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Carte d’Eratosthène, vers 220 avant J,-C.
œ qui indiquerait que Gudai-Guti avaient l’habitude de camper ici pendant leurs migrations. (Cf. pp. 52, 89).
Le fleuve Fistule, chez Jordanes Viscla, les Polonais l’appellent Wisla, les Kaschoubes Wiskla, L’étymologie de ce nom : vis + s(e)kla, où vis en lit. « partout », seklus, fém. sekla « peu profond, ayant partout bancs de sable » ; en effet, ce fleuve mal endigué, est connu par sa mauvaise navigabilité, à cause des bancs de sable.
Le nom de la mer Baltique incontestablement protoaryen, doit être certainement attribué aux Proto- Lituaniens dont l’arrivée sur les rives de cette mer est antérieure à l’extension des Gudai-Guti dans le nord de l’Europe, qui devait se produire vers le milieu du Illme mill. av. J.-C. Ce nom, en lituanien, Baltijos jura, signifie « mer Blanche » (cf. pp. 33, 35). Les auteurs de l’antiquité : Tacite, l’appelaient mare Svevicum, Ptolémée — Venedicum, les auteurs allemands, entre autres, Hénébergerus, — mare Balticum, Sarmaticum, Venedicum sive Prutenicum, Mais le nom proto-lituanien — Baltija, mer Baltique a prévalu sur les autres et nous continuons de l’appeler comme le dénommèrent les Proto-Lituaniens il y a plusieurs milliers d’années, malgré de nombreuses tentatives dei la débaptiser.
Les Grecs connaissaient le nom de Baltia, probablement à cause du commerce de l’ambre, car Eratosthène, en 220 av. J.-C., mentionne ce nom en confondant la mer avec une île (v. carte p. 135).
Les Proto-Lituaniens, venant des rives du Danube, ont atteint les rives de la Baltique probablement vers le milieu du Illme: millénaire av. J.-C. et occupèrent toute la côte sud-est de la Baltique de Viscla (Fistule) jusqu’à Dauguva (Duna), que Ptolémée (III, 5) assigne aux Vénèdes « la plus grande parmi les nations sarmates». « Les plus orientales (nations), dit-il, sont Galindai, Sudenai et Stavanai ».
La Préhistoire
Ces trois nations sont justement celles qui composèrent le noyau des Proto-Lituaniens que Tacite (Germ.) appelle Aestii « nations orientales », les habitants des régions à Vest de la Germanie, une désignation purement géographique. Tacite distingue bien Aestii de Germains en disant : « Frumenta caeterosque fructus patientius, quam pro solita Germanorum inertia lahorant. » — Ils (Aestii) cultivent le froment et autres céréales avec plus de patience que ne le font les Germains s’abstenant de ces travaux ; » C'étaient donc certainement des Proto- Lituaniens : anciens Prussiens-Borussi, Lituaniens, Getviai et Letgaliens-Lettons.
L'habitat primitif des Proto-Lituaniens s'étendait profondément à l'est jusqu'au cours moyen du Dniepr, probablement jusqu'aux Terres Noires, sur son affluent, Desna, où habitaient les Budines i) défendant l'accès de ces terres aux nomades — Alanes — cantonnés entre le bas-cours du Dniepr, le Don et les bords de palus Méotis.
Les Proto-Lituaniens arrivés sur les rives de la Baltique vers le milieu du Illme millénaire (cf. p. 110) ne restèrent pas sans contact avec Gudai - Guti, Il y a même lieu de supposer que la partie méridionale et orientale de la Lituanie préhistorique, allant de la Desna jusqu'aux sources du Dniepr, fut habitée par la population d'origine gudique : noms de lieux et noms de personnes l'indiquent. C'est de cette région que proviennent généralement les personnalités historiques lituaniennes du Moyen Age qui portent leurs noms en -cCila,
(1) On se souvient que nous avons fait mention des Budines, c’étaient probablement des « sentinelles » des Proto-Lituaniens en bordure des steppes (cf. p. 90)» Sur l’affluent de la Desna, Surna, nous relevons sur les cartes du XVIIe siècle les noms lituaniens des localités : Bereniski, Tropiski.
~vila : Jogaïla, Skirgdila, Raïla, Tautvila, Butvila i), etc... (Nous avons vu que c’était le caractéristique des noms gudiques - cf. p. 98). Que des Proto-Lituaniens, connus au début de notre ère, sous le nom de Aestiij avaient des relations avec Gudai-Gots, nous avons des preuves historiques. Cassiodore, ministre de Théodoric le Grand et historien de celui-ci, fait mention d’un rescrit 2 ) de Théodoric aux Aestii pour les remercier de l’aide offerte par eux (Cass. V, 2).
C’est dans cette partie de la Lituanie historique qu’habitait la population connue sous le nom de Getviai (le nom dérivé de Gudai-Getai), Ce peuple se distinguait par son courage indomptable, il défendait les confins de la Lituanie historique. Les statistiques russes enregistraient encore au milieu du XIXme siècle plus de trois cents mille Yatviagues (le nom déformé de Getviai 3).
(1) Schœnfeld (dict.) fait mention du nom Badvila, roi des Ostrogots, VIme siècle après J.-C.
(2) Voici l’extrait de cet intéressant document d’après Harlknoch (Dissert. hist. II, 31) :
Haestis Theodoricus rex : Illo et Illo Legatis vestris venientibus grande vos studium notitiae nostrae habuisse cognovimus, ut in Oceani litoribus constitua, cum nostra mente jungamini : svavis nobis admodum grata petitio, at, ad vos parveniret fama nostra, ad quos nulla potuimus destinare mandata, — Amate jam cognitum, quem requisivistis ambientes ignotum. — Et ideo salutatione vos affectuosa requirientes, indicamus succina, quae à vobis per horum portitores dicto sunt, grato animo fuisse suscepta : quae ad vos Oceani unda descendens hanc levissimam substantiam sicut et vestrorum relatio continebat, exportât. Sed unde veniat incognitum vos habere dixerunt, quam ante omnes homines patria vestra offe~ rente suscipitis, •
(*) Bien qu’actuellement une grande partie de Getviai est dénationalisée, il subsiste encore dans la Lituanie méridionale un dialecte — celui des Dzukai — qui conserve de nombreuses particularités ayant le caractère gudique, voire hittite.
La Préhistoire
L'extension de Gudai-Guti dans le nord de l'Europe ne s'arrêta point sur les rives de la mer Baltique, ni de la mer du Nord, ils franchirent ces mers pour se rendre en Scandinavie.
Quelle est l'étymologie de ce nom ? Elle saute aux yeux. Scandinavie = Scandin - ava, où skandindi en lit. « noyer », - ava désinence habituelle de noms de lieux gudiques, hittites et lituaniens (cf. pp. 69), ainsi Scandinav(i)a « pays d'accès difficile présentant le danger de se noyer », ce qui, d'ailleurs, correspond à la réalité : l'approche des côtes méridionales de la Suède est assez dangereuse, à cause des récifs formés par les blocs erratiques, provenant des moraines des glaciers Scandinaves (dans l'antiquité plus qu'à présent).
C'est en vain que T. E. Karsten (op. c. p. 41) cherche une étymologie plausible de ce nom : « île », « plaine humide », « plaine fertile » ?... pour conclure que Scandinavia — Scandza est « un nom de pays authentiquement germanique » (?)
C'est expliquer l'inconnu par l'inconnu !
Danemark actuel pour Gudai-Guti — Dania « pays entouré d'eau », ce nom est de la même formation que Don, Donetz, Danube, etc. (cf. p. 122) dérivé de dhuni, en scr. « eau ». Accès de ce pays est facile, il ne menace pas de noyades comme Scandinavia.
Chose étrange, Gudai-Guti furent probablement bien surpris en débarquant en Scandinavie et en Danie (Danemark) d'y rencontrer des peuples parlant presque la même langue qu'eux. C'est pour cette raison qu'ils dénommèrent ceux de Scandinavie : Suiones — Svéones et ceux de Danie — Teutones.
L'étymologie des noms de ces deux peuples nordiques nous autorise à faire cette hypothèse un peu hasardeuse. Nous espérons qu'elle le paraîtra moins à la suite de notre exposé.
Quelle est Téthymologie de ces noms ?
Sveones = S(a)vi, + (zm)ones où savi en lit. « siens ». zmones en lit. « hommes », lat. homines « hommes », ainsi Sveones « les siens » i).
Teutones = taut(os) + (zm)ones, où tautos gen. de tauta en lit. « peuple, nation », zmones = homines en lit. et lat. «hommes», ainsi Teutones «hommes de la même nation, conationaux ».
Il est étrange que T. E. Karsten (Op. c. p. 132) s’obstine de faire dériver ce nom de peudanoz, mutilé par la mutation consonantique à signification incertaine « rois », attribuant ainsi à tous les Teutons le titre de « rois », ce qui est évidemment insensé.
D’ores et déjà, nous pouvons dire, sans anticiper à notre exposé ultérieur, que les Proto-Aryens — Gudaù Guti venant du sud, des steppes eurasiatiques, rencontrèrent ici un autre courant proto-aryen venant avec les mégalithes, du sud-ouest de l’Europe, le long de la côte de l’Atlantique. Mais nous ne pouvons aborder ce sujet sans avoir défini les rapports de Gudai-Guti avec les peuples pré-germaniques conquis par eux. Quels étaient ces rapports ? Comme les peuples conquis étaient probablement, en grande partie, du type de Fènni de Tacite (cf. pp. 17, 18), c’est-à-dire, peuples non policés et incultes, c’étaient Gudai-Guti qui apportèrent avec leur hache d’armes, leur céramique cordée, l’organisation politique, sociale et religieuse.
En effet, le vocabulaire germanique concernant la vie politique, sociale et religieuse est constituée uniquement par les emprunts gudiques, voire gotiques. Mais avant d’analyser ces emprunts nous sommes obligés
(1) Ici nous tombons d'accord avec M. E. Kasten (Op. c. p. 129), parce que l’auteur fait dériver ce nom du scr. svayam * lui-même».
La Préhistoire
d'ouvrir une large parenthèse pour déterminer le rapport des Gudai-Guti aux Gots i).
Identité ethnique des Gudai-Guti^ des Gètes et des Gots
L'éminent anthropologue et ethnologue genevois, M. E. Pittard, met en doute, dans son livre : « Les Races et l'Histoire », p. 137, l'appartenance à la race germanique de certains peuples historiques, entre autres, des Gots et des Vandales, « N'étaient-ils qu'un clan, dit-il, de nom et de langue germanique, composé d'hommes n'appartenant pas à cette race même ? »
Nous espérons que M. E. Pittard trouvera la réponse à cette question dans notre exposé.
La question de l'origine des Gots ne date pas d'aujourd'hui. Elle fut l'objet d'une polémique passionnée au début du XVIIme siècle entre les auteurs allemands, hongrois, hollandais, polonais. C'était déjà une question internationale, le célèbre Hugo Grotius, auteur du « Droit de guerre et de paix », intervint dans le débat.
Cette question fut soulevée par un auteur polonais Paulius Piasecius (Piasecki), évêque de Przémysl, dans « Chron. Gestorum in Europa singuliarium » (Chronique des événements singuliers en Europe) au sujet de l'ouvrage historique de Jordanes, Ostrogot d'origine, évêque de Ravenne (Italie) sur le peuple Got : De origine actibusque Getarum, Cet ouvrage est un résumé de la grande histoire (en 12 volumes) des Gots, écrite à l'instigation du roi got Théodoric par son ministre Cassiodore, qui malheureusement a été perdu. Dans cet
(1) Nous écrivons GotSj gotique sans h, car Vh, dans ces noms dérivés de Gudai-Guti-Gètes, n*a pas la raison d'être.
ouvrage, écrit vers 550, Jordanes relate que Gots émigrèrent de Scandinavie et s'établirent d'abord dans l'embouchure de la Vistule (qu'il appelle Viscla), d'où ensuite ils gagnèrent la Pannonie (Hongrie), et Mésie (Bulgarie) et d'où ils attaquèrent l'empire romain.
Le savant évêque polonais contesta l'origine germanique des Gots et affirma qu'ils étaient d’origine sarmate. Il disait qu'il fallait distinguer Guti que Ptolémée situe en Suède des Gètes et Gots qui habitaient les régions sur Pont-Euxin de Tanaïs (Don) jusqu'à Hister (Danube).
L'auteur hongrois Antonius Bonfinius (Dec. J. Rer. Hungar. lib. 2, pp. 33, 35) appuyait la thèse polonaise insinuant que Jordanes « inventa des conjectures invraisemblables en honneur de sa nation » (n'oublions pas que Jordanes, appelé par les auteurs allemands Jornandes, s'appelait en réalité Gerdonius, il était Ostrogot). A l'appui de cette thèse il donnait les témoignages d’Orositis, de Spartianus, de Hieronymus, de Mélanchton et de Locennius qui disaient expressément que Gots habitaient sur les rives du Pont-Euxin (mer Noire) et sur le Hister (Danube), que de là non de Suède, ils gagnèrent au IVme siècle l'Italie et l'Espagne.
Dans ce débat se mêla aussi l’auteur allemand Philippus Cluverus (Germ. Antiq. III, 34) qui disait qu'il fallait distinguer Gots, originaires de Scandinavie, des Gètes, originaires du Pont-Euxin (mer Noire). Il blâma Jordanes qu’il « contamina plutôt par ses fables qu'illustra la nation Gote ».
Le savant évêque polonais Piasecius - Piasecki ne se tint pas pour battu. Il a fait de cette question une affaire d'Etat. Avec l'appui du roi Polono-Lituanien Sigismundus, il fait charger, en 1622, l'ambassadeur Macovius en Espagne auprès de Philippe IV d'examiner summa diligentia « Monumenta Gothorum Wandalorumgue ». Ensuite il a soumis le texte de la Bible d’Ulfila
La Préhistoire
à rexamen des savants suédois auprès de TUniversité (rhistoire ne dit pas laquelle, celle de Cracovie ou de Vilnius). Ces savants prouvèrent que la langue de la Bible ne ressemblait nullement au suédois. Piasecius a fait encore des recherches en Suède pour trouver des anciens documents gotiques, il a trouvé une ancienne inscription à Telga, mais elle ne ressemblait pas au gotique.
Ce débat a pris Fampleur d'une question européenne. Les esprits s'échauffèrent. A travers la discussion académique sur l'origine des Gots on distingue déjà les nationalismes naissants : les Polonais, les Suédois et les Allemands se disputent pour prouver leur origine gotique.
Le père du droit international, le Hollandais Hugo Grotius, apporta dans ce débat tout le poids de sa science.
Dans les <^Prolegomena ad historiam Langohardorurrn^, Grotius prend la défense de Jordanes en admettant l'exactitude de son exposé sauf l'ancienneté de la migration des Gots de Scandinavie, il admet, pourtant, que cette migration aurait pu se produire avant le Illme siècle av. J.-C., car Pythéas mentionna la présence des Gots en Prusse. Quant à la confusion des Gots avec les Gètes, les autres auteurs, disait-il, en ont fait autant, c'était le cas de : Vopiscus, Laetus, Ausonius, Orosius, Hieronymus, Claudianus, Procopius ; cela est excusable à cause de la similitude de leurs noms et de la proximité des régions qu'ils occupaient.
Piasecius répliquant à Hugo Grotius affirma que Guti, mentionnés par Ptolémée, peuvent être considérés comme Germains, quant aux Gots «dont les lois régirent tant de royaumes» étaient d'origine Saramate (n'oublions pas que les Polonais se considéraient être aussi d'origine sarmate), par conséquent « ceux-ci étaient tout à fait différents de ceux-là », conclua-t-il.
Malgré cette polémique qui passionna déjà les savants du XVIIme siècle, cette question ne fut pas résolue. Elle
fut soulevée à nouveau dans la deuxième moitié du XIXme siècle par Téminent philologue allemand, Jacob Grimm (dans Gesch. d. d. Spr., p. 207 et suiv.) ; Tauteur tente à établir la parenté entre Gètes de Hérodote et Gots.
Ses arguments sont tirés en partie des faits linguistiques, en partie des considérations historiques.
Les débris qui nous restent des langues thrace et dace rendent la question philologique très épineuse. Ainsi Grimm examine tous les noms de plantes qui nous ont été transmis comme daces par Dioscoride, il signale quelques termes qui semblent se rattacher au germanique et au lituanien. De même des noms d'hommes et de lieux soit gètes, soit daces. Mais ses investigations linguistiques n'aboutirent à aucune conclusion. Grimm semble rapprocher Got du Goth « Dieu » en inclinant à voir dans Goths un équivalent du nom Jcoc « les divins » que Thucidide a donné à un peuple de Thrace i). Il ne conclut pas, mais laisse entendre que Gots pouvait aussi signifier « divins ».
Les considérations historiques de Grimm paraissent plus convaincantes que ses investigations philologiques. Les Gots apparaissent dans l'histoire là où se trouvaient les Gètes, et bien peu de temps après la disparition de ces derniers. « Ce serait, dit-il (Op. c. p. 182), le plus étonnant des hasards, si deux peuples du même nom se succédaient immédiatement dans le même pays, sans avoir rien de commun entre eux ; et la disparition soudaine des Gètes restait une enigme aussi
(1) L’étymologie du nom Thraces est incertaine, tout ce que nous pouvons dire de l’origine de ce mot, c’est qu’il ressemble comme un frère jumeau au mot lituanien trakas, dâignant les « endroits défrichés dans les bois pour la culture des céréales ». £n Lituanie il y a de nombreuses localités, villes et villages, portant les noms : Trakas, Trakai, Trakenai, etc.
La Préhistoire
incompréhensible que l'apparition subite des Goths». Ensuite il énumère les auteurs qui traitèrent le même sujet. Citant Pline il dit que l'auteur romain plaçait les Gaudae à côté des Gètes, A Getae, conclut-il correspond le gotique Guthai, le Scandinave Goth pL Gothar, Gaudae (de Pline), suivant Grimm, serait un terme patronymique et signifierait « descendants » des Gutae.
« Comment admettre, dit-il, en conclusion (Op. c. p. 439), cette double forme du nom chez Gètes et chez Goths, sans reconnaître deux fois leur identité ? Celui que ne persuade pas ce parallélisme des Getae et Gaudae thraces et des Guthai et Gautos germaniques, est vraiment frappé de cécité ».
Avant de fermer la parenthèse nous devons dire que nous ne sommes pas frappé de cécité, car même, avant d'avoir pris connaissance des investigations de Grimm, nous étions convaincu que Gots (ou Goths) = Gètes de Hérodote = Guti (conquérants de Babylone) = Gudi- Gudai (peuple de steppes et de kourgans).
Nous devons reconnaître que les investigations de Grimm, faites vers la fin du siècle passé, avant les découvertes de l'assyriologie et de la hittitologie, sont remarquables et sont empreintes de l'intuition. Comment ne pas reconnaître dans le nom gotique Gut(h)ai, — Gudai, mentionné dans un texte hittite d'il y a plus de 4000 ans (cf. pp. 93, 94). Il est évident que la chaîne entre Gudai-Gut(h)ai-Gètes-Gots est ininterrompue, c'est le nom du même peuple de steppes et de kourgans qui a fait trembler les empires d'Orient et d'Occident - Babylone, Assyrie, Egypte et Rome.
Désormais il nous sera permis, suivant le besoin, de substituer au terme gotique le terme gudique qui sont en réalité les synonymes.
Pour clore le débat concernant l'origine des Gots que certains auteurs, avec Jordanes, veulent faire venir
P..J. Gabrya 10
de Scandinavie, nous admettons que Gots dont il est question chez Jordanes pouvaient bien venir de Suède. C'était ime tribu gotique-gudique qui quitta une province suédoise antérieurement occupée par GudaùGuti- Gots — Oestergœtland ou Vaestergœtland ou même File Gotland, comme les noms mêmes l'indiquent. C'était un reflus d'une vague gudique.
Il y avait certainement va-et-vient des GudaûGots entre les steppes du Pont-Euxin (Mer Noire), leur pays d'origine, et la Scandinavie, leur colonie. Dans le cas relaté par Jordanes, il s'agit de la tribu gotique, Gépides, qui accosta le delta de la Viscla (Vistule) « tribus tantum navihus,., cum rege suo nomine Berig « seulement sur trois navires,,, avec le roi qui s'appelait Berig, »
Il est évident que trois navires de dimension probablement de ceux de Vikings ne pouvaient transporter plus de 500 à 600 hommes, en comptant ISO à 200 hommes par navire avec leur chef Berig. L'étymologie de Berig = be + rigy où be en lit. « sans », rig (rikis) « roi », Berig « sans roi », indique qu'il s'agit plutôt de «chef de bande» que de roi dans le vrai sens du mot. D'ailleurs ils devaient avoir des difficultés d'accoster le delta de la Vistule, à cause des bancs de sable ; il y eut vraisemblablement des Gots noyés, c'est pourquoi ils surnommèrent cette île — Gothiscandza i) = Gothi -f scandza en lit. « noyade des Gots ».
Il est invraisemblable qu'un groupe de quelques centaines de Gots, émigrés de Suède, ait pu faire souche d'un peuple puissant qui a fait trembler l'Empire Romain.
Il est inconcevable que des savants tels que Kossinna, Blume et, avec eux Karsten, se basant sur la légende
(1) Ce nom confirme notre étymologie de Scandinavie (et. p. 138)- On remarquera que Scandza n'est que l'abrégé de Scandinavie. En
transmise par Jordanes et sur les données linguistiques (mal interprétées) puissent désigner Scandinavie comme le berceau des Gots,
Nous pouvons donc admettre que la réimmigration d’une tribu gudique-gotique dans l’embouchure de la Vistule n’était qu’une épisode d’un vaste mouvement migratoire des peuples gudiques dans le centre et le nord de l’Europe.
Langobards (JVinniles)^ Vandales^ Hérules Bastarnes, Skires — peuples gudiques
Nous devons distinguer désormais les peuples germaniques dans le vrai sens du mot des peuples gudiques ou gotiques ; parmi ces derniers sont les plus connus, en dehors des Gots proprement dits : Langobards, Vandales, Hérules, Bastarnes, Skires, etc.
L’historien langobard, Paul Diacre, qui composa aux environs de Tan 880 Historié Langohardonmi nous révèle que leur vrai nom était Winniles, qui au coimaencement de notre ère occupaient l’embouchue de l Elbe. Leur capitale s’appelait Bardanga, Burdanga (au Moyen- Age Burdengau, quelque part entre Hambourg et Altona). C’est de ce pays qu’ils émigrèrent, pour arriver en Italie, en 568.
Il n’est pas douteux que ce fût un peuple gudique, son vrai nom — Winniles — l’indique :
effet, il existe en lit. cont. un dialecte, celui des Dzukai, qui a la tendance de transformer d en dz, ainsi skanda « noyade » en lit. cour, devient dans ce dialecte skandza, ce sont justement des descendants de Getviai (Yatviagues), peuple gudique qui a occupé la partie méridionale et orientale de la Lituanie historique.
Parenté des langues hittite et litiuinienne
Ig suffixe - iles plus que la racine winn, qui peut dériver de vien -as en lit. « seul, isolé », prouve son origine gudique (cf. pp. 66, 67) ; Winniles i) «habitants isolés» pro* bablement par les eaux, car Paul Diacre parlant de leur pays d'origine dit : Haec igitur insula, non tam in mari est posita, quam marinis fluctibus propter planitiem marginum terras amhientibus circumfusa.
Le nom de leur capitale Burdanga, composé de deux racines Burd + anga, où burd - déformé par métathèse de budr- en lit. «veiller», anga en lit. «entrée», ainsi Budr + anga = Bard + anga « entrée des veilleurs, sentinelles ». Faut-il s'étonner de rencontrer ce nom dans l'embouchure d'un grand fleuve, « point stratégique », que les Proto-Aryens dans leurs migrations ne pouvaient laisser sans surveillance (cf. pp. 89, 91).
L'historien langobard, Paul Diacre, relate aussi que Winniles eurent du fil à retordre avec leurs voisins Vandales qui les attaquaient sans cesse. Ce peuple qui laissa un triste souvenir dans l'histoire à cause de ses atrocités, semble être aussi d'origine gudique, car son nom dérive de vanduo en lit. « eau » ; le suffixe -aies l'atteste plus que la racine (cf. p. 66), ainsi Vandales « habitants d'une région entourée par les eaux » probablement Jutland, où nous rencontrons de nombreux noms de lieux à la racine vand- p. ex. ancien Vendel (auj. Vendsyssel ).
Quant aux Hérules, qui ont conquis l’empire Romain (d'Occident) en 476 et déposèrent le dernier empereur romain Romulus-Augustule, presque tous les historiens anciens et contemporains les considèrent comme un peuple germanique. Pourtant leur nom n'a rien de germanique, — Hérules est la forme fléchie de Gé-
(1) En lit. cont. vienuolis « homme isolé ».
La Préhistoire
rules dont sing. Gérulis'^), ici le suffixe uhis (cf. p. 67) plus que la racine ger - en lit. ger-as « bon » prouve leur origine gudique, ainsi Herules-Gerules « bons, élite ». Certains auteurs allemands (Kluge, Deut. Spr. gesch. p. 109 ; Hôlder Sprachschatz. p. 224) font dériver de ce nom Eruli- Eruloz «élite, princes».
Ce nom fut déformé par certains auteurs allemands en Weruli de même que Galli en Walli. Tel est le cas de Christophore Hartknoch, historien allemand du XVIIme siècle, commentateur de « Chronicon Prussiae » (1226T435), de Pierre de Dusburg.
C*est bien cet auteur qui nous a fourni une preuve irrécusable de l’origine gudique des Hérules et avec eux de tous les autres peuples gudiques-gotiques. D’après Jordanes (Get. III, 23), Hérules, cantonnés en Danie (aujourd’hui Danemark), dans les îles Seeland et Fionie, d’où les Danois « Herulos propriis s^edibus expulerunt » — expulsèrent les Hérules de leurs habitats. Hérules s’établirent ensuite au Mecklembourg, d’où ils gagnèrent la Pannonie, et d’où ils attaquèrent en 475 l’empire romain (d’Occident).
Chr. Hartknoch dans ses «Dissertationes historicae de variis rébus prussicis » lena, 1679, nous donne les textes de « Oratio Dominica Werulorum lingva » en comparaison avec Or. Dom, Prussica et Or. Dom, Lithuauica. Vu l’importance de ce document, nous le reproduisons ici en fac-similé.
Nous croyons devoir donner quelques détails concernant ce spécimen de la langue hérule ici reproduit. Ce texte écrit en caractères runiques fut déchiffré et inséré par Wolffgangus Lasius dans son étude : « de Migrationibus gentium » (de migrations des peuples). A son
(1) Le nom de personnes Gerulis est très fréquent en Lituanie, il y a aussi de nombreuses localités portant le nom de Geruliai pl. t.
De Lingva Veterum Prussorum.
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Oratio Dominica PruflScc,
ex Simone Grunovio.
