettes de Boghaz-Keui, datant du milieu du deuxième millénaire avant notre ère, nous permet d'observer le langage proto-aryen, en quelque sorte, dans son éclosion, dans sa formation et dans son développement. Ces deux langues, malgré leur séparation datant de plusieiu^ milliers d'années, portent encore la marque irrécusable de leur ascendance commune.
Vu la discontinuité géographique et la séparation très ancienne de la souche commune (peut-être trente siècles avant l'ère chrétienne), l'emprunt d'une langue à l'autre doit être exclu. La parenté de deux langues doit être attribuée à la communauté d'origine.
De nombreux traits du passé commun dans le domaine du vocabulaire et de la morphologie attestent leur proche parenté, malgré la corruption du hittite par les barbarismes asianiques et chamito-sémitiques.
De la comparaison du hittite avec le lituanien, que nous venons de faire, nous pouvons conclure que, si ces
deux idiomes ne sont pas des frères jumeaux, ils sont, en tout cas, des cousins germains.
Nous avons vu que la racine ar, commune presque à toutes les langues proto-aryennes, avait en hittite la signification primitive « marcher, aller et venir », elle a pris ensuite la signification « labourer, c'est-à-dire marcher derrière la charrue ». Il semble que le hittite nous fait assister à la naissance même de Part du « labour » qui avait été inventé, probablement, à l'époque préhistorique, par le peuple qui faisait souche des Hittites, des Lituaniens et d'autres peuples d'origine aryenne, il portait probablement le nom d*aryas, artojas « laboureurs », pour se distinguer des peuplades primitives de l'Europe, des pêcheurs et chasseurs ignorant et même méprisant la culture des champs.
Il est symptomatique que chez presque tous les peuples aryens, sauf chez les Hittites, la signification primitive de la racine ar « marcher » avait été perdue et n'a été conservée que la signification « labourer ». Cela prouverait que les Hittites se détachèrent avant les autres peuples aryens de la souche commune, lorsque la signification première de la racine ar « marcher » n'avait pas encore été perdue (peut-être au début du troisième millénaire avant notre ère).
Les peuples Indo-Iraniens perdirent à la suite de leurs migrations à travers les steppes eurasiatiques et de leur vie nomade, la racine verbale ar «labourer», mais conservèrent jalousement, avec fierté, leur nom primitif Aryas « laboureurs » que portait probablement le peuple souche dont ils se détachèrent. Ce fait prouverait, comme nous avons déjà dit dans l'avant-propos, que le peuple souche dont se détachèrent les Hittites, les Indo-Iraniens et les autres Aryens se nommaient à l'époque préhistorique, Aryas, Arejai, Areï, ce qui devait signifier « laboureurs ». C'est pourquoi nous avons cru devoir adopter
La Préhistoire
le terme aryen, à la place des termes conventionnels et irréels : indo-européen et indo-germanique.
Il nous semble donc que la règle de A. Meillet : (Op. c. p. 33) « un nom propre correspondant à celui-ci (arya) ne se trouve dans aucun autre dialecte indo-européen ; seuls les dialectes indo-iraniens doivent donc porter le nom de aryens », doit être invalidée, car il est inexact qu’un nom propre arya ne se trouve dans aucun autre dialecte indo-européen, puisque nous avons prouvé que Homère (Iliade IX, 539) surnomme Kuretes d’un nom générique d'Areï {ci, p. 19). D’autre part, l’étymologie de barbare — be-ar + be-ar « celui qui ne sait pas labourer, homme inculte, non aryen, étranger » donne la preuve à contrario qu’un terme générique — Aryas, Areï devait exister à l’époque de l’unité des tribus proto-aryennes (cf. p. 20-21).
La découverte de la langue hittite semble confirmer, d’autre part, l’affirmation de M. A. Meillet: (Op. c. p. 410) « qu’il n’y a pas de langue, attestée à date ancienne ou récente, qui puisse être ajoutée au groupe indo-européen ; rien non plus ne fait prévoir la découverte de textes plus anciens des dialectes déjà connus... seule une trouvaille d’espèce inattendue pourrait apporter des faits qui renouvellent l’idée qu’on se fait de l’indo-européen ».
Il semble que la découverte du hittite est cette trouvaille inattendue qui apporte des faits capables de renouveler l’idée qu’on se fait de l’aryen primitif.
Grâce au hittite nous avons pu donner une explication de certains phénomènes de la langue lituanienne tels que: Perkunas^) «dieu de l'orage», jura «mer».
(1) M. E. Karsten (Les anciens Germains, p. 64) prétend que les Lituaniens empruntèrent le nom de leur principale divinité, Perkunas (dieu de Torage), aux Germains, mais il n’explique pas comment le germanique Fergunia, mutilé par la mutation consonnantique, à signification incertaine : « montagne (?), chênaie (?), aurait pu se transformer en Perkunas (dieu de l’orage).
P.J. Gabrya
duona « pain », valgis i) « nourriture des dieux et des hommes », supinis c plat spécial lituanien » ainsi que celle de certains mots courants dans d'autres langues européennes : Anna-Anne, honneur, honni (en français), ataman « chef de Tannée » en lituanien et en rutène, Torigine du mot tzar en russe et probablement en assyrien et babylonien (Nabopolatzar, Nabochodonotzar, Salmanassar), Torigine des noms Italiotes, Italie.
Nous avons pu constater que, si le hittite donnait la clé de la formation de certains noms propres et de mots lituaniens, le lituanien donne, à son tour, la clé de Torigine de certains mots et noms propres hittites, par exemple, le mot hittite pinu « enfant, fils », devait signifier primitivement « buveur de lait », car en lit. dial, pijnas € lait », pijnu, pieno « du lait ». Ainsi les noms propres : DTelipinu le nom du fils du dieu de Torage, iTélipinu le nom de plusieurs rois hittites, devaient signifier primitivement « téteur, buveur de lait, fils, enfant gâté ».
Nous avons tenté, à Taide du lituanien, d'expliquer plusieurs mots hittites au sens inconnu ou douteux. (Voc. de L. Delaporte).
Il tente d’expliquer l’inconnu par plus inconnu en appelant, d’après son habitude, à son secours : * un mot voyageur (?) d’origine üès ancienne », sans se douter que cette origine est proto-aryenne, voire hittite, dérivé de la racine verbale : parkunu * purifier », mais ce mot n’était guère voyageur, au contraire, il resta fixé pendant des millénaires sur les taÛettes de Bogbaz-Keui.
Vu la proche parenté des idiomes proto-aryens, du hittite et du lituanien, et leur origine commune et directe de la langue souche, le lituanien n’avait aucun besoin d’emprunter le nom de Perkunas au germanique Fergunia, C’est plutôt le contraire qui est arrivé : le germanique Fergunia avait été emprunté au hittite ou au lituanien parkunu ou Perkunas.
Walhala - le nom du paradis germanique, semble dériver de la racine hittito-lituanienne : tmlgis.
La Préhistoire
Nous avons vu aussi, par exemple, que la racine hitt. war, avait la signification « secours, secourir », en lit. la même racine var, verb. var-yti a la première signification « pousser, repousser », ensuite « chasser (l’agresseur), défendre » ; nous voyons donc que le lituanien conserve la signification primitive que le hittite avait perdu. De nombreux noms de lieux, non seulement en Asie Mineure, aux Indes, mais aussi en Transylvanie, en Hongrie et dans les Balkans, se terminant par varas, vara et var, prouveraient que c’étaient probablement des lieux fortifié des Proto-Aryens, voire des Hittites, où la population se réfugiait en cas d’agression.
La formation de ces mots prouverait que la langue est réellement une activité — une èvepyela et non un ïpyovy car des mots acquièrent de nouvelles significations avec le développement du langage qui se transforme et que le langage de chaque peuple est une manifestation de son activité matérielle et intellectuelle.
Il semble donc que l’extraordinaire archaïsme du lituanien, taxé par Ferd. de Saussure et A. Meillet d’être aussi ancien que le latin du troisième siècle avant notre ère, devrait être reculé d’un millénaire, car il semble être aussi archaïque que le hittite attesté entre le quinzième et le treizième siècles avant notre ère.
Les textes hittite^ de Boghaz-keui du milieu du lime millénaire avant J.-C. sont de plusieurs siècles plus anciens que les plus anciens textes indo-iraniens.
On sait que les plus anciens textes indiens datés — les inscriptions d’Açoka — ne remontent pas au-delà du milieu du Illme siècle avant J.-C.
Rigveda dont les textes non datés, mais par leur langue et leur contenu se dénoncent comme antérieurs seulement de quelques siècles aux insciptions d’Açoka.
C'est de tous les textes de l’Inde celui qui présente la langue la plus archaïque.
Les plus anciens textes iraniens ne sont guère plus anciens que les textes indiens : ils ne dépassent pas le Vme siècle avant J.-C. Ce sont les inscriptions de Darius (522-486) et de ses successeurs écrites en vieux perse en une écriture cunéiforme simplifiée.
Les textes religieux d'Avesta, fixés d'une manière définitive qu'à l'époque des Sassanides (226 à 632 après J.-C.), dont les strophes assez analogues aux strophes védigues, et dont l'archaïsme ne le cède guère à celui du Rigveda, ne donnent pas plus d'enseignements que le sanscrit.
Nous pouvons donc conclure que le hittite est le plus ancien témoin des langues aryennes. Il est singulier qu'il ne s'attache pas au groupe oriental — (de satem) des langues aryennes, mais au groupe occidental (de kenturn).
Cela prouverait que les Hittites arrivèrent en Asie Mineure de l'Europe par la voie la plus courte, celle des Détroits et du Caucase. Tandis que les Indo-Iraniens ont dû probablement contourner la mer Caspienne et errèrent longtemps dans les steppes Eurasiatiques avant d'atteindre leurs habitats définitifs. Pendant ces migrations leur parler se modifia probablement au contact avec les populations pré-aryennes qu'ils assimilèrent.
A l'appui de notre hypotèse nous pouvons donner les noms de lieux : Nissdia, Nissa-Nisch, Nessus dans les Balkans, Nessa, Nenassa en Asie Mineure, qui marquent la voie de pénétration des Proto-Aryens voire des Hittites à travers les Balkans et les Détroits ; Nêsis (Sotchi) par le Caucase.
La présence de Nesiotis à l'Est de la Volga et Nisaja en Médie prouverait que d'autres vagues de Proto-Aryens voire d'Indo-Iraniens contournèrent la Mer Caspienne (cf. pp. 51, 52).
La Préhistoire
Toponymie et Préhistoire
Si rapport de la hittitologie à la linguistique n’est pas encore certain, il est déjà incontestable dans le domaine de la philologie et de la préhistoire.
Il y a un très vieux fond de la civilisation hittite, voire proto-areynne, préhistorique dans toute l’Europe et l’Asie Antérieure, inscrit dans les noms de lieux qui subsistent jusqu’à nos jours. Ces noms de lieux antiques, témoins des migrations des Proto-Aryens, voire des Hittites, émergent, tels des rocs inébranlables parmi les langues modernes, et semblent être les poteaux indicateurs de leurs migrations.
Tout en reconnaissant que la linguistique a pour objet la langue envisagée en elle-même et pour elle-même, on doit admettre que la langue est un document historique. (Saussure Op. c. p. 317.)
Les noms de lieux qui se transmettent de générations en générations depuis des millénaires doivent être considérés comme documents préhistoriques. La toponymie et, dans une certaine mesure, Yanthroponymie viennent au secours de la préhistoire et de la protohistoire, à condition de pouvoir faire des étymologies correctes.
Certes, l’étymologie des noms de lieux proto-aryens n’est pas aisée, faute de connaissance de l’aryen primitif.
M. A. Dauzat (Noms de Lieux, p. 3) veut remédier à ce manque de connaissance par la méthode des aires (?). Cette méthode, comme nous l’avons déjà indiqué (Cf. p. 21-22) tente d’expliquer l’inconnu par plus inconnu encore.
A la place de la méthode des aires de M. A. Dauzat, nous proposons la méthode hittito-lituanienne qui consiste dans l’emploi de deux langues proto-aryennes, hittite et lituanienne, les plus archaïques et les plus rapprochées
de Taryen primitif. Cette méthode, espérons-le, nous permettra de résoudre des équations étymologiques aussi correctement que possible.
Nous croyons devoir donner des explications plus détaillées sur la nature de la méthode que nous proposons.