OfTen thewés cur tu es delbes, fehvvk gcfger tfrowcs vvardcs, *^penag mynys thovve myftlalftibe, toppespratresgircaddelbefzifne tade tymnes Sennes vvotfinny, dodi monimes an noflfe igdenas magfe, unde geitkas pamas numas muüë nozegun cadema» pametam nuflfbn pyrtainekans. No vvede numus panani pado» manijrvvalbadi mûmesnewufelayne. JESUS Amen.
Oratio Dominica Lithvanicè.
^Evvemufu kuriseflî dangui.tee/neSzwanczamas vvardas ta» ^ vvo te ateic tavvo karaUfte > te nu H duodie tavvo vvalie kaip dangui taip irant ternes. Duona nufu dienifzka duok muns fzendiena>atleifk mums mufu kaltes,kaip mes atleidziam favviemus kaltemus. Ne duok mus vveit y pikta pagundima^fiet gclbek mus nupiktot
Oratio Dominica VVcruIorum lingva, qui in
Mekeiburgico Ducatu degimt, ex W^olft'gangi Lazii Hbb. de Migrât. Gent.
TTAbes mus, kas tu es ckfzan debeffis, Svvetitz tovüS vvartez, •* enak mums tovus walftibe, fovus praats buska ekfzan debbes ta vvurfan Tummes , mutfe denishe maufe duth mums fehoden , pammatemmuns mufe grake, kames pammat mule patra^ dueken, ne vvedamums /ouna badekie > pettpallàrza mums na. yvulTelouno.
Pars
Facsimilé de la page 87 de Dissert, histor. de Christophore Hartknoch, publié en 1679, à lena.
Dans Or. Dom. Lithuanicé s'est introduit, dans la troisième ligne, une erreur typographique: au lieu irant remes, lire: ir ant iemes et dans Or. Dom, Werulorum, dans l'avant-dernière ligne au lieu pettpassarza, lire: pett passarza.
La Préhistoire
tour ce document fut emprunté à cet auteur par Christophore Hartknoch pour être inséré dans ses « Dissertationes » avec « Orationes Dominicae » en lituanien et en vieux prussien, pour prouver la parenté de ces trois peuples.
Nous empruntons à notre tour ces trois textes à Chr. Hartknoch pour les verser, comme preuve à Tappui, dans le débat trois fois séculaire concernant Torigine des peuples gudiques - gotiques.
Nous ignorons la date à laquelle le texte runique fut écrit, mais nous pouvons supposer qu’il peut dater de la fin du Vme siècle de notre ère, car les Héniles embrassèrent le christianisme probablement à l’époque de leur Exarchat de Ravenne.
En comparant ces trois textes, nous remarquons que le texte hérule ressemble par sa morphologie au texte lituanien, mais son vocabulaire ressemble plus à celui du texte vieux prussien qu’à celui du texte lituanien. Ainsi « terre » en hérule summe '), en pruss. senne, en lit. zemé ; « ciel » en hérule debessis, en v. pruss. delbes, en lit. dangus ; en lit. contemp. le mot debesis existe aussi, mais pour désigner « nuée, nuage » ; « pain » en hérule mause, en v. pruss. magse, en lit. duona (cf. p. 70) pourtant en lit. dial, le mot mause subsiste jusqu’à nos jours ; « mal » en hérule loune, en v. pruss. layne, en lit. piktas; il est singulier qu’en lit. piktas signifie aussi «méchant», nous ne pouvons pas savoir, si en hénile et v. pruss. loune, layne avait aussi cette double signification, « volonté » en hérule praats, en v. pr. praires, en lit. valia.
Il est à remarquer que le pronom poss. « notre » en hérule mus, mussu, en v. pruss. nosse, nusson, en lit.
(1) On se souvient (cf. p. 126) qu'en faisant Tétymologie de Samara, nous avons dit que la radne sam- était la forme fléchie du lit. zem(e) * terre», le hérule summe c terre * confirme notre thèse.
musu ; ainsi le v. pruss. ressemble au lat. noster ; le pronom « ton, le tien » en hérule tovus^ en v. pruss. thowes en lit. tavo ; on remarquera que c’est le hérule tovus qui ressemble le plus au hitt. hier, tuvas, tuva (cf. pp. 75, 76) ; « tu es » en hérule tu es, en v. pr. tu es, en lit. tu essi ; « donnes » imp. en hérule duth, en v. pr. dodi, en lit. duok.
Dans le texte hérule nous trouvons l’expression : pett passarza,., « mais garde... », où pett = bet en lit. « mais », dans ce mot l’initiale b sous l’influence du milieu germanique (mut. cons.) a fléchi en p ; passarza = pasaergek (ou lit. dial, pasargsa) « gardes » est la 2nie p. sng. impér. On remarquera que la terminaison hérule za abrégée de gsa est identique au hittite (cf. p. 65).
La syntaxe du hérule est plus rapprochée du lituanien que du v. pruss., en généi4l, le texte hérule est plus compréhensible pour un lituanien que le texte vieux prussien, bien que le vocabulaire hérule soit plus rapproché de celui du vieux prussien.
Ainsi nous pouvons conclure que le hérule se place entre le lituanien et le vieux prussien, leur parenté originelle est évidente, ils semblent être les dialectes d'une même langue.
Quel est leur rapport avec le hittite?
Bien que nous ne connaissions qu’imparfaitement le hittite, et encore moins le hérule, mais à en juger d’après ce texte, il nous semble que c’est le hérule qui est le plus rapproché du hittite, plus de hiéroglyphique que de cunéiforme.
Qu’il nous soit permis de citer ici encore un autre texte gudique en runes : ek yuDija un^^anDiR i h(uj-ulu).
Ce texte runique fut gravé sur une pierre, trouvée à Nordhuglen i) en Norvège.
(1) L’étymologie du nom de Nordhuglen = nord + huglen où huglen semble dériver du gudique h(uyula) «tombe », mentionné dans la rune, huglen au pl. tombes, cimetière, — nous fait présu-
La Préhistoire
M. Karsten (Op. c. pp. 157, 158) donne la traduction suivante de cette rune : « Moi le prêtre ne peut être atteint par la magie à Hugl (j'écris ceci) ».
Nous ignorons quelle méthode employa M. Karsten pour déchiffrer et traduire ce texte runique, mais nous supposons qu'il a dû employer la méthode des aires (?) préconisée par M. Dauzat (cf. p. 85). Sa traduction nous paraît être erronnée, pour ne pas dire fantaisiste.
En employant la méthode hittito-lituanienne nous arrivons à un résultat différent.
On remarquera que deux premiers mots de cette rune ne présentent aucune difficulté pour les traduire, car il saute aux yeux que : ek n'est que la forme fléchie du hitt. ug « moi », yuDija n'est peut-être que gudas en lit. et gud- en hitt. dont la désinence est douteuse, mais la racine est certaine.
La traduction de un^anDiR présente un peu plus de difficultés, mais nous remarquons ici que ce mot est composé de un qui ne peut qu'être la négation nu du hitt. hiérogl. (cf. pp. 74, 76) renversé par la métathèse, la rac. gand en lit. dial, apparaît dans la rac. verb. gandauju, gandauti « avoir peur », de cette racine verbale dérive subst. is + ga(n) + stis «peur» employé dans le lituanien contemporain, en hit. cette racine est encore inconnue ; i ne peut être que in en hitt. et aussi in ou i en lit. suivant le dialecte « dans » ; pour h(u y ulu) nous ne connaissons encore rien de concordant en hitt., mais en Ut. dial, guîüy i(n)gula « couche, lit de mort, tombe », dérivé d'une rac. verb. guléti « être couché ».
mer que ce nom de lieu norvégien peut indiquer que dans cette localité se trouve un ancien cimetière gudique. Nous ne serions pas étonné qu'en faisant des fouilles, on découvre d'autres runes, aussi intéressantes que celle-ci.
Le nom Nord-hugeln indique aussi qu'il peut exister dans la région 5ud-huglen, un autre € dmetière-sud >.
Ainsi la traduction de ce texte serait : MOI, GUDIJA, (= GUDAS, GOT) N'AI PAS PEUR DANS LA TOMBE!
Quelle est Torigine et la signification du mot runa ?
Pour M. Karsten (Op. c. pp. 156, 157) ce mot est plein de «mystère, secret, magie», mais en réalité il signifie « parole fixée (gravée) », c.-à-d. écriture sur pierre, métal ou bois, dérivé de runa-ti en lit. dial, «parler».
M. Karsten fait dériver runa du vieux allemand réonian « murmurer » ou du moyen haut ail. rienen « gémir », il est évident que ces verbes dérivent du lit. dial., voire gudique runa-(ti) «parler». C'est un superstrat emprunté par les Proto-Germains aux conquérants, Gudai-Guti-Gots.
Les runes furent inventées et répandues par les Hérules : Sophus Bugge et surtout von Friesen le prouva par ses recherches historiques, archéologiques, runologiques et onomastiques, relativement récentes (1911- 1919). Il démontra que c'étaient les Hérules qui furent les auteurs de la civilisation du Jutland et de la Fionie au début de notre ère et que c'étaient eux qui inventèrent et propagèrent les runes.
Ces deux textes hérules voire gudiques, transcrits de runes gudiques (gotiques) prouvent le caractère protoaryen des Gots-Gudes-Gudai, dont la langue comme nous le voyons était assez différente du germanique.
Quelle conclusion pouvons-nous dégager de ce bref, mais très éloquent texte runique? D’abord nous ne savons pas exactement à quel peuple gudique : hérule, winnile (langobard), vandale ou un autre nous devons l'attribuer. Une chose est certaine, la pierre tombale parle, non, elle crie: ek ;-udija I «MO/, GUDAS !
Il n'y a donc pas de doute que ce fût un des descendants des GudaùGudi-Guti, des peuples de steppes et des constructeurs de kourgans, qui repose dans la terre
La Préhistoire
nordique. Mais pour y arriver, ses ancêtres durent traverser le continent européen du sud-est, vers le nord-ouest.
On ne peut plus avoir, désormais, de doute que ce furent ses ancêtres qui apportèrent en Europe nordique la hache d'armes — labrys et y propagèrent la céramique cordée.
Ainsi à deux extrémités de l'Aire Eurasiatique ou, si l'on veut mieux, de la Grande Europe i), en Norvège, à Nordhuglen, et en Anatolie, à Boghaz-Keui, les pierres se mettent à parler, ici le fils du même peuple brave la mort en lui criant : MOI, GUDIJA, N'AI PAS PEUR DANS LA TOMBE 1 Là-bas union de dix-sept roitelets gudiques — GUDTJ SU-(jung) A — bravent un puissant roi akadien — Naram Sinn — dont l'empire succombera sous leurs coups un siècle plus tard (cf. pp. 93, 94).
Nous arrêtons ici la démonstration des preuves relatives à l'origine gudique des peuples historiques, mais nous croyons devoir dissiper encore la légende concernant deux peuples gudiques : Bastarnes et Skires.
Les Bastarnes, alliés de Persée, roi de la Macédoine, n'étaient certainement pas des Germains, comme l'affirme M. Karsten (Op. c. pp. 67, 68), car T.-Live (XL, 58) dit très explicitement : « Les Scordisques ne refuseraient pas le passage aux Bastarnes, dont ils se rapprochaient pour la conformité de la langue et des mœurs, et même se joindraient volontiers à eux, » (Soulignées par nous.)
On sait que les Scordisques 2) étaient un peuple illyrien. Il est donc évident qu'il n'y a aucune raison de * (*)
(1) Ce nom désigne l’Europe -f l’Asie Antérieure + Afrique du Nord, il correspond à l’aire d’extension des Proto-Aryens, il est de H. Weinert (c£. c L’homme Préhistorique », trad. de G. Montandon).
Nous considérons cette expression comme bien trouvée, correspondant à la réalité, et nous l’adoptons.
(*) Les Scordisques avec les Labéates furent probablement des ancêtres des Albanais; leur capitale, d’après T.-Live (XLIV, 31), fut Scorda ou Scodra, auj. Skutari. La tribu des Scordisques était
considérer les Bastames comme un peuple germanique.
Leur nom, d'ailleurs, n'a rien de germanique non plus. L'étymologie de ce nom : Bastames dérive de la racine verbale hasUytis, en lit. « errer », le suffixe -arna, comme nous avons vu (cf. p. 49) est fréquent en hitt. et lit. pour désigner les noms de personnes {Lahama, Svarna, etc.). Ainsi Bastames^ « hommes errants, n'ayant pas de résidence fixe ».
Pour venir au secours des Macédoniens, d'après T.-Live, ils devaient traverser le Danube, ils habitaient donc quelque part dans la région des Karpates que les Romains appelaient (Tabula Peutingeriana) Alpes Bastarnicae. Au Ile siècle av. J.-C., ils s'étendaient probablement jusqu’à la Mer Noire, car le géographe grec Demetrius de Kallatis dit qu'en 190 av. J.-C. ils attaquèrent ensemble avec des Skires la ville grecque d'Olbia située dans l'embouchure du Dniepr. Pour M. Karsten, Skires i) étaient aussi une «tribu germanique». Or, l’étymologie du nom de Skires, dérivé de la rac. verb. skir-ti, en lit. « séparer », prouve que cette tribu fut probablement « séparée » de la souche commune de Gudes-Gots.
cantonnée dans la région de la montagne Scordus qui sépare la Macédoine de la Mysie supérieure, d’où provient son nom — Scordisques, « habitants de Scordus ». L’étymologie de Scordus — skurdas en lit. « misère », car, d’après T.-Live (XLIII, 20), la montagne Scordus se trouvait « dans la partie de llllyrie dont les Macédoniens avaient fait un désert à dessein d’empêcher les Dardaniens de pénétrer par là ». Cette montagne ayant l’aspect désertique et c misérable » fut appelée probablement à cause de cela Scordus — Skurdas, en lit. « misère », déformé ensuite par métathèse en Scodra (auj. Skutari).
D’après T.-Live, la parenté originelle entre les peuples gudiques et illyriens, au Ile siècle av. J.-C., n’était pas rompue.
(1) Skires se fixèrent probablement dans les steppes, car nous trouvons plusieurs localité au sud de Kiev portant les noms : Skvira, Skiry.
La Préhistoire
Nous pouvons donc admettre que les Bastarnes, ainsi que les Skires, furent des tribus gudiques-gotiques.
Sur quoi M. Karsten base-t-il la certitude que ces peuplades furent germaniques ? Sur Findice de deux mots d'emprunt qui ont dû pénétrer, dit-il, d'abord chez les Bastarnes et qui nous sont parvenus sans doute (?) par l'intermédiaire des Thraces établis au nord-ouest des Karpates. Et ensuite de conclure : « à en juger par là, les Germains devaient habiter dans le voisinage plus ou moins immédiat des Thraces et des Carpathes quelques siècles av. J.-G., au plus tard. »
Il est surprenant qu'on puisse conclure, grâce à l'indice de deux mots d'emprunt : kanahis, en allemand Hanf, « chanvre » ou baité « peau de chèvre, vêtement de cuir », en allemand pfaid, qu'on attribue généralement aux Thraces : 1) que Bastarnes et Skires furent des tribus germaniques ; 2) que ce furent eux qui avaient transmis ces mots aux Allemands et 3) que les tribus germaniques s'étendaient jusqu'aux Karpates.
C'est de la pure fantaisie I Ces mots d'emprunt auraient pu, selon toute vraisemblance, être transmis par les Gots auxquels les Proto-Germains empruntèrent une grande partie de leur vocabulaire (cf. pp. 168-174).
Les préhistoriens de l'école allemande et les germanistes ont la tendance d'étendre l'aire primitivement occupée par les Proto-Germains, et cela pour deux raisons. D'abord parce que toutes les tentatives des Romains (César, Drusus, Tibère, Varus) de pénétrer en Germanie et de la conquérir échouèrent, de sorte que les limites de l'empire Romain s'arrêtaient sur le Rhin et le haut Danube. L'empire Romain se concentra autour de la Méditerranée, ainsi le continent européen resta le hinterland inexploré du littoral méditerranéen. Le pays au-delà du Rhin et du haut Danube était pour les Romains, Germania Magna — la Grande Germanie —
(y, la carte ci-jointe) et tous les peuples de cette région inexplorée par eux étaient pour eux des Germains.
L’Empire Romain et Germania magna ~ la grande Germanie
Ensuite, après la chute de TEmpire d’Occident (les peuples qui Tenvahirent, venant de Tau-delà du Danube et du Rhin, étaient considérés comme des Germains. Tel était le cas des Hérules, des Langobards, des Ostrogots i).
(1) Les Gots se répartissaient en deux branches : orientale — Ostrogots occupant la région à Test du Dniestre (anc. Tyras), et occidentale — Visigots à l’ouest jusqu’à Theiss (la Dade).
La région entre le Dniestre et le Prout, connue généralement sous le nom de Bessarabie, était aussi appelée Budiak, c’est-à-dire la région qu’il fallait surveiller, car cette contrée, située entre la Mer Noire et les Karpates, ouvrait l’entrée de la vallée du Danube,
La Préhistoire
des Visigots et des Vandales. Nous venons de prouver ici que les Hérules et probablement aussi les autres peuples qui envahirent TEmpire romain n’étaient pas des Germains, mais les peuples gudiques. Vu la grande extension de ces peuples entre l’Elbe et la Vistule, on a pris l’habitude dès le Moyen Age de considérer toute cette partie de l’Europe centrale comme étant germanique. Mais ces pays furent vidés de leur population gudique à l’époque des migrations des peuples (Illme - VIme siècle après J.-C.). La place vide fut aussitôt occupée par les populations slaves venant de l’Est. La germanisation de ces pays ne commença que dès le Xme siècle après J.-C.
toutes les invasions venant de TEst, depuis l’époque préhistorique, s’engouffraient par cette vallée.
Le nom de Budiak est mentionné dans le traité de Pierre le Grand avec le prince moldave Démètre Canternir pour délimiter les frontières de la principauté.
La région de Budiak, ayant une importance stratégique, frit certainement • surveillée » par les Gots, d'où son surnom — Budiak {et. pp. 89» 91).
Véritable caractère du germanique
Deux textes gudiques-gotiques insérés et analysés ici (cf. pp. 149-154) par nous attestent le caractère protoaryen de cette langue. Mais quel était le caractère de la langue proto-germanique sur laquelle se greffa le gudiquegotique ?
Pour pouvoir en juger nous devons examiner les particularités du germanique. On sait que le plus ancien vocabulaire germanique se divise en deux groupes : 1) les mots sans aucun rapport étymologique avec les langues aryennes ; 2) les mots empruntés au protoaryen (prob. gudique) et en partie mutilés par lautverschiebung — mutation consonantique. Le comparatiste S. Feist et le philologue Fr. Braun ont évalué à un tiers la première partie du voc. germ., c’est-à-dire, celle qui est sans rapport avec Taryen ; ce sont surtout les expressions germaniques concernant le vocabulaire maritime et tout ce qui s’y rattache, la pêche, etc., par exemple :
see « mer », segel « voile », nachen « canot » kahn cbarque», hafen «port», ehhe «flux», sturm «tempête», zeit, gezeit « saison », klippe « falaise », fels « roc », strand « plage », schwimmen « nager », steuer « gouvernail », stange « gaule », etc.
Les noms de poissons et un grand nombre de noms de plantes, d’oiseaux et d’animaux sont sans aucun rapport avec les langues aryennes. F. Kauffmann (Deutsche Altertumskunde, I, 66, n. 5), cite de nombreux exemples tirés de domaines différents n’ayant aucun rapport avec les langues aryennes : arm « pauvre », arg «mauvais», adel - edel « noblesse », antlitz « visage », bein « jambe », bergen « cacher », dieb « voleur », fliehen « fuir », flehen
La Préhistoire
€ supplier », grund « sol », knabe « garçon », klug « intelligent », krank « malade », kraft « force », honig « miel », hand « main », held « héros », or^ « lieu », laufen « courrir », rauch « fumée », reis « branche », rufen « rappeler », rügen « réprimander », schalk c valet », schneiden « couper », tog « jour », trinken « boire »,
« forêt », winter « hiver », « femme », zauber « ma¬
gie », zehe « orteil ».
C*est sur cette langue-souche des Proto-Germains que se greffaient les apports des langues aryennes qui représentent deux tiers du vocabulaire germanique.
On sait, d'autre part, que la langue allemande est la plus aberrante de toutes les langues aryennes, la déclinaison semble être mutilée et la conjugaison est réduite au strict minimum.
L'aryanisation des Proto-Germains semble être incomplète et partielle. La langue allemande l'atteste mieux que la préhistoire et l'histoire. En effet, A. Meillet (Caractères généraux des langues germaniques, 1917), prétend que les langues germaniques ne représentent pas une évolution continue depuis l'indo-européen (aryen) commun, au contraire, par suite du mélange de peuples et leurs langues ont perdu, à bien des égards, leur caractère indo-européen (aryen).
Le phénomène purement germanique — Lautverschiebung — mutations consonantiques altèrent, entre autres, le caractère aryen des langues germaniques. Plusieurs savants allemands, notamment : Nôremberg, Feist, Wessely, expliquent ce phénomène par les substrats finno-ougriens et des langues samoyèdes qui rappellent les phénomènes phonétiques du germanique. Cela atteste une parenté originelle qui se manifeste aussi dans le vocabulaire.
A quelle famille de langues se rattache la langue originelle des Proto-Germains? Elle était probablement
P.-J. Gabrya 11
d'origine finno-ougrienne. Les concordances du vocabulaire germanique et du finnois sont frappantes et elles ont depuis longtemps fait l'objet d'observations scientifiques. Leibnitz (1716) pense que la population primitive de la Scandinavie aurait été apparentée aux Finnois et aux Lapons (lettre à Erik Benzelius, évêque d'Upsal). Johan Ihre (Glossarium Suiogothicum, Upsal 1769), trouve 170 mots communs — finnois et germaniques. Rasmus Rask, en 1818, fait la comparaison de 40 mots entre le germanique et le finnois.
Les études des savants suédois ici cités, sans connaissance de la philologie moderne, ne représentent pas une grande valeur scientifique. Mais plus près de nous- l'opinion de l'éminent philologue allemand, Jacob Grimm (Ueber dos finnische Epos, 1876) a du poids. Il affirme que les Germains (il faut sous-entendre Gots) au moment de leur invasion ont dû rencontrer non seulement des Celtes, mais aussi des Finnois qui ont dû laisser une empreinte dans le pays même qu'ils occupaient. « Cette empreinte, continue-t-il, se fait sentir dans la langue des Gots et d'autres tribus haut-allemandes et surtout en Scandinavie, et ceci indépendamment de la parenté originelle des Finnois avec les Germains. »
Lorenz Diefenbach et Franz Dietrich vont plus loin, le dernier arrive à une conclusion : le lapon contient des mots du nordique qui sont antérieurs aux plus anciens documents vieux-norrois : il faut donc les classer parmi les plus anciennes sources de notre connaissance du germanique.
Streitberg {Germanisch, p. 54) appréciant « l'œuvre capitale » de F. Dietrich, déclare qu'il a réussi à déterminer l'origine des concordances entre le finno-lapon et le germanique et leur importance unique.
Mais le philologue danois W. Thomsen publia en 1869 une étude traduite par E. Sievers en 1870, en
La Préhistoire
allemand : « Ueher den Einfluss der germanischen Sprachen auf die finnisch-lappischen, eine sprachgeschichtli’che Untersuchung*, où il s'applique à prouver que la ressemblance des langues finno - lapones et germaniques provient des mots d'emprunt d'origine germanique. Les emprunts germaniques des Finnois se diviseraient en deux groupées : récents et anciens. Le groupe ancien serait contemporain du gotique d’Ulfila et même antérieur. Cette influence se serait exercée sur toutes les langues finnoises depuis l'Onéga jusqu'en Norvège et de la Courlande jusqu'à la Mer Blanche. Cette influence ne peut être que la conséquence d'une longue communauté de vie avec un peuple plus puissant et plus cultivé et elle pouvait se produire d'un peuple occupant la côte Est de la Baltique.
Ce peuple, d'après Thomsen, ne pouvait être que les Gots, mentionnés, entre autres, par Ptolémée dans la seconde moitié du Ile siècle après J.-C. comme habitant la côte de la Baltique à l’Est de la Vistule.
La thèse de Thomsen peut être réduite à ceci : Les Finnois, il y a 1500 à 2000 ans, étaient soumis à une influence de plusieurs langues germaniques — au gotique plus ancien que celui de la langue ô^Ulfila, en partie au nordique, en partie au goto-nordique plus ancien encore.
Mais Thomsen ne nous renseigne pas sxu: la nature de ces langues hypothétiques — nordique et goto-nordique(?). N'étaient-elles pas purement et simplement le proto-aryen apporté dans les pays nordiques, peuplés par des tribus finno-laponnes, par les Mégalithiques, d'une part, et par les envahisseurs Gudi-Gots, d'autre part. Ce proto-aryen ne devait pas être très distinct du lituanien et du hérule (gudique) (cf. p. 150), d'une part, et de l'ancien ibère (cf. pp. 190, 198), d’autre part.
D'après Thomsen, il était risqué et inutile de remonter jusqu'à une époque antérieure au morcellement des tribus germaniques ou même à la mutation consonantique. Nous pensons, au contraire, qu'il est indispensable de remonter à l'époque du stade initial de l'aryanisation des peuplades finno-laponnes qui ont fait la souche des Proto-Germains, pour pouvoir déterminer le caractère de la langue qui aryanisa les parlers finno-lapons des Proto- Germains, pour leur donner le caractère d'une langue aryenne.
C'est ainsi qu'on risque de découvrir le véritable caractère des langues germaniques avant la formation de l'unité d'éparses peuplades pré - germaniques, grâce à leur aryanisation. Car cette unité ne pouvait réellement exister avant que ces peuplades fussent soumises par les conquérants Gudiques et cimentées tant bien que mal par l'aryanisation. On ne peut pas parler de morcellement des tribus germaniques, car l'unité germanique ne pouvait exister avant leur aryanisation.
Les germanistes ont tort de parler des emprunts germaniques du finnois car, en dernière analyse, il ne s'agit que des emprunts gudiques-gotiques qu'on peut qualifier de proto-aryens. Thomsen avait tort d'identifier les emprunts dits germaniques du finnois avec les emprunts gotiques pré-ulfiliens qui n'avaient rien de germanique à en juger d'après le texte hérule (gudique) ci-dessus cité (p. 150).
Vingt ans après, en 1890, Thomsen s'est aperçu des erreurs qu'il a commises et dans une nouvelle étude : Beroerignen mellem de finske og de baltiske (Litauisk- Lettiske) Sprog. modifia très sensiblement sa thèse initiale. Il a admis que les langues finnoises renfermaient à côté des emprunts germaniques un grand nombre d*emprunts baltiques (lituano ‘ lettes) qui seraient
La Préhistoire
contemporains, sinon antérieurs aux plus anciens emprunts germaniques. Certainement ces anciens emprunts, dits germaniques, ne purent être que gotiques-gudiques.