D'après F. de Saussure (Op. c. p. 259) « elle (l'étymologie) remonte dans le passé des mots jusqu'à ce qu'elle trouve quelque chose qui les explique... c'est l'explication des mots par la recherche de leurs rapports avec d'autres mots, c'est-à-dire, ramener à des termes connus... puisqu'il n'y a pas de rapports nécessaires entre le son et le sens. »
Nous croyons devoir compléter cette définition. Pour pouvoir faire l'étymologie sûre, sinon infaillible, nous devons remonter à l'origine même du mot dont nous recherchons l'étymologie. En vertu de la loi que la fonction crée l'organe, nous pouvons supposer que l'organe aussitôt créé demande le nom, pour être distingué d'autres organes-instruments. Si nous pouvons assister à la création de l'organe et, pour ainsi dire, à son baptême, nous pouvons être absolument sûr de la correction de son étymologie. Par exemple, l'étymologie des mots créés récemment, pour désigner les objets inventés sous nos yeux : automobile, cinématographe, télégraphe, etc., est aisée, car nous avons assisté à leur naissance et à leur baptême, encore faut-il connaître le grec et le latin. Mais admettons que ces mots soient retrouvés dans mille, deux ou trois mille ans, lorsque le grec et le latin seront oubliés et l'emploi des objets que ces motsi désignent, perdu, l'étymologie de ces mots sera bien malaisée, les linguistes les plus distingués se perdront en conjectures en donnant des étymologies les plus erronées et les plus fantaisistes en employant peut-être aussi... la méthode des aires.
Nous sommes actuellement à peu prèsi dans la même situation lorsque nous recherchons l'origine et la signification des mots créés à l'époque préhistorique ou proto-
La Préhistoire
historique à Taide d'une langue dont Tusage a disparu, ou évolué au point de ne plus la reconnaître, comme c'est le cas de l'aryen primitif qui a fait souche des langues aryennes contemporaines.
Pour pouvoir faire l'étymologie correcte d'anciens noms de lieux de l'Europe, de l'Asie Antérieure et de l'Afrique du Nord, l'aire d'expansion des peuples aryens, et aussi des noms de personnes que les auteurs de l'antiquité nous ont transmis, il serait indispensable de connaître l'aryen primitif. Ijps linguistes du siècle passé tentèrent, à l'aide de la grammaire comparée, de reconstituer l'indo-européen — l'aryen commun, basé sur les concordances entre les langues aryennes connues. Cet aryen commun ressemble donc à l'aryen primitif comme un squelette à un corps vivant. Heureusement qu'une langue proto-aryenne, que certains linguistes qualifient de résiduelle i), subsiste par miracle vivante jusqu'à nos
q M. A. Dauzat, dans un ouvrage récent (1939) « L’Europe linguistique », p. 51, classe la langue Utuanienne entre le celtique et le tzi^ne qui sont en train de disparaître, en la qualifiant de résiduelle.
Nous croyons devoir faire observer que la langue lituanienne n’est pas en voie de régression, ni de disparition. Au contraire, depuis un demi-siècle, elle est en progrès constant au Sud comme à l’Est, regagnant le terrain perdu au profit du polonais et du russe.
Grâce à l’impulsion donnée par l’Etat lituanien dès 1918 à 1940, la langue lituanienne est devenue la langue officielle et celle des classes intellectuelles, de sorte que toutes les villes sont regagnées à la langue lituanienne.
Si le nombre des Lituaniens parlant la langue des ancêtres était au début du XXe siècle de deux millions environ, il est à présent presque doublé en Europe et d’un million et demi en Amérique, Etats-Unis, Argentine, Brésil, où le lituanien est loin de disparaître et où il continue d’être parlé par les immigrants et leurs descendants. Par conséquent, cette langue, toute archaïque ou archaïsante, comme l’appelle M. A. Dauzat, ne saurait être considérée comme résiduelle.
jours. C’est la langue lituanienne la plus rapprochée de Taryen primitif i)
Mais le lituanien, malgré son extraordinaire archaïsme, ne suffit pas toujours pour suppléer Taryen primitif, nous sommes obligé d’avoir* recours aussi au hittite, proche parent du lituanien.
Ces deux langues proto-aryennes peuvent souvent suppléer l’aryen primitif dans la recherche des étymologies de noms de l’origine proto-aryenne. Le hittite moins évolué que le sanscrit et l’iranien nous donne plus d’enseignements que ces deux langues connues antérieurement.
C’est pour cette raison que nous croyons pouvoir appeler cette méthode hittito-lituanienne.
Nous pouvons admettre comme règle générale qu’en Europe et aussi en Asie Antérieure il n’y avait pas de noms de lieux pré-aryens^ pour la simple raison que les populations pré-aryennes du type de Kyclôpes de Homère et de Fenni de Tcite ayant été incultes et peu sociables, n’éprouvaient aucun besoin de donner des noms aux
Il est étonnant que M. Dauzat n’ait pas voulu, à l’instar de ses éminents prédécesseurs : F. Schleicher, F. de Saussure et A. Meillet, reconnaître les qualités de cette langue extraordinaire et tenter de s’en servir, pour les recherches étymologiques (Cf. son livre « Noms de Lieux *).
S’il avait voulu se donner la peine de se pencher sur ce prétendu € résidu », il aurait pu, peut-être, y discerner des pépites d’or pur qui lui auraient permis de faire des étymologies des « Noms de Lieux » plus correctes qu’il ne l’a fait.
11 est étrange qu’un savant linguiste se lance dans des appréciations et des considérations d’ordre politique et social, d’ailleurs toutes erronées et pleines d’inexactitudes, qui sont hors de sujet dans une étude linguistique (Cf. l’Europe linguistique).
1) Le parler indo-européen — l’aryen primitif, d’après A. Meillet (Op. c. p. 349)» était « à l’image d’un parler lituanien moderne, pauvre en termes généraux et plein de termes précis indiquant toutes les actions particulières et tous les détails des objets familiers ».
La Préhistoire
fleuves, aux monts, aux lieux habités, car nomades errants ils ne construisaient, avant Tapparition desi Proto-Aryens, ni villages, ni villes. La nécessité de donner des noms aux lieux apparut seulement avec la vie sédentaire des agriculteurs — Aryas, Areï, Les noms les plus anciens en Europe et en Asie Antérieure sont généralement les noms techniques de peuplement des Proto-Aryens qu*ils créèrent en série (Cf. p. 68). Ainsi au cours de cette étude nous avons déjà mentionné des noms innombrables à la racine ar-, en lit. ar-ti « labourer », qui devaient désigner des endroits aptes à Tagriculture (Cf. pp. 21, 22) ; à la racine nés- (ness)^ en lit. nes-ti « porter, transporter », qui désigne des localités où ils campaient pendant leurs migrations à la recherche d’endroits aptes à la culture (Cf. pp. 51, 52) ; à la racine gai-, en lit. gal-as « fin, bout », qui désigne des étapes de l’extension des Proto-Aryens en Europe et en Asie Antérieure, ainsi nous trouvons de nombreuses localités ayant cette racine : Galice (Pen. Ibérique), Galicie (en Autriche), Galatz (en Roumanie), Gallipoli (en Turquie), Halys, Holaja (en -Asie Mineure), Halpa-Halep-Alep (en Syrie), (Cf. p. 40), Gah niée, Galgala, Galaad (en Palestine) ; à la racine buddont le verbe budé-ti en lit. « veiller, surveiller », pour désigner des endroits « stratégiques » : des défilés dans les montagnes, des gués ou des estuaires de fleuves, des régions entières. Tous ces points « stratégiques » portent invariablement les noms à la racine bud-, ainsi dans l’estuaire de la Garumna (Garonne) se trouvait Burdigala (Bordeaux), dérivé par métathèse de Budrigala = budri + gala, où budri(s) en lit. «veilleur», güla(s), en lit. « fin », Budrigala-Burdigala « fin de veilleurs » ; près de l’estuaire du Rhin se trouvait Batavia = Budavia (Hollande) « région, pays de veilleurs, sentinelles ».
Dans le nord de l’Italie, où passait la route du cuivre d’Alméria et du bronze d’El-Agar, la rivière Pô s’appelait
Bodincus dérivé probablement de Budingas en lit. « celui (fleuve) qu'il fallait surveiller en y plaçant des sentinelles». Budda sur le Danube (auj. la capitale de la Hongrie) se trouve à l'endroit du passage de ce fleuve. Boudry i) nom d'une bourgade se trouvant dans un défilé du Jura, en Suisse, longeant la vallée de l'Areuse. Il est singulier que ce défilé n'est pas éloigné de la station de la Tène, connue dans l'archéologie par des fouilles où furent découvertes de nombreuses armes et objets en fer datant du Vme siècle av. notre ère.
Des régions entières ayant une importance stratégique, comme c'était, par exemple, le cas des défilés dans le Caucase — passe de Darjal, passage du Dniepr près de l'embouchure de la Desna, furent gardés par les peuples qui portaient les noms de Budines *) en lit. « veilleurssentinelles ».
Hérodote (II. 34) assigne aux Budines du Caucase la région boisée du versant nord, au nord-ouest de la Mer Caspienne ; il dit qu'ils chassent la loutre, le castor et les phoques dans la Caspienne, qu'ils avaient les cheveux blonds et les yeux bleus. Quant aux Budines 3) entre le
*) Boudry est un nom de famille très répandu en Suisse» de même qu'en Lituanie (Budrys). Les Boudry suisses prétendent être les descendants de révoqués de l’Edit de Nantes, réfugiés en Suisse. Il y a lieu de supposer que leurs titres de noblesse sont plus anciens, ils datent depuis des millénaires et non des centenaires, car ils sont probablement les descendants des Boudry*s « veilleurs-sentinelles Proto-Aryens ». Certainement, pour cette mission importante on choisissait l’élite.
En Lituanie on rencontre aussi de nombreux noms de lieux, Budriai ou Budrikai, dérivés de Budrikis « chef des sentinelles ».
11 est probable que Ossètes sont les descendants de Budines.
Il est singulier que dans cette région se trouve la station paléolithique, Timonovka, village situé à quatre km. de Briansk, sur la rive droite de la Desna où on a trouvé plus de 35»000 outils en silex taillé dont 3253 burins, lames et grattoirs. L’ensemble
La Préhistoire
Dniepr et la Desna, ils gardaient probablement le passage sur le Dniepr et Taccès aux terres noires.
Une quantité considérable de noms de lieux habités à la racine bud- est disséminée à travers Taire Eurasiatique : Budduso ville d’Italie (Sardaigne), Budrio ville d’Italie (prov. Boulogne), Budel bourg en Hollande (prov. Brabant), Büdingen ville d’Allemagne (Hesse-Darmstadt), BudweisSy Budejowice, Budisov, Budwitz, villes en Bohême-Moravie ; Budzanov, Budzin, villes en Pologne ; Boudroun, ou Bodroun ville et port en Turquie, près de l’ancienne Halicamasse., Boudha-Gaya ou Bodh-Gaya bourgade de la Bengale, lieu de pèlerinage des boudhistes. Toutes ces localités devaient avoir une importance stratégique ou autre pour les Proto-Aryens à l’époque de leur peuplement de l’Europe et de l’Asie Antérieure.
Nous pourrions multiplier les exemples à l’appui de notre thèse, mais ceux-ci suffisent, croyons-nous, pour prouver son bienfondé.
Ce n’est pas par un jeu du hasard que ces noms de lieux à signification précise s’étendent de l’Atlantique à travers Taire eurasienne jusqu’en Palestine et l’Inde, en marquant la voie et les étapes d’extension des Proto- Aryens de l’Ouest à TEst. Nous reviendrons sur cette question.
On se rend compte de l’importance de la toponymie pour la préhistoire, à condition de savoir faire des étymologies correctes des noms de lieux proto-aryens, ce qui est relativement aisé, grâce à la méthode hittitolituanienne.
présente du Magdaléen. Une autre importante station préhistorique, celle de Tripolje située dans le confluent de la Desna et du Dniepr, est caractérisée par la poterie peinte à spirales datant du Illme millénaire. Il est à supposer que cette région fut occupée par les Proto- Aryens de la plus haute antiquité.
Théonymie anthroponymie et protohistoire
L’égyptologie, Tassyriologie et aussi la hittitologie reculèrent de nombreux siècles les limites de Thistoire du Moyen Orient. Les annales de TEgypte et de la Chaldée, mises en ordre par la science moderne, datent de Fan 3000 av. J.-C. Les peuples Proto-Aryens portant les noms divers : Gudi, Guti, Hati, Hethi, Hittites, Kassites-Cosséens, Mitani sont mentionnés dans ces annales dès le début du Illme millénaire av. J.-C., comme conquérants venant du Nord et de FOuest. Ainsi les Proto-Aryens sortent de la préhistoire pour rentrer dans la protohistoire.
Pour déterminer Femplacement des habitats préhistoriques des Hittites voire des Proto-Aryens, dans le Proche-Orient, nous devons partir de ceux qui nous sont connus par la protohistoire que nous révèlent les annales de la Chaldée.
Sargon l'Ancien (d'Agadé) vers 2725 av. J.-C. (Chron. de Conteneau) entreprend une expédition en Asie Mineure, jusqu'aux « montagnes d'argent » (pays de Hatti) pour défendre les Sémites contre l'empiètement des Proto- Aryens à Purushanda dont le roi Nur-Dagan vaincu se soumet à Sargon.
Ce fait d'armes mi-historique, mi-légendaire est relaté par deux tablettes akadiennes, dont une fut trouvée à Tel-Amarna, l'autre à Assur et la troisième en néssite à Boghaz-keui.
1) Qu’il nous soit permis de créer le néologisme théonymie, pour désigner les noms de dieux.
La Préhistoire
S'agit-il des> Proto-Aryens ou des Asianiques ? A en juger d'après le nom de la ville Purushanda et celui du roi Nur-Dagan, nous pouvons supposer que c'étaient des Proto-Aryens. L'éthymologie de Purushanda = Purus + handa, où purus = puraSj pi. purai en lit. dial, «grains de blé», gandas en lit. « fama-fameux », alors Purushanda « pays fameux, renommé par son blé ».
Ce n'est pas par hasard que le roi de ce pays s’appelait Nur-Dagan, où Nur en akad. « lumière », Dagan = daga en lit. dial. « grain, récolte » (cf. p. 37).
Dagan i) était « dieu de végétation, dieu-grain ». La signification du nom Nur-Dagan « lumière du dieu de végétation et du dieu-grain ». Ce nom du roi Proto- Hittite à moitié akadianisé prouverait que des Proto- Aryens qui ont pénétré en Asie Mineure au début du Illme millénaire étaient en voie d'assimilation.
Un texte conservé dans une copie akadienne parle d'une coalition des 17 rois de l’Asie Mineure contre Naram-Sin (2646-2591), troisième successeur de Sargan l’Ancien. Un autre texte, celui-ci hittite, donne les noms des coalisés avec la mention de noms des pays. Ainsi le nom du chef des coalisés est Anmanaila, roi de GUDU- SU.-A, celui qui sera obligé, après la guerre’ perdue, de
1) M. G. Conteneau (Op. c. p. 53) s’étonne de rencontrer un nom sémitique(?) « insolite d’ailleurs, dit-il, dans le pays où on le suppose, et où î’on attendrait un nom asianique ». L’étymologie de ce nom prouve que le nom de cette divinité n’est ni sémitique, ni asianique, mais aryen.
£st-il étonnant qu'un « pays fameux par son blé » — Purushanda ait un c dieu-grain » - Dagan. En lit. contemporain la racine daga « grain, récolte » a de nombreux dérivés : diegas « germe », daiga « grain germé », diegti, daigyti « faire germer », en lit. dial, adj. daganis, diegonis « apte à germer », ainsi le nom du dieu Dagan, dérivé de cet adj. devait avoir la signification primitive : « celui qui donne l’aptitude à germer ».
porter le tribut à Akad. Gudu est vis<iblement génitif pl. de Gudai qui sont connus dans les textes aka&ens sous le nom de Guti ; SU.-A est probablement l’abréviation de SU - (jung) - A en lit. dial. « union ». Ce qui ferait de Anmanaïla chef de l’union, voire fédération des 17 rois gudiques.
Les noms d’autres rois ont une consonnance nettement aryenne, plusieurs ont une désinance en -uï/û, -ila, -uva, -handa qui sont, comme nous l’avons vu précédemment, des désinences des noms aryens (cf. pp. 69, 70).
Nous attachons une importance particulière dans ce texte à la mention : GU - DU SA - A. Il s’agirait d’une importante union ou fédération gudique de 17 rois de l’Asie Mineure dont les noms témoignent de leur origine aryenne. Cela prouverait entre autres, que le nom Gudai- Gudi était le nom générique de tribusi aryennes qui envahirent l’Asie Mineure et pourtour nordique de la Mésopotamie (monts Zagros) au début du Illme millénaire av. J.-C.
Quelle est l’étymologie de Gudai-Gudi?
Gudai = gu(ovs) + dâ, où guovs lit. dial, «gros bétail, bovidé », dâ hitt. « posséder », ainsi Gudai « possesseur de bovidés ». Cela indiquerait qu’ils étaient des pâtres, éleveurs de gros bétail et qu’ils venaient probablement des steppes Eurasiatiques se trouvant au nord de la Mer Noire et Caspienne, car cette région se prêtait à l’élevage. Nous reviendrons ultérieurement sur cette question.
Parmi les rois gudiques se trouvait Bamba, roi de Hatti, cela prouverait que les< Proto-Hittites n’étaient pas des Asianiques, comme le supposent de nombreux hittitologues, mais des Aryens partiellement assimilés par les Asianiques. D’ailleurs le nom de Bamha est nette-
La Préhistoire
ment aryen, car Bamha en lit. « nombril », donc Bamha « homme de courte taille, petit » i).
Le nom de Hatti (Hittites) est la forme fléchie de GudùGuti, si nous tenons compte de la particularité de récriture akadienne qui ne distingue pas la dentale sonore d de t sourde.
D’ailleurs, plusieurs faits historiques prouvent que les peuples d'origine gudique se rappelaient de leur parenté ethnique et, malgré la rivalité entre eux, se soutenaient dans la lutte contre les Sémites. Ainsi le grand roi hittite Mursilis Ij après la conquête de Babylone vers 1806 av. notre ère (Chm. Cont.), ne pouvant s'y maintenir, vu l'éloignement de Babylone de Hattussas, passa la main aux Kassites qui s'installèrent définitivement à Babylone vers 1750 (Chr. Cont.) pour y rester cinq siècles.
A l'époque du grand Empire Hittite, Muvatalis vient en aide au roi kassite de Babylone Nazimarutas (1328-1302) pendant la guerre de celui-ci avec le roi assyrien, Adadnirari, malgré l’obstacle gênant que les Araméens opposèrent aux communications. Avec le successeur de Nazimarutas, le roi Kadasman-Turgu (1302- 1284) les Hittites ont conclu l’alliance dynastique. Hattusilis s’appuya sur cette alliance pendant la guerre avec l’Egypte.
Les tablettes cunéïformes akadiennes nous fournissent de nombreux noms de dieux et aussi les noms de rois kassites.
1) En lit. contemporain on a l’habitude de donner le surnom de bamba aux hommes de petite taille dont la stature n’arrive que jusqu’au « nombril » - bamba d’un homme de stature normale.
Nous pouvons supposer que le mot français bambin, ital. bambino sont des substrats proto-aryens qui subsistent dans ces langues jusqu’à nos jours.
Plusieurs savants tentèrent déjà de donner leur étymologie. Tâche malaisée sans connaissance de la langue qui donna Torigine à ces noms. Nous croyons pouvoir donner des explications étymologiques de ceux-ci en nous servant de la méthode hittito-lituanieiine.
M. Cavaignac (Op. c. p. 14) affirme que les Cosséens, peuple incontestablement (?) « asianique », en descendant vers 1750 av. J.-C. de leurs montagnes dans les plaines de la Chaldée, amena avec lui une divinité aryenne, Surias, Les Cosséens ou Kassites amenèrent avec eux à Babylone encore d*auitres divinités aryennes : Harhé, Hudhüj Kassu, Kamullaj Burias, Marut, Milita, etc.
Quelle est Tétymologie de ces noms ?
Harbé = Garhé en lit. « gloire ».
Hudha = Guda(s) «dieu ethnique, protecteur de Gudai =Guti », grand peuple auquel se rattachaient les Kassites. Kassu « dieu ethnique, protecteur des Kassites.
Kamulla = Kumelé en lit. « jument », déesse, protectrice des chevaux, le cheval était un symbole divin chez les Kassites ; ce sont eux qui introduisirent Tusage des chevaux en Babylonie.
Burias = Boréas en grec « dieu de Torage », en lit. Burna — buris ou en lit. dial. Burna — Burias qualificatif de Perkunas « dieu d*orage lituanien » (cf. p. 52-53).
Marut = Marut(is) « dieu de la peste » en lit. maras « peste », Marutîs est diminutif de maras.
Milita^) = Mileta en lit. «déesse de TAmour » dérivé de la rac. verb. mileti en lit. « aimer », cette déesse est connue dans la mythologie lituanienne aussi sous le nom de Milda,
1) Cette déesse kassite passa du Panthéon kassite dans le Pan théon babylonien.
La Préhistoire
Les annales de la Babylone avec les noms de dieux kassites nous transmettent aussi Jes noms de leurs rois : GandaSj Kastilias, Abiratas, Tazzigurumas, Burna- BuriaSy etc. Quelle est l'étymologie de ces noms ?
Gandas = gandas en lit. « fama, fameux».
Kastilias = rac. verb. kasti en lit. c creuser la terre » -ilis ou •ili(a)s suffixe du subst., kastili(a)s « celui qui creuse la terre, laboure à la houe » (cf. p. 66).
On sait que certaines tribus proto-aryennes, pendant leurs migrations à travers les steppes eurasiatiques, perdirent l'usage du labour dans le vrai sens du mot, ils ne conservèrent, probablement, que l’usage restreint de l'agriculture « creusage de la terre à la houe ». C'était probablement le cas des Kassites, identique à celui des Indo- Iraniens (cf. p. 17). Leur nom dérive donc de la rac. kasti en lit. « creuser la terre », Kassites « ceux qui labourent la terre à la houe ».
Abirattas = abi + ratas, en lit. abi, abu «deux'», ratas « roue », Abiratas « deux roues ».
Tazzigurumas = tuzzi(s) + gemmas, où tuzzis en hitt. « armée, nation », gemmas en lit. « bonté », ainsi Tazzigurumas ou Tuzzigerumas «bonté, bienfaiteur de l'armée, de la nation ». Chez les Kassites de même que chez les Hittites l’armée était probablement le synonyme de la nation (cf. pp. ,37-38).
Burna - Burias, = burna en lit. « bouche », -burias en lit. dial, «orage», Burna-Burias «celui qui fait l’orage avec la bouche » (cf. p. 53).
Il nous semble donc que la théonymie et l'anthroponymie kassite donnent d'abondants éléments qui permettent de contester l'origine « asianique » des Kassites- Cosséens et fournissent assez d'éléments pour prouver leur origine aryenne.
A quelle époque s'est produite cette pénétration des Proto-Aryens en Asie-Mineure ?
P.-J. Gabrya
Elle est probablement très ancienne. En tout cas, les tablettes akadiennes attestent que Sa^rgon TAncien (2725-2671 av. J.-C.) avait peine à contenir les « Barbares », apparus au nord de son royaume. Ses successeurs succombent, en 2502, sous les coups des Guti qui conquirent d'abord Akad et ensuite Sumer, Bien que les textes akadiens les concernant sont rares et ne nous renseignent ni sur la langue, ni sur la race de ce peuple, quelques noms de leurs rois montrent, néanmoins, que leur langue n'était ni asianique, ni sémitique, mais aryenne. Parmi ces noms nous en relevons plusieurs qui sont d'une consonnance nettement aryenne : Imta, larla, Iralaganda^ Nikilagab,
Imta semble dériver d'une racine verbale imti en lit. « recevoir », avant de devenir roi, il était peut-être « percepteur, recevem d'impôt ».
larlüy- si la signification de la racine lar- est incertaine, la désinence -la est certainement aryenne, nous la retrouvons dans le nom propre lituanien : Raïla qui, comme on le remarque bien, est métathèse du nom gudique : larla,
larlaganda = larla + ganda, où ganda(s) en lit. « fama, fameux », ainsi larlaganda « larla le fameux, le glorieux ».
Nikilagab = Nikila + gab, où la deuxième racine gab est une abréviation de ga(r)b(é) en lit. « gloire », abrégé ou déformé par desi scribes akadiens ; quant à la première racine Nikila, elle peut dériver de la racine nikus en lit. « inspirant peur », vixyj en grec « victoire », ainsi Nikilla-gab «celui qui inspire la peur, le victorieux».
Les autres noms de rois des Guti, cités par Langdon dans Oxford Editions of Cunéiforme Texts II, 18, sont déformés par les scribes akadiens, de sorte que leur caractère aryen est plus difficile à déceler. Toutefois, même paimi ces noms déformés on peut reconnaître leur ca-
La Préhistoire
ractère aryen, tel est le cas de Elulumesh déformé de Elulumis ; la désinence umis est fréquente dans les noms propres hittites et lituaniens. Tel est le cas aussi du nom Ilimabakesh = Ilimah + akis, où la deuxième racine akis en lit. « œil » est très fréquente dans les noms propres hittites et lituaniens (Lupakis, KeturakiSj etc. (cf. p. 70).
Certains textes akadiens qualifient Guti de namruti « clairs, blonds », cela est une preuve de plus de leur origine aryenne.
Certes, ils ne paraissent pas être aussi « barbares » comme les annales akadiennes semblent les présenter : plusieurs villes babyloniennes jouissent d’une grande prospérité sous la domination des Guti qui dura 124 ans (2502-2378, Chron. Conteneau), tel était le cas, par exemple, de la ville Umma^ dont le scribe dédicace une plaque votive au roi des Guti : Sarati-gah-sin,
Grâce à la conquête par GudûGuti de la Babylone, la présence des Proto-Aryenis en Orient fut constatée historiquement au milieu du Illme millénaire. Ainsi les Proto-Aryens sortent de la protohistoire pour entrer dans l’histoire.
Grâce à la théonymie et à l’anthroponymie nous pouvons constater que les peuples : Gudi-Guti- Hattij Kassites qui envahirent l’Asie Mineure et la Chaldée dès le Illme millénaire étaient des Proto-Aryens.