Mais Thomsen commet une nouvelle erreur en donnant en exemple comme emprunts germaniques : kuningas, ruthinas valta, varas (gen. varkaan), sakko, etc., qui sont en réalité les emprunts lituaniens ou gudiques (cf. p. 170). Le gotique-gudique n'étant pas une langue germanique, la thèse de Thomsen concernant les empnmts germaniques anciens par l'intermédiaire du got, devient caduque et doit être infirmée. Quant aux emprunts récents, ils auraient pu se produire, en Finlande, par l'intermédiaire du suédois.
Bien que Thomsen rectifia en partie sa thèse concernant les anciens emprunts germaniques du finnois, certains germanistes continuent, néanmoins, à parler des emprunts germaniques du finnois. M. Karsten (Op. c. p. 183) s'ingénie même de transformer les Aestii de Tacite en « peuplade germanique orientale à peu près indépendante » pour pouvoir maintenir sa thèse en ce qui concerne les anciens emprunts germaniques du finnois.
Or, sous le nom d*Aestii Tacite {Germ. 15) désignait un peuple distinct de Germains, ce qu'il souligna en disant qu'ils parlaient « une langue rapprochée de celle des « Britanniques » — lingua Britannicae propior... »
D'autre part, Jordanes (Get, V, 615.), souvent cité par M. Karsten, dit très explicitement que Aestii faisaient partie de Vidio-Arii composés de diverses nations, qu'ils habitaient sur les rives de l'Océan et que c'était « un peuple très pacifique » — « pacatum genus omnino ».
Qui étaient Vidio-Arii ? Comme le nom même l'indique, c'étaient des Aryens « laboureurs » ; vidio peut dériver de vidus en lit. « intérieur », Vidio-Arii « Aryens de l'intérieur du continent » (cf. pp. 136, 137).
Parenté des langues hittite et lituanieniie
Il nous semble que ces données sont plus que suffisantes pour prouver Torigine non germanique des Aestii qui étaient certainement les Proto-Lituaniens.
Si on prend en considération que le got, langue proto-aryenne, se greffa sur la langue proto-germanique d'origine finno-laponne, dans ce;, cas l'énigme de la mutation consonantique s'explique facilement par le mélange des langues.
Nombreux savants allemands : Penka (« Origines Ariacae, 1883), Nôrrenherg (« Globus 77 », 1900), Feist (« Indogermanen uad Germanen », 1924), Kauffmann (« Deutsche Altertumskunde I », 1913), Wessely
(c Anthropos », 1917-1918), ont admis et développé la thèse du mélange des langues comme cause essentielle de la mutation consonantique. On doit donc admettre avec Feist que l'Europe septentrionale fut arianisée assez tard, probablement dans la première moitié du dernier millénaire avant J.-C. Ce qui aurait pu se produire, lorsque les peuples des steppes Gudai-Gots ont atteint les régions nordiques (Scandinavie).
A la longue, les indigènes proto-germaniques d'origine finno-laponne, en subissant l'influence civilisatrice des envahisseurs gudiques-gotiques, empruntèrent à leur langue le vocabulaire relatif à la vie politique, sociale et religieuse, qui leur faisait défaut, mais à cause d'une déficience physiologique firent subir aux mots aryens empruntés une déformation phonétique en substituant aux occlusives sonores b, d, g, les occlusives sourdes p, t, k.
On sait que le finnois a justement cette particularité de substituer, dans les mots étrangers, aux occlusives sonores, qui leur font défaut, ses propres occlusives sourdes. Cette hypothèse fut soutenue par Feist, Nôrremberg et Wessely ; Feist donne comme exemple entre autres les mots : germ. com. gernas (ail. gem) et diuris (suéd. dyr) qui sont déformés kernas et tiuris en finnois.
La Préhistoire
Ainsi une grande partie des superstrats gudiques, voire gotiques du germanique ont subi la déformation connue sous le nom de — Lautverschiehung — la mutation consonantique. Ce phénomène phonétique du germanique est une preuve de plus de Torigine finnoise des Proto-Germains.
Mais à la longue la langue gote elle-même, tout en étant d'origine aryenne, a subi aussi l'influence du milieu et se déforma sous l'influence du germanique. La langue d'Ulfila ressemble peu à celle 6!Oratio Dominica Herulorum (cité plus haut, p. 150).
A moins que la classe dominante et l'élite hérule de Gudai-Gots aient conservé leur langue intacte et l’exprimaient par l’écriture runique, tandis que TJlfila, pour pouvoir vulgariser la Bible et la rendre compréhensible au peuple la traduisit en got populaire déformé par les germanismes et l’écrivit en caractères gothiques, inventés par lui, plus simples que les runes hérules. D'ailleurs plusieurs germanistes, et Thomsen lui-même, distinguent le got préulfilien de celui d’Ulfila.
Superstrats gudiques-gotiques du germanique
Pour pouvoir définir le véritable caractère du germanique il nous reste à examiner le deuxième groupe des mots — les emprunts du germanique au gudiquegotique.
Cette partie la plus importante du vocabulaire germanique concerne surtout la vie sociale, politique et religieuse des Germains. Nous citerons ici quelques superstrats 1) gudiques s’y rapportant.
(1) Lorsqu'un peuple vainqueur adopte l’idiome des vaincus, la langue éliminée, qui avait pu rester superposée à la précédente, constitue le superstrat.
Les celtisans ont beaucoup exagéré Timportance des emprunts germaniques au celtique, une grande partie de oes emprunts se révèlent comme les mots proto-aryens représentant Vapport gudique - gotique (préulfilien) au germanique.
En haut de Téchelle politique et sociale se trouvait le « roi » —
Kônig dérivé de kuningas i) en lit. « ayant un grand corps, corpulent, fort » dérivé de kunas en lit. « corps » ; les Proto-Germains choisissaient probablement leurs chefs, voire leurs rois, parmi les hommes corpulents et forts^ exigeant de leur roi, avant tout, la force physique. On remarquera que le mot gudique :
(1) Les suffixes -ing, ~ung en lituanien contemp. sont employés pour former des adjectifs de radnes verb. et nom., andennement ces suffixes ne servaient que pour former les adj. verbaux, comme gérondif latin au suffixe -und, ensuite par extension ces suffixes furent employés pour former aussi des adj. de radnes nominales ; ces suffixes furent certainement empruntés par les Proto-Germains aux Gudai-Gots pour désigner les patronymes, par ex. Merovingen, Kziolingen.
C’est à tort que Karsten (Op. c. p. 129) ainsi que Thomsen considèrent Kuningas comme emprunt finnois de caractère purement (?) « germanique » ; comme nous venons de le prouver, ce mot n’est nullement germanique. D’ailleurs, les Finnois de la Baltique n’avaient pas de contact avec les Germains. Il reconnaît, avec Thomsen (Op. c. p. 168) que « les Baltes (Lituaniens et Lettes) auraient en ce temps-là (au début de notre ère) pris une telle extension vers l’Est, tout au moins dans les régions de la Duna et du Dniepr supérieur, qu’ils auraient séparé complètement les Slaves des Finnois. Le fait que les langues finnoises ocddentales renferment à côté des emprunts germaniques un grand nombre d*emprunts baltiques (lituanodettes) qui, d’après Thomsen, seraient contemporains des plus anciens emprunts germaniques, ou en partie même leur seraient antérieurs, *
L’erreur de MM. Karsten et Thomson provient qu’ils considèrent le gudique-gotique comme proto-germanique ; or nous croyons avoir prouvé (cf. pp. 149, 152) que le guàque-gotique (hérule) - V. prussien, - lituanien, étaient des langues proto-aryennes et ne doivent pas être confondues aves les langues proto-germaniques.
La Préhistoire
rikis^) (reikis) «roi» était employé presque exclusivement pour désigner des rois gudiques-gotiques (Alaric, Théodoric, etc.) ; le mot : rikis est commun au lit. et v. pruss. et fait partie en lit. d'une vaste famille de mots de la même racine : riké « rang », rikiuoti « ranger, organiser » ; le sens primitif de ce mot indique que Gudaû Gots exigeaient de leurs rois autre chose que la force physique (cf. p. 54).
Certes, les Proto-Germains empruntèrent aux Gudai- Gots le mot :
Reich « empire », royaume », dérivé de rikis-reikis ; on remarquera que le mot « royaume », en allemand, comportant la notion de l'organisation, dérive non de kônig (exprimant la force), mais de reikis, exprimant le sens de l'organisation.
(1) C’est à tort que M. Karsten (Op. c. p. 190) prétend que le mot got reiks (rikis) c chef, roi » serait un • emprunt celtique antérieur à la mutation de g en fe *, Comment Gots auraient-ils pu faire cet emprunt aux Celtes, puisqu’ils n’avaient point de contact avec eux à l’époque lorsqu’ils employaient déjà ce mot pour désigner leurs chefs et leurs rois, sous une forme non atteinte par la mutation.
Jordanes, cité par M. Karsten lui-même, ne nomme-t-il pas le roi got — Berig qui amena avec lui de Scandinavie les Gots dans l’embouchure de la Viscla (Fistule)? Ce nom ne prouve-t-il pas que les Gots dénommaient déjà leurs chefs et rois rig (rigis) avant d’avoir pris contact avec les Celtes ? A moins que M. Karsten prouve qu’il y avait des Celtes en Scandinavie. Jordanes nomme encore un autre roi got, Arigis, le cinquième dès l’arrivée des Gots, dont le nom contient la forme non abrégée -rigis.
A notre connaissance les Celtes n’ont jamais atteint l’embouchure de la Viscla (Fistule).
Toute la théorie de Karsten concernant les emprunts celtiques ne tient pas debout, car il confond les racines gudiques-gotiques passées dans les langues germaniques avec les racines celtiques qui ressemblent, d’ailleurs, aux racines gudiques, parce qu’elles proviennent de la même source proto-aryenne. Tel est le cas, par exemple, pour les noms de rivières terminé en bas-aU. -apa (-epe, ’pe), hautall. -affa (-eff, -ef). Nous croyons l’avoir démontré plus haut (p. 133).
Druxtinaz « le chef de la dru^tiz, de rarmée » dérive de la rac. verb. drausti en lit. « défendre, discipliner », drûtas en lit. « fort », anglo-saxon Dryhten, v. norv. Drôttinn « le Seigneur, c'est-à-dire Dieu », en suéd. mod. drottning « reine ».
Peudanaz « le chef de la peudo, nation » dérive de tauta en lit. « nation » (cf. pp. 37, 38), tautinas en lit. dial. « chef de la nation ».
De la même racine tauta, tenta dérive le mot Deutsche emprunté par les Proto-Germains aux Gots, déformé par la mutation consonantique, signifiait primitivement « hommes de la nation, compatriotes ».
Kindinaz « le chef de la kindiz = lat. gens », dérive de gentinas, gentins en lit. dial. « chef de clan, tribu — gentis », ce terme de kindins est employé par Ulfila pour désigner le gouverneur romain d'une province ; dans son idée le légat de l'empereur romain était la même chose qu'un chef de clan vis-à-vis d'un peûdans « chef de la nation ».
Valda « pouvoir, puissance, gouvernement », dérive de la rac. verb. valdyti en lit. « gouverner », valdja en lit. dial. « gouvernement », en suéd. vald. « pouvoir, gouvernement». .
Sako, en suéd. sak-fàla « condamner » dérive de la rac. verb. sakyti en lit. « dire, prononcer jugement », sakija en hitt. « faire savoir, déclarer » (cf. p. 55).
Gau « contrée, région » dérive de la racine verb. gau-ti en lit. « recevoir » ; les pays germaniques conquis par Gudai-Gots furent probablement divisés en «régions», d’où on recevait le tribut ; gau était au début le « district de perception », ensuite il est devenu l'unité administrative ^).
(1) L'Allemagne contemporaine est aussi divisée en gau, grandes unités administratives, dont le chef s'appelle gauleiter.
La Préhistoire
C'est parce que Gudai~Gots rançonnaient les autres peuples qu'ils furent surnommés Gauti, Gants, Gautar (en V. norrois), le nom de pays Gautland — Gotland (Suède), — « pays conquis et rançonné » par les Gudai- Gots,
Vargaz en gotique et westique « délinquant », dérive de la rac. verb. vargau, varginu, en lit. « peiner », vargas en lit. « peine, détresse, misère ».
Laihna, suéd. laon ail. mod. lehen « emprunt » comparé au V. pruss. layne et hérule lôune « mal » (dans or. Dont, ci-dessus citée (p. 150).
Nous pourrions encore allonger la liste de superstrats gudiques-gotiques empruntés par Proto-Germains aux conquérants gudiques, mais ceux cités ici prouvent suffisamment que ce furent Gudai-Gots qui donnèrent l'organisation politique et administrative aux Proto-Germains.
On sait que la mythologie germanique fut créée, pour ainsi dire, ex nihilo, par l'éminent philologue allemand, Jacob Grimm. Cette mythologie semble être fortement influencée par la mythologie hittite, voire gudique. Les Germains primitifs n'avaient pas la notion de Dieu du Ciel : Dyaus - Deva védique. Zens grec, Jupiter - Jovis latin.
Tacite (Germ. II) disait : « Célébrant carminibus antiquis, quod unum apud illos memoriae et annalium genus est, Tuistonem, deum terra editum : et filium Mannum, originem gentis conditoremque ». — « Ils (Germains) célèbrent dans de vieux poèmes, seuls monuments chez eux de la tradition et de l'histoire, un dieu Tuisto, né de la terre et de son fils Mann, père et fondateur de leur nation. »
C'étaient certainement Gudai-Gots qui donnèrent aux Proto-Germains la notion de la religion.
Il est à remarquer que chez les Geitnains le nom même de la divinité « Dieu » Goth, qui devait signifier
primitivement « Seigneur », est le nom du peuple conquérant - Got,
Wodan-Odin, la principale divinité de la mythologie germanique, est de par son origine une divinité chthonienne et elle a gardé jusque dans le folklore moderne sa fonction primitive de chef des âmes et des revenants. Le culte d’Odin prit son origine assez tard, vers le commencement de notre ère, dans les pays rhénans, et de là se répandit sur toute la Germanie, atteignant la Scandinavie vers l'époque des migrations.
Wodan-Odin, cette divinité germanique, nous rappelle la principale divinité hittite: Arinna, avec cette différence que cette déesse Soleil « voit tout, scrute tout... avec trois paires d'yeux », tandis que Odin, d'après une légende langobarde, conservée par Paul Diacre, voit tout de sa demeure céleste avec son œil unique — le Soleil.
Les Germains primitifs semblent avoir emprunté aux Gudai-Gots aussi le dieu du tonnerre et de l'orage — Donar-Thorr, Sa lutte contre les géants rappelle les guerres analogues d'Indra hindous.
La déesse Gabia, dans les inscriptions rhénanes du Ile et Ille siècle après J.-C., aussi Ala-Gabia est une divinité de la richesse et de l'abondance. Cette divinité existait aussi chez les anciens Lituaniens et probablement chez Gudai-Gots, le nom de Gabia, déesse lituanienne de l'abondance, dérive de la rac. adj. gabus, i en lit. dial. « abondant, capable de fournir la richesse ».
Le nom du paradis germanique Walhala, où les guerriers germaniques tués à la bataille mènent une vie idéale à tous les points de vue, en buvant l'hydromel, la boisson des dieux, dérive certainement du mot hittite walhi « boisson offerte aux dieux », en lit. valgis « nourriture » (cf. pp. 57, 58).
Nous pouvons constater ainsi que les principaux traits de la mythologie hittite, voire gudique, se retrouvent dans la mythologie germanique.
La Préhistoire
Les Germains, d'après Tacite, méprisaient l'agriculture, laissant aux esclaves le soin de la culture des champs et des troupeaux et préférant provoquer l'ennemi et s'exposer aux blessures que de labourer la terre pour attendre la moisson.
Nous pouvons donc admettre que les Proto-Germains n'étaient pas des agriculteurs ~ Aryas-Arejas « laboureurs » et constituaient une population préaryenne d'origine inconnue. Etant donné que leurs conquérants proto-aryens — Gudai-Gots, peuples de steppes, ont perdu l'usage du labour, ils ne pouvaient évidemment enseigner cet art. Ainsi la racine ar pour désigner « labour » n'existe pas en allemand, il se sert de racines toutes différentes pour désigner le mot « labourer » bestellen, graben. De même pour le mot aratrum en lat. «charrue», arklas en lit. « id. », araire en français « id. », etc., dérivés de la rac. ar- ; en allemand existe un autre mot : Pflug. (Le germ. comm. arpra reconstitué par M. Karsten, Op. c. p. 170, n'a jamais existé.)
Il est singulier qu'en suédois pour désigner la « charrue » existe le mot à la racine ar — arder. Il est probable que les ancêtres des Suédois Svéones - Suiones - Svéar pratiquaient l'agriculture avant l'arrivée de Gudai-Gots et l'ont apprise soit de leurs voisins — Aistes — Proto- Lituaniens qui, comme en témoigne Tacite, « patientius, quam pro solita Germanorum inertia, laborant », soit la civilisation mégalithique apporta cet art avec les mégalithes.
Si les anciens Germains ignoraient totalement la rac. ar- ils n'ignoraient pas les céréales en v. h. ail. weizzi, ail. cont. Weizen « froment, blé » dérivé certainement du lit. kvietys et roggen « seigle » dérive aussi du lit. rugis ; en lit. cont. cette rac. nom. dérive de la rac. verb. raug-tij rug-s-tu « faire aigre ».
Il est insensé de prétendre, comme le fait M. Karsten (Op. c. p. 140), que les langues baltiques, lituanien et
letton, ont emprunté les noms de ces céréales aux Germains qui ignoraient et méprisaient Tagriculture. Il est aussi ridicule de reconstituer une racine inexistante du germ. com. rugiz (Karsten, Op. c. p. 170), qui est visiblement emprunté aux Proto-Lituaniens par Tintermédiaire des Gots.
Si Gudai-Gots n’ont pas appris aux Germains à labourer la terre et ne la labouraient pas eux-mêmes, et ne semaient point les céréales, ils mangeaient néanmoins le « pain » en got hlaifs mutilé par la mut. cons. et dérivé de klaips en lit. dial, (let.) « pain ». (Ils se procuraient probablement les céréales en rançonnant les peuples agriculteurs, cf. pp. 113, 114).
Ils buvaient r« hydromel », en got mider, en lit. midus, emprunté et mutilé par les Germains en v. h. ail. metu, meto et aussi la « bierre » en got alu, en lit. alus dérivé de la rac. verb. hitt. allanija « s’échauffer ». (On sait qu’on obtient la bière en échauffant l’orge).
Si Gudai-Gots n’ont pas appris aux Germains à labourer, ils leur ont certainement appris à guerroyer. Nous avons déjà indiqué (p. 58), que v. ail. varian « défendre » et ail. cont. wehr « armée, défendre », dérivent du hitt. et prob. du gudique-gotique varra « secours » et lit. varyti « chasser, défendre ».
Dans les noms propres gudiques les plus anciens conservés par les auteurs classiques nous trouvons la racine hitt. et lit. karas « armée », par ex. Chariovalda (chef des Bataves - Budaves, env. cent ans après J.-C.). L’étymologie de ce nom est évidente : Chario + vaîda = Karo -f valda, où Karas « armée, valda « chef », ainsi Karo + valda « chef de l’armée » (cf. pp. 43, 44 et 170).
Ainsi les données linguistiques plus que les témoignages archéologiques prouvent que les Proto-Germains furent aryanisés par les Gudai-Gots, peuple des steppes, à l’époque préhistorique.
La Préhistoire
Néanmoins, nous devons admettre que plusieurs tribus proto-germaniques Scandinaves, celle de Jutland et de la Suède méridionale furent déjà partiellement, aryanisées antérieurement par un autre courant proto-aryen venant du Sud-Ouest avec les mégalithes. Nous en donnerons ultérieurement de plus amples détails.
Quant aux Proto-Germains du continent cantonnés entre le Rhin et FElbe, ils étaient à peine touchés par le courant proto-aryen mégalithique. Leur aryanisation fut certainement Toeuvre des peuples des steppes — Gudai- Gots conjointement avec la civilisation lusacienne.
La civilisation lusacienne et son rôle dans Varyanisation de VEurope
La civilisation lusacienne se développa à Fépoque IV du bronze (1400-900) dans Tancien domaine de la civilisation d'Auniétitz, la région située entre la Saale, TElbe et FOder moyen, où les Germains n’étaient pas encore installés.
Dès le début de la période du bronze IV, vers 1400, on voit se produire en Europe une évolution culturelle de la plus haute importance, on note la prédominence du rite funéraire de la crémation, à la place de l’inhumation. Cette coutume s’universalise dans la zone ci-dessus indiquée, et s’accompagne d’autres apparitions culturelles, ce qui permet de voir dans cet ensemble une civilisation particulière. Le rite de l'incinération répond à des idées spéciales sur la destinée de l’homme après sa mort, et aux idées religieuses auxquelles elles se rattachent. Cette croyance à une survie du mort à l’état d’esprit rôdant autour de sa tombe et pouvant être plus nuisible que favorable aux vivants. C’est ce qui explique le
ligotage du corps dans les sépultures à squelette replié. C*est la même idée qui a conduit à Tincinération, procédé définitif pour libérer Tâme du défunt. Cela s'accorde avec les idées religieuses plus avancées que l'animisme à croyance à une vie future dans un autre monde. Il est donc certain que l'incinération se relie à un mouvement religieux et à la propagation de certains cultes. Les cendres sont déposées dans des urnes funéraires, ayant généralement la forme de deux troncs de cône réunis par leur base.
Les Lusaciens possédaient des haches en bronze à anneau et à douille, des couteaux, des faucilles, mais les haches de pierre, les pointes de flèches en silex ou en os sont encore en usage. Des glaives à poignée plate à rebords apparaissent.
La civilisation Lusacienne semble dériver de celle d'Auniétitz qui englobait déjà la Haute-Lusace et aussi le moyen et le bas Oder où on a trouvé des tombeaux qu'on peut rattacher à ceux d'Auniétitz.
D'autre part, M. Hubert fait dériver le Lusacien de la céramique pannonienne du Bronze III. « C'est de là, dit-il, que le type lusacien est vraisemblablement issu. La Lusace et la Silésie sont les marches de la brillante civilisation qui a fleuri en Pannonie à l'âge du bronze. Le type lusacien tient en partie par ses formes aux céramiques du nord et par sa décoration aux céramiques du sud. »
Il est fort probable que la civilisation Lusacienne de même qu’Auniétitzienne avaient leur origine dans le bassin du Danube moyen, en Pannonie, d'où elles se sont étendues aussi bien au sud comme au nord. Au sud on peut rattacher à cette civilisation les Thraces et les Daces, elle semble aussi avoir des rapports avec la civilisation des Phrygiens en Asie Mineure. Au Nord elle s'avança jusqu'à la mer Baltique, en Mecklembourg, en Poméranie
La Préhistoire
et en Prusse. Dans cette région, comme nous venons de rindiquer, les Germains, à Tâge du bronze, ne sont pas encore pénétrés.
Par contre, des Lusaciens ont influencé les régions germaniques au delà de TElbe puisqu’il s’y introduisit le rite de l’incinération.
Cette civilisation s’est étendue ensuite de la Saale jusqu’à la Vistule, en Bohême, en Moravie, en Autriche et aussi en Pannonie, d’où elle est probablement originaire. C’est ici que se trouve l’ancien domaine de la civilisation Auniétitzienne dont elle semble être l’évolution locale, dans la même population. Cette civilisation un peu différenciée est connue sous le nom de Konvitz, c’est une variante de celle de Lusace, mais elle est plus guerrière. Les fortifications sur les hauteurs sont ici plus développées, avec des murs de pierre et de gazon, consolidées par des palissades. Cette civilisation s^étend d’ici en Bavière, au Tyrol et à travers la Suisse suit le Rhin et s-es affluents jusqu’en Hollande, pénètre jusque dans le centre de la France ; ici elle perd contact avec son centre originel et devient isolée.
Le rôle très important joué par la civilisation Lusacienne dans la civilisation européenne nous oblige à chercher le caractère ethnique de ses porteurs. Les slavisants ont voulu voir dans les Lusaniens des Slaves, car leur civilisation, comme celle d’Auniétitz s’étend sur des régions occupées actuellement par les Slaves. Nous avons déjà indiqué (cf. pp. 111, 112) pourquoi des Auniétitziens ne pouvaient pas être assimilés aux Slaves, il en est de même pour les Lusaciens.
Le préhistorien allemand, Feist, qui est opposé à la théorie de l’école allemande relative à l’origine des Aryens en Allemagne, déclare : « Tous les préhistoriens sont unanimes à voir en eux (Lusaciens) une puissante société politique, ce que démontrent les nombreuses
P.-J. Gabrys 12
stations fortifiées de leur domaine. » Il admet que ce peuple a pris une part très active dans l'aryanisation des Germains et d’autres peuples européens.
M. Hubert, qui plaçait le lieu de leur origine en Pannonie et Transylvanie faisait remarquer que c’était là le pays des Gètes, dont Hérodote nous a fait connaître les idées religieuses et l’organisation sacerdotale, dues à un législateur divin Zalmoxis.
C’est à ce peuple qu’on doit probablement attribuer la propagation de la doctrine druidique dont l’élévation morale et intellectuelle dépasse souvent le degré de civilisation des peuples où on la rencontre. C’était un groupe ethnique technicien et religieux qui apporta dans une grande partie de l’Europe de nouvelles conceptions.
M. Hubert pense « qu’il ne s’agissait pas d’une migration en masse s’imposant dans un pays envahi, mais de nomades s’infiltrant pacifiquement au milieu des populations locales et leur apportant des connaissances nouvelles. »
Kossinna veut la rattacher au groupe illyrien, mais ses preuves sont insuffisantes, il attribue aux Illyriens une importance qu’ils n’ont jamais eue.
De toutes ces hypothèses c’est celle de Feist et surtout celle de M. Hubert, attribuant l’origine de cette civilisation aux Gètes, qui nous paraissent les plus fondées ; nous croyons pouvoir y apporter quelques données linguistiques qui prouvent le caractère proto-aryen de cette civilisation.
Nous avons admis (cf. p. 145), que des Gètes de Hérodote faisaient partie du peuple de steppes Gudi- Guti, qui s’est étendu dès l’époque chalcolitique jusqu’au centre et le nord de l’Europe. Le caractère protoaryen de ce peuple est incontestable. Ce furent Gudi-Guti, connus en Europe centrale et nordique sous le nom de Gots qui aryanisèrent partiellement des Proto-Germains
La Préhistoire
et des peuplades finno-ougriennes de l’Europe centrale. Il est vraisemblable que ce peuple ait pris une part active à l’élaboration des civilisations auniétitzienne et lusacienne. En tout cas l’étymologie du nom du législateur divin Zalmoxis, prouve le caractère proto-aryen de celui-ci.