Il s’agit de savoir d’où ils venaient et où était leur habitat primitif.
Nous espérons que la méthode onomastique nous aidera à découvrir sinon leur berceau du moins leurs principaux habitats. Mais avant d’aborder ce sujet nous croyons utile de donner un bref exposé de l’historique de cette question.
Lieu d’origine des Hittites et des Proto-Aryens
La question du lieu d'origine des Hittites est étroitement liée à celle des Proto-Aryens.
Malgré de nombreuses études dues aux savants français, anglais, allemands et autres, le problème de l'origine des Aryens n'est pas résolu. Il nous semble utile de donner un bref historique de cette question.
Il existe encore une grande incertitude sur l'origine des Aryens.
Friedrich von Schlegel plaçait au début du XIXme siècle (1808) le berceau des Aryens dans l'Inde. Raoul Pictet (1856-64) dans la Bactriane (Asie Centrale). Avec le progrès de l'anthropologie et de l'archéologie, depuis le milieu du XIXme siècle, cette question est revenue à l'ordre du jour.
L'école allemande : L. Geiger (1871), Cuno (1871), T. Poesche (1878), K. Penka (1883, 1886, 1907), M. Much (1893), G. Kossinna (1902, Mannus (1909-10, 1926), G. Wilke (1909), C. Schuchhardt (1926), mettant à profit les découvertes de l'archéologie et de l'anthropologie, ont émis une hypothèse qu'il faut chercher le berceau des Aryens non en Asie, mais en Europe. La préhistoire avait établi que l'Europe était habitée par de nombreuses populations à l'époque préhistorique (avant la date que l'histoire permettait d'attribuer à l'expansion aryenne).
Les savants allemands affirment que des populations les plus anciennes (néolithiques) en Europe préhistorique ont la même composition ethnique que les Européens actuels. Les races ainsi reconnues, notamment la race nordique, pouvaient représenter les véritables Aryens. Les Nordiques, ayant toujours habité TEurope, le berceau des Aiyens devait être recherché en Europe et non en Asie.
L'école française, basée plus sur la philologie que sur l'anthropologie et l'archéologie, les place dans les steppes eurasiennes et incline plutôt à maintenir l'ancienne hypothèse classique de l'origine orientale des Aryens.
Dès la parution de la àéorie nordique de l'origine des Aryens, la polémique s'en suivit avec les savants français. M. Salomon Reinach en 1892, réfutant les théories de Poesche et Penka, disait : « Tout ce roman repose sur l'hypothèse gratuite d'un type physique propre aux propagateurs des langues aryennes >. Il plaçait le berceau aryen primitif dans les vastes steppes russes au nord de la mer Noire et de la mer Caspienne. C'est l'hypothèse scythique.
Plusieurs autres savants français se ralliaient plus ou moins à la thèse de S. Reinach. Le préhistorien célèbre Gabriel de Mortillet, affirmait que la civilisation néolithique fut introduite en France par des Brachycéphales venus d'Asie, apportant l'agriculture et la domestication des animaux. Il évitait de parler des Aryens, mais on les devinait.
Un autre éminent préhistorien français, Marcellin Boule, semble vouloir concilier la thèse française avec la thèse allemande ; il émet l'opinion que les Nordiques pouvaient subsister à l'époque du renne (fin Paléolithique supérieur, voire Mésolithique) dans les plaines de la Sibérie Occidentale et de la Russie, et qu'ils ont gagné de là les rives de la Baltique après la fonte des
La Préhistoire
glaces. Il confirme ainsi partiellement Thypothèse de Poesche qui désigne le berceau des Aryens sur la Baltique, en Lituanie.
M. Zaborowski admet la possibilité de l’existence pendant le néolithique en Russie Orientale et Méridionale d’une population des steppes qui pouvait, sous l’influence venue de la Mésopotamie, faire quelques apports des métaux au début de l’époque chalkolithique. Mais il fait aussi une concession à la thèse allemande, en admettant que cette population aurait pu être apparentée aux hommes du Paléolithique supérieur et pouvait avoir déjà un type voisin de celui du Nordique. Il pense qu’elle, après avoir envahi l’Europe, se mêla aux populations existantes et créa la civilisation et langues aryennes.
Il est regrettable que la grande autorité en Préhistoire, M. Joseph Déchelette, ait refusé de traiter la question aryenne, la considérant d’ordre essentiellement linguistique.
Toutefois, parmi les savants français il y. a des réfractaires opposés aux théories de l’école française ci-dessus exposées. Ce sont MM. Gobineau et Vacher de Lapouge.
Ils furent les partisans de la thèse allemande. Le premier appuya fortement la théorie nordique. Le second tenta d’établir que le véritable Aryen est le Nordique qui a imposé sa domination aux autres races européennes ; il essaya de justifier cette supériorité par les qualités pro- ' près aux Nordiques, et par les défauts des autres races, mais il exagéra les uns et les autres.
S’il y a des réfractaires à la théorie française parmi les savants français, il y a aussi des réfractaires à l’école allemande parmi les savants allemands. M. Sigmund Feist contestait la théorie allemande sur l’identité des Aryens avec des Nordiques. Dans un ouvrage (Kultur, Ausbreitung und Heimat der Indogermanen), publié en
1913 , il tente de prouver que les langues germaniques sont différentes sur des points essentiels de la langue mère que Ton peut reconstituer comme la souche de toutes les langues aryennes. Les peuples germaniques n'étant d'origine aryenne, à son avis, seraient aryanisés par des invasions venues d’Asie. L'auteur appuie donc la thèse classique française du berceau aryen oriental, sans préciser l'emplacement, sans définir le caractère ethnique du groupe aryen qui s'y est constitué. Il tire profit à tort, pour sa thèse, des découvertes des langues aryennes : hittite et mytanienne en Asie Mineure et tokharienne en Bactriane (Asie Centrale).
Parmi les réfractaires à la théorie allemande il faut mentionner encore Otto Schrader ; il s'est rallié à la thèse française en admettant le berceau des Aryens dans la grande plaine du Sud de la Russie dont les conditions d'existence auraient favorisé l'éclosion de la civilisation aryenne primitive ; il se basait sur la paléontologie linguistique, interprétée autrement que ne l'avait fait le savant genevois Pictet.
Les savants anglais, en grande partie se rallient à la thèse française. Myres, Haddon, Peake, Childe admettent la civilisation et race aryenne au Néolithique en Russie méridionale et orientale. Isaac Taylor émit une théorie ( 1889 ) basée sur les affinités des A^ens avec les Finnois, dont ils seraient une variété évoluée ; il conclut néanmoins à placer leur foyer dans le Sud et l'Est de la Russie. L'autre savant anglais, P. Giles, veut situer le berceau des Aryens, qu'il appelle Viros, dans le bassin du Danube.
Les savants italiens se rallient à la thèse française. Le professeur G. Sergi admet l'immigration des Aryens d'Asie en Europe. Il préconise l'irruption à la fin de la période néolithique d'une race brachycéphale apportant sa civilisation aux Nordiques et aux Méditerranéens. Il
La Préhistoire
rejoint la théorie du savant français de Morgan qui préconise aussi que les Proto-Aryens devaient être les brachycéphales et pénétrèrent en Eiu-ope après la fusion des glaces en Europe et le refroidissement de la Sibérie.
Un autre savant italien, E. de Michelis, combattant la théorie de Sergi, prétend que les Aryens s'étaient constitués avec leur langue et leur civilisation particulière dans l'Europe centrale et orientale, à l'époque néolithique, de diverses races européennes primitives.
Il me reste à mentionner ici encore la théorie d’un savant français, Georges Poisson, qui dans deux ouvrages récents d’une grande documentation scientifique, donna une synthèse des faits connus ; il dépeint l’évolution depuis la Préhistoire jusqu’à l’Histoire classique non seulement des Aryens, mais aussi de toutes les populations successives de l'Europe.
Ce savant français adopta dans ces investigations, une méthode qui n’était pas jusqu’à présent employée par aucun de ses confrères français, il s’est appuyé à la fois sur la linguistique, l’éthonologie et la préhistoire.
Il préconise la constitution du groupe Proto-Aryen dans le grand Empire Aryen créé en Europe et en Asie entre 2300 et 1900 av. J.-C. par les peuples des steppes, auquel nous devons par la suite attribuer l’initiative de ce vaste mouvement linguistique et social, à l’élaboration duquel ont dû toutefois contribuer largement les anciens occupants du sol méditerranéen.
M. G. Poisson admet une large contribution des anciens occupants du sol européen dans l’élaboration de là langue et de la civilisation aryenne contrairement aux savants qui préconisent que les Proto-Aryens imposèrent l’une et l’autre aux aborigènes.
Nous devons constater que jusqu’à présent ni la toponymie, ni l’anthroponymie n’ont été mises suffisam’* ment à contribution, dans l’investigation de l’origine des Aryens. Les savants ci-dessus cités se servirent principalement de l’anthropologie et de l’archéologie. Et pourtant les Proto-Aryens, dans leurs déplacements sur le continent Eurasien, laissèrent des empreintes indélébiles sur les montagnes, sur les fleuves, sur les pays entiers qu’ils traversèrent, où ils vécurent, ils donnèrent aussi les noms aux peuples, à leurs chefs, voire à leurs rois et à leurs divinités que l’histoire nous a transmis.
Méthode onomastique dans les recherches préhistoriques
Nous croyons pouvoir préconiser l’emploi de la méthode onomastique dans les recherches préhistoriques qui, complétée par la méthode archéologique et anthropologique, peut donner des résultats satisfaisants i).
Nous avons déjà indiqué (cf. pp. 89-91) quatre séries de noms de lieux d’ordre technique que les Proto-Aryens avaient l’habitude de donner aux lieux qu’ils occupaient. Ainsi les noms de lieux à la racine ar- « labourer > désignent les lieux que les Proto-Aryens occupaient à demeure, parce qu’ils étaient aptes à la culture ; par contre, les noms de lieux à la racine ness-nes- « porter, transporter » désignent des lieux de campements qu’ils occupaient provisoirement pendant leurs migrations à la recherche de lieux aptes à l’agriculture. En effet, si les noms de la première catégorie correspondent souvent aux noms de fleuves dont les vallées étaient aptes à l’agriculture, ceux de la deuxième se trouvent
(}) Nous nous excusons de la répétition dans ce chapitre des sujets déjà partiellement exposés plus haut, rendue nécessaire pour expliquer le fonctionnement de la méthode que nous préconisons.
La Préhistoire
soit dans les steppes, soit dans les montagnes, localités peu ou inaptes à la culture, où les Proto-Aryens ne pouvaient s'adonner qu'à l'élevage du bétail. Ainsi ces tribus proto-aryennes furent surnommées Gudai-Gudi « possesseurs, éleveurs de gros bétail, bovidés > et ils menaient provisoirement la vie nomade. A en juger, d'après les noms de lieux à la racine ness^ nés-, l'aire de l'extension des GudaùGvdi était très vaste : de Balkans et du Danube à travers des steppes sur les rives nord de la mer Noire jusqu'à la mer Caspienne au delà de la Volga jusqu'à l'Iran en passant aussi par l'Anatolie et l'Asie Mineure.
Cet immense espace constituait l'Empire Gudique, où se mouvaient les tribus proto-aryennes à la recherche de terres fertiles : Purus-ganda*s « fameuses par leur blé », s'adonnant provisoirement à l'élevage des bovidés et travaillant parfois la terre à la houe, comme c'était probablement le cas des Kassites dont le surnom semble le justifier.
Est-ce que nous pouvons considérer cette aire Eurasiatique comme lieu d'origine des Proto-Aryens, comme le font les savants de l'école française ?
Non 1 Parce que les steppes ne se prêtaient pas à l'agriculture, sauf de rares exceptions. Or, les Proto- Aryens étaient avaiit tout et surtout « laboureurs », leur lieu d'origine ne pouvait se trouver que dans les localités aptes, très aptes à l'agriculture. Obligés de les quitter, ils s'adaptaient temporairement à la vie nomade et devenaient « éleveurs et possesseurs de bovidés » — Gudai, Gudi,
Le lieu d'origine des GudaûGudi pouvait se trouver dans la vallée du Danube moyen — Pannonie (auj. Hongrie), Transylvanie, région des Karpates. Dans cette région il y a de nombreuses localités aptes à l'agriculture.
entre autre la vallée de VAluta, affluent gauche du Danube. Dans les grandes plaines fertiles du bassin du Danube, sur les terrains de lœss se forma de bonne heure ~ à répoque néolithique et chalkolithique — une civilisation d'aspect particulier, connue sous le nom de civilisation Danubienne, caractérisée par la céramique rubanée.
Les données archéologiques fournissent des preuves suffisantes que cette civilisation avant le Illme millénaire av. J.-C. rayonna au Nord : en Silésie, en Moravie, en Saxe et Thuringe et aussi au Sud, dans les Balkans jusqu'en Thessalie.
Ces données concordent avec les données onomastîques de lieux: ici nous trouvons des localités à la racine gai- en lit. € fin », au nord Galicie, à l'est Galatz et au sud Gallipoli, qui marquent les limites de l'extension de la civilisation danubienne ; à l'intérieur de cet espace nous trouvons de nombreuses localités à la racine nessen lit. « transporter », en Silésie une ville Neisse, dans les Balkans la ville -Nisch (anc. Nissaïa-Nissa) et le fleuve Nessus (auj. Maritza) qui indiquent par où passaient les porteurs de la civilisation danubienne qui étaient des Proto-Aryens, comme ces noms de lieux l'indiquent.
Quelles sont les données anthropologiques de cette aire ?
Les squelettes découverts dans la région danubienne montrent un mélange de Dolichocéphales et de Brachycéphales. Le type anthropologique des squelettes dolichocéphales est celui des Méditerranéens. L'ensevelissement en position accroupie dans de simples fosses. Les bracelets en coquilles de Spondyle sont d'une importation méditerranéenne.
La Préhistoire
La présence des Brachycéphales indiquerait Finvasion venant de TAsie par les steppes Eurasiatiques. En effet, les fouilles de plusieurs stations en Roumanie et en Transylvanie indiquent qu'au début du Illme millénaire av. n. e. elles ont subi une invasion; tel est le cas de Cucuteni près de Jassy, Pétreny en Besisarabie et Erôsd en Transylvanie, dans la vallée de TAluta, où on distingue deux couches séparées par des traces d'incendie. On estime que la deuxième couche est postérieure à 2500. La première couche est plus ancienne, elle peut être située entre le Illme et IVme millénaire. Ces stations se trouvaient sur des collines entourées d'un rempart de pierres brutes avec un fossé profond, les maisons sont rectangulaires et peu enfoncées dans le sol, avec murs en clayonnage et torchis, appuyés sur de gros poteaux de bois. Des pilliers isolés supportent le toit. Plusieurs maisons avaient des porches et des chambres garnies d'âtres, construits en petites pierres. Les âtres et les murs étaient revêtus d'un enduit peint. A Erôsd on a trouvé un reste de four et un modàe de four complet pour faire la poterie qui est très fine, les vases en argile sont bien cuits. La majorité de la poterie est peinte, avec motifs en spirales. On a trouvé vingt-et-une stations similaires sur la rivière Aluta et ses affluents.
C'est ici que devait se trouver un centre important de la civilisation danubienne que nous pouvons déjà considérer comme proto-aryenne. Car c'est justement dans cette région que se trouvent de nombreux noms de lieux à var, en Hongrie : Kapuvar, Kaposvar, Ungvar ; en Transylvanie: Kolozvar, Ujvar, Temesvar; en Croatie: Bélovar, Pmjavar, Vukovar, Comme nous avons déjà indiqué dans cette étude (cf. p. 58), chez les Hittites, voire chez les Proto-Aryens, les noms de lieux composés avec var désignaient les « lieux fortifiés ». Nous pouvons donc conclure que les Proto-Aryens, qui ont fait souche
d^s Gudi - Guti - Hatti - Hittites - Kassites et probablement des Proto-Lituaniens i), devaient séjourner avant le Illme millénaire dans la vallée du Danube moyen.
C'est sous la pression des Brachycéphales arrivés de l'Asie qu'une partie d'autochtones — Dolichocéphales — quitta probablement leurs habitations, pour gagner les montagnes, revint ensuite et rebâtit les villages qui furent détruits à nouveau vers le milieu du Illme millénaire par une autre vague des Brachycéphales. Une autre partie des Dolichocéphales s'expatria probablement vers le sud, le nord et l'est en cherchant de nouveaux habitats, comme de nombreux noms de lieux aux racines : nes-j nesS‘ et gai-, situés dans ces trois directions, l'indiquent.
De nombreux savants de l'école française supposent que ce soient des Brachycéphales asiatiques qui apportèrent l'agriculture en Europe. Cette hypothèse nous paraît être erronée, car la population autochtone dolichocéphale du groupe d'Erôsd, de Cucuténi et de Pétreny à l'époque de l'apparition des Brachicéphales était sédentaire et avait atteint un degré élevé de civilisation. A en juger d'après les vestiges de leurs maisons et de leur céramique, elle pratiquait aussi l'agriculture. Ce sont certainement des autochtones. Dolichocéphales, qui bâtirent leurs villages fortifiés qu'ils appelaient var - varas - varana. C'est ce qui nous donne l'indication qu'ils étaient des Aryens.
(1) Il est singulier que le Folklore lituanien conserve des traces du séjour des Lituaniens sur les rives du Danube, dans les daïnos — chants populaires lituaniens — il y est souvent question du Danube, par exemple :
Siunté mane motinelé In Dunoju vandenelio
€ M’envoya ma mère Chercher de l’eau au Danube
Les Proto-Aryens expatriés, à la suite de Tinvasion des Brachycéphales devinrent par nécessité Gudai - Gudi - Guti « possesseurs, éleveurs de bovidés » ; ils étaient nomades pendant la recherche de nouveaux habitats. Ceux qui descendirent au süd, dans les Balkans, traversèrent les détroits, pénétrèrent en Anatolie, où ils s'arrêtèrent, après avoir découvert des terres fertiles dans la vallée de Halys (nom dérivé de galas en lit. « fin »), où se trouvait la fameuse Purus-handa « endroit renommé par son blé », dont il est question dans les annales akadiennes vers 2725 av. J.-C. Les autres remontèrent au nord jusqu'en Galicie, la troisième vague s'enfonça dans les steppes Ëurasiatiques.
Les données linguistiques, archéologiques et anthropologiques concordent, nous fournissant des preuves que le peuple qui habitait dans la région des Karpates, dans la Transylvanie, en Hongrie au début du Illme millénaire pouvait constituer la souche des Gudi-Guti, Hatti (Hethéens-Hittites) — Kassites et des Proto-Lituaniens. A la suite des invasions des Brachycéphales venant de l'Asie, comme nous venons de constater, une partie de ce peuple se déplaça au sud en traversant le Danube et s'est répandue dans les Balkans jusqu'à la mer Egée et passant les détroits pénétra en Asie Mineure ; l'autre partie s'avança au nord, d'abord en Moravie, en Bohême, en Galicie, en Silésie jusqu'à la ligne Magdebourg-Glogau et ensuite à travers la Lusace jusqu'à la Mer Baltique. Ce sont ces derniers qui donnèrent probablement naissance aux civilisations connues dans la préhistoire au second âge du bronze (1900-1600) sous les noms d!Auniétitzienne et au IVme âge du bronze (1300-1000) -Lusacienne.
Nous partageons l'opinion de l'éminent préhistorien français G. Poisson (Op. c. p. 262) qui considère que des Auniétitziens ont fait la souche des Proto-Lituaniens
ainsi que des Venètes (ou Vendes) de la Baltique et du nord-est de Tltalie qui étaient non pas des Slaves, mai s une population antérieure à Tarrivée des Slaves. C'est à tort que M. Zaborowski ainsi que plusieurs auteurs slaves tentèrent d'apparenter aux Auniétitziens des Proto-Slaves. Mais on sait que le rôle des Auniétitziens dans l'évolution des peuples Aryens de l'Europe est trop important, pour qu'on puisse l'attribuer à un peuple qui, par sa langue, a des affinités avec les Aryens d'Asie. Cette hypothèse est d'ailleurs abandonnée, car l'apparition des Slaves en Europe est de plus de vingt siècles postérieure aux Auniétitziens,
Quant aux Gudi-Guti-Hatti-Kassites, ils appartiennent à la même souche, ils menaient la vie pastorale dans les steppes Eurasiatiques.
Ils ressentirent aussi le choc desi envahisseurs Brachycéphales et se déplacèrent au sud à travers le Caucase en envahissant l'Asie Mineure et la Mésopotamie vers le milieu du Illme millénaire. Nous pouvons les identifier aux peuples des steppes dont il est souvent question dans la préhistoire.
Gudi - Guti - Hatti (Hittites) - Kassites — peuples des steppes et leur civilisation
Ces peuples sont connus par leurs tombeaux, les Kourgans i), c'est-à-dire tumulus, sous lesquels on trouve
(1) Nous ne prenons en considération que les Kourgans néolithiques, car il en existe de très récents, du temps des Scythes et même du Moyen-âge.
Les Kourgans néolithiques sont répandus généralement dans les régions herbeuses, leur distribution coïncide en général avec celles des microlithes. Les plus nombreux se trouvent au nord du Caucase dans les régions de Kouban, Taman, Terek, dans les steppes
La Préhistoire
des squelettes accroupis et soupoudrés à Tocre. Leur civilisation est caractérisée par la hache d'armes à trou d'emmanchement. Leur poterie se compose de gobelets et de vases à fonds bombés, ornés de dessins géométriques, obtenus par application d'une ficelle. C'est la poterie connue sous le nom de cordée.
Ces peuples utilisaient des chars et des chevaux, des haches d'armes, des lances à pointe de cuivre, des masses d'armes en pierre. Ils menaient une vie pastorale, car on n'a pas trouvé de stations, néanmoins, on a trouvé dans leuns restes des traces de grains qu'ils obtenaient en cultivant eux-mêmes (comme les Kassites) ou en rançonnant des peuples voisins qui cultivaient la Terre Noire.
entre la Volga et le Dniepr. Il y en a aussi dans le Turkestan — ceux d'Anau. Spizyn a fait en 1899 le recensement des Kourgans néolithiques contenant des sépultures avec os teints en ocre, il en trouva deux cent trente.
Quelle est Tétymologie du mot Kourgan qu*on croit généralement russe?
L'origine de ce mot n’est certainement pas russe, ni même slave, car on ne peut l’expliquer par aucune racine en langues slaves.
Si nous avons recours à la méthode hittito-lituanienne nous pouvons l’expliquer par deux racines : kur -f gano, où kur en lit. «où», gano, dérivé du verbe ganyti «pâturer», ainsi K(o)urgan = kur + gan(o), « où on pâture ».
On peut supposer que les tumulus, qui ont servi primitivement de sépultures, eurent ensuite des emplois plus utilitaires. Les pâtres gudiques du haut de ces tumulus purent surveiller leurs troupeaux, car la majorité des Kourgans se trouve dans les régions herbeuses.
(1) En lituanien contemporain, sous le nom des Gudai, on désigne jusqu’à présent les peuples voisins de l’est et du sud-est, cela indiquerait que les Lituaniens occupent les habitats actuels dès la plus haute antiquité.
Le Folklore lituanien prouve que les Lituaniens conservèrent assez mauvais souvenir du voisinage avec des Gudai-Gudi, car
J.-P. Cabrys
Le premier caractéristique de leur civilisation est la hache d'armes à double tranchant — bipenne, labrys ^), exécutée en cuivre dans le nord du Caucase, en pierre dans les régions occidentales, où le cuivre était introuvable. Cette hache d'armes en cuivre ou en pierre joue un rôle important dans les civilisations orientales, ainsi que l'attestent des découvertes archéologiques et des traditions légendaires ou même historiques.
la mémoire populaire garde le souvenir de l’époque, lorsque les Gudai les rançonnaient :
Perkuné, dievaiti, Nemuski Zemaiti, Bet muski Guda, Kaip suni ruda.
€ Dieu de l’orage, Perkune, Ne frappe pas le Samogitien Mais frappe le Guda,
Comme un chien roux ».
(1) Dans les traditions légendaires de l’antiquité, on attribuait la bipenne aux Amazones. La nature de ce peuple de femmes est mal définie, mais il semble se rattacher au peuple des steppes. On les plaçait d’abord en Asie Mineure, au nord de la Mer Noire. C’est à elles qu’on attribuait l’origine de la bipenne qui apparaît dans les cultes de l’Asie Mineure.
Plutarque raconte qu’Héraclès aurait dépouillé Hippolyte, la reine des Amazones d’Asie Mineure, de la bipenne ou labrys pour la remettre à Omphale qui la transmit aux rois de Lydie ; ils la conservèrent comme attribut royal. Ensuite le roi carien Arsalès de Mylosa l’attribua au Zeus de sa ville surnommé Labran-deus, c’està-dire le dieu à la labrys, à la hache double. Ce symbole était ainsi devenu d’abord attribut royal, ensuite attribut divin.
On a trouvé dans les couches les plus anciennes de l’Artémision d’Ephèse deux labrys en ivoire et une en électron (ambre). On trouve la représentation de la bipenne sur les cachets d’Aïdin de la collection de Tyskevicius (à Boston) et de Clerq et aussi sur le bas-relief « Chasse » de Sakje-Genri (Musée de Berlin).
D’où vient la hache labrys^ Du nord ou du sud? Les uns supposent qu’elle a été inventée par les peuples des steppes, les autres que c’est le produit de la civilisation mésopotamienne (M. Wolley vient de trouver un modèle en or dans les couches les plus anciennes des fouilles de la ville d'Ur). On trouve aussi le même type de hache en pierre dans le nord de l’Europe où il prend une grande extension et a des formes multiples.