Quelle est cette étymologie ?
Zalmoxis = Zal + moxis, où mL dérive de Tadj. zal4as en lit. cour. « vert » en lit. dial « nouveau, jeune », moxis dérive de moks-l-as en lit. « science », ce mot en composition avec un autre change la désinence -as en -is, ce qui donne moks-(l)-is, où l euphonique disparaît, ainsi Zal-moxis « celui qui fait connaître une nouvelle science, religion ».
Nous avons vu que cette civilisation engloba entre autres la région de la Saale et de son affluent Unstrut. Ces noms ont été probablement donnés par les Auniétitziens et Lusaciens qui occupaient ces régions, dont l’étymologie prouve le caractère proto-aryen.
Le nom de Saale dérive de Sala en lit. « île, îlot », ainsi Saale « rivière ayant des îlots ». Unstrut — un + strut, où un est métathèse de nu en hitt. « non », strut dérivé de s(t)raunus en lit. dial, «rapide», ainsi un + strut « cours d’eau non rapide, calme » ; ce nom n’est pas isolé, nous trouvons son pendant en Prusse orientale : Insrutis, affluent du Prégel, dont l’étymologie : Insrutis = in -f s(t)r + utis, où in est métathèse de ni, ne, en lit. «non», s(t)r-utis diminutif de s(t)r’aunus en lit. «rapide », alors Ins(t)rutis = Insrutis « petit cours d’eau non rapide, calme ».
Le nom du pays Lusace, où l’éminent préhistorien allemand, Virchow, constata en 1880 l’existence d’une civilisation particulière à l’époque IV du bronze (1400- 900), qui joua un très grand rôle dans le développement de l’Europe et auquel il emprunta le nom qu’il donna à cette civilisation, peut être bien le nom authentique des
porteurs de cette civilisation. Bien que les noms de pays se conservent moins bien que ceux de montagnes et des cours d'eau, néanmoins, nous avons déjà pu constater au cours de cette étude que les noms préhistoriques de certaines régions se conservèrent jusqu'à présent, par exemple : Galice (Espagne), Galicie (Europe centrale), Scandinavie, etc. Le nom de Lusace date probablement depuis l'époque préhistorique.
Quelle est son étymologie ?
Le nom de Lusace dérive de liuos-as, en lit. « libre », ainsi Lusatia-Lusace « pays libre ». A l'époque préhistorique toute la région qui s'étend de la Saale jusqu'à l'Oder moyen, englobant la Bohême avec la région de Konvitz et Lausitz (le nom allemand de Lusace en Brandenbourg), constituait le centre d'où rayonnait la civilisation qui fut surnommée par Virchow Lusacienne ; il est fort probable que toute cette région portait, à l'époque préhistorique, le nom de Lusace ^), et qui subsiste jusqu'à nos jours seulement dans la partie centrale de ce domaine. Prenant en considération ces données linguistiques nous pouvons admettre que les porteurs de la civilisation Lusacienne et probablement ceux de l'Auniétitzienne dont elle est issue furent des Proto-Aryens — Gudai-Guti-Gètes-Gots.
(1) Ce nom proto-aryen n'est pas isolé, il en existe une série sur l’aire d’extension des Proto-Aryens : l’anden nom du Portugal — Lusitania dérive de la même racine liu(o)s-as en lit. € libre», le nom du peuple ibère Lus-ites qui occupait cette région devait signifier « hommes libres » (cf. p. 193).
Le nom de la ville suisse Lausanne (lat. Lusonna), dérive de la même racine proto-aryenne liuos-as en lit. clibre», ainsi Lus-onna «localité, ville libre». Ici comme partout ailleurs nous sommes en présence des noms techniques créés en série.
Civilisation mégalithique et les Proto-Aryens
On sait que la deuxième période néolithique, d’après Montelius, est caractérisée dans le nord de l’Europe par des dolmens simples, dans la troisième période dolmens à galeries et allées couvertes.
L’extension des mégalithes dans le nord de l’Europe est assez nettement délimitée par une ligne ouest-est partant du Rhin par le massif montagneux allemand Harz- Thüringerwald passant au sud de Magdebourg et rejoignant l’Oder ; la limite ouest traverse la Hollande ; à l’est de l’Oder on n’en trouve qu’une quantité négligeable.
Les mégalithes sont très nombreux au Danemark, surtout dans l’ancien domaine de Kioekkenmœddings, dans le sud de la Suède, mais aucun en Norvège.
Les mégalithes s’étendent sur l’aire tout entière de la Grande Europe : en Espagne, au Portugal, en France, en Italie, en Scandinavie, en Hollande, dans les Iles Britaniques, dans les Balkans, dans le Caucase, en Afrique du Nord, en Syrie, en Perse du Nord, jusqu’au Indes.
Les premiers préhistoriens considéraient les mégalithes comme un caractère général de la civilisation néolithique. Cependant MM. Bertrand et Salmon considéraient ces monuments comme l’indice d’une culture
particulière et faisaient ressortir la répartition spéciale de ces monuments.
On distingue en Europe deux centres principaux : le Portugal et la Scandinavie. La question de leur origine est difficile à résoudre. L'abbé Breuil pense que « l'idée dolménique est à tous les stades de son développement une idée occidentale et littorale, comprenant l'Espagne et le Portugal (avec maximum à l'ouest), la France et l'Angleterre également (avec maximum à l'ouest), et la Scandinavie. »
Montelius, Sophus Muller, Hœrnes et Déchelette ont incliné pour une origine orientale. Ce qui est peu probable. Si cet usage venait de l'Orient, comment expliquer le fait que toute la côte méditerranéenne de la péninsule ibérique en soit exempte. Il faudrait admettre que le courant oriental ait fait le tour par le détroit de Gibraltar, pour aller se répendre sur les côtes du Portugal, ce qui n'est guère vraisemblable.
J. de Morgan attribue aux mégalithes une origine polygéniste, c'est-à-dire locale et spontanée dans chaque région. Il est difficile d'admettre que tout le long des côtes atlantiques, des peuples différents aient eu d'euxmêmes et simultanément une idée identique, qui n'est pas si simple puisqu'elle comporte pour sa réalisation des travaux pénibles et souvent très importants.
Ce phénomène ne peut pas être attribué à un pur hasard et doit avoir une cause.
Les préhistoriens allemands, Kossinna, Munch, Penka, sont partisans de l'origine nordique des mégalithes. Aoberg, préhistorien suédois, est du même avis.
Wilke, qui a étudié tout spécialement les mégalithes ibériques, conclut ainsi : « Nous devons jusqu'à présent admettre seulement l'origine européenne des mégalithes, mais sans pouvoir encore décider si leur point de départ est dans le nord Scandinave ou dans la péninsule Ibérique,
La Préhistoire
ou dans une autre partie de la côte de TOcéan ; de même, le caractère ethnique des premiers inventeurs ne peut encore être précisé. »
Bosch-Gimpera admet aussi ces deux centres probables de mégalithes.
Il serait bien étonnant qu'à la même époque, à si peu de distance, les monuments mégalithiques se fussent établis sans quelque rapport entre eux, soit que Tune de ces manifestations eût influencé l'autre, soit que toutes les deux fussent le résultat d'une même influence inconnue.
Vu que depuis quelques années on a constaté dans la péninsule Ibérique un développement très ancien, très complet et très abondant des monuments mégalithiques, on peut admettre, dans l'état actuel de nos connaissances, l'origine ibérique des mégalithes, tout en reconnaissant que les centres locaux (Bretagne, Scandinavie) auraient pu se constituer ultérieurement sous l'influence ibérique.
On n'est pas d'accord non plus sur la nature et la signification des mégalithes. On ne sait pas dans quel but ils étaient élevés. Si les dolmens simples ou à galeries et allées couvertes avaient pu servir de sépulture, les menhirs et cromlechs devaient avoir toute autre destination. C'étaient évidemment des monuments publics, étant donné la taille de certains et le grand nombre d'hommes qui ont dû participer à leur transport et à leur érection. La construction des mégalithes laisse présumer une organisation sociale déjà très avancée, une science remarquable de la part des antiques architectes, une grande autorité chez les chefs et une grande obéissance chez les ouvriers bien disciplinés.
Les menhirs et les cromlechs étaient vraisemblablement des monuments culturels. M. Baudoin indiqua leurs relations avec les cultes solaires. M. Devoir, qui a longuement étudié l'orientation des alignements comme
aussi celle de beaucoup de mégalithes isolés, pense être alignés avec d’autres menhirs et des dolmens suivant des directions soigneusement choisies par les constructeurs préhistoriques. Ces diverses ^directions des menhirs associés correspondraient aux solstices d’été et d’hiver ou aux équinoxes de printemps et d’automne. Il pense aussi qu’il existe même certaines lignes correspondant aux demi-saisons et en rapport avec certaines opérations agricoles — semailles ou récoltes.
Il est singulier qu’en France (Bretagne) les mégalithes soient souvent appelés : galgal. Cette appellation nous donnera peut-être la clé de l’énigme. Nous avons déjà vu (cf. pp. 89, 108) que les Proto-Aryens, pour marquer les confins de leur extension, employaient le terme : gaU « fin », le redoublement de gai — galgal pouvait signifier « l’extrême fin, l’extrême limite » de lexu* extension qui, à la suite de nouvelles extensions, ne devenait qu’une étape marquant la conquête ou la colonisation du peuple des Mégalithes.
En Espagne on appelle les mégalithes areas. Est-ce que la racine ar- aurait quelque rapport avec « labour et agriculture » ?
On a remarqué qu’avec l’apparition des mégalithes, s’est produit un progrès de la civilisation locale, se manifestant par l’apparition de l'agriculture, de l’élevage des animaux, de la poterie, du tissage. Les préhistoriens constatent cette apparition subite, en liaison directe avec la naissance des constructions mégalithiques, et l’on attribue le tout à l’arrivée d’influences venues de la péninsule Ibérique par la voie de l’Atlantique.
Le fait que l’apparition des mégalithes est étroitement liée avec l’apparition subite de l’agriculture, nous permet de supposer que les constructeurs des mégalithes furent aussi des inventeurs et propagateurs de l’agriculture, par conséquent, ils étaient des « laboureurs » —
La Préhistoire
Ayas-Arejas. L’abbé Breuil et S. Reinach pensent qu’on doit attribuer la propagation des mégalithes à quelque courant ethnique. Ce courant ethnique serait-il déjà aryen, dans le vrai sens du mot ?
Avant de répondre à cette question, examinons d’abord le problème de la race à laquelle on pourrait attribuer ce rôle civilisateur de la Grande Europe.
Cro-Magniens et la civilisation mégalithique
On a constaté l’extension des monuments mégalithiques le long des côtes atlantiques depuis la péninsule Ibérique jusqu’en Scandinavie. On sait que la civilisation mégalithique suit chronologiquement celle de Kjœkkenmœddings et qu’elle s’épanouissait là où florissaient auparavant Kjœkkenmœddings. L. Capitan (La Préhistoire, p. 139), attribue l’apparition de Kjœkkenmœddings au Danemark et sur la côte de la Baltique non à l’évolution locale, mais « à l’invasion à faciès industriel tout à fait différent de celui du paléolithique final ».
En effet, on peut imaginer que les nouvelles conditions sociales et ethniques des Néolithiques les ont immobilisés en des bourgades infiniment plus stables que les campements provisoires des très errants Paléolithiques. Il a dû se produire une série d’événements extrêmement importants et complexes dans l’évolution de l’humanité. Les Magdaléniens ont disparu absorbés, détruits ou émigrés. Plusieurs préhistoriens estiment avec Boule que les Cro-Magniens n’ont pas disparu à la fin des temps paléolithiques, mais ont persisté longtemps dans diverses régions de la Grande Europe.
R. Verneau, qui a étudié spécialement la question de la survivance de la race de Cro-Magnon, constate qu’à l’époque néolithique il avait existé des représentants à peu près purs de cette race en Espagne, de l’Andalousie jusqu’à Oviedo, et qu’il en était resté des descendants pendant l’âge du bronze. Il reconnut aux îles Canaries des représentants presque purs du type de Cro-Magnon, les Guanches. En Airique du Nord, Verneau avait admis que les Berbères présentent des traits de la race Cro- Magnon.
En France, Colignon a établi la permanence d'éléments cromanoïdes dans la région de la Dordonne (« paradis » de Cro-Magnon, d’après Weinert), le Sud de la Charente qui sont « les régions, dit-il, le plus complètement occupées de nos jours par les descendants de la race de Cro-Magnon ».
On sait que l’apparition de la race de Cro-Magnon fut localisée dans la partie occidentale de l’Europe et de l’Afrique du Nord, elle est en rapport avec les côtes atlantiques et c’est pourquoi Cottevieille-Girodet a appelé l’homme de Cro-Magnon Homo Atlanticus,
L'opinion de nombreux préhistoriens de l’école allemande, notamment celle de Kossinna semble être bien fondée lorsqu’il affirme que les Nordiques descendent de la race de Cro-Magnon, il cite quelques découvertes des restes humains ayant des traits du type Cro-Magnon, près de Kiel et de Berlin, il suppose que la majorité des gens de Maglemose étaient restés sur place et que c’étaient eux qui avaient donné naissance aux populations de Koejkkenmoeddings et des Mégalithes, par une évolution aboutissant à la création du type Nordique.
D'autre part, Kossinna admet que les Nordiques représentent un développement évolutif des Finnois qu'il fait dériver des gens de Maglemose, qu'il appelle Dobbertiniens, qu'il considère comme des Pré-Finnois. Il cite
La Préhistoire
plusieurs crânes du type Cro-Magnon en Suède, et il attribue une grande importance à ce type dans la formation du Nordique que les préhistoriens de Técole allemande appellent dalique. D’après Weinert (L'homme préhistorique, p. 260) l’expression « type nordique des mégalithes » ne signifie pas autre chose que forme nordique du Cromanoïde.
Nous pouvons donc admettre que l’existence d’une zone mégalithique longeant la côte de l’Atlantique depuis le Portugal jusqu’en Scandinavie permet d’y reconnaître une civilisation présentant des variations locales, en raison de son extension sur diverses populations préexistantes et du fait de sa longue durée : du Néolithique jusqu’à l’époque du bronze. La civilisation mégalithique est indépendante de celle des groupes voisins, ils se sont pénétrés réciproquement.
Du fait que la civilisation mégalithique s’est propagée le long de la côte de l’Atlantique du Sud-Ouest, de la péninsule Ibérique — dans la direction Nord-Est de même que les Cro-Magniens, nous pouvons supposer que c’étaient eux qui furent les porteurs de cette civilisation.
Si nous prenons en considération qu’avec l’apparition des mégalithes coïncide la propagation de l’agriculture, la domestication des animaux et leur élevage, nous pouvons supposer que les constructeurs de mégalithes étaient aussi des « laboureurs » — Aryas-Arejas. Par conséquent, nous pouvons admettre que les Cro-Magniens, constructeurs de mégalithes, furent des Proto-Aryens.
L’origine de la race de Cro-Magnon reste un problème insoluble. Comme elle est à part de toutes les races de l’ancien continent, on ne peut rechercher son berceau dans aucun point de celui-ci, sauf dans la zone qu’elle a occupée. H. Weinert présume que l’ancien « paradis » de Cro-Magniens devait se trouver en France
dans la région de Dordonne. R. Verneau qui a spécialement étudié la question en France et en Espagne a pu prouver Inexistence des Cro-Magniens en Andalousie, de Néolithique jusqu’à Tâge du bronze. Par conséquent, nous pouvons considérer l’Andalousie comme le centre d’expansion des Cro-Magniens.
Ayant admis que le centre d’expansion de la race Cro-Magnon se trouvait dans la péninsule Ibérique, en Andalousie, et supposant que les Cro-Magniens auraient pu être non seulement les constructeurs des mégalithes, mais aussi des inventeurs et propagateurs de l’agriculture, nous pouvons considérer les Cro-Mogniens comme les Proto-Aryens dans le véritable sens du mot.
Nous avons déjà émis cette hypothèse (cf. p. 126) en nous basant sur l’indice d’un seul mot Jura (pron. Youra). C’était téméraire I Notre hypothèse est à présent mieux fondée et nous espérons convaincre les plus sceptiques. Comme appui à notre thèse, en dehors des données archéologiques et anthropologiques, nous apporterons les témoignages linguistiques qui sont déterminants dans la solution des problèmes ethniques.
Commençons par le mot Jura, Ce mot aurait pu être prononcé par VHomme Diluvial - Cro Magnien non seulement sur les pentes du Jura suisse, de Souabe ou de Franconie en Europe, mais aussi en Afrique du Nord, sur les pentes d’une chaîne de montagnes d’Algérie entourant la Grande Kabylie — Jurjura ou Djurdjura ^). C’étaient certainement les ancêtres des Kabyles, sédentaires et agriculteurs de race berbère qui, d’après Verneau,
1) Le redoublement jura ^jurjura signifie €grande mer». Nous supposons que M. L. Dauzat ne tentera pas à expliquer l’étymologie de ce nom de lieu africain par un mot celtique juris « montagne boisée », à moins qu’il prouve que l’aire d’extension des Celtes atteignait l’Afrique du Nord. Mais la montagne de Jurjura n’est pas boisée.
La Préhistoire
sont descendants des Cro-Magniens qui aient pu donner cette dénomination aux monts bordant, à Tépoque postglaciaire, la « mer » diluviale, dont il reste encore des traces — les « chottes ».
Puisque nous avons admis que le centre d'expansion des Cro-Magniens, sinon leur « paradis », se trouvait en Andalousie et puisque nous les identifions avec les Proto- Aryens, au sens ethnique du mot — nous devons prouver que les noms de lieux de la péninsule Ibérique sont aryens et ont été donnés par les Proto-Aryens, descendants directs des Cro-Magniens.
Mais avant d'entreprendre cette tâche, il est indispensable de dissiper une légende qui depuis plus d'un siècle plane sur la langue et les peuples ibériques.
Parenté de Vïbère avec le hittite et le lituanien
On sait que les linguistes les plus distingués i) s'obstinent de ne pas admettre la langue des anciens Ibères (d'avant la conquête romaine), parmi les langues aryennes, dites indo-européennes, et ils l'identifient avec la langue
(1) Il est bien surprenant qu’un linguiste très distingué, M. A. Dauzat (Op. c. pp, 40. 72). dans une étude récente, ne distingue pas l’ibère du basque, comme si les études de MM. Vinson, van Eys et £. Philipon n’avaient jamais existé. Il continue à maintenir la légende créée, il y a 122 ans, par le géographe allemand W. de Humboldt, incompétent en matière, concernant l’identité des langues basque et ibère, malgré les travaux remarquables des savants cidessus cités.
Il commet aussi des fautes historiques, lorsqu’il taxe les Ibères < de populations obscures » qui habitaient l’Espagne « au moment de la conquête romaine ». Ignore-t-il que ces < populations
euscarienne-basque d'origine inconnue. Comme la langue basque n'appartient pas à la famille aryenne, on a conclu que les Ibères étaient étrangers à la race aryenne et leur langue étrangère à la famille des langues aryennes. Cette légende fut créée par l'éminent géographe allemand W. de Humboldt dont le mémoire : « Recherches sur les habitants primitifs de VEspagne au moyen de la langue basques, paru en 1821, vingt-deux ans avant la parution du premier volume de la Grammaire comparée des langues indo-européennes de Bopp — a fait enraciner la croyance à l'identité ethnique des Ibères et des Basques.
W. de Humboldt rattache- le basque, langue aglutinante, au grec, au latin, au celte, en faisant des étymologies ridicules, comme par exemple, celle de Salduba, nom du fleuve Tartesse, faisant dériver du mot basque saldua « troupeau de brebis >.
Bien qu'il n'y ait plus aujourd'hui de linguiste qui prenne au sérieux les étymologies de Humboldt, il ne manque cependant pas d'historiens et même de linguistes qui continuent à faire descendre les Ibères des Basques, bien qu'aucun nom de l'ancienne Ibérie ne puisse s'expliquer par la langue basque.
obscures » tinrent en échec les Carthaginois et les Romains pendant plus de 200 ans, tandis que la Gaule fut conquise par César en moins de 10 ans.
On sait que les Romains ne vinrent à bout des Lusitans, une peuplade celtique (?), d’après M. Dauzat, que grâce à l’assassinat pendant le sommeil du héros national lusitan, Viriatos, par les traîtres soudoyés par l’or romain.
Les historiens sont unanimes à affirmer que les Romains trouvèrent en Espagne un nombre de villes opulentes qui les frappa de surprise et d’admiration. Le discours dans lequel, pour enflammer le courage de ses soldats, le sévère Caton fait miroiter à leurs yeux les richesses des villes espagnoles, rappelle la célèbre proclamation de Bonaparte à l’armée d’Italie.
Les conclusions ethnologiques de cet éminent géographe allemand, malgré rinanité de ses étymologies sur lesquelles il s'appuyait, pour faire des Ibères les ancêtres des Basques, retardèrent pendant près d'un siècle l'étude scientifique des origines ibériennes. MM. Vinson et van Eys démontrèrent enfin que rien n'autorise à rattacher l'euscarien à la langue des Ibères. Mais ces savants ne se prononçaient pas sur le véritable caractère de l'ibère i).
La langue des Ibères n'est qu’imparfaitement connue. La connaissance de cette langue est basée sur
1) M. E. Philîpon, dans deux études bien documentées : « Les Ibères », Paris 1909» et « Les peuples primitifs de l’Europe méridionale », Paris 1925» donne des preuves incontestables de l’origine aryenne de la langue ibérique.
Tout en admettant la thèse de cet auteur en ce qui concerne l’origine aryenne de l’ibère, nous ne pouvons pas souscrire à ses hypothèses quant à l’origine asiatique des Ibères. Aussi nous ne pouvons pas admettre sa théorie fondée sur la distinction absolue des Tartessiens et des Ibères. Sans anticiper sur notre exposé ultérieur, nous pouvons affirmer que le nom d’ibère est un nom générique de tous les habitants de la Péninsule Ibérique d’origine aryenne ou aryanisée à l’exclusion des Basques. Leur nom dérive du nom de VIhérie, Quant à Tartessos, c’est un nom distinctif d’un grand et très ancien peuple ibère qui joua un grand rôle dans^le peuplement et l’aryanisation de l’Europe. (Nous donnerons ultérieurement l’étymologie des noms Ibérie et Tartessos, ainsi que les preuves de ce que nous avançons ici.)
Plusieurs celtisans, se basant presque uniquement sur les données archéologiques, tentèrent prouver que l’aryanisation des Ibères primitife a été effectuée par les Celtes qui envahirent, dès le Vme siècle av. J.-C., la péninsule Ibérique. Peine inutile, car les Tartesses, de même que les Ibères, furent des Proto-Aryens avant l’apparition même des Celtes.
M. H. Hubert (Op. c. p. 96), en faisant observer que M. Philipon c a constitué aux Ibères un vocabulaire à base de noms géographiques et de noms propres, où il a fait entrer des mots manifestement celtiques (?) comme gurdus ». Cette observation de l’éminent céltisan mérite d’être relevée et rectifiée. En effet, M. Philipon
deux sources : 1® les inscriptions et les légendes monétaires (M. E. Hubner, Monumenta linguae ihericae — 1893) ; 2® des noms conununs souvent plus ou moins déformés au cours de la transmission par les auteurs de Tantiquité et d’un nombre considérable de noms de lieux et de personnes ibères reuceillis depuis six siècles avant notre ère par les auteurs grecs et latins ainsi que par les inscriptions latines de la péninsule Ibérique.
C'est une erreur de croire que tous les peuples de la péninsule parlaient la même langue ; nous y distinguons deux groupes de langues : la langue euscarienne ou basque et les langues ibériennes. La première est une langue agglutinante, ne connaissant ni la déclinaison, ni la dérivation, au sens que la grammaire des langues aryennes attache à ces mots ; cette double constatation suffit à ruiner la thèse des partisants de la parenté de l'ibère et de l'euscarien.
Les sources de l'ibérique ci-dessus citées sont à peine suffisantes pour juger de sa morphologie, car sur soixante dix-sept inscriptions ibères il s'en trouve une douzaine qui comprennent plus de trois ou quatre mots. Ces inscriptions nous apportent des renseignements sur la flexion ibérique. En effet, nous y relevons les nominatifs masculins en as, is, us ; des nominatifs féminins en a, e ; des datifs en ui, des génitifs en o ; des datifs pl. en om.
(Op. c. p. 189), en s’appuyant sur le témoignage de Quintilien affîrme que le mot gurdus c lourdeau, sot », fut emprunté par les Romains à la langue des Ibères. Mais les Romains avaient-ils vraiment besoin d’emprunter ce mot aux Ibères puisqu’ils avaient le mot bardus • lourd, stupide » dérivé de la rac. aryenne comm. gurd-.
Il existe en lituanien contemp. le mot de la même racine gudrus < malin, rusé », qui avec métathèse acquiert une signification inverse.
La Préhistoire
Les noms de lieux et de personnes ont été assez fidèlement transcrits par les auteurs de Tantiquité, sauf certaines inexactitudes toujours possibles. La plupart paraissent même s'inspirer d'une connaissance du système phonétique ibère. Ce ne sont pas des déformations arbitraires, mais des adaptations raisonnées et voulues.
Tel est le cas, par exemple, de la désinence de noms propres ibériens en -as, -is que les auteurs latins transforment volontiers en os, us. Par exemple : Usamos, Caralus, Tridalus, Vabalus au lieu de Usamas, Caralis, Tridalis, Vahalis. Car sur les monnaies ibères les noms d'hommes sont en as, par exemple : Segetas, Virevias. De même que sur les inscriptions ibéro-latines du temps de l'empire romain les noms d'hommes : Isas, Ciras.
Les nombreux noms ethniques ibères en - êtes, -ites, inconnus des Latins ont été conservés ou parfois développés au moyen de leur suffixe ethnique ani, par exemple : Edètes - Edetani, Lusites - Lusitani.
On remarquera une ressemblance frappante de l'ibère avec le hittite et le lituanien, les noms de personnes ibères de même que les noms hittites et lituaniens ont des désinences : -as, - is.
Les noms ibér. Les noms hitt. Les noms lit.
Kicas
Grigas
Mikas
Astolpas
Audas
Minuras
Katovas
Rusas
Zidas
Les terminaisons en -alis, -ulis, -ilis, -élis de noms ibériens sont identiques à celles des noms hittites et lituaniens (cf. pp. 66, 67).
Les noms ibér. Les noms hitt. Les noms lit.
T ridalis Vardulis Kastilis
Muvatalis- Sarpalis
Kikulis Turtulis
Kastilis Mazilis
(Kastilias)
Hattusilis Uselis
TJselis
P..J. Gabrys
IS
On remarque que les noms ibériques : CastiliSj Castulo, Castala sont identiques aux noms gudiques : Kassites, Kastili(a)s conquérants de Babylone (cf. pp. 97, 113) dérivés de la rac. kasti^ en lit. « creuser la terre » ; le nom de la province d'Espagne Castille dérive de la même racine, c.-à-d. « pays où on creuse la terre à la houe ».
Les noms de lieux ibériens sont souvent identiques aux noms de lieux hittites ayant la même signification, tel est surtout le cas de noms en uha, apa, uva ava (cf. p. 68, 69).
Les noms de lieux ibér. Les noms de lieux hitt.
Corduba, Corduva, auj. Cordoue Kartuha « eau amère »
Salduba, anc. nom de VEbre Maenuba, Menova Onuba
Les noms de lieux ibér.
Sal(d)uba l
' ' j douce»
Ak(t)uba « eau
potable »
Manapa
Les noms de lieux hitt.
Astapa Astapa
Anapa Anapa
Les noms de lieux ibériens ont été enregistrés par les auteurs de l'antiquité, entre le VIme et le 1er siècle avant notre ère ; les noms hittites conservés grâce aux tablettes de Boghaz-Keui datent de la seconde moitié du lime millénaire avant notre ère, mais malgré dix siècles qui séparent la date de leur attestation, la concordance de ces noms est frappante.
La concordance des noms propres ibériens et lituaniens n'est pas moins étonnante. Nous constatons également que la flexion ibérique est identique à celle du lituanien : nom. masc. -as, is, -us et nom. fem. dans les deux langues : -a, -e, dat. sng. en ibér., lit. et hitt. -ui.
M. Philipon fait erreiur lorsqu'il dit (Op. c. p. 183) que le mot : arimo relevé sur les inscriptions ibériques
La Préhistoire
serait datif ou ablatif, non, c’est génitif sing. dont nominatif : arimas « (champ) labouré », dérivé de la racine verb. ar-ti « labourer » — c’est le participe prés, passif formé à l’aide du suffixe ~imas, -amas exactement comme le même participe hittite ou lituanien (cf. p. 63).
Plusieurs noms de lieux ibériques à la terminaison -amas, -imas sont les participes prés, passif, par ex. : Candamas « brillant », auj. Candamo prov. d’Oviedo, Certamas ou Cartamas fem. Cartama auj. Cartama prov. de Malaga ; ce nom peut dériver de la rac. verb. kertu, en lit. « je coupe, tranche » ou kars en hitt. « couper, trancher, bannir » (cf. pp. 43, 63). Nombreux noms de lieux ibères sont des participes prés, actifs, formés à l’aide des suffixes -ant-, exactement comme le même participe hittite ou lituanien (cf. p. 63), par ex. : Pal - ant - ia auj. Palencia, Num - ant - ia, Ar - ant - ia, Arg - ant - ia.
Le gérondif lituanien au suffixe 4ng- se retrouve aussi parmi les noms de lieux ibères : Or - ing - is ou Aur ing - is « apte au labour », dérivé de la rac. verb. ar - ti « labourer » ; c’est le nom d’une ville très riche de la Bétique (T.-Live XXVIII, 3) ; il est à remarquer que lorsqu’un adjectif verbal a(u)r- ing-as se transforme en substantif, la désinence -as en ibère de même qu’en lituanien se transforme en -is — Aur- ing - is.
M. Philipon fait également erreur lorsqu’il suppose que les mots : praesom, anucom relevés sur les inscriptions ibériques représentent des accusatifs ou des neutres ; ce sont certainement des datifs plur. comme en lituanien ayant la désinence -am. Il existe en lituanien le même mot : anukas, fem. anuké « petit-fils, petite-fille » dont datif pl. anukam « aux petits enfants », dérivé de la même racine que (h)anna en hitt. « (grande) mère » (cf. pp. 34, 40). (Il «St naturel que les noms de la stèle ibérique dédiée « aux petits enfants » anucom soient datif, mais ni accusatif, ni neutre.)
Les suffixes ethniques ibères : -êtes, -ites sont identiques au suffixe lituanien : -ietis, par ex. :
Ibères
Lituaniens
Kaun - ietis Viln - ietis PU - ietis Saul - ietis
Caun - êtes, Cun - êtes Carp - êtes Ed - êtes Lus - its
Le procédé de la composition des mots de deux racines est très fréquent en ibère, de même qu'en hittite et lituanien (cf. pp. 67-70),-par ex. :
Argantia = Ar + gantia, composé de deux racines ar - ti « labourer » et gany - ti en lit. « pâturer », Argantia « lieu apte au labour et aux pâturages ».
Corduba, Corduva = Cord + uba = Kart + uba, où Kartus en lit. « amer », uba = upa en lit «eau, fleuve»; Corduba « eaux amères », auj. Cor doue.
Salduba = Sald + uba, où saldus en lit. « doux », uba = upa « eau, fleuve » ; Salduba « eaux douces ».
Tribola = Tri + bola, où tri « trois», bola = bala en lit. « marais, marécage » ; Tribola « trois marais ».
Tridalus ~ Tri + dalus = Tri + dalis, où tri « trois », dalis en lit. « part » ; Tridalis « trois parts ».
Cocolobis ou Caucolobis = cauco + lobis, où caucas en lit. « mont, monticule », lobis en lit. « trésor » ; Caucolobis « trésor de monticule » = « raisin ».
Les Ibères plantèrent certainement leurs vignes sur les pentes ensoleillées des collines et des monticules, où les vignes réussissent le mieux, d'où le nom du raisin = « trésor des monts ».
Il est à remarquer que cauco est le génitif de caucas, ce qui confirme que la désinence -o est celle du génitif et non de l'ablatif, comme suppose M. Philipon.
La Préhistoire
Si les inscriptions ibériques nous fournissent des indications sur la déclinaison de Tibère, elles sont presque nulles sur la conjugaison. Dans le vocabulaire ibère cité par M. Philipon (Op. c. p. 190) nous trouvons le mot aparia « chiendent », ce mot semble dériver de la racine verbale ap-arti « re - labourer », ap aria est la troisième pers. du présent « on re - laboure » ; en effet, on sait que la destruction de chiendent dans les champs n*est pas aisée, on est obligé de labourer le champ plusieurs fois, pour sortir et détruire cette mauvaise herbe.
Si on peut juger d*après cet exemple, la conjugaison du verbe ibère ressemblerait à la conjugaison du verbe lituanien.
Nous pouvons donc conclure : les concordances morphoîogiques de Vihérien, du hittite et du lituanien, plus que celles de leur vocabulaire attestent leur parenté originelle qu'on peut qualifier de proto-aryenne.
Origine des Ibères
Toutes les tentatives que Ton a faites depuis de Humboldt pour démontrer l'origine ibérienne des Euskariens- Basques ont échoué. Les savants, Vinson et Van Eys, les plus versés dans la connaissance des idiomes euskariens, ont qualifié les étymologies des basquisants d*enfantines et antiscientifiques.
Il y a eu, sans doute, à l'époque préhistorique, dans l'Europe du sud-ouest, un peuple pré-aryen, dont les Euskariens sont le dernier débris, mais ce peuple a été de très bonne heure absorbé ou refoulé dans les Pyrénées occidentales par les Proto-Aryens mégalithiques.
Comme la langue basque n'appartient pas à la famille aryenne, on en a conclu que les Ibères étaient étrangers à la race aryenne. W. de Humboldt les fait venir d'Asie Mineure, Boudard les rattache aux Touaregs et G. de Gabelentz aux Berbères. Eichoff leur donne une origine africaine, M. Giacomino a tenté de démontrer leur parenté avec les Egyptiens et les Coptes.
D'autres savants, comme Philips, Whitney et Uhlenbeck, pensent que les Ibères sont venus d'Amérique.
Mais l'hypothèse la plus hardie de toutes est celle de M. d'Arbois de Jubainville. Ce savant français présume que les Ibères seraient les descendants des Atlantes
La Préhistoire
qui, suivant Platon i) et Théopompe 2 ), seraient sortis de FAtlantide plus de neuf mille ans avant notre ère, pour aller faire la conquête et la colonisation de TEurope et de l’Afrique du Nord.
Cette hypothèse malgré sa hardiesse mérite d’être examinée de plus près. En effet, Hérodote (IV, 187, 191), dans la description de la Libye, place à l’extrême Occident les Atlantes, peuple d'agriculteurs, qui avaient donné le nom aux monts d’Atlas, au pied desquels ils habitaient (cf. la carte p. 201). Diodore de Sicile (III,
i)Platon, qui s’appuya sur l’autorité de Solon qui, à son tour, tenait ce récit des prêtres égyptiens, affirme {Timée, éd. Didot, t. II, p. 202 ; Critias, ibid., p. 251) qu’en face du détroit des Colonnes d’Hercule, aujourd’hui détroit de Gibraltar, une île plus grande que l’Afrique et l’Asie réunies. L’Atlantide, tel est le nom de cette île merveilleuse, était habitée par une population très nombreuse et très évoluée. Les Atlantes étaient riches, ils avaient de grandes villes où l’on trouvait des palais et des temples ; le « pays de Gadir *, c’est-à-dire l’Espagne, leur appartenait. Plus de neuf mille ans av. notre ère, ils envoyèrent une armée innombrable à la conquête de l’Europe et de la Lybie.
(2) D’après Théopompe, l’Atlantide aurait été un vaste continent depuis longtemps disparu ; ce continent était habité par deux nations distinctes de plusieurs millions d’hommes chacune : la nation des Belliqueux et celle des Pieux. Il était arrosé de deux fleuves. Volupté et Tristesse, sur les rives desquels croissaient des arbres aux propriétés merveilleuses. Les Atlantes étaient d’une taille gigantesque ; leur pays d’une admirable fertilité, était couvert de villes immenses et l’or et l’argent s’y trouvaient en abondance ; ceux-ci étaient moins estimés que le fer chez nous. Un jour, au nombre de dix millions d’hommes, les Atlantes franchirent l'Océan et pénétrèrent dans le pays des Hyperboréens, mais effrayés de l’état misérable de ce peuple, ils ne poussèrent pas plus loin leur conquête.
Nous sommes ici en présence de la forme de la légende chez les Phrygiens ; ce serait Silène qui, d’après Théopompe, le premier aurait conté au roi Midas l’histoire de l’Atlantide. Cette légende était également populaire en Phrygie (Asie Mineure), Hérodore fr. 24.
pp. 54, 58) raconte la merveilleuse histoire, sur la foi des vieilles annales, d’il y a six mille ans avant notre ère, conservées à Tartessos. D’après cette tradition, les Atlantes prétendaient que leur pays était le berceau des dieux et qu’ils avaient eu pour premier roi Uranus, l’un des prédécesseurs du Zeus pélasgique dans l’Olympe aryen (c£. p. 35).
Tout cela concorde avec ce que nous dit Homère des amicales relations qu’entretenaient les dieux avec le peuple qui habitait sur les bords de l’Océan. Certainement le peuple qui sacrifie à Zeus et qui élève des autels à Atlas - Poséidon, ne peut pas être d’origine africaine.
Diodore insiste que ce peuple, les Atlantes, propageait Vagriculture, que son empire s’étendait du côté du Couchant et du Nord ; leur premier roi Uranus, d’après la tradition, avait eu pour fils Atlas, Cronos ; Saturne, roi de Tartessos. Ce dernier régna sur la Lybie, la Sicile et l’Italie. L’empire d’Atlas s’étendait sur l’Hespérie (Espagne) et jusque sur le pays des Hyperboréens (la Gaule).
Strabon (III, 1, 6) nous apprend aussi que de son temps les habitants de Tartessos conservaient encore des annales qui remontaient à une très haute antiquité. Il est probable que c’est d’après les traditions des Tartesses que Diodore de Sicile a écrit l’histoire légendaire des Atlantes.
Il est vraisemblable que cette légende tartesse ait donné naissance, comme certains auteurs le supposent, à la fable de l’Atlantide, conservée par Platon et Théopompe.
En comparant la légende de l’Atlantide à la légende tartesse des Atlantes, nous pouvons supposer que la première est une déformation de la seconde, car le pays de Tartessos que Platon attache à l’Atlantide était très riche, Hérodote (I, 163) fait mention de la munificence de son
appemonidc d’Hcrodote 450 ana av. f’crc CHr
Mappemonde d’Hérodote, 450 «ms avant J.-C.
roi légendaire Arganthonios et Strabon (III, 2, 4, 8, 14) loue la richesse de Tartessos, où Tor se trouvait en abondance et où les chevaux mangeaient dans des crèches d’argent.
D’après la légende de l’Atlantide, ses habitants auraient conquis la Lybie, l’Italie, l’Espagne et la Gaule, — ce sont précisément les pays sur lesquels la légende tartesse fait régner les deux fils d’Uranus, Saturne et Atlas.
Les Tartesses, au temps de Diodore de Sicile (au début de notre ère) auraient conservé la tradition des conquêtes faites par leurs ancêtres dans la direction du Nord.
Quelle déduction pouvons-nous faire de ces données légendaires et mythologiques ?
Ces légendes transmises par les auteurs de l’Antiquité confirment notre hypothèse que l’Andalousie — ancienne Tartesside — était le centre d’extension des Cro-Magniens, constructeurs des mégalithes, propagateurs de l’agriculture, véritables Proto-Aryens.
Il s’agit de prouver que le peuple Tartesse était d’origine aryenne dans le sens ethnique du mot. M. H. Hubert (Les Celtes, v. I, p. 352) nous indique le moyen par lequel il serait possible de résoudre ce problème. « Tartessos, dit-il, était célèbre par ses mines d’argent ; Arganthonios est le roi de l’argent. Si son nom était ibérique comme le nom même de Tartessos, on aurait un argument d*une grande portée, mais peut-être unique pour classer les Ibères parmi les Indo-Européens. »
Cet auteur celtisant tente de faire dériver le nom du roi Arganthonios d’un mot celte : arganti « argent », en admettant que les Celtes des Alcores n’étaient pas loin et qu’un « chef celtique fut devenu roi de l’Etat ibérique de Tartessos, peut-être par mariage, sans faire trop parler de lui. » C’est du roman préhistorique I
La Préhistoire
Le roi Arganthonios avait régné entre 700 et 600 avant notre ère, tandis que l’invasion celtique de la péninsule ibérique a dû commencer un siècle et demi plus tard, c’est-à-dire entre l’an 500 et l’an 450 av. J.-C.
Nous croyons pouvoir prouver que les noms du roi à!Arganthonios et celui de Tartessos sont des noms aryens. Quelle est l’étymologie ô!Arganthonios ? Arganthonios = Ar + gant(hyonios, où ar en lit. et hitt. «labour» gant dérivé de ganyti en lit. «pâturer», oni(o)s = anis suffixe proto-aryen latinisé, ainsi Ar + gant-anis = Ar + gant(h)-onios « endroit apte au labour et à pâturer ».
On sait qu’il existait un mont du nom ô!Arganthonion 1) en Tartesside et un autre du même nom en Bithynie. Le roi Arganthonios était probablement originaire de la région du mont Arganthonion (en Tartesside) dont il portait le nom. Nous supposons que cette étymologie est de nature à satisfaire M. H. Hubert et les autres celtisants. Il nous reste à prouver que le nom de Tartessos est également aryen.
On sait que les auteurs grecs, Stésichore, Polybe, Strabon, appellent Tartesses -TopdùXoc, Quelle est l’étymologie de Turduloi dont le sing. est Turdulis?
Turdulis = Turt + ulis, ou turt- dérive de turt-as, en lit. « richesse », ulis suffixe des noms de personnes fréquent en hit., ibère et lit. (cf. p. 193), ainsi turtulis « richard», pl. en gr. Turduloi = en lit. Turtuliai «richards».
Le nom Tartessos dérive de la même racine turtas, en lit « richesse », et ne serait que quelque peu déformé et latinisé.
(1) Il est même probable que le mot latin argentum « argent * provient du mont Arganthonion, où se trouvaient des mines d’argent et, d’où les Phéniciens et les Romains importaient ce précieux métal, de même que le mot grec * cuivre » provenait de
Colchide (Caucase), d’où les Grecs importaient le cuivre.
En effet, on sait que Tartessos fut renommé par ses richesses : l’or, l’argent, et aussi par la fertilité de son sol ; il est donc naturel que les habitants de ce pays bienheureux fussent surnommés: Turtuloi-Turdetans-Tartesses, « richards ».
Grâce à l’étymologie de ces deux noms les plus anciens que les auteurs âe l’antiquité nous aient transmis, nous pouvons admettre que les anciens habitants de l’Andalousie, descendants des Cro-Magniens, constructeurs des mégalithes et propagateurs de l’agriculture furent des Proto-Aryens.
Les plus ardents celtisants ne peuvent se targuer de prouver que les noms de Tartessos et Arganthonios seraient des noms celtiques, car comme nous avons indiqué plus haut, ils sont antérieurs à l’arrivée des Celtes dans la Péninsule Ibérique.
Tartessos — centre (Textension de la civilisation mégalithique et proto-aryenne
L’importance et la richesse de Tartessos étaient connues dès la plus haute antiquité. Hérodote (I, 163) relate que les Phocéens sont les premiers, parmi les Grecs, qui allèrent en Ibérie et dans le pays de Tartesse, où ils furent amicalement accueillis par le roi Arganthonios qui leur conseilla d’abandonner l’Ionie pour venir se fixer en Espagne. Comme il ne pouvait les y décider, il leur donna de l’or pour faire bâtir des murailles autour de leur ville que menaçaient les Mèdes. Ceci aurait pu se passer entre 554 et 539 av. J.-C., dates extrêmes de la conquête de l’Asie antérieure par Cyrus.
L’importance de Tartessos était bien grande. Voici comment la caractérise C. Jullian (Histoire de la Gaule
La Préhistoire
p. 258) : « royaume qui s'était formé, dans la bienheureuse vallée d'Andalusie, dit-il, cet état de Cadix ou de Tartessus, vieux, disait-on, de six mille ans, aux rois protégés par le Soleil, leurs souverains paisibles, riches et hospitaliers, aimés de dieux et presque étemels comme eux... L'ancienneté plus que millénaire du royaume de Tartessus, me paraît incontestable : c'est, je le répète, le seul équivalent occidental de grands empires de VOrient ».
C'est de ce centre important que partirent vraisemblablement des constructeurs de mégalithes et propagateurs de l'agriculture dans la direction nord, nord-'cst et est, les uns longeant la côte de l'Atlantique, jusqu'en Suède et la Baltique, les autres s'enfonçaient dans le continent et la Méditerranée jusqu'en Palestine. Ils empruntaient certainement la voie maritime.
Tartessiens étaient-ils navigateurs ? Les auteurs de l'antiquité nous donnent des témoignages surabondants sur leurs capacités marinières. Avienus (Ora. 113, 114) atteste qu'ils navigaient sur l'Atlantique avant les Phéniciens et étaient allé commercer dans les îles Britanniques. Le Carthaginois Himilcon, au début du IVme siècle av. J.-C., affirme que les Tartessiens étaient d'habiles et hardis navigateurs. Ils possédaient de nombreux ports en dehors de Tartessos, à l'embouchure du fleuve homonyme. Aux dires de Timosthène, l'amiral de Ptolémée Philadelphe (Strabon III, 1, 7), a vu au milieu du IVme siècle av. J.-C., un grand port à Calpe, auj. Gibraltar, dont la grandeur des murs d’enceinte et les vastes bassins de radoub le frappèrent d'étonnement. Grâce à la profondeur des fleuves et à la disposition des estuaires, les Tartessiens possédaient aussi de nombreux ports intérieurs : Hispal (Séville), Corduva (Cordoue), etc. (Srt. III, 2, 3, 5). Ils étaient aussi d'habiles constructeurs de navires, ils possédaient une marine dont les bâtiments
remportaient par la force du tonnage sur ceux de toutes les autres nations de l'antiquité (Str. III. 2, 6).
Il est donc vraisemblable que ce furent les Tartessiens qui portèrent la civilisation mégalithique avec l'agriculture dans les pays nordiques. Leurs ancêtres pouvaient être plus guerriers que leurs descendants amollis, que nous connaissons par les auteurs de l'antiquité. Certes, il n'y avait que la conquête, c'était aussi la colonisation et les échanges commerciaux qui propagèrent la civilisation tartesse en Europe, en Afrique du Nord et dans tout le bassin de la Méditerranée. Mais avant de porter cette civilisation en Europe nordique et ailleurs, le centre tartessien devait commencer à civiliser la péninsule Ibérique.
Données onomastiques
Les mythes et les légendes qui veulent faire descendre les Ibériens des Atlantes, de même que les auteurs de l'antiquité — Hérodote, Diodore de Sicile, — les présentent comme peuple d'agriculteurs propageant cet art parmi les anciens habitants de l'Ibérie. La légende conserva la mémoire d'un ancien roi de Cunètes, Gargoris, qui passait pour l'inventeur de l'agriculture et son fils avait appris aux Cunètes à atteler les bœufs à la charrue.
L'étymologie du nom de Gargoris = (h)ar + (h)ar~is, où la racine ar- redoublée est précédée de l'aspirante h transformée en gutturale euphonique, ce nom devait signifier « agriculteur par excellence ».
La péninsule Ibérique ne se prêtait pas partout à l'agriculture, le plateau central montagneux et désertique était inapte ou presque, à la culture. C'est pour cette raison que cette région fut probablement surnommée Ihérie dont l'étymologie : Ih + erie = eh + ar - ia
La Préhistoire
= he + ar - ia, où he en lit. « sans » transformé par métathèse en eb et fléchi en ih, ar - « labour », - ûz désinence, ainsi Iheria, Ihérie « pays sans labour, inapte à Tagriculture ». Ce nom qui était primitivement attaché au plateau central s'est étendu sur toute la péninsule.
Ici, comme partout ailleurs où les Proto-Aryens portaient la civilisation, soit par la conquête, soit par la colonisation, les noms de lieux comme les noms de personnes sont des mots techniques souvent créés en série. Ainsi abondent ici d'innombrables localités à la racine ar-, pour désigner des « terres arables » : Arsa i), Arsenna, Araea, Araceli, Arandis, Arannus, Araura, Artabri, etc.
Des localités « inaptes à l'agriculture » portent le nom à la même racine ar - précédée ou suivie de la négation ne « non » ou fee « sans » ou des deux à la fois, par exemple : Navara = ne + be + ara, Navara n'est qu'une forme fléchie de nebeara. Ce nom est très fréquent en Espagne en composition avec d'autres racines : Navardun prov. de Saragosse, Navarniz prov. de Vizcaya, Navarredonda prov. de Madrid, de Séville et d'Avila. Il y avait aussi des arabie dont l'étymologie : ara + 6^ « terre sans labour, inapte à la culture », p. ex. : Fuent-arabie, etc.
Des noms de localités partiellement aptes à la culture et partiellement aux pâturages, sont composés de deux racines ar- « labour » et ganyti en lit. « pâturer » : Argantia, rivière en Asturie, Aragon, affl. de l’Ebre, Arganthonion, mont en Beturie.
Les peuplades et les tribus préaryennes, au fur et à mesure qu'elles étaient soumises par les Proto-Aryens, de gré ou de force, ces errants pêcheurs et chasseurs furent réunis dans les villages dont les traces sont marquées par les amas de coquillages et les restes de cuisine — Kioekkenmoeddings — ils furent astreints, suivant la nature du sol, soit aux travaux des champs, soit à l'élevage.
(1) En hittite arsis « champ cultivé » (c£. p. 35)-
Ainsi ceux qui travaillaient les champs furent surnommés Artabres dérivé de arti en lit. « labourer », ceux qui s'occupaient de l'élevage et qui paissaient leurs troupeaux — Gantabres dérivé de ganyti en lit. « pâturer ». Ce nom se rencontre souvent sous forme fléchie -- Cantabres. Ensuite, le nom d'Artabres fut déformé par les Celtes qui envahirent la péninsule Ibérique en Atrebates (par métathèse) et même en Arotrebes,
Des tribus qui n'étaient pas encore soumises et restaient « errantes » étaient appelées Bastites ou Bastames dérivés de bastytis en lit. «errer». Ainsi nous trouvons de nombreuses localités portant des noms à la rac. bastnon seulement en Ibérie, mais aussi en France et ailleurs : la Bastide sur l'Ilers, la Bastide-Clairencej la Bastille, ces localités désignaient probablement les régions où séjournaient les peuplades errantes — Bastides et Bastarnes.
Identité onomastique ihéro-hittito-lituanienne
Le peuple ibérien qui habitait la région montagneuse du centre de la péninsule fut appelé Carpètes, « montagnards », dérivé de karpia, en hitt. « élévation, montagne » (cf. p. 43), par contre les peuplades qui habitaient la plaine furent appelés Liguses, en gr. UyoeS ou Ligures, « habitants de la plaine », dérivés de ligus, en lit. « plat, plane », subst. en lit. courant liguma, en lit. dial, ligura, « plaine ». Il y avait des Ligyes-Ligures non seulement en Ibérie, mais aussi en France et en Italie; il ne faut pas déduire de cela que les Ligures d'Ibériê émigrèrent en France ou en Italie ou vice-versa, comme pensent plusieurs historiens, c'étaient des « habitants de la plaine » locaux. Le nom du fleuve français Liger (auj. Loire) dérivé de la même racine lig-us en lit. «plat».
Menhir de la Hune (Bazougers-Mayenne, France).
Le dolmen des Marchands (Locmariaquer, France).
Alignements de Kermario (Carnac, France).
La Préhistoire
porte ce nom parce qu*il parcourt une « région plate, plane ».
Le nom du peuple ibère Caunètes ou Cunètes dérive de kaunUj en lit. « combattre » ou du hitt. kuen « frapper, tuer, conquérir » (cf. pp. 45, 47). Ce nom devait désigner un peuple «guerrier, combattif». En effet, le peuple ibérien de Cunètes occupait la région entre le promontorium Sacrum et le fleuve Anas (Gvadiane) — un point stratégique important défendant de Touest l’accès de Tartessos. Il y avait en Ibérie le mont Caunus (probablement aussi un endroit stratégique) où Gracchus livra une bataille aux Celtibériens (T. Live XXXIII, 20 et XLV, 25). Nous avons déjà fait observer (p. 47) que ce nom se retrouve en France, en Lituanie et en Asie Mineure. Il ne faut pas déduire de cela que ce soient les Ibères, les Celtes qui portèrent ce nom en Lituanie et en Asie Mineure ou les Hittites, en Ibérie et en Gaule ; c’était tout simplement un nom technique proto-aryen créé en série en vertu de la loi, la même cause provoque le même effet.
Il existait en Ibérie plusieurs noms de lieux (fleuves et villes) qui portaient le nom de Salduba dont l’étymologie : Sald + uba, où sald- dérivé de saldus en lit. « doux », uba = upa en lit. « fleuve », ainsi Salduba « fleuve à l’eau douce » ; c’était le nom d’un fleuve et d’une ville en Bétique, c’était l’ancien nom de l’Ebre, c’était aussi l’ancien nom de Saragosse.