Les partisans de l’origine des Aryens dans le nord de l’Europe, estiment que la hache labrys ne serait que la copie de celle du nord
La Préhistoire
La civilisation gudique, dite des steppes, présente une autre particularité — sa céramique. Elle se compose surtout de vases et de gobelets< à fonds bombés, ronds, pointus ou légèrement aplanis, avec une ouverture rétrécie et un col léger. Elle est décorée au moyen d’empreintes de ficelle. C’est ce qu’on appelle la céramique cordée. Il y a une grande analogie avec la céramique cordée du nord de l’Europe. M. Boltenko trouva, dans la station néolithique d’Oussatova près d’Odessa i), à
de l’Europe et qu'elle a été importée par la migration en Asie des premiers peuples Aryens.
Qu’il nous soit permis d’apporter dans le débat un élément linguistique qui, peut-être, aidera à résoudre ce problème. Il existe dans le lituanien dialectal une double dénomination de la hache : kaplys et labrys, la première dénomination est employée pour désigner une € hache ébréchée, en mauvais état », la deuxième dénomination signifie une c hache en parfait état, bien aiguisée».
Quelle est l’étymologie de ces mots ? Kaplys dérive de kapoti, kapoju- « couper », labrys dérive de labos « bon, en bon éat », dans les deux cas entre les racines kap- et lab- et la désinence -ys est intercalé / et r euphonique.
Les monuments hittites représentent abondamment des rois, des divinités et des guerriers avec le labrys. C’est bien l'arme pour ainsi dire nationale des Hittites. Il est possible que ce soient les Hittites, dont la langue, comme nous venons le prouver, ressemble à la lituanienne, qui dénommèrent ainsi la hache bipenne. Cette dénomination fut empruntée probablement avec la hache par les Grecs d’Asie Mineure, qui nous ont transmis ce nom.
Nous voulons risquer une hypothèse ; on sait que le fondateur du premier empire hittite et dont le nom est devenu presqu'un titre s’appelait Labarna. Nous avons déjà fait dériver ce nom de la racine lab‘ € bon ». Il est probable que ce nom pouvait aussi signifier « celui qui manie la hache de combat -labrys, bon combattant, vaillant » (cf. p. 49).
1) Odessa est un très ancien lieu habité qui s’appelait Kartuba, ensuite Katuba. Sous la dénomination turque le nom de cette localité fut transformé en Katchubei.
L’étymologie de Kartuba = kart -f uba, où kart-us en lit. € amer », uba, upa en lit. € fleuve, eaux » ainsi Kartuba « eaux amères ». En effet, on sait que près d’Odessa se trouvent deux limons d’eau salée, ancien bras de la mer, dont un porte le nom de Katchubei.
8 km. au nord de la mer Noire, une quantité considérable de tessons de poterie cordée, dans les mêmes fouilles il a été trouvé aussi un vase peint et un autre gravé.
Nous admettons que cette céramique a pris naissance à Oussatova ; mais inversement à Topinion des partisans de Torigine nordique des Aryens, nous supposons une migration des Gudai-Gudi dans les régions nordiques, où ils propagèrent la poterie cordée.
Quels sont les témoignages anthropologiques des Kourgans ? M. Zaborowski avait réuni les mesures de treize crânes, incontestablement néolithiques de régions des steppes. Dans son mémoire de 1895 il avait conclu qu’ils se rattachaient tous à « notre grande race dolichocéphale néolithique », il les reliait à des races préhistoriques les plus anciennes de l'Europe centrale, notamment à l'homme de Brunn-Predmost, en Moravie, dont le crâne saupoudré d'ocre, présente une forme si archaïque. Il constata que des crânes semblables, allongés, aux arcades sourcillières très saillantes, sont assez fréquents au nord des Karpates et dans les Kourgans. M. Zaborowski insiste sur cette persistance du caractère comme un signe d'une masculinité sousi l'influence d'une vie rude de guerriers. Un crâne de Kobrynova et un autre de Smela (gouv. de Kiev) paraissent être encore plus allongés (66,9). Cette race semble être le produit de l'époque Aurignacienne. Elle présente une forme intermédiaire entre le Cro-Magnon ^) provenant du Sud-Ouest de l'Europe et le Néanderthalien.
Ces faits infirment la thèse de Moragan, que les peuples des Kourgans seraient arrivés de la Sibérie sous la pression de changement subit de climat. Ayant admis
(1) On sait que les squelettes de Predmost furent examinés par Matiegka dont la conclusion est que ces squelettes représentent un type uniforme qui se rattache aux crânes du type bien connu de Cro-Magnpn dont ils constituent une variante.
La Préhistoire
que TAsie était un réservoir de Brachycéphales, on comprendrait difficilement la présence des crânes dolichocéphales dans les Kourgans, si on présume que les Kourgans étaient Toeuvre des immigrants asiatiques.
Deux circonstances nous obligent à admettre Tappartenance des peuples des steppes, voire des Kourgans, non à la race des Brachycéphales d’Asie, mais à la race Brunn- Predmost, — la dolichocéphalie des crânes des Kourgans et la manière d’ensevelissement : la position contractée et la présence de l’ocre rouge.
La race des Kourgans apparaît à Kostienki sur le Don, à Mezyn en Ruthénie et en Transylvanie. Apparamment cette race occupait les steppes au nord de la Mer Noire depuis les Karpates jusqu’au Turkestan, où il a été trouvé en 1904 par M. Pumpelly une station importante de la poterie peinte à Anau près d’Askhabad. Deux Kourgans ont été explorés. Le Kourgan nord plus ancien contient deux couches : Anau I et Anau II ; le Kourgan sud postérieur au premier contient les couches Anau IIÎ et Anau IV.
Les dates de ces couches sont controversées, mais Peake et Fleure admettent pour le Kourgan nord : Anau I de 3900 à 3300 Anau II de 3300 à 2750
Les premiers habitants d’Anau avaient des maisons rectangulaires en briques crues; ils cultivaient le blé et l’orge ; élevaient des bœufs, des porcs et des moutons. La présence de meules montre qu’ils connaissaient le grain et par suite la culture ; ils fabriquaient une poterie peinte avec des dessins géométriques ; elle n’était pas tournée et n’avait pas d’anses, elle a beaucoup de ressemblance avec celle de Suse ; certains ont voulu faire dériver celle-ci de celle d’Anau. On peut constater toutefois qu’il y a un lien entre la civilisation de Suse et celle d’Anau.
Anau II donne des poteries grises et noires, une
faucille en silex, des épingles en cuivre, des colliers en lapis-lazuli et en cornaline, lames de poignard et tête de lance en cuivre. C’est le développement de la civilisation d’Anau I.
On suppose que le site fut abandonné à la fin de la période II à cause du dessèchement progressif de la région, aujourd’hui déserte.
Anau III montre des poteries faites au tour, blanchâtres, avec des pots à bec, des véhicules à roues. Tout cela ressemble beaucoup à ce que l'on trouve en Iran. (Tépé Hissar II et III) en Assyrie (Gaura V et VI) et en Anatolie. Ces affinités nous laissent à présumer que les peuples des steppes Gudai-GudùHatti-Hethi-Kassites, pressés soit par le changement de climat, soit par les envahisseurs de Sibérie, descendirent les uns en Iran, les autres en Assyrie et en Anatolie.
Nous ne partageons pas l'opinion de M. G. Poisson (Peuplement de l’Europe p. 228) qui pense que le peuple du nord de la Sibérie, émigré vers les steppes du Turkestan, fusionna avec le peuple des steppes, caractérisé par la civilisation d'Anau I-IV et donna naissance aux Aryens. Ces envahisseurs préhistoriques ne laissèrent plus de traces que Khazares, Polovtzy, Petchénègues ou Tartars, envahisseurs des steppes à l'époque historique.
Nous présumons que le peuple des steppes, de Karpates au Turkestan, était déjà formé et appartenait au groupe Proto-Aryen, qui a fait souche des Gudi-Guti- HattùKassites et des Proto-Lituaniens, cantonnés dans la vallée du Danube moyen et dans les Karpates (vallée d'Alu ta). En se basant sur la chronologie ci-dessus citée d'Anau II 3300 à 2750 avant notre ère, on peut supposer que les habitants de ce site quittèrent le Turkestan vers 2750, c'est-à-dire à l'époque de Sargon l'Anden, et commencèrent à envahir Assyrie, Anatolie et Iran ; c'étaient les ancêtres des Gudi-Guti qui deux siècles plus
La Préhistoire
tard conquirent Babylone en 2502 et furent les maîtres d'Akad et de Sumer de 2502 à 2378, des Hittites qui reconquirent Babylone en 1806 et aussi des Kassites qui s'installèrent à Babylone en 1750 pour y régner pendant cinq siècles.
Il est bien probable que les Tokhariens du Turkestan chinois qui parlaient encore au Vllme siècle de notre ère une langue aryenne (du groupe kentum), fussent le reste de ce peuple des steppes dont le site d'Anau révéla l'habitat. Nous avons mentionné (cf. p. 12) qu'on a trouvé des traces de ressemblance avec le lituanien dans les inscriptions sur les fresques de Turfan (Turkestan chinois).
Le problème des Tokhariens a beaucoup intrigué les savants. M. G. Poisson pense qu'il n'est pas possible d'y voir une migration d'un peuple européen à travers l'Asie. Nous pensons, au contraire, que cela est très possible : puisque des hordes asiatiques se déversèrent sur l'Europe à travers les steppes, aussi bien à l'époque préhistorique qu'à l'époque historique (Gengis-Khan et autres), pourquoi un mouvement inverse ne serait-il pas possible ?
L'hypothèse de la formation des peuples Proto- Aryens dans les steppes Eurasiatiques, formulée par plusieurs auteurs n'est pas suffisamment appuyée par des arguments d'ordre linguistique, archéologique ou anthropologique. Les vastes plaines des steppes à moitié désertiques n'étaient aptes qu'aux pâturages, le peuple qui était laboureur, par excellence, ce que son nom Arejas* Aryas indique, ne pouvait se former dans un pays de cette nature. Au contraire, le peuple des Kourgans qui était d'origine proto-aryenne, était composé, au début, de laboureurs qui, ensuite, par la nature dés choses, devinrent pâtres. Mais ils continuèrent malgré tout, à s'appeler avec fierté Arejas-Aryas (laboureurs), nom qui devint un titre de noblesse dans leur nouvelle patrie : Iran et Inde. Cela n'empêcha pas de les surnommer
Gudai-Gudi-Guti, ce qui devait signifier c éleveurs, voire pâtres de bovidés », nom qui correspondait d'ailleurs à la réalité. Le nom de Gudai-Gudi fut ensuite déformé en Guti par les scribes de Babylone et par ceux d'Assur en Hatti.
Une branche du peuple des Kourgans-Gudi traversa probablement le Caucase au début du Illme millénaire en longeant la côte de la Mer Noire, où elle laissa la trace dans la dénomination ancienne de Sotchi-Niesis. Cette migration devait se produire par des vagues successives.
Gudi-Guti installés en Asie Mineure, dans la boucle de la rivière Halys, au début du Illme millénaire, parmi les peuples asianiques, s’assimilèrent aux indigènes et ne conservèrent que le nom de Hatti dérivé de Gudi-Guti.
Lorsque cinq siècles plus tard, une autre vague de Proto-Aryens, connus sous le nom de Nessites, arriva en Asie Mineure par le Bosphore et les Dardanelles et entreprit la conquête du pays, elle se heiurta aux Hatti qui semblent être déjà complètement assimilés. Car Anita, après avoir pris d’assaut Hattussas, la capitale des Hatti, la détruit et sème sur ses ruines la plante épineuse zahheli, en faisant le vôeu de la voir pousser au lieu du blé. Anita ne manqua pas de jeter l’interdit sur cette ville : « Celui qui deviendra roi après moi, profère-t-il, et repeuplerait la ville Hattussas, que le dieu de l’orage du ciel l’écrase I» Cet anathème n’empêcha d’ailleurs pas ses successeurs de rebâtir la ville et d’y transporter la capitale, car la position géographique et stratégique de cette ville s’y prêtait admirablement. Hattussas resta la capitale de l’empire hittite jusqu’au Xllme siècle av. J.-C.
Par contre, le père d’Anita, Pithâna, lorsqu’il conquit Nessa « fait prisonnier le roi de Nessa ; quant aux habitants il ne fait de mal à aucun, il les traite comme (ses) père et mère ». Cela prouve leur parenté ethnique ;
La Préhistoire
malgré la rivalité et la guerre qu’ils se faisaient entre eux, ils se ménageaient mutuellement. Tandis que Hatti, assimilés complètement aux Asianiques furent considérés par les Nessites comme étrangers bien qu’ils descendissent de la même souche proto-aryenne.
Les Nessites après la conquête de Hattussas et du pays de Hatti abandonnent le nom des Nessites, qui devait signifier « ceux qui se transportent d’une localité à une autre > et adoptèrent le nom de Hatti en se fixant définitivement à Hattussas. Ils furent connus sous ce nom jusqu’à la disparition de leur empire au Vllme siècle avant J.-C. Mais ils évitèrent l’assimilation par les Asianiques parmi lesquels ils vivaient.