S’il y avait en Ibérie des « eaux douces » Salduba, il y avait aussi des « eaux amères » Corduba - Kartuba dont l’étymologie Kart + uba, où Kart- dérivé de kartus en lit. «amer», uba-upa en lit. «eau, fleuve», ainsi Kartuba- Corduba (auj. Cordoue) « eaux amères » (cf. pp. 56, 124).
Est-il étonnant que nous trouvions en Ibérie des noms de villes comme Pilpilis, nom d’une ville de la Bétique dont l’étymologie : pii + pil-is, où pilis en lit. «ville», la forme redoublée pii-pilis «ville par
P.-J. Gabrya
excellence, ville parmi les villes, ville importante ». Cette racine piUis = nôÀes se rencontre souvent en composition avec d*autres racines en hitt. et lit. pour désigner des noms de villes (cf. p. 67).
Nous trouvons en Ibérie de nombreuses localités qui portèrent le nom Cauca, ou en composée Cauco liberi auj. Collioure, Pyrénées-Orientales, Cancana (Plin) port de la Tarraconnaise. Quelle est Tétymologie de caucaf Cauca = kaukas en lit. « élévation, monticule, mont », en Lituanie il y a aussi de nombreuses localités dont le nom dérive de cette racine : Kaukenai, Kaukpilis.
Le nom des montagnes barrant le passage entre la mer Noire et la mer Caspienne (Caucase) est un nom certainement proto-aryen de la même origine que Cauca ibère et kaukas lituanien (cf. p. 112).
Les noms de personnes ibères Tautius, Tautinus, Tautamos dérivent de la racine tauta en lit. « nation », ces noms devaient signifier primitivement « chef de la nation » (cf. p. 170), ensuite ils sont devenus les noms propres de rois. En lit. et en hitt. la rac. tauta est souvent employée en composition avec d*autres racines pour la formation des noms de rois et de chefs par exemple : Vytautas, roi de la Lituanie, Tuthalja roi des Hittites (cf. p. 64).
Le nom des Pyrénées est certainement un nom protoaryen. On sait que dans Tantiquité les navigateurs qui devaient contourner la péninsule Ibérique dans un sens ou dans un antre, s'arrêtaient soit à Port-Vendres, soit à Bayonne, débarquaient une équipe d'hommes qui allaient se ravitailler et commercer avec les habitants, traversaient l'isthme et rejoignaient le navire au côté opposé. Avant les Romains Port-Vendres s'appelait en grec Iluprjvrj — Pyrênê ? Pyrênê = per + eina, où per en lit. « à travers, par », eina dérivé de einu « je marche », ce verbe composé avec le préfixe per - pereinu « je traverse »
3me pers. sing. - pereina « on traverse » ; ainsi Pyrênê « lieu où on traverse ».
Le nom de Pyrênê était donné au début au port Pyrênê — Port-Vendres, ensuite à Tisthme et après aux monts Pyrénées qui traversent Tisthme reliant la péninsule au continent.
Comment expliquer cette concordance de noms de lieux et de personnes ibères, hittites et lituaniens, éparpillés à travers tout Tespace de la Grande Europe, les uns à rOccident, les autres à TOrient et au Nord, — sinon par la parenté originelle des anciens Ibères, des Hittites et des Lituaniens.
Si les deux premiers peuples ont disparu absorbés, assimilés par d'autres peuples, le troisième subsiste, réel témoin vivant de l'origine commune proto-aryenne de ces trois peuples.
Nous pouvons admettre que les descendants des Cro-Magniens, constructeurs des mégalithes, porteurs de la civilisation proto-aryenne, partis de la bienheureuse vallée de l'Andalousie ont atteint les limites de la Grande Europe dont ils furent les principaux artisans.
Extension des Tartessiens mégalithiques en Gaule
L'extension des Proto-Aryens mégalithiques du centre tartessien dans la péninsule Ibérique et au delà s'accomplissait d'après les mêmes normes que nous avons indiqué plus haut dans l'extension des peuples des steppes. Ici comme ailleurs nous trouvons les noms des loôdités à la racine gaL « fin, bout » qui marque les étapes de cette extension — Galice nom d'une province espagnole dans l'angle nord-ouest de la péninsule et au delà des Pyrénées Gallia - Gaule pays habité par Galli
« habitants des confins » et dans Tembouchure de la Garoumna (Garonne) Burdigala i) « fin des veilleurs » (cf.p.89).
Cela indiquerait que Taryanisation de la péninsule a été faite en une seule étape. En effet, les premiers noms à la racine nés-, nés (rac. verb. nehi) en lit. « porter, transporter », nous rencontrons dans les Pyrénées où se trouvent plusieurs cours d'eau ayant le nom Neste, entre autres, l’ancien nom du Gave de Pau, ici se trouve aussi une localité portant le nom de Nestalas dérivé de nesti en lit. « transporter » (cf. pp. 51, 52, 89, 108).
La présence de ces noms de lieux dans les Pyrénées prouve que les Proto-Aryens durent camper ici avant de se lancer à la conquête du continent. Mais avant de quitter la péninsule examinons la situation dans laquelle pouvait se trouver la péninsule à la fin de la première étape.
Des peuplades préaryennes errantes du type de la Laugerie-Chanoelade peut-être avec quelques mélanges de négroïdes de la race de Grimaldi, soumises par les Cro- Magniens de gré ou de force, furent fixés dans les villages dont les vestiges, amas de coquillages (à Mugem, etc.) dans la péninsule et ailleurs, sont connus dans la
(1) M. C. Jullian {Histoire de la Gaule, t. Il, p. 240) reconnaît que les villes les plus anciennes et les plus importantes de la Gaule portent des noms pré-celtiques, nous dirons proto-aryens, par exemple : Argentorate auj. Strasbourg, dont l'étymologie est évidente : ar -f gent - orate, où ar- « labour », gent = gant dérivé de gan(y)ti « pâturer * — orate — suffixe, ainsi Argentorate « lieu apte à la culture et aux pâturages» ; Cannes, Caen clieu du combat» (cf. p. 47) Piçtavum auj. Poitou, etc.
Les noms de lieux proto-aryens furent ensuite celtisés et ro; manisés ; cette catégorie des noms de lieux est considérée à tort par plusieurs linguistes, entre autres par M. A. Dauzat (Op. c. p. 196), comme pré-aryens.
La Préhistoire
préhistoire sous le nom de Kiôkkenmôddings « restes de cuisine ».
Il y avait certainement aussi des insoumis qui préféraient émigrer, se réfugier dans les endroits peu accessibles. C’était probablement le cas des Euskariens qui se groupèrent dans la région peu accessible des Pyrénées Occidentales (Navarra) sur l’emplacement des Vascones qui descendirent dans la plaine et prirent d’eux le nom de Gascogne.
Ainsi les Euskariens avec les terres de Vascones ou Vasques ont pris aussi leur nom, d’où provient leur surnom, Basques,
La conquête du continent se faisait certainement aussi par la voie maritime, par la Méditerranée et l’Atlantique. Comme la légende l’indique, les Tartessiens ont pris possession de l’Italie, d’ici ils ont pu atteindre, par la vallée du Pô, l’ancien Bodincus et par la côte de l’Adriatique, la Vénétie, la vallée du Danube moyen, où sous leur impulsion fut créée la civilisation danubienne qui a son tour devint un centre important de civilisation qui rayonna au centre de l’Europe.
D’autre part, les colonisateurs Tartessiens remontèrent vraisemblablement la vallée de Rhodanus (auj. Rhône), pour rejoindre la vallée du Rhin,
(L’étymologie de Rhodanus = raudonas en lit. « rouge » ; en effet, le Rhône, dans son cours moyen, entre Avignon, Château-du-Pape et Orange traverse les bancs de calcaire ocre - orange - rouge, d’où peut provenir le nom de ce fleuve.)
Il est symptomatique que les mégalithes, qui marquent la voie de l’extension des Proto-Aryens dans cette partie de l’Europe, quittent le cours du Rhin à la hauteur de Mayence pour longer les pentes méridionales des hauteurs de Taunus, de Thuringe et du Harz jusqu’à l’Elbe à la hauteur de Magdebourg. On remarquera que
ce quadrilataire, circonscrit à Touest par le Rhin, à l’est par l’Elbe, au sud par les hauteurs ci-dessus mentionnées et au nord par la mer du Nord, est presque exempt de mégalithes, tandis que les Kiôkkenmôddings s’introduisent dans la vallée de l’Elbe jusqu’à Saale.
Quelle déduction pouvons-nous faire de cette constatation ? Si on admet que les Kiôkkenmôddings marquent le premier stade préparatoire de la civilisation mégalithique, car, sans populations agglomérées et policées, l’érection des mégalithes ne serait pas concevable, nous pouvons déduire que la civilisation mégalithique, pour des raisons inconnues, devait s’arrêter au premier stade, sans pouvoir enseigner aux populations préaryennes l’art de la culture des champs et l’érection des mégalithes. Ainsi ces populations restèrent longtemps chasseurs et pêcheurs au lieu de devenir des agriculteurs.
Cette aire est généralement assignée aux peuples proto-germaniques ; d'après les témoignages de César, Pline, Tacite et d’autres auteurs de l’antiquité, ils ignoraient et même méprisaient l’agriculture. Nous pouvons donc conclure que la civilisation mégalithique n’a fait que d’effleurer les populations proto-germaniques. Nous reviendrons encore sur cette question.
D’autre part, de nombreux mégalithes marquent toute la côte de l’Atlantique jusqu’au Jutland et en Suède méridionale avec un développement considérable en Bretagne et en Eire (Irlande). C’est le pays des Hyperboréens soumis, d’après la légende, par les Tartessiens.
En France (Seine inférieure), nous constatons l’apparition de la civilisation campignienne qui de même que les Kiôkkenmôddings est le résultat d’invasion, attestée par le fades industriel tout à fait différent de celui du paléolithique final.
Il est à remarquer que la civilisation campignienne, qui semble être contemporaine ou même antérieure à
La Préhistoire
celle des Kiôkkenmôddings, fait apparaître déjà des traces de Tagriculture et de Télevage : bœufs, moutons, cochons, on y trouve des empreintes de grains, on constate Inexistence de broyeurs et de meules plates en grès, quelquefois d'assez grandes dimensions et souvent nombreux.
Nous pouvons admettre que la civilisation mégalitique proto-aryenne trouva en Gaule son développement complet et précoce. De plus, cette civilisation traversa la Manche et s'est épanouie d’abord en Eire (Irlande) et ensuite en Albion (Angleterre), (les mégalithes de New- Grange et Brugh na Boine, en Eire ; Abury et Stonehenge, en Angleterre). Les Tartessiens, d’après Avienus, faisaient régulièrement le service de la Bretagne^) (Oestrymnis), mais laissaient aux habitants de ce pays le trafic de la Manche.
La population primitive de la Gaule du type Laugerie - Chancelade que Hérodote appelle Uyues « habitants de la plaine », fut soumise par les Mégalithiques et aryanisée. Leur aryanisation semble avoir été aussi précoce que l’apparition de l’agriculture dans le Campignyen.
Les auteurs celtisants ne sont pas d’accord en ce qui concerne le rapport entre les Ligures et les Celtes. Pour M. Jullian (Histoire de la Gaule), le ligure est du pré-
(1) Voici ce passage d’Ora Maritima :
€ Mais de là (Bretagne), durant le temps de deux soleils un bateau
« Peut voyager jusqu’à l’Ile Sacrée (Eire, Irlande)
€ (Ainsi était-elle appelée par les hommes du vieux temps)
€ Elle s’étend entre les vagues € Et couvre bien des arpents « Et en elle à l’aise demeure « Le peuple des Hibemiens ;
€ Et près de là s’allonge € L’île des Albions. *
celtique ou plutôt une langue commune, indivise entre les Celtes et les Italiotes, en somme italo-celtique. H. Hubert (Les Celtes), traite cette théorie de spécieuse « puisqu’il y en a, dit-il, des Italo-Ligures en Italie, autant que Celto-Ligures en Gaule » et des Ibéro-Ligures, ajouterons-nous, en Ibérie. La théorie de M. C. Jullian n’est pas si spécieuse que cela, car comme nous l’avons démontré plus haut le nom Ligases, Ligues, Ligures était un nom technique de peuplement signifiant primitivement « habitant de la plaine » i) de même que le nom des Celtes (pron. Keltes) en grec xéXroc dont l’étymologie : xéXros = kelt-as dérivé de la rac. verb. kelti en lit. « lever, lever en masse », dont le participe passé keltas « celui qui a été levé en masse (pour émigrer) », ainsi Keltoi - Celtes «levés en masse, émigrés, colons».
On pouvait être en même temps Ligures, Celtes, et Gaulois, car ces trois termes sont, pour ainsi dire, synchroniques : pour les Tartessiens, porteurs de la civilisation mégalithique et proto-aryenne, qui dénommèrent ainsi les habitants au delà des Pyrénées, ils étaient d’abord « habitants des confins » Galli - Gaulois, ensuite « habitants de la plaine », Ligures « qui se levaient parfois en masse pour émigrer » — xéXzoc -Keltes - Celtes,
D’ailleurs pour les anciens auteurs : Timagène, Ammien, Marcellin, Eratosthène, Hérodote ( voir la carte), le nom des Ligures Uyoes n’est pas un nom de nations démesurément répandu, mais le nom générique d’un immense groupe de tribus, éparpillées en Europe bccidentale. Cela correspond parfaitement à notre théorie.
Il serait une erreur de penser que les Mégalithiques ont soumis et aryanisé les ancêtres des Gaulois ou des Ligures tous d’un seul coup et sans peine. Les noms de
(1) Si par la suite les * habitants de la plaine » — Ligures — étaient repoussés dans les montagnes, on continuait de les appeler Ligures, tel était le cas des Ligures en Italie.
La Préhistoire
certaines tribus ligures et gauloises disent qu*il y avait des tribus soumises et insoumises. Les tribus qui étaient soumises et payaient le tribut s'appelaient Ingauni (Tite- Live XL, 25, 28) dont l'étymologie : Ingauni = /n + gauni, dont in en lit. et hitt. « en, lat. in », gauni dérivé de gaunu « je reçois », ainsi Ingauni « ceux dont on reçoit le tribut) ».
Les tribus insoumises étaient appelées Pietés, Pictones, Pictavi, Quelle est l'étymologie de ces noms ? Ils dérivent de la même racine pikt-as en lit. « mauvais, méchant », c'est-à-dire des peuplades qui ne voulaient pas se soumettre aux nouveaux arrivants — Mégalithiques, ne voulaient pas vivre dans les aggloméra,tions, villages, ni même payer le tribut, devenir Ingauni ; elles préféraient se réfugier dans les forêts ou dans les montagnes pour pouvoir continuer leur vie sauvage.
Il y avait des Pietés un peu partout. En Ibérie : Euscariens-Basques réfugiés dans les Pyrénées Occidentales, étaient des piétés, parce qu'ils ne voulaient pas se soumettre aux Tartessiens. (Nous ignorons la signification d*Euseara, qui ne peut être expliquée que grâce à la langue basque que nous ignorons). En Gaule il y avait des Piétés dans le Poitou, l'ancien Pietavum entre Vienne et Charente. En Eire (Irlande) les Piétés étaient repoussés dans l'extrême Nord de l'île (auj. Ulster), en Ecosse (anc. Calédonie) les Piétés étaient aussi repoussés à l'extrême Nord. Cela prouve que les Mégalithiques arrivaient du Sud.
Extension des Taressiens mégalithiques en Eire (Irlande) et en Albion (Angleterre)
La question des Piétés est une des plus discutées de l’histoire des Iles Britanniques. La grande partie des historiens et des philologues (entre autres S. J. Rhys) considèrent, à juste titre, les Piétés de réputation
sauvages, mystérieux, relégués à Textrême nord des Iles Britanniques comme le reliquat des populations préhistoriques et, disons-nous, préaryennes.
En Irlande, les Pietés occupaient une grande partie de rUlster, ils étaient appelés dans les annales irlandaises, Cruithnig, Les Pietés d’Ecosse sont surnommés Cruithinii ou Cauthini populi dans la vie de saint Columban par Adamman. L’étymologie de Cauthini est évidente, ce nom dérive de la racine verb. kauti en lit. « combattre », la désinence - inis est celle de l’adjectif, kautinis « combatif ». Quant à l’étymologie des mots Cruithnig et Cruthinii ils ont la même racine eruith - qui dérive de kertu en lit. « je frappe », le suffixe -nig est visiblement la métathèse de -mg, le suffixe du gérondif lituanien ou, si l’on veut, proto-aryen, exprimant l’aptitude, la capacité, ainsi kertingas = Cruit(hying = eruit(h}-nig déformé par double métathèse signifie « apte à combattre, combatif ».
Nous pouvons donc conclure que, les trois qualificatifs de Pietés : Cruithnig, Cruithini et Cauthini sont les synonymes désignant leur combativité, ce qui confirme notre étymologie du nom Piétés « méchants, mauvais ».
Bien que Piétés portent le nom et les surnoms aryens qui leur ont été donnés par les Proto-Aryens mégalithiques, ils ne sont ni Aryens, ni même aryanisés si peu soit-il, ce sont des autochtones-préaryens qui restent longtemps réfractaires à toute aryanisation. A l’époque de la conquête de César, ils sont encore au stade du matriarcat, ils pratiquent la polyandrie, ils ne eultivent pas la terre, ils sont encore à l’économie pastorale, par opposition à l’économie agricole des peuples côtiers.
C’est à tort que le celtisant, M. Hubert (Les Celtes, pp. 253, 59, 69), considère les Pietés comme des Celtes, les fait venir en Calédonie et en Irlande à la suite des
La Préhistoire
Goïdels de côtes allemandes de la mer du Nord. Peine inutile I Où allait-il les prendre et comment les a-t-il relégués à Textrême nord des îles, surtout s'ils devaient 5uivre Goïdels, ils devaient se trouver plutôt au sud.
D'ailleurs ni la protohistoire, ni l'histoire ne mentionnent nulle part la présence des Pietés en Germanie, où, comme nous le verrons ultérieurement, Istevones étaient aussi « insoumis » mais ils ne s'appelaient pas des Pietés,
D'autre part, cet honorable celtisant (Op. c. p. 248) s'évertue à prouver que le nom même des Iles Britanniques dérive du qualificatif de Pietés - Cruthnig. Ce n'est pas de l'étymologie, c'est de l'acrobatie 1 L'étymologie du nom des Iles Britanniques est bien plus simple. Nous la donnerons tout à l'heure.
On sait que l'ancien nom de la Grande-Bretagne était Albion (Avienus, o. m. 112). Les Irlandais l'ont gardé sous la forme Alpe, pour désigner l'île sœur, mais plus particulièrement l'Ecosse. Ce nom appartient à la même racine que les Alpes. Certainement il est protoaryen, car, comme nous l'avons maintes fois mentionné, des errants pré-aryens ne se souciaient pas de dénommer les lieux où ils campaient.
Quelle est l'étymologie de Alpe, Alpes? Ce nom peut dériver de la racine verbale lip-ti en lit. « monter », mais la racine lip~ se transforme par métathèse en ilp~ et alp-, ainsi Alpe, Alpes « endroits où il faut monter, montagnes ». Que les Alpes « montagnes » aient pu être dénommées ainsi, cela se comprend, mais Alpe- Albion ^)?
{}) Ce nom a prévalu chez les anciens auteurs jusqu'à l’invasion d'Albion par les Bretons au début de l’époque de la Tène (500 ans av. J.-C.).
N’oublions pas que c’étaient Eire, Eireann (Irlandais) qui appelaient ainsi l’Ecosse (Calédonie), comme nous venons de le mentionner. Or, pour pénétrer d'Eire (Irlande) en Ecosse, il faut monter, car ce pays est montagneux et la côte occidentale de l’Ecosse, de l’Angleterre, jusqu’à Cornouailles, est aussi montagneuse. Par conséquent, pour les Irlandais qui venaient d’un pays plat, l’île voisine était une « île montagneuse » — Alpe - Albion, Nous avons vu plus haut que les Tartessiens (cf. p. 214) qui étaient en communication maritime suivie avec la Bretagne (Oestrymnis) laissaient aux Bretons le trafic de la Manciie. Ainsi les Bretons étaient en relations constantes avec les Iles Britanniques. La première invasion de ces îles par les Bretons s’est produite vers 500 ans av. J.-C., il y avait d’autres invasions celtiques. Il est à supposer que ce soient des Bretons qui donnèrent le nom aux Iles Britanniques. Mais d’où vient le nom des Bretons eux-mêmes ?
M. Hubert (Les Celtes, p. 258) pense que le mot Britanni « n’était pas un nom national, mais une désignation géographique donnée aux habitants du sud de la Bretagne par leurs voisins de Gaule d’abord, puis par les Romains ». Mais cette explication ne nous donne ni l’étymologie, ni la signification de ce nom. Certes, comme nous venons de dire, il tenta de le faire dériver du surnom déformé de Picte&^Cruthnig (7), C’est pour les Britanni des îles, mais où prendre ces Cruitings pour ceux de la presqu’île de Bretagne (en France) ? Av^t de donner l’étymologie de ce nom, nous allons rappeler qu’à côté des noms Bretagne, Britani, il existe aussi bien en Bretagne qu’en Grande-Bretagne et ailleurs des noms de lieux provenant de la même racine : Brest (France), canal et golf de Bristol, ville de Bristol (Angleterre), Brest Lituanien (ville en Lituanie sur le Bug). Nous sommes certainement en présence des noms de lieux
La Préhistoire
créés en série et qui représentent un terme technique de peuplement.
Quelle est son étymologie ?
Tous ces noms peuvent dériver de la racine verbale hristi en lit. « marcher dans Teau », subst. dérivé de ce vierbe brasta en lit. « gué ». la ville historique de Lituanie Brest Lit, s'appelle en lituanien Brasta, tout court. (Ce sont les voisins de la Lituanie qui ajoutent le qualificatif Lituanien).
Ainsi Britanni, Bretagne = Bri(s)tanni, Bre(s)tagne, où Vs tomba dans la prononciation, ces noms pouvaient signifier respectivement « ceux qui marchent dans Teau pour atteindre la côte, pays qu'on peut atteindre en marchant dans l'eau » (en accostant).
Extension des Tartessiens mégalithiques dans les pays nordiques
En revenant à notre exposé de l'extension des Proto- Aryens Mégalithiques le long de la côte de l'Atlantique jusqu'à la côte orientale de la Baltique, nous remarquons qu'il y avait en Europe plusieurs peuples qui portaient le nom de Vénètes (jusqu'au VIme siècle Vénèdes), ainsi il y avait des Vénètes d'Armorique (Bretagne) non éloignés de la Vendée située au bord de l'Atlantique entre l'embouchure de la Charente et de la Loire, il y avait aussi des Vénètes (ou plutôt Vendes) de la Baltique ; il y avait encore des Vénètes de l'Adriatique dans l'embouchure du Pô (l'ancien Bodincus).
Comment expliquer ces homonymes dans les différents coins de l'Europe ? Le celtisant M. Hubert (Op. c. p. 308) l'explique par le procédé classique de l'émigration, jusqu'à présent en honneur chez presque tous les auteurs : « Il s’agit, dit-il, en tout cas, d'un de ces
groupes de migrateurs préhistoriques ou historiques, dont il y eut beaucoup, nomades ou demi-nomades, qui contribuèrent à la formation des sociétés, dans lesquelles ils se fondirent ».
Ces migrateurs devaient avoir de bonnes jambes pour se déplacer du sud au nord de TEurope et ensuite à Touest et porter des noms identiques dans les trois coins du continent.
A notre avis cette homonymie s’explique bien plus simplement. Ici, comme partout ailleurs, il s’agit d’un terme technique proto-aryen de peuplement, créé en série en vertu de la loi : la même cause provoque le même effet. On remarquera que tous ces peuples qui portent le nom de Vénètes - Vénèdes - Vendes se trouvent sur la côte de l’Océan, de la mer, — par conséquent, il doit nous venir à l’idée que leur nom peut avoir un rapport avec < eau », puisque nous présumons que ce seraient des Proto-Aryens Mégalithiques qui dénommèrent ainsi ces peuples, nous devons chercher comment les Proto-Aryens appelaient « eau », or en lituanien le plus rapproché de l’aryen primitif, « eau » — vanduo. Nous avons trouvé la solution, ainsi : Vénètes - Vénèdes - Vendes « habitants d’une région rapprochée de l’eau, de la mer », Vandée « pays proche de l’eau, de la mer ».
A cette série nous pouvons encore ajouter des Vandales, habitants de l’isthme de Jutland, entre la mer du Nord et la mer Baltique.
L’aryanisation de la Gaule par les Mégalithiques aurait dû se faire en une seule étape, nous ne trouvons pas ici des noms de lieux à la rac. gai- ou ness^, nés- {cl. pp. 88, 89), la Gaule - Gallia « terre de confins », de Pyrénées jusqu’à la Manche devait constituer la marche principale des Proto-Aryens Mégalithiques.
L’étape suivante des Mégalithiques fut les Iles Britanniques, où nous trouvons deux noms de lieux à la rac.
La Préhistoire
gai- Pays de Galles (en Angleterre) et Galloway (en Ecosse). En effet, comme nous Pavons déjà mentionné plus haut (cf. p. 214), d'après Avienus, les Tartessiens avaient un point important de relai à Oestrymnis (Bretagne), d'où ils communiquaient avec l'Ile Sacrée — Eire (Irlande). Il est symptomatique qu'à l'île sœur — Albion Avienus, dans les vers cités, ne consacre négligeamment (p. 214), qu'une parenthèse. Il faut supposer qu'Eire (nom dérivé d'Arie) jouait dans l'économie des Mégalithiques un rôle bien plus important que l'île sœur, Albion. Le très important développement des constructions mégalithiques en Bretagne et en Eire (Irlande) le prouve.
L'aryanisation de l'Albion par les Proto-Aryens Mégalithiques se faisait vraisemblablement depuis Eire dans les deux directions à la fois ; les noms de lieux à la racine gai l'indiquent, en Angleterre par le Pays de Galles et en Ecosse par la presqu'île de Galloway.
Un autre grand centre des Mégalithiques se trouvait en Jutland d'où il rayonnait en Scandinavie méridionale et jusqu'à la côte orientale de la Baltique.
Dans le rayon d'action du centre mégalithique nordique semble aussi entrer la Normandie avec les côtes de la Manche et de la mer du Nord. Sur l'aire nordique des Mégalithiques nous ne rencontrons des noms de lieux ni à la rac. gai-, ni nés-, nés, car la pénétration dans les pays nordiques n'était possible que par la voie maritime. Par contre, nous trouvons ici des noms de lieux à la racine bud- marquant les points « stratégiques », importants pour l'économie de peuplement des Mégalithiques. Ainsi, près de l'embouchure du Rhin, se trouve Budavia- Batavia (cf. p. 89) « pays de veilleurs, sentinelles », dans l'embouchure de l'Elbe — Budranga - Bardanga (cf. p. 22) « porte des veilleurs, sentinelles ». Car les Mégalithiqucs^ remontaient certainement ces fleuves pour pouvoir soumettre et policer les indigènes. Ainsi nous trouvons de
nombreux Kiôkkenmôddings le long de l’Elbe jusqu’à Saale, mais comme nous l'avons déjà mentionné plus haut tout l’espace des Proto-Aryens se trouvant entre le Rhin et l’Elbe et limité au sud par les monts de Taunus, de Thuringe et du Harz, est, pour ainsi dire, dépourvu de mégalithes. Nous avons donc admis que l’aryanisation de cette région par les Proto-Aryens Mégalithiques n’était qu’entamée sans être achevée.
Car pour aryaniser un peuple il fallait, avant tout, lui apprendre à labourer la terre et faire de lui « laboureur » — Aryas-arejas. Ce qui n’était pas le cas des Germains.
En effet. Tacite {Germ, 45), au début de notre ère, témoigne : « Les Germains laissent aux esclaves le soin de l’agriculture, des troupeaux... ils vont plus volontiers provoquer l’ennemi et s’exposer aux blessures que labourer la terre pour attendre la moisson. »
Tacite (Germ. II), comme Pline, divise les Germains en trois groupes : « proximi oceano Ingaevones, medii Hermiones, ceteri Istaevones vocentur » — «... ceux qui vivent plus près de l’Océan s’appellent Ingévones, ceux qui vivent au milieu Hermiones, les autres Istévones ».
On remarquera que parmi les peuples germaniques il y en avait un qui s’appelait Ingaevones dont le nom ressemble à Ingauni peuple ligure soumis par les Romains vers le milieu du lime siècle av. J.-C. (T. Live XL, 25, 28) (cf. p. 216). On se rappelle l’étymologie de ce nom qui est celle à*Ingaevones = /n + gau + (zm)ones, où in en lit. « en, lat. in », gau dérivé de gau-nu, gau-ti en lit. « recevoir », zmones : (= en lat. homines) « hommes », ainsi Ingevones « hommes dont on reçoit (le tribut), tributaires ».
Par conséquent, nous pouvons admettre que les peuplades germaniques qui occupaient la côte de la mer du
Extrait de la Chron. Diisburg.
Rumava, le sanctuaire proto-lituanien, où, sous le chêne séculaire, était entretenu le feu sacré devant les statues de la Trinité divine lit. ; Perkunas € dieu de l’orage » (au milieu), PaLrinipas « dieu du soleil et du printemps » (à gauche) et Pikolis «dieu de l’enfer» (à droite). (Chr. Dusburg-Hartknoch).
Extrait de la Chron. Dushurg.
En haut : Le drapeau prutène (v. prussien) représentant les effigies de la Trinité divine pruteno-lituanienne : Perkunas « dieu de l’orage » (au milieu), Pikolis « dieu de l’enfer » (à sa droite), Patrimpas « dieu du soleil et du printemps » (à sa gauche).
Eli bas : Les armoiries prutènes (v. prussiennes) symbolisant y honneur — deux chevaux et la fidélité — le chien métamorphosé en homme. (Il est à remarquer que les armoiries de l’Etat Lituanien — « le chevalier » vytis dérivent des armoiries prutènes.)
La Préhistoin
Nord étaient soumises par ies Mégalithiques et payaient le tribut.
Le deuxième groupe des peuplades germaniques s’appelait Hermiones qui habitaient au milieu (de quoi ?)» probablement le long du Rhin.
Quelle est l'étymologie de ce nom?
Hermiones = Geri + {i)mones, où Geri pL de Géras en lit. « bon », zmones en lit. c hommes, gens », (on remarquera la métathèse im =7ni), ainsi au lieu de Geri + menés on obtient Germiones — Hermiones « bons gens ».
Nous pouvons admettre que oe groupe de peuplades proto-germaniques, dont le nom se généralisa ensuite pour donner le nom au peuple germanique tout entier, fut non seulement soumis, mais a consenti probablement à vivre dans ies agglomérations et était policé par les Mégalithiques.
Quant au troisième groupe Istévones qui englobait probablement la majeure partie des peuplades pré-germaniques, il resta insoumis. L'étymologie des Istévones = is + tev -f- (im)ones, où is en lit. «de, lat. ex», tevrac. nom. de tev- yné en lit. « patrie », zmones en lit. « hommes, gens », ainsi Istévones « hommes expatriés ». Ces peuplades pré-germaniques, comme leur nom l'indique, préféraient plutôt s'expatrier que de se soumettre.
En Gaule, en Eire (Irlande) et en Ecosse les tribus insoumises ont été appelées par les Proto-Aryens Mégalithiques Pietés, Picti, Pictones « méchants, mauvais ».
On remarquera que le nom : Pictones est formé de même que Istévones, Ingévones, etc., la deuxième racine (zm)ones «hommes», abrégée des deux premières consonnes zm difficiles à prononcer, fait fonction de suffixe employé pour désigner les noms de peuples, par ex. : Svéones, Gutones, etc.
P.-J. Gabrya
IS
Il est étonnant qu*il y ait des germanistes anciens (K. Müllenhof et son école) et modernes (Karsten) qui admettent la fable de Torigine divine (?) de ces trois groupes de tribus germaniques. Bien que Tacite (Germ» II), ne donne pas les noms de trois fils de Mannus, fondateurs de trois groupes de peuples germaniques, néanmoins Müllenhof invente trois noms de fils de Mannus Irmin, Ing et Ist, correspondant aux trois groupes de peuples pour faire d'eux les fondateurs du peuple allemand. Karsten (Op, c. p. 254) tout en regrettant que Tacite ait omis de mentionner les noms des trois fils de Mannus admet que « le nom de ces peuples devrait être dérivé du nom du fondateur». Evidemment cette théorie mythique a été rejetée par les travaux récents. L'origine des noms de trois groupes des peuples germaniques s'explique, comme nous venons de dire, d'une manière bien plus simple et réaliste.
De cette division des tribus germaniques en trois groupes, nous pouvons déduire qu'il n'y avait à peu près qu'un tiers de tribus germaniques c bons gens » Hermionés - Germains qui étaient réélement soumis et à peu près aryanisés par les Proto-Aryens Mégalithiques. Un autre tiers « tributaires » Ingévones, bien que soumis et payant le tribut ne pouvait qu'être touché par l'aryanisation. Quant aux « expatriés » Istévones, rebelles et probablement réfugiés - expatriés dans les régions peu accessibles, ils étaient réfractaires et étrangers à l'aryanisation^ c'est-à-dire à la civilisation apportée par les Mégalithiques, C'est vraisemblablement parmi les Istévones qu'il faut chercher des Fenni dont l'indigence fut décrite par Tacite (Germ, 46) (cf. pp. 17, 18).
Nous pouvons donc admettre que la civilisation des Proto-Aryens Mégalithiques n'a fait qu'effleurer les tribus proto-germaniques. Elles étaient aryanisées ultérieurement par les peuples gudiques-gotiques (cf. p. 129 et suiv.).
Le domaine occupé par les Germains primitifs à l’époque préhistorique, est relativement restreint, il ne dépassait pas le quadrilatère mentionné par nous plus haut (cf. p. 223). Toutefois, nous donnerons ici le témoignage d’un éminent préhistorien allemand, G. Kossinna « Die vorgeschichûiche Ausbreitung der Germanen in Deutschland Ztschr. d. v. f. v., 1896 » qui donne à ce sujet des indications géographiques et chronologiques : « En l’an 1000 av. J.-C. les Germains étaient, dit-il, encore campés à proximité du Harz dans le BodetaL Aux Ville et Vile siècles, ils atteignaient environ l’embouchure de la Unstrut sur la rive gauche de la Saale. Au Ve siècle, ils traversaient la Finne après avoir passé la Weser au sud du 53e degré et gagné l’embouchure plus tôt encore. Vers la même époque ou peutêtre avant, ils occupaient la région de l’Ems depuis l’embouchure jusqu’à la frontière du Hanovre et de la Westphalie et enfin les provinces hollandaises de Drenthe et de Groningue. » Kossinna exagère lorsqu’il prétend que les Germains, aux Ve et IVe siècles, auraient atteint la région actuelle de Dresde et au Ille siècle av. J.-C. ils auraient dépassé le cours inférieur et moyen du Rhin.
Nous pouvons admettre, avec G. Poisson, qu’au début de l’époque de la Tène, au Ve siècle, la frontière sud des Proto-Germains ne dépassait pas le Harz, mais qu’ils se sont avancés à l’ouest par la vallée de la Lippe jusqu’au Rhin inférieur. Au sud de cette limite, à l’époque de la Tène, se trouvaient les Celtes entre le Rhin à l’ouest, la Saale à l’est, dont la tribu principale était les Volces dont le nom fut déformé par les Germains en Welches.
Origine des peuples baüiques
La formation des autres peuples nordiques par les Cro-Magniens Mégalithiques est bien distincte de celle des Germains. L’abondance des mégalithes en Jutland et en Suède le prouve. Ici la civilisation mégalithique a pu atteindre son plein développement. Ainsi, comme nous avons constaté plus haut (cf. p. 173), il existe en suédois le mot arder « charrue », tandis qu'en allemand la racine ar- fait complètement défaut. Nous pouvons donc admettre que l'aryanisation des peuples Scandinaves par les Cro-Magniens Mégalithiques était bien plus complète que celle des peuples proto-germaniques cantonnés entre le Rhin et l'Elbe.
Les noms des peuples Teutones et Svéones qui occupaient ces pays nordiques, comme nous avons déjà mentionné plus haut (cf. p. 140 )r sont des noms aryens : Teutones = taut(üs) + (zm)ones «compatriotes», Svéones = s(a)vi -f* (zm)ones les «siens».
Ils étaient les « compatriotes » et les « siens » pour qui ? Pour Gudai-Gots arrivés du sud-est, car les uns et les autres parlant les idiomes proto-aryens pouvaient se faire comprendre.
Cette pénétration de Gudai-Gots en Scandinavie aurait pu se produire à l'âge du bronze ; il semble même' que ce furent les peuples gudiques qui ont propagé cette civilisation dans le Nord Scandinave. Nous partageons à ce sujet l'opinion de Sophus Müller (l'Europe préhistorique), « la culture particulière du Nord Scandinave, dit-il, fut apportée et maintenue par une nationalité spéciale, ou, tout au moins, par des groupes de population apparentés
La Préhistoire
de très près » (souligné par nous). Nous sommes en droit d'admettre que cette nationalité apparentée de très près aux Scandinaves fut Gudai-Gots,
Les données archéologiques appuyent notre thèse, examinons, si les données anthropologiques ne la contredisent pas.
G. Retzius (Crania suecica antiqua) nous donne à ce sujet de plus amples détails. A Tâge de la pierre les Scandinaves sont très dolichocéphales — 67 ®/o contre 6 ®/o de brachycéphales et 26 ®/o de mésocéphales, ce qui indique, qu'à cette époque, la population était déjà métissée. A l'âge du bronze le nombre des dolichocéphales augmente, c'est 75 ®/o et à l'âge du fer de 87 ®/o-
Tous les Scandinaves sont de haute taille, la moyenne des Danois dépasse 1 m. 69, la moyenne des Suédois et des Norvégiens dépasse 1 m. 71, sauf les provinces de Lappland et Finmark, peuplées en partie par des Lapons et des Finnois et leurs métis, où la taille varie de 1 m. 67 à 1 m. 69.
A quoi devons-nous attribuer la dolichocéphalie très prononcée des Scandinaves et leur haute taille ? Aux Cro- Magniens, présumés constructeurs des mégalithes, qui, comme on sait, étaient des dolichocéphales de très haute taille allant jusqu'à 1 m. 90.
Ainsi les données anthropologiques de même que les données archéologiques concordent pour confirmer notre hypothèse.
Vénèdes - Vendes i) de la Baltique, dont il est question plus haut (cf. pp. 221-222) étaient, probablement, aussi les colons ou conquérants, Cro-Magniens Mégalithi-
(1) Il ne faut pas confondre Vénèdes - Vendes préhistoriques d'origine proto-aryenne avec les Vendes-slaves qui, en occupant, au début de l’ère chrétienne, le territoire des Vénèdes - Vendes préhistoriques, s'approprièrent de leur nom.
ques, qui s'avancèrent jusqu'à la côte orientale de la Baltique. Il est vraisemblable que le courant gudique venant de la vallée du Danube, comme nous avons admis plus haut (p. 111) renforça l'élément proto-aryen des Vendes.
Pour Ptolémée (III, 5) Vénèdes — «la plus grande parmi les nations sarmates dont les plus orientales : Galindaij Sudenai et Stavanai ». En effet, les noms de ces peuples nous trouvons parmi les douze tribus des vieux Prussiens — Prutènes i) — qui, d'après la tradition (Chr. Dusburg et Hartknoch Op. c. p. 74) descendaient de douze fils de Vaidevutis, fondateur de la nation prutène (v. prussienne).
D'après la même tradition le douzième fils de Vaidevutis, « Lituo ab aliis (fratibus) persuasus patriam relû quit terram » — persuadé par ses frères, quitta la terre natale, pour s'expatrier à l'est de la Baltique.
C'est au fils cadet de la famille prutène (v. prussienne), Lituo expatrié, que revient, d'après la légende, l'honneur de la fondation de la nation lituanienne qui joua un grand rôle dans l'histoire de l'Europe orientale. Cette légende semble confirmer notre hypothèse que les Proto- Lituaniens, émigrés de la vallée du Danube vers le milieu du Ille millénaire, occupaient primitivement avec Vendes la côte sud de la Baltique, d'où ils essaimèrent ensuite vers l'est et le nord-est. Ainsi les Proto-Lituaniens 2 ) seraient reliés à deux courants Cromagniens Mégalitiquescontinental et atlantique venant de l'Ibérie.
(1) C’est ainsi qu’appelle Dusburg, dans sa chronique, les vieux Prussiens.
(>) £st-il étonnant que Guillaume II, l’empereur d’Allemagne, faisant l’inspection sur le front de l’Est (en Lituanie), pendant U première guerre mondiale, à la vue des paysans lituaniens sortant de l’église, s’écria : € Ces paysans ont de la grandezza espagnole ! »
La Préhistoire
En effet, nous rencontrons sur la côte sud-est de la Baltique des noms de lieux qui attestent que Toccupation de ces terres par les Proto-Lituaniens s'effectua en plusieurs étapes : les noms de Prégalé (Prégel) Zemgalé, Letgalé l'indiquent.
Prégalé est le nom du fleuve de la Prusse Orientale, auj. Prégel, l'étymologie de ce nom : Prégalé = prie + galé, où prie en lit. « auprès, près », galé dérivé de galas « fin », ainsi Prégalé « près de la fin ». Zemgalé est le nom de la région sur la rive gauche de Dauguva-Duna i), dont l'étymologie: iemgale = zem(€s) + gal(a5), où zemé en lit. « terre », galas « fin », ainsi zemgalé « fin de la terre (occupée) ».
Letgalé est le nom de la région au delà de la Dauguva-Duna moyenne, dont l'étymologie : Letgalé = Let + galé = Liet(uvos) + g(il(as) «confins de la Lituanie».
Ces noms de lieux prouvent amplement que le peuplement par les Proto-Lituaniens des pays de la Baltique s'effectua en plusieurs étapes : d'abord, en Prusse jusqu'à la Prégel, ensuite en Lituanie jusqu'en deçà de la Dauguva-Duna et après jusqu'au delà de la Dauguva-Duna.
Les régions du sud-est de la Baltique furent, à l'époque préhistorique, probablement peu peuplées. Le bassin de Namunas • Niémen était plus désertique que celui de Dauguva-Duna, où cantonnaient les peuplades finnoises Koures et Lives repoussées par Proto-Lituaniens qui ont été ensuite absorbés par les colons ou les conquérants lituaniens. Ce mélange donna les tribus lituaniennes : Lettons et Letgaliens parlant un dialecte dérivé du lituanien.
(1) L'étymologie de Dauguva — Daug -f upa, où daug en liL c beaucoup », upa en lit. dial, c eau », ainsi Dauguva < beaucoup d'eau, grand fleuve ». Duna dérive par métathèse de unduo, unda en lit. dial. « eau ».
Parenté des lat^^es hittite et lituanienne
Par contre» les Lituaniei^ qui se fixèrent «à demeure» dans le bassin du Namunas, d’où ils repoussèrent les Finnois au nord-est» ne subirent aucun métissage et pour cette raison ils conservèrent dans la pureté originelle l’idiome proto-aryen qu’ils parlaient depuis plusieurs millénaires et qu’ils parlent encore. C’est grâce à cette particularité exc^ptitmnelle du lituanien que nous avons pu identifier le lituanien au hittite et à l’ibérien éteints depuis pluMeurs millénaires.
Le letton» dérivé du lituanien a subi» à la suite du métissage avec Kaures et Lives, peuplades finnoises» une déformation très sensible : il a perdu l’accent tonique du lituanien et absorba de nombreux substrats finnois. Néanmoins, le letton» sous sa forme actuelle, présente un apport très précieux à la philologie, car ce dialecte conserve de nombreuses racines tombées en désuétude en lituanien.
Les peuplades finnoises non assimilées par les Lettons furent repoussés dans l’angle entre la mer Baltique et le golfe de Finlande. Ce sont les Estoniens appelés par les Lettons et les Lituaniens jusqu’à présent Ingauniai, c’està-dire « tributaires », car à l’époque préhistorique, soumis ^ par les Lettons» ils leur payaient le tribut.
Il y avait ici, comme partout ailleurs, des peuplades finnoises insoumises, elles étaient cantonnées près du lac Pskcn) et dans la vallée du fleuve Pskova-Pihovû en finnois et Pikva en este.
Il est évident que le nom Pikova, Pikva, déformé ensuite en Pskova, dérive de la racine proto-aryenne pik-tas « mauvais, méchant », car autour de ce lac et sur ce fleuve étaient cantonnées les peuplades finnoises insoumises.
C’est en vain que M. Karsten (Op. c. p. 89) affirme, sans donner d’aflleurs leur étymologie, que noms de Pikova (Pskorua) et Narova (Narva) « doivent être d^anciens noms de fleuves germaniques » (?). C’est une affir-
La Préhistoire
mation gratuite ! Où était-il allé prendre à Tépoque préhistorique des Germains dans ces régions ? Les chevaliers Porte-Glaives arrivés à Riga au début du XlIIe ont trouvé les noms de ces fleuves tels qu’ils sont connus à présent. Les noms de ces fleuves sont bien plus antérieurs à l’apparition des Allemands dans cette région. Les suffixes -ova, <n)a, transformés de la racine uba, upa, apa «fleuve», comme nous l’avons prouvé (cf. pp. 68, 69), indiquent l’origine proto-aryenne de ces noms. Nar-ova dérive de la racine ner-ti en lit. « plonger », subst. nm-as « plongeur », ainsi Narova « fleuve qui plonge, prob. entre les hautes berges » *).
La colonisation ou la conquête des Proto-Lituaniens s’enfonça bien profondément dans le continent, cette avance sépara sur le haut Dnièpr et la haute Duna les Finnois des Slaves qui au début de notre ère commençaient à paraître sur le Dnièpr moyen. Les chroniques slavonnes d^gnent les colons lituaniens dans la ré^on du Tver (au). Kalinine) sous le nom de Gotia(n)d dérivé de Golindai, une des plus puissantes tribus prutène (v. prussienne). C’étaient les Proto-Lituaniens qui apportèrent dans cette région de l’Europe les éléments de civilisation aussi bien aux Finnois qu’aux Slaves. De très nombreux emprunts au lituanien en finnois ainsi qu’en langues slaves le prouvent. Nous avons vu (pp. 164-165), l’éminent philologue danois, Thomsen, l’a bien reconnu. Les Slaves empruntèrent aux Proto-Lituaniens aussi les principaux éléments de leur religion avec la divinité principale lituanienne Perkunas « dieu de l’orage » en conservant le même nom de cette divinité déformé en Pérun, Les Slaves reconnaissaient longtemps l’autorité suprême de l’archiprêtre lituanien Krive-Krivaitis, qui séjournait à
(1) Les noms de fleuves dérivés de la même racine ner-ti « plonger » sont nombreux en Europe : Neris affl. de Nemunas en Lituanie, Néris (Nértomagtis) en France, Narev affl. de la Vistulc.
Rumava située d'abord en Prusse, ensuite transférée en Lituanie sur les rives de Namunas.
Les données anthropologiques confirment notre thèse concernant l'influence lituanienne dans la formation des populations actuelles des rives du haut Dnièpr et du Dnièpr moyen. Sans parler de l'influence préhistorique, ces régions, sous le nom de la Ruténie, pendant de nombreux siècles à l'époque historique (1253-1794), faisaient partie de l'Etat Lituanien, il n'y a donc rien d'étonnant que l'influence ethnique lituanienne en laissât des traces profondes. On sait, grâce aux travaux des anthropologistes, Talko-Hryncevitch et Yantchouk, que le « type » des Rutènes, proprement dit, appelés actuellement tantôt Blancs-Russiens, tantôt Poliechtchouki, — est brachycéphale ou sous-brachycéphale avec l'indice céphalique 82 à 85 et de petite stature, 1 m. 64 en moyenne.
Or, les Rutènes septentrionaux et occidentaux ont la stature moyenne de 1 m. 69, dépassant de cinq centimètres la moyenne des Rutènes orientaux et méridionaux. Le nombre des dolichocéphales parmi les Rutènes septentrionaux et occidentaux augmente aussi très sensiblement. D'après Talko-Hryncevitch leur nombre serait imposant — 36 selon Yantchouk 43 ®/o-
Ces données anthropologiques prouvent la prépondérance dans ces régions de la population d'origine lituanienne, car les Lituaniens appartenant à la race nordique sont de haute taille et le nombre des dolichocéphales dans certains districts lituaniens (Samogitie) atteint 73
Voici l'opinion à ce sujet de M. E. Pittard (Op. c. p. 298) : « On a parlé, dit-il, naturellement pour le district du Nord (de la Ruténie) de mélanges avec les Lituaniens qui sont des hommes dont la taille moyenne dépasse celle de l'Europe en général : modification par suite de mariages ou émigration de groupes entiers de plus haute stature ? Les auteurs ne se prononcent pas sur ces points
La Préhistoire
délicats ». Ici, réminent anthropologiste genevois est dans le vrai 11)
Les Polonais, sans faire partie des peuples baltiques, touchent à la mer Baltique par Tembouchure de leur fleuve national, Viscla-Vistule, Il serait donc utile de définir leurs rapports aux peuples baltiques.
Les Polonais, ethniquement, sont composés de deux tronçons, Masures et Polianes, Masures sont cantonnés sur le cours moyen de la Vistule et son affluent Narev, ils sont constitués par le reliquat des peuples pré-aryens qui furent, à l'époque préhistorique, refoulés — par les Proto-Aryens — Vendes et Prutènes (v. Prussiens) — dans la région marécageuse au sud des lacs de Masurie (en Prusse). Ils étaient d'origine fino-ougrienne du genre de Fenni, décrit par Tacite (cf. pp. 17T8). Ptolémée (III, 5), énumérant les peuples qui habitaient au sud de la Baltique, les désigne sous le nom de Phinni.
C'étaient des insoumis — des Pietés « méchants, mauvais », cautini populi « peuples combattifs », qui étaient depuis l'époque préhistorique en lutte avec Prutènes (v. Prussiens). Cette lutte se prolongea jusqu'à l'époque historique ; en 1225, le prince de Masovie, Konrad, appela au secours contre les Prutènes (v. Prussiens) l'ordre allemand des Chevaliers Teutoniques avec qui, en vertu du « privilège » accordé par ce prince aux Teutoniques, il s'apprêtait de partager les terres conquises en Prusse (Chr. Dusburg, Hartknoch, Op. c. pp. 453-461). On sait comment cette « affaire » tourna contre ce prince.
Les Masures furent slavisés par Polianes arrivés des
(1) Qu'il nous soit permis, à cette occasion, d'adresser un léger reproche à cet auteur. Il est bien regrettable qu'il ne traitât pas la question anthropologique de la Lituanie à part, mais il la confondit avec celle de Slaves, tout en reconaissant la grande influence anthropologique des Lituaniens sur les Slaves (Rutènes et Polonais).
steppes Eurasiatiques au début de Tère chrétienne, à répoque des migrations des peuples et cantonnés sur le cours supérieur de la Viscla-Vistule.
L’origine des Polianes, comme celle de tous les Slaves, est incertaine. On ne peut rien dire quand, où et par qui fut opérée leur aryanisation qui fut d’ailleurs très superficielle.
Les données anthropologiques prouvent amplement que les Polonais ne peuvent pas être attachés ni aux Nordiques, ni aux Baltiques ; ils sont brachycéphales (l’indice moyen 82,2) de petite taille, la moyenne ne dépasse pas 1 m. 62.
Ce peuple a la plus petite taille de tous les Européens. D’ailleurs le nom des Masures dérive de mas-as en lit. « petit » ; ce nom a été donné à ces peuplades finnoises à l’époque préhistorique par les Proto-Lituaniens qui les refoulèrent probablement de la côte de la Baltique. En effet, la taille moyenne des Masures est inférieure à celle des autres Polonais (1 m. 60 à 1 m. 61).
A cause de la brachycéphalie et de très petite taille des Polonais, Deniker fut obligé de créer une sous-race vistulienne. L’anthropologiste polonais, Czekanowski prétend, à tort d’ailleurs, que Deniker s’est trompé en attribuant trop faible taille aux Polonais et préconise de classer les Polonais dans la sous-race i>réslave.
Il nous semble que la terminologie proposée par Czekanowski est plus proche de la réalité, car une partie
P) M. Pittard (Op. c. p. 293) trouve que dans « les provinces nord-ouest, celles qu’arrose le Niémen, les territoires que dominent les villes de Grodno, Vilna et Kovno ont une taille supérieure à celle des autres Polonais». Et pour cause, puisque les habitants de ces régions ne sont pas des Polonais ! H est étonnant que l’éminent ethnologue genevois confonde les Lituaniens avec les Polonais, les régions citées par lui ont fait pendant des sièdes et font jusqu’à présent le noyau de la Lituanie ; elles sont peuplées par des Lituaniens et non par des Polonais.
La Préhistoire
considérable des Polonais-Mûsur^s étant d'origine fînnoougrienne, il serait normal de les considérer comme Pré-Slaves,
Stolyhovo classe les Polonais dans la sous-race fanobrachycéphale, c'est-à-dire blonde et brachycéphale.
Le courant mégalithique continental
Il existait, en dehors du courant mégalithique littoral longeant la côte de l’Atlantique, un courant continental qui part du Midi de la France, longe la vallée du Rhône, remonte la vallée du Rhin, la quitte à la hauteur de Mayence par la ligne ouest-est, gagnant le massif montagneux Harz-Türingerwald, passant la vallée de l'Elbe au sud de Magdebourg et rejoignant l’Oder au sud de Glogau.