C’est le sixième roi hittite, Labarna, qui peut être considéré comme le fondateur de l’empire hittite. Voici ce que dit à son sujet M. L. Delaporte (Op. c. p. 62) :
« Labama semble avoir achevé l’union sous un seul chef des cités-états de Hatti qui auparavant étaient dans une indépendance relative et subissaient parfois le joug de l’une ou de l’autre. Leur situation avait été jusque là comparable à celle des cités sumériennes et akadiennes. Le résultat auquel Labarna atteint peut être comparé à celui qu’obtint vers le même temps en Mésopotamie le grand roi Hammourabi, l’organisation définitive du pays sous la direction d’un seul chef, une législation unifiée, un même culte.
€ Avec Labarna, les Indo-Européens ont définitivement évité l’assimilation dans l’ancienne population asianique de Hatti, ils se sont assuré la suprématie ; ils vont devenir un facteur important dans la politique mondiale. »
Nous pouvons conclure, contrairement à l’opinion de nombreux préhistoriens, que le peuple des steippes, constructeur des Kourgans, était dolichocéphale, que son lieu d’origine se trouvait dans la valléîe du Danube
moyen : Pannonie, Transylvanie, Roumanie, Croatie — région des noms de lieux habités à -var.
Au point de vue ethnographique nous avons identifié le peuplé des steppes et des Kourgans au Gudai- GudùGuti, auxquels se rattachaient Hatti (Heths-Hittites) et Kassites, C’étaient des Proto-Aryens, comme les noms de lieux, sur Taire de leur extension de Karpates et du Danube jusqu’au Turkestan, l’indiquent.
Les noms des montagnes et des fleuves de cette aire sont aryens. Ainsi le nom des Karpates signifie « région élevée », comme nous l’avons déjà indiqué (cf. p. 43), il dérive de la racine hitt. karpja « élever » ; Caucase dérive de la racine lit. dial, kaukas « colline, élévation ». Le Folklore lituanien connaît le dicton :
Penkvalakis kauko Tris valakai lauko.
€ Cinq valaques i) de kaukas
Egalent aux trois valaques des champs ».
Les noms des fleuves Danube, Dniestre, Dniepr, Don, Donetz dérivent de la racine scr. dhuni « rivière », dun, don en ossète «eau, rivière». Ces noms de fleuves indiquent qu’ils n’avaient pas un nom spécial, ils désignaient seulement « eau, rivière » avec l’adjectif distinctif s(t)r~aunus, en lit. « rapide » pour Dniestre et Dniepr, d’ailleurs Dniestre était connu dans l’antiquité sous le nom de Tyras en lit. : « désert », car il traversait une région (Bessarabie) désertique ; au bord de ce fleuve se trouve la ville. Tyraspol dont le nom dérive de Tyras.
La racine scr. dhuni est métathèse de la racine lit. dial, und-uo (gen. undenis) « eau » et de la rac. lat. unda « onde, vague », en scr. undon ou udra « eau » ; U don, était l’ancien nom de Kouma (nord du Caucase), Odra fleuve en Pannonie et Oder en Allemagne.
(1) Valaque est une mesure des champs lituanienne égale à trente héctares.
La Préhistoire
Un bras de Tembouchure du Danube s'appelle Kilia qui est une forme fléchie de Gilia, dérivé de gilus en lit. « profond ». Il est singulier qu*un des bras de l'embouchure du Nemunas^) s'appelle aussi Gilia, un autre Russ ; il existe sur la rive droite du Danube (en Bulgarie) une localité qui s'appelait aussi Russe (auj. Roustchuk).
L'ancien nom de la Mer d'Azov — Palus Méotis avait le surnom de Tamerinda (Pline VII, 7), la presqu'île entre la Mer d'Azov et la Mer Noire s'appelle Taman, parce qu'entourée des eaux sombres et boueuses de la Mer d'Azov. Ces noms dérivent de la racine tam-sus en lit. « sombre, obscur » ; en Europe occidentale nous rencontrons aussi de nombreux noms de fleuves dérivés de la même racine : Tamesis (Tamise) en Grande-Bretagne, Tamaris en Espagne, Tamarus en Italie (Samnium).
Sur l'aire des steppes Eurasiatiques nous trouvons de nombreux noms de fleuves en composition avec -uba, •upa en lit. « fleuve » ; le bras gauche de la Volga s'appelle Aktuba dont l'étymologie: ak(t) + uba^ où ak(u), ek(u) en hitt. « boire », uba, upa en lit. « fleuve », ainsi Aktuba « fleuve d^eau potable ». Deux affluents de l'Oural portent les noms de Kara-uba et Bess-uba (cf. pp. 56, 57, 68).
Le nom du fleuve Kuban dérive de Ku + uba, où ku est la forme fléchie de Gu(ovs) lit. dial, c bovidé », uba « fleuve », n- le suffixe de l'adjectif à la terminaison -nas, -nis fréquent en lit. et en hitt. pour désigner la capacité, l'aptitude, ainsi Kuban « fleuve apte, commode à abreuver des bovidés ».
(1) Cette circonstance semble confirmer notre hypothèse que la vallée du Danube fut le lieu d’origine des Proto<Lituaniens, qui, après avoir quitté la vallée du Danube, s’installèrent à demeure dans le bassin du Namunas dont le nom dérive de namas « habitation, maison », Namûnas ou Némunas c lieu où on s’installe à demeure ».
Sur la même aire des steppes Eurasiatiques nous rencontrons aussi de nombreuses Karduha ou Kartuha « eaux amères » dont Fétymologie a été indiquée plus haut (cf. p. 68). Ce sont généralement des anciens « restes » de la Mer Noire ou Caspienne qui se retira. Ils contiennent souvent de Feau salée, tel est le cas des deux limans d’Odessa et des innombrables limans entre les Mers Noire et Caspienne (cf. p. 115). Pour les distinguer les uns des autres on leur donne des qualificatifs, par exemple : Krasny liman « liman rouge », Siny liman « liman bleu », etc. Si les qualificatifs sont russes, le nom liman est protoaryen et date de Fépoque préhistorique, de même que le nom du Lac Léman (Lac de Genève) en Suisse.
Ce nom est souvent déformé en Russie par métathèse en Ilmen, comme c’est le cas du grand lac russe près de Novgorod.
Il y a aussi de nombreux noms de lieux en France portant ce nom : Limagne (en Auvergne), Limogne (Cahors).
Qu’il nous soit permis d’ouvrir id une parenthèse. Le nom générique léman, liman, ilmen, créé en série, est certainement proto-aryen, il dérive d’une radne de l’aryen primitif, tombé depuis longtemps en désuétude aussi bien en hittite qu’en lituanien, car dans ces deux langues nous ne trouvons aucune racine nous permettant de l’expliquer. En tout cas, ce nom générique se rapporte non pas aux lacs ordinaires, mais aux restes d'étendues d'eaux plus vastes, voire des mers. On dirait que les Proto-Aryens qui créèrent ce nom furent les témoins du retrait des eaux. Ainsi le Lac Léman (Suisse) est certainement le reste d’une nappe d’eau qui s’étendait des Alpes au Jura. On sait que le Lac Léman préhistorique se déversait dans le Rhin au-dessus de Vevey par la dépression d’Attalens entre le Mont-Pélerin et le Mont-Vuarat. Mais ce qui est encore plus étonnant, c’est que l’ancienne limite
nord de cette immense nappe d*eau porte le nom de Jura (prononcer Youra) en lit. c mer » (c£. pp. 33, 35) qui est aussi un nom générique, créé en série, car en dehors du Jura suisse il y a le Jura d\e Souabe et le Jura Franconien qui longent la rive gauche du haut Danube.
On sait que les phénomènes glaciaires ont amené une accumulation énorme de glaces, formées sur les montagnes de 1200 à 3000 mètres d'altitude, ce qui était le cas des Alpes et du Jura. A l'époque de la post-glaciation Wurmienne, après la fonte des glaces, tout l'espace entre les Alpes et le Jura fut couvert d'une immense nappe d'eau, de sorte que se forma une « mer » d'eau douce.
Post-glaciation Wurm I. correspond à l'apparition des Aurignaciens du Paléolithiquîe supérieur, dans la zone inter-glaciale, entre le glacier des Alpes et les glaciers Scandinaves, qui descendaient jusqu'à la ligne Londres-Prague-Kiev.
Les Aurignaciens qui chassaient des rennes et des m amm ouths sur le versant nord du Jura auraient pu être les témoins de la formidable période glaciaire, accompagnée des phénomènes géologiques qui ont modifié la surface de la terre ; ils pouvaient être les témoins de la fonte des glaciers des AJpes qui remplirenît d'eau toute la dépression entre les Alpes et les Jurais Suisse, de Souabe et Franconien. Ce sont peut-être eux qui, en observant les phénomènes de la post-glaciation — la fonte des glaces — et voyant l'immense mer d'eau douce, s'écriè-
(1) M. A. Dauzat (op. c. p. 208) lait dériver le nom de Jura d’une racine celtique, juris, désignant la c forêt de montagne, hauteur boisée », si fréquente, dit-il, dans cette région, où elle a laissé dans la toponymie bien d’autres représentants (Joux, Jorat, Jorasse, etc.). Mais, il s’agit de savoir, si la € radne celtique * juris « montagne boisée » ne dérive pas de Jura ? Est-ce que les noms du Jura de Souabe et du Jura Franconien dérivent aussi de la * racine celtique », juris ? Et Baltijos jura, le nom lituanien de la c Mer Baltique », dériverait-il aussi de la « racine celtique », juris ?
rent Youra ! Y aura / « mer 1 mer ! ». Nom qui resta attaché à ces monts qui servirent jadis de rives à cette mer.
On sait que Tépoque Aurignacienne est caractérisée par Tapparition d'une race nouvelle — Cro-Magnon, très évoluée dont les caractères anatomiques, différents de ceux des Néanderthaloïdes, sont identiques à ceux des races actuelles les plus évoluées. Cette race donna Timpulsion à l'industrie lithique qui est très supérieure à celle des Moustériens tant au point de vue de la variété et de la multiplicité que des formes de leur outillage.
Nous pouvons donc supposer que c'étaient des Cro- Magniens qui donnèrent la dénomination aux monts Jurais, Ainsi, il serait probable que ce soient des Cro- Magniens qui firent la souche de tous les peuples Proto- Aryens.
Ici nous fermons la parenthèse sans insister davantage.
Les steppes eurasiatiques dans leur ensemble ne se prêtaient pas à la culture, néanmoins, il y avait des exceptions comme les noms de lieux l'indiquent. Nous rencontrons deux Samara, l'un affluent gauche du Dniepr et l'autre aussi affluent gauche de la Volga avec une ville du même nom se trouvant dans le confluent de deux fleuves.
Quelle est l'étymologie de Samara ? Samara — sam + ara, où sam est la forme fléchie de iem(e) en lit. « terre » ara en lit. « labour », ainsi Samara « terre, sol arable ». Il est singulier que nous trouvons ce nom de Samara aussi bien à l'extrême limite occidentale de l'aire Eurasiatique, en France : l'ancien nom de la Somme et de la Sambre^ qu'en Orient, en Mésopotamie : Samara, nom d'une ville sur la rive gauche du Tigre.
Le nom du Lac Aral dans le Turkestan prouve que ses rives étaient arables à l'époque préhistorique avant le dessèchement du climat (Anau).
La Préhistoire
Gudi‘Guti, constructeurs des Kourgans dans les steppes, menaient une vie nomade et, par conséquent, n’étant fixés nulle part, ils ne donnaient que rarement les dénominations aux localités, sauf celles probablement, où ils séjournaient plus longtemps, comme c’était le cas dans la partie occidentale des steppes de la Bessarabie et aussi dans la région du Kouban.
Dans la partie occidentale des steppes à la lisière des Terres Noires, nous trouvons encore de nombreuses localités qui, parmi les noms slaves à la terminaison -skoje, -ka, ont une consonnance hittite, par exemple : Kisinev(a), Balta, Yarouga, Kodyma, Ouman ; de nombreux noms à caractéristiques hittites, à la terminaison -ava, -uva, ^ova, -eva ou abrégé en ov, par exemple : Goltava, Pultava (Poltava), Rostov(a)y Azov{a), Saratov(a)j Kiev(a), dérivé de Kujava - Gujava « lieu d’abreuvage des bovidés » (cf. p. 69).
Il est symptomatique que nous trouvons aussi des noms de lieux à la consonnance hittite dans la Crimée : Monts Yaïla, Yalta, les noms en -ava Balaklava ; les noms de lieu en an : péninsule et cap Tarkan, T aman. De nombreux fleuves dans la région du Caucase portent des noms hittites : Anapa, Laha, Beïsoug, Malka, Irunga, Aragva.
La région du Caucase à la proximité du défilé de Darjal, habitée par les Ossètes, abonde en noms de lieux hittites : Tuganova, Banokova, Tramhieva, nous trouvons ici même le nom d’une localité qui s’appelle Balta «blanc», on sait que ce nom est très répandu en Moldavie, en Bessarabie et en Lituanie, où plusieurs localités portent le nom de Balta. Nous trouvons en Roumanie une localité qui porte le double nom de Alba-Balta.
L’abondance des noms gudiques ou hittites dans cette région du Caucase, habitée par des Budines (auj. Ossètes), s’explique par le fait qu’ici se trouvait un point « stratégique » de la plus haute importance — passe de
Darjal, — car les Proto-Aryens dans leurs migrations avaient Thabitude d'occuper ces points et les faire garder par de forts contingents, installés à demeure. C'est ainsi que s'explique la présence de cet îlot des Ossètes au milieu des peuples asianiques (cf. p. 90).
Ces noms de lieux prouvent amplement que les peuples des steppes qui ont construit des Kourgans furent des Aryens. Nous les avons identifiés avec les Gudai-Gudi- Guti’Hatti (Hittites) -Kassites.
Ces peuples firent trembler les empires d'Orient : Akad, Sumer, Assyrie, Egypte. Avec la conquête de Babylone par Guti, en 2502 av. J.-C., les Aryens entrent par la grande porte dans l'Histoire.
La présence de ces peuples d'origine aryenne dans les steppes a permis aux préhistoriens de l'école française et aux autres orientalistes d'émettre l'hypothèse que le berceau des Aryens se trouvait dans les steppes eurasiatiques.
Désormais la légende de l'origine orientale des Aryens doit prendre fin. Il n'y a plus de doute que le berceau des Aryens se trouve en Occident, en Europe. Nous avons pu suivre la trace des Proto-Aryens jusqu’à la vallée du Danube moyen. Mais ce n’est qu'une étape, d'ailleurs, très importante de leur expansion à l'Est, au Sud et au Nord.
Leur berceau est ailleurs.
La Préhistoire
Extension de l’Empire Gudique dans le nord et l’ouest de l’Europe
Les annales de la Chaldée nous donnent des preuves de la pénétration des Proto-Aryens, Gudi-Guti-Hatti (Hittites)-KassitesJ en Mésopotamie dès le milieu du Illme millénaire. Les annales hittites de Boghaz-Keui nous apportent une preuve qu'un puissant empire proto-aryen fut fondé au début du lime millénaire av. J.-C. en Anatolie et en Syrie ; il dura jusqu'au Vllme siècle av. J.-C.
Nous ne possédons, hélas, d'autres annales qui puissent nous donner des preuves de l'extension de l'Empire Gudique dans le nord et dans. l'ouest de l'Europe.
Pas de documents, pas d'histoire I
Nous sommes donc obligés, en revenant de l'Orient en Europe, de retourner dans la préhistoire et de nous contenter, faute de documents écrits, des documents archéologiques, anthropologiques et linguistiques - toponymiques pour pouvoir, à l'aide des conjectures, retracer l'expansion des Gudai-Guti en Europe même.
Nous avons vu que les caractéristiques de la civilisation gudique, dite des steppes, est la hache d'armes à un ou deux tranchants — labrys en cuivre dans la région du Caucase et en pierre dans les régions occidentales. Gudai-Guti furent des guerriers et des conquérants. Ils étendirent leur empire non seulement en Orient, mais aussi en Occident, en Europe septentrionale. Leur empire couvre ainsi une grande partie de l'Europe, s'étendant au nord du bassin du Danube, des Alpes et de l'Adriatique jusqu'aux rivages de la Baltique et jusqu'en Scandinavie.
P.-J. Gabrys
Avec leur hache d'armes et avec la masse d'armes, les envahisseurs gudiques apportent en Europe centrale et septentrionale la poterie cordée et l'usage des tumulus à sépulture individuelle.
Les préhistoriens de l'école française, entre autres G. Poisson, ont raison, lorsqu'ils affirment que les Proto- Aryens essaimèrent de steppes Eurasiatiques dans le nord et l'ouest de l'Europe. Mais ils ont tort, lorsqu'ils prétendent que ces steppes furent leur berceau. On a vu pourquoi les steppes inaptes à l'agriculture ne pouvaient être le berceau à'AryaS’Arejas « agriculteurs » par excellence.
Les préhistoriens de l'école allemande ont raison lorsqu'ils soutiennent que les Nordiques sont d'origine aryenne ; ils ont aussi raison, lorsqu'ils affirment qu'on doit chercher le berceau des Aryens en Europe et non en Asie. Mais ils ont tort lorsqu'ils prétendent que le berceau des Aryens se trouve sur les rives de la mer du Nord ou de la mer Baltique.
Le principal protogoniste de l'origine des Aryens dans le nord de l'Europe, Kossinna, prétend que la civilisation de la céramique cordée se développa dans le nord (Jutland) et de là elle s'est étendue jusqu'aux steppes ; il voit dans les tombes individuelles une évolution locale des « Indo-Germains », qui seraient ensuite partis de la Scandinavie et de l'Allemagne pour coloniser les steppes Eurasiatiques. Cette opinion est appuyée par Schuchhardt et autres préhistoriens allemands.
L'avance des Nordiques dans cette direction serait marquée par les tumulus contenant de la poterie cordée, la hache d'armes en pierre. Les Kourgans néolithiques ne seraient que l'imitation des tumulus nordiques. Les dolmens de la mer Noire ne seraient qu'une survivance de mégalithes du nord, entraînés par les courants précédents. Cette opinion est partagée par la majorité des
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préhistoriens allemands, elle est appuyée par le préhistorien suédois Aoberg.
Cette opinion est combattue par les travaux récents d*un savant danois, G. Rosenberg, qui a montré comment était née à Oussatova (près d'Odessa) la décoration cordée et comment elle s'est propagée jusque dans le nord (Cf. pp. 115-116).
L'hypothèse des préhistoriens allemands est fortement combattue par Serjna et par des savants anglais, Myres, Peake, Childe. Nous partageons leur opinion que l'apparition des tombes individuelles dans le nord au milieu de la civilisation mégalithique au Danemark et en Allemagne modifia son développement. Elle isola à l'ouest de l'Elbe un groupe de la civilisation mégalithique existant précédemment sur les rivages de la mer du Nord.
L'extension de l'empire gudique au nord de l'Europe trouble visiblement l'état de choses ancien et provoque le mélange de la civilisation gudique avec celle des mégalithes, il se forme ici une civilisation mixte employant à la fois les mégalithes et les tombes individuelles sous tumulus et caractérisée par la poterie cordée et par la hache d'armes.
Cette civilisation se rapproche de celle qui se forma antérieurement plus au sud en Thuringe, Saxe et Silésie sous l'impulsion de la civilisation danubienne.
L'ensemble de deux civilisations semble avoir formé une grande unité culturelle, dite de la civilisation à céramique cordée^ comportant quelques variations locales ; elle fait supposer, sinon une organisation politique unifiée, tout au moins solidarité ethnique due à un élément commun. Nous pouvons supposer la formatioB' d'un type ethnique nouveau nordique par la fusion des survivants : des Cro-Magniens, des descendants de Kiœkkenmœddings (éléments pré-aryens. Finnois) évolués.
grâce à la civilisation mégalithique et des conquérants gudiques venant des steppes.
Les conquérants Gudai-Guti, venant des steppes dans le nord et l'ouest de l'Europe, y procédèrent certainement de la même manière qu'en Asie Mineure et en Mésopotamie, avec cette différence qu'ils rencontrèrent ici une population moins avancée, voire même arriérée. Ce furent certainement Gudai-Guti qui donnèrent des noms aux lieux en Europe nordique et centrale.
Ici nous sommes obligés de rappeler que les populations pré-aryennes de ces régions du type de Fenni de Tacite (Germ.) (cf. pp. 17, 18) ne donnèrent sûrement pas les noms aux lieiux qu'ils n'occupaient que provisoirement, étant chasseurs et pêcheurs, ne labourant pas la terre et même méprisant l'agriculture. Nous sommes en droit même de supposer que Fenni (d'où dérive la dénomination Finnois) constituaient le principal noyau des Pré-Aryens qui occupaient la région entre le Rhin, l'Elbe et les monts du Harz avec Hercunia silva au sud. Par conséquent, ces noms de lieux doivent être attribués aux conquérants, Proto-Aryens, venant des steppes — Gudai-Guti.
Ainsi les noms de fleuves de l'aire qu'on attribue généralement aux peuples pré-germaniques, portent la marque irrécusable de la facture gudique. Commençons par le plus important, le Rhin, qui marque la limite occidentale de l'extension de l'empire gudique. Le nom latin de ce fleuve Raenus, Reinus et celt. cour. Reinos dérive du proto-aryen : (s) raunus en lit. « rapide », où la diphtongue au fut substituée par ei, ae, dont la disparition est marquée en allemand par h, les deux consonnes de la racine r, n, subsistent.
Le bras principal de l'embouchure du Rhin s'appelle actuellement Waal, dérivé de Vacalus (César), Vahalis
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(Tacite) ; ces noms attestés par les auteurs romains dérivent de la rac. proto-aryenne, vaga-lis, où vaga en lit. « sillon », au figuré « lit d'un fleuve », -lis désinence habituelle aux noms hitt. et lit. (Cf. pp. 66, 67). Ce nom en lit. contemporain indique généralement : « lit principal du fleuve ».
Les affluents du Rhin ont aussi les noms aryens : Moselle dérivé de Mazile « toute petite » en lit. diminutif de Maza, Meuse anc. Moza dérive de Maza en lit. « petite » ; dans les deux cas l'adjectif est au féminin se rapportant à upe (sousentendue) en lit. « fleuve » fem.
Ceux qui donnèrent les noms à ces fleuves voulaient probablement marquer leur rapport de grandeur : le Rhin était le grand fleuve, Meuse «petite» par rapport au Rhin, Moselle « la plus petite ». L'affluent droit du Rhin Ruhr avait surnom Gelduha, les deux noms sont protoaryens : Ruhr dérive de rauris lit. dial. « vallon creux » du verbe rausti en lit. « creuser » ; Gelduba = gelda + uha, où gelda en lit. « seille », uha (upa) « fleuve », ainsi Gelduba « fleuve encaissé comme dans une seille ». Les deux noms désignent un fleuve encaissé, ce qui est le cas de la Ruhr,
Ce nom Gelduba, plus que tous les autres, trahit l'origine gudique des noms de lieux de l'aire germanique. Nous avons vu plus haut (cf. pp. 56, 57, 68, 123) que c'était le mode préféré des Gudai-Guti-Hatti (Hittites) de former en série les noms des cours d'eau. En Allemagne abondent les noms de fleuves en -ap, -up, -ep, -pe en territoire bas allemand et en -aff, -uff, eff, -/ en territoire haut allemand, ce sont les anciens noms gudiques en uba, upa, apa déformés par la mutation consonantique (cf. pp. 68, 69).
Le nom de fleuve Weser, ancien Visurgis, Visurja est proto-aryen dont l'étymologie : Vis + urja = vis + aria, où vis en lit. « partout », aria en lit. « on laboure »,
ainsi Visurja - Weser « fleuve dont la vallée est labourable partout ». Ce nom n’est pas isolé, il fait partie d’une grande série de noms proto-aryens désignant de nombreux noms de fleuves dont les vallées sont arables ; deux en France Vézère (Visera IXme siècle), affluents de la Dordonne et de l’Isle , Isar près de Munich, dérivé de (V)isar(a); Isara ancien nom de Oise, affl. de la Seine, dérivé de (V) isara; Yser en Flandre, Isère affluent du Rhône dérivé de (V)isara «labourable partout».
Le fleuve Tauber (ancien Dubra, Dubris), mutilé par la mutation consonantique, dérivé de dauba, duobé, dub(u)ris en lit. « trou, creux dans le lit du fleuve provenant des remous», alors Tauber = Dubris ou Dubra « fleuve ayant des trous provoqués par les remous ».
Le nom de fleuve Elbe, anciennement Laba^), par métathèse Alba, ensuite déformé en Elbe; Laba (sousentendue upa « fleuve ») fém. de labos, en lit. « bon, bonne ». On a vu que dans la région du Caucase existe aussi un fleuve Laba (cf. p. 127).
Le nom du fleuve Oder, comme nous avons déjà indiqué plus haut (cf. p. 122) dérive du udra en scr. « eau » ou de audra en lit. dial. « flot, vague ». Le surnom latin de ce fleuve Via-dua « double voie » nous indique que ce fleuve, qui se dédouble depuis Kustrin, grâce à son affluent Wartha dont l’importance est presque égale à celle de l’Oder, servait de double voie, remontant le fleuve depuis l’embouchure. Le nom de Wartha peut dériver de vartai pl. t. en lit. « portail » ce qui pouvait signifier que ce fleuve ouvrait le passage dans le pays de l’est. Il est singulier que ce cours d’eau ait un affluent gauche qui s’appelle : Netze, anc. Neisse, dérivé de la rac. nessu, nesu, nesti en lit. « transporter »
(1) Les habitants de la vallée de l'Elbe étaient connus sous le nom de Po-labes, c’est-à-dire: «riverains de Laba».
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OCJ T.
Cf ap pu/aa/rji
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