Statues - Menhirs
de Collorgues (Gard, France) de Saint-Sernin (Aveyron, Francé)
Le point de départ de oe courant est le Midi de la France, la côte du golfe du Lion, les départements de THérault, du Gard, de T Aveyron, du Tarn, de la Lozère et de TArdèche. Ce sont les statues-menhirs sculptées, 1 m. 50 à 2 mètres de haut, les dolmens et les allées couvertes. Ce courant semble être engendré, de même que le courant atlantique, par le même centre ibérique. Beaucoup de dolmens et d'allées couvertes sont enfouies sous un amas de terre formant des tumulus, recouvrant un couloir et une ou plusieurs chambres. Le nombre des dolmens dans cette région dépasse 1500.
Les dolmens du Midi sont moins grands que ceux de Bretagne, mais ils sont souvent couverts de terre et transformés en tumulus. Toutefois, ils sont moins imposants que ceux de Bretagne comme c'est le cas, par exemple, de tumulus de l'île de Gavrinis, sur la côte du Morbihan, ayant soixante mètres de diamètre, l'allée couverte, longue de 12 m. 50, large de 1 m. 40, aboutissant à une chambre centrale large de 4 mètres, haute de 4 m. 80. Les pierres sont ornées de spirales étranges, de dactylogrammes et de figurations de haches.
On remarque que ce courant mégalithique s'enfonçant dans le continent disparaît au-delà de l'Oder. Faut-il l'attribuer au manque de matériaux de construction — des roches, des pierres ? Mais on remarque en même temps que dans l'intérieur du continent, dans les steppes Eurasiatiques apparaissent des tumulus qui semblent faire fonction des dolmens et des allées couvertes, enfouies sous un amas de terre comme ceux du Midi de la France, i)
(1) Les statues-menhirs semblent caractériser le courant mégalithique continental; on les trouve jusqu'en Asie centrale où on les appelle balhal (peut-être déformé de galgal). G. de Rubrouk, envoyé de Louis IX en Tartarie, en 1253, pour y prêcher Tévangile, en ^t mention dans son € Récit du voyage > (éd. Ernest Leroux, Paris 1877).
La Préhistoire
Ne faut-il pas admettre que les dolmens et les allées couvertes, recouverts de terre ont dégénéré en kourgans ?
On sait que les orientalistes attribuent la construction des kourgans aux Brachycéphales asiatiques. Mais les faits infirment cette hypothèse. Nous croyons Tavoir démontré plus haut (cf. pp. 116-118 et suiv.) Ce furent les Dolichocéphales Cro-Magniens — descendants des métissés de Brunn-Prédmost — Gudai-Guti qui construisirent les kourgans dans les steppes Eurasiatiques.
Certes, nous ne nions pas Finvasion probable des Brachycéphales asiatiques qui pouvaient traverser ces steppes à Tépoque préhistorique comme ils les ont traversé à Tépoque historique, sans laisser plus de traces que KJiazars, Polovtzy, Petchénègues et Tartares.
Nous avons admis que les constructeurs des mégalithes étaient des Proto-Aryens, propagateurs de Fagriculture et de la domestication des animaux. C'était ce courant qui créa probablement la civilisation danubienne qui rayonna, comme nous Favons mentionné plus haut (cf. p. 108) au nord : en Moravie, en Silésie, en Saxe et en Thüringe engendrant les civilisations Auniétitzienne et Lusacienne et au sud, dans les Balkans jusqu'en Thessalie et celle de Butmir avec quelques influences troyennes et la civilisation de Vincha. Nous partageons l'opinion de Gordon Childe que ce furent les Danubiens qui communiquèrent aux Alpins-Lacustres la civilisation néolithique avec l'agriculture et l'élevage (nous reviendrons ultérieurement sur cette question); nous pensons également avec G. Poisson (op. c. p. 151) « que les Danubiens ont communiqué aux Mégalithiques du nord la civilisation dont on attribue généralement l'arrivée à des navigateurs venus de la Méditerranée par les côtes atlantiques ».
Ainsi le courant mégalithique continental parti du même centre ibérique que le courant atlantique, après
avoir créé un centre culturel important dans la vallée du Danube moyen, a rejoint, grâce aux peuples des steppes, Gudai-Gètes-Gots, sur les côtes de la Mer du Nord et de la Baltique, le courant atlantique (cf. pp. 129- 159).
Est-il étonnant que les Proto-Aryens gudiquesgotîques venant du sud-est du continent auraient pu se faire comprendre de leurs cousins nordiques ? Cela explique pourquoi ils étaient pour eux les c compatriotes » Teutones et les « siens » Svéones (cf. pp. 139 et 149).
Ce cas s’explique aisément par la loi anthropologique de Pittard ^).
Si à l’époque historique les « cousins », parlant des langues aryennes trop évoluées (par ex.: Grecs et Perses) € se sont souvent traités en ennemis », cela n’était pas le cas à l’époque préhistorique ou protohistorîque, lors-
1) Qu’il nous soit permis d’appeler ainsi la constante anthropologique, formulée par M. Pittard dans € Les Races et VHistoire », p. 158. Nous dtons id les passages essentiels : c Si la liste, dit-il, plus ou moins complète, longue et bigarrée énumération, des populations — tribus et clans — qui ont pénétré sur le sol français est troublante pour l’historien, eÛe laisse les anthropologistes assez calmes. Il ne faut pas oublier que beaucoup de ces noms ne représentent pas des équivalents raciaux. Plusieurs de ces populations ont une origine ethnique commune et, dès lors, des caractères morphologiques semblables. Plusieurs ont été puisées aux mêmes fonds que les Dolichocéphales néolithiques et les Brachycéphales de la même époque... (Souligné par nous).
« Comme des fleuves aux eaux pures — mais de qualités dissemblables les unes des autres, — des courants ethniques, le fleuve ligure, le fleuve celte, le fleuve galate, le fleuve normand, etc Trusteurs de ces courants, qui portent les noms différents, roulent des flots anthropologiquement semblables...
c Ces hommes, issus de souches primitives identiques, se sont souvent traités en ennemis; les uns, à de certains moments, furent les conquérants, les autres, leurs victimes. Et les uns et les autres étaient trop éloignés de leurs origines premières pour avoir conservé le souvenir même de’ cette communauté raciale. •
La Préhistoire
que Taryen primitif était peu évolué (exemple : le hittite, ribérien et le lituanien) et quand ces peuples pouvaient se faire comprendre. Nous avons déjà vu (cf. p. 120) que lorsque Pithâna, roi des Hittites, conquit Nessa, « il fait prisonnier le roi de Nessa ; quant aux habitants, il ne fait de mal à aucun, il les traite comme (ses) père et mère », parce que Hittites et Nessites parlaient Taryen primitif et reconnaissaient leur parenté ethnique malgré la rivalité et la guerre.
Le même cas, vraisemblablement, aurait dû se produire, lorsque Gudai-Gètes-Gots ont conquis les pays nordiques et y rencontrèrent les descendants des Mégalithiques, issus de la même souche, parlant comme eux Taryen primitif. La parenté de Tibérien, du hittite et du lituanien le prouve (cf. pp. 189-197). Ils les traitèrent probablement « comme (ses) père et mère, sans faire de mal à aucun ». C'est pourquoi pour eux les certains peuples nordiques conquis étaient les « compatriotes » Teutones ou les « siens » Svéones, Gudai-Gètes-Gots prirent certainement contact aussi avec les Mégalithiques de Hollande, connue à l'époque romaine, sous le nom de Batavia, peuplée à l'embouchure du Rhin, par les Bataves et au delà du Rhin par les Usipii.
Nous ne pouvons pas savoir, si ces noms ont été donnés par les arrivants mégalithiques ou gudiques, toutefois ce sont les noms aryens.
Batavia est le nom déformé de Budavia qui dérive de la racine hud-eti en lit. « veiller, surveiller », ainsi Batavia — Budavia «région qu'il faut surveiller». Estil étonnant de rencontrer ce nom dans l'embouchure d'un grand fleuve — le Rhin (cf. pp 89-91). Bataves — Budaves « peuple des veilleurs ».
Quant à Usipii, ce nom est composé de deux racines : ‘ Us + ippii = C/z + upii, où uz en lit. « au delà », up-e en lit. « fleuve », - ii désinence nom. pl., ainsi
P.-J. Gabrya 16
Uiupii = Usipii « habitants au delà du fleuve ». Les noms propres Uzupis pl. Uzupiai c habitants au delà du fleuve », noms de villages très fréquents en Lituanie.
Il semble que dans cette région, entre le Rhin et le Weser, se forma, sous Tinfluence gudique, un peuple connu dans la protohistoire sous le nom de Goidels, considéré par les celtisants comme Celtes dans le sens ethnique du mot.
Quelle est Tétymologie de ce nom ? Goidel est diminutif de Gudas : Gudelis, où la désinence -is est tombée. C*est pour distinguer Gudai - Gudes - Gots majeurs (véritables) des € petits Gudes - Gots » ou Gudes - Gots mineurs, ceux qui étaient métissés avec les autres peuples que ce diminutif fut créé. (Cet usage existe encore en Lituanie).
Ammien Marcellin et Timagène, se basant sur la tradition, nous donnent la raison de leur exode : ad luvione fervidi maris sedibus suis expulsas — chassés de leurs habitats par les raz de marée.
L'historien Ephore confirme que les Celtes furent victimes des cataclismes maritimes (probablement l’effondrement des côtes de la Mer du Nord) qui les forcèrent d’émigrer. Strabon montre les Celtes s’obstinant néanmoins à rester sur des terres menacées et perdant plus de monde dans les inondations qu’à la guerre.
En effet, on sait que les côtes sud de la Mer du Nord subirent plusieurs cataclismes — l’effondrement de ces côtes à l’époque préhistorique et historique.
Goidels commencèrent à émigrer, dans les îles Britanniques, à la première époque du bronze, vers la fin du Ille millénaire. Cette émigration des Goidels s’accomplissait probablement par les vagues successives jusqu’à la fin de l’âge du bronze.
Leur présence dans les îles Britanniques se manifesta par les tumulus ronds — round harrows, où le corps.
La Préhistoire
dans leurs fossés, était replié et placé sur le côté ; plus tard ils les incinéraient. Les squelettes étaient brachycéphales de grande taille, leur progression a duré un temps assez long pour que le mobilier funéraire diffère très notablement des tombes le plus anciennes aux plus récentes.
L’usage constant, au début de l’âge du bronze, de replier les morts, indique la ressemblance aux usages gudiques, pratiqués dans les kourgans des steppes avec cette différence qu’il manque l’ocre.
Les brachycéphales des round-barrows sont du type nordique qui a pu se former en Europe septentrionale, à la suite d'un mélange : Mégalithiques du nord-ouest de l’Allemagne et des envahisseurs gudiques qui entraînèrent avec eux des Brachycéphales alpins.
Ce mélange aurait produit le peuple des Goidels, Gudes-Gots mineurs.
Kossinna {Die deutsche Vorgeschichte) confirme que toute la région côtière du nord-ouest de l’Allemagne s’est trouvée dépeuplée avant la deuxième période de l’âge du bronze. Ainsi en Angleterre les tumulus round-barrows goidéliques remplacent les long-harrows des autochtones néolithiques. Ils s’étendent ensuite en Irlande et en Ecosse.
M. Hubert (Op. c. p. 270) pense que les envahisseurs goidéliques ont laissé subsister leurs prédécesseurs, ils leur ont fait quelques emprunts, les objets trouvés dans leurs tombes attestent qu’ils ont hérité de leiurs relations occidentales et méditerranéennes. « Mais il y a plus et mieux, ajoute-t-il, à savoir un témoignage de la civilisation mixte qui s’est constitué au contact des envahisseurs et des envahis et suppose leur association. C’est Stonehenge, le plus important des monuments mégalithiques. Elle suppose le plus haut degré de puissance et d’organisation dont la préhistoire ait laissé trace ».
Le groupement d’un grand nombre de tumulus goidéliques autour du monument mégalithique atteste que l’on venait de loin se faire enterrer à proximité du lieu saint “ Temple circulaire du soleil de Stonehenge. La fréquentation de ce lieu saint persista jusqu’au delà de la conquête romaine.
Quelle déduction pouvons-nous faire de ce fait ?
La circonstance que les tumulus goidéliques, voire gudiques, se mêlaient aux monuments mégalithiques prouve de l’interpénétration des idées religieuses des envahisseurs et des envahis. Cette interpénétration témoigne de la parenté des conceptions religieuses des Mégalithiques et de celles des conquérants goidéliques voire gudiques.
C’est plus que l’association, c’est la fusion de deux courants religieux ethniques issus de la même source.
Le problème des Goidels pose la question de l’origine des Celtes, comme l’entité ethnique.
Origine des Celtes
Gudai-Gètes-Gots, à la suite de leurs déplacements de côtes de la Mer Noire dans la vallée du Danube jusqu’aux Alpes, entrèrent certainement en contact avec les Brachycéphales alpins. Il est probable qu’ils étaient soumis par les guerriers gudiques.
Ensuite les Auniétitziens et les Lusaciens pouvaient exercer sur eux leur influence civilisatrice pacifique. Il est vraisemblable que l’aryanisation des Brachycéphales alpins fut leur œuvre.
Gudai-Gots pouvaient entraîner vers le nord avec eux, dans leurs migrations, une partie de ses peuples tributaires. La présence des Brachycéphales au début du Ile millénaire, dans les round-barrows, en Angleterre,
La Préhistoire
confirme cette hypothèse. Leurs squelettes accroupis dans les tombes prouvent Tidentité des conceptions religieuses des Goidels et des Gudes-Gots, il manque seulement Tocre. Plus tard, avec le rite de Pincinération, cette distinction disparait. C'est le résultat de l'assimilation complète.
Le cas des Goidels nous donne l'exemple comment aurait pu se produire l'aryanisation des Brachycéphales alpins. Ce peuple après avoir subi l'influence gudiquie et, pour ainsi dire, gudisé fut surnommé « petits Gudai- Gots, Gots mineurs » - Gudelis - Goidels, pour être distingué des vrais Gudai - Gots « Gots majeurs ».
L'influence des conquérants gudiques sur les Brachicéphales alpins se manifeste par les sépultures sous tumulus avec le corps étendu à côté des tombes à squelette replié. L'usage de la construction des tumulus fut introduit certainement dans cette partie de l'Europe par les peuples de steppes, Gudai-Gots.
Le début de l'aryanisation des Brachycéphales alpins aurait dû se produire avant l'âge du bronze, pour prendre le développement complet à l'âge du bronze. Les celtisants considèrent ce stade d'aryanisation comme proto-celte.
C'est le début du mouvement des Proto-Celtes vers la France qui se manifeste par l'apparition de tumulus dans l'est de la France. Cet exode s'est produit à l'époque où la labiovélaire de l'aryen primitif était encore gutturale. Ce mouvement coïncide avec l'évolution de l'industrie du bronze qui passe de la Ire à la Ile période au début du Ile millénaire et la propagation de tumulus dans le sud-ouest de l'Allemagne, où cet usage caractérise la civilisation d'Adlerberg.
Il est symptomatique que les tumulus se propagent généralement dans la zone de la céramique cordée, qui caractérise comme nous avons vu plus haut (cf. pp. 115
et suiv.) la civilisation gudique, et nous la retrouvons au Bronze III dans le nord de TAllemagne.
Les études de Schumacher et Kraft constatent que le peuple des tumulus comprend des dolichocéphales, des brachycéphales — ce qui prouve que les descendants des Mégalithiques du courant continental se croisèrent avec les Brachycéphales alpins. La présence des gobelets caliciformes, témoins de la civilisation mégalithique et la présence de la céramique cordée, témoin de la civilisation gudique — confirme notre hypothèse que les Brachycéphales alpins furent d'abord aryanisés par le courant mégalithique continental et réaryanisés plus tard par le courant gudique renforcé par la civilisation Auniétitzolusacienne. Ici, comme partout ailleurs, joua la loi anthropologique de Pittard, seulement nous ne savons pas, si ces « cousins » se traitaient en amis ou en ennemis. (Cf. p. 241)-
Certes, les Proto-Celtes, en élèves capables qu'ils étaient, créèrent une poterie spéciale dont les formes dérivent de celles des vases caliciformes. On retrouve des vases de même galbe qui portent un décor en bandes horizontales, mais une modification s'est produite dans la technique : le décor, au lieu d'être obtenu par de légères incisions, est profondément gravé dans la pâte ; la panse est creusée d'alvéoles profondes pour recevoir des incrustations de matière blanche.
Les motifs se composent de triangles, de losanges, de dents de loup, de damiers, de cercles concentriques. Parfois une large croix orne le fond extérieur des coupes. La pâte est variable, souvent brune avec un enduit noir lustré. Cette poterie dite incisée est très caractéristique, elle permettra de suivre les migrations des Proto-Celtes.
Les objets en bronze des Proto-Celtes sont nombreux : une hache à rebord et à ailerons au milieu, des pointes de lance à douille, Vépée à languette ; cette épée
La Préhistoire
très caractéristique, de même que la poterie incisée permettra aux archéologues de suivre les déplacements des Proto-Celtes. Ils se servaient aussi d'un arc et de pointes de flèches en bronze.
Les préhistoriens sont à peu près unanimes, ^n se basant sur les données archéologiques, à reconnaître dans ce peuple les Celtes, ceci dans le sens ethnique. C'est le cas de Déchelette, de Schliz et de Kossinna. Schliz présume le mélange de deux races, des Mégalithiques nordiques et des Brachycéphales alpins. Nous pensons qu'on n'avait pas besoin d’aller chercher les Mégalithiques au nord, puisqu'on avait les Mégalithiques continentaux sur place.
Kossinna reconnaît également dans la civilisation des tumulus du sud-ouest de l'Allemagne au Bronze III les Proto-Celtes, dont les descendants, à partir du Ve siècle av. J.-C., parcouraient victorieusement l'Europe.
Les noms Celtes et Goidels sont aryens, ils étaient donnés certainement par les Proto-Aryens aux peuples qu'ils ont aryanisés. Ce sont, comme d'habitude, les termes techniques de peuplement : Keltes-Celtes étaient « ceux qui se levaient en masse pour émigrer, émigrés, colons » (cf. p. 216). Leur nom justifie bien leur fonction. Il y avait des Celtes un peu partout, dans la Gaule au sud et au nord, dans le sud-ouest de l'Allemagne; dans le' nord. Ce nom, qui avait au début un caractère technique, a acquis ensuite le caractère ethnique.
Qyant à Goidels, l'étymologie de ce nom (cf. p. 243) prouve que ce nom diminutif de Gudas désignait des Gudes-Gots mineurs. Cela indique que les Brachycéphales alpins du centre européen et de la région alpestre étaient, pour ainsi dire, gudisés. En effet, d'après le témoignage des auteurs de l'antiquité, les Celtes par leurs mœurs et le genre de leur vie, ne se distinguaient point des Gudes-Gots qui étaient conquérants et pâtres. Ainsi
Polybe (Hist., II, 17), dans la description de la Cisalpine donne le tableau vivant des Celtes :
« Ils vivent dispersés dans les villages sans murailles. Les mille choses qui font le bien-être de la vie leur sont inconnues. Ils n'ont d'autre lit que le foin ou la paille, ne mangent que de la chair, mènent en un mot la vie la plus simple. Etrangers à tout ce qui n'est pas la guerre ou le pâturage, toute science leur est inconnue. Leur richesse consiste seulement en or et en troupeaux, leurs seules choses qu'ils puissent en toute circonstance emporter avec eux et déplacer à leur gré. »
Cette description correspond au genre de vie du peuple de steppes, Gudai-Gètes-Gots dont Goidels, Gots mineurs, et probablement les autres Celtes sont issus. C'étaient les Proto-Celtes de l'âge du bronze et les Celtes hallstattiens, qui étaient des pâtres. Plus tard, à l'époque de la Tène, ils deviennent des agriculteurs en France et en Italie du nord.
Ammien Marcellin confirme l'origine transrhénane des Celtes dans le passage suivant : « Drasidae memorant révéra fuisse populi partent indigenam, sed alios quoque ab insulis extimis confluxisse et tractihus Transrhenanis. » (Les Druides rapportent qu'à la vérité une partie de la population était indigène, mais qu'il y avait aussi d'autres qui étaient venus des îles les plus lointaines et des régions situées au delà du Rhin.) Les îles (?) lointaines ne seraient-ce — Batavia dans l'embouchure du Rhin ?
Le témoignage de Tite Live (V, 34), confirme également notre théorie concernant l’origine des Celtes : «Du temps que Tarquin l'Ancien régnait à Roipe, les Celtes, qui font la troisième partie des Gaules, reconnaissaient la suprématie des Bituriges. C'était dans cette nation que la Celtique prenait ses rois. Le monarque qui était alors sur le trône, Amhicütus, avait tout l'ascendant que peuvent donner à un souverain, et ses qualités personnelles.
La Préhistoire
et la prospérité de son pays. Sous son règne la Gaule, naturellement très fertile, accrut tellement sa population, qu'il devenait difficile de gouverner cette multitude immense. Le monarque, déjà avancé en âge, désirant soulager ses Etats de cette excessive population qui les surchargeait, annonça que ses neveux Bellovesus et Sigovesus, jeunes princes remplis de valeur, iraient chercher de nouvelles contrées, celles qui leur seraient indiquées des dieux par les augures ; qu’ils pourraient emmener avec eux tant d’hommes, afin que ne pût s’opposer à leur établissement. Les dieux assignèrent à Sigovesus la forêt Hercynienne, Bellovesus, plus favorisé, eut sa route indiquée pour l’Italie. »
Le témoignage de T. Live est intéressant, parce qu’il indique, qu’au temps de Tarquin l’Ancien (614- 576), c’est-à-dire au début du Vie siècle, un tiers de la Gaule était occupée par les Celtes et qu’ils reconnaissaient la suprématie des Bituriges. Cela confirme notre hypothèse qu’ils étaient les « immigrés » Keltes-Celles, venus antérieurement de l’au delà du Rhin et qu’ils s’établirent dans la Gaule avec le consentement de la principale nation gauloise Bituriges qui désignaient leurs rois.
Le récit de Tite-Live indique que la pénétration des Celtes en Italie était assez ancienne, probablement à l’époque hallstattienne.
On a découvert, en 1827, en Italie, dans la vallée de la Vara, affluent de la Magra, à Zignago, des stèles grossièrement sculptées, dont une porte une inscription en caractères étrusques, gravés de haut en bas, qui se lit : Mezunemmus.
H. Hubert (Op. c. pp. 323-326) suppose que ces stèles, à en juger d’après l’armement, représentent des guerriers celtes de l’époque hallstattienne. Quant à l’inscription, H. Hubert pense que ce soit un nom propre d’homme celte.
Nous pensons, par contre, que ce soit une indication aux vagues successives de guerriers qui devaient passer par les vallées de la Magra et de son affluent Varra, ouvrant dans l'Apennin ligure des couloirs qui aboutissent à des passages.
Cette inscription verticale semble être composée de trois mots : Mezu + ne + musiLs, dont mezu = medziu génitif pl. de médis en lit. « bois, arbre », ne « non », musus en lit. «nôtre », ainsi cette inscription peut signifier « la forêt n'est pas la nôtre, éviter d'entrer dans la forêt ».
Nous pouvons donc admettre que les Celtes, si c'étaient des Celtes, parlaient à l'époque hallstattienne l'aryen primitif très rapproché du lituanien et du hittite.
Témoignages archéologiques de Vinfluence de la civilisation tartesso-ibérienne en Europe centrale
D'après toute vraisemblance les civilisation auniétitzienne et lusacienne sont les filles de la civilisation danubienne, qui à son tour semble avoir été engendré par la civilisation mégalithique proto-aryenne. On sait que la ligne ouest-est des mégalithes partant du Rhin gagne les massifs montagneux du Harz et Thüringerwald, passe au sud de Magdebourg et rejoint l'Oder, pour continuer dans la direction de la mer Noire, de la Palestine et de l'Inde. C'est au sud de cette ligne des mégalithes que trois civilisations successives : danubienne, auniétitzienne et lusacienne prirent naissance qui semblent être les tributaires de la civilisation Mégalithique.
Nous avons admis la pénétration du courant mé^lithique dans la vallée du Danube et dans les steppes Eura-
La Préhistoire
siatiques, où il dégénéra en tumulus-kourgans (cf. p. 240 ). Dans la vallée du Danube moyen il engendra la civilisation danubienne caractérisée d'abord par la céramique incisée à décor géométrique, ensuite évoluée en lignes incisées groupées par deux en dessinant ainsi des rubans hachurés ou pointillés, c'est pourquoi on l'appelle la céramique rubanée. Ces rubans dessinent parfois des spirales ou de^ méandres, ce qui fait appeler ce type céramique spiralo-méandrique.
Les Danubiens possèdent des meules à bras et des animaux domestiques, ils pratiquent donc déjà l'agriculture et l'élevage. Les colliers et les bracelets en coquilles de Spondyle (spondylus gœdropus) indiquent l'origine méditerranéenne des Danubiens.
Ensuite la civilisation danubienne en se développant engendra la civilisation auniétitzienne.
En effet, la civilisation proto-aunétitzienne conserve nettement un caractère danubien par ses tombes qui sont les tombes plates à squelettes accroupis comme c'était le cas chez la population danubienne. Les squelettes dolichocéphales du type méditerranéen parfois mêlés des brachycéphales. Il semble que l'on constate dans ce peuple un mélange du méditerranéen avec les survivants du peuple paléolitique de la région, l'homme de Brunn- Prédmost. Le peuple de Moravie prospérait et s'étendait vers le nord dans des contrées inhabitées, il occupa les plaines du lœss en Galicie (Horodnicka), s'avança le long de l'Oder jusqu'à Nosswitz en Silésie, et le long de l'Elbe jusqu'à Magdebourg, le long du Danube jusqu'en Bavière, d'où il atteignit la vallée du Rhin jusqu'à Mayence.
La céramique, créée sur le modèle de celle de Marschwitz, dite proto-auniétitzienne, a conservé des traces de l'influence de la céramique caliciforme ibérique. L'influence de la civilisation ibérique en Bohême et Moravie
se manifeste par de nombreuses trouvailles de gobelets caliciformes (on en compte plus de deux cents).
Castillo Yurrita fait venir cette céramique en Europe centrale par Tintermédiaire de Tltalie. Leur voie d'accès dans le centre de l'Europe est le col du Brenner aboutissant dans la vallée de l'Inn (14 gobelets trouvés dans la région du Danube supérieur).
La poterie caliciforme accompagne et, pour ainsi dire, s'incorpore aux mégalithes, de sorte qu'on l'a considère comme une caractéristique de la civilisation Mégalithique. Dechelette et de Mortillet la donnent comme « poterie des Mégalithes ». Castillo Yurrita fait naître ce type de vase en Andalousie comme une continuation de la poterie des grottes andalouses. L'apparition du caliciforme coïncide, dans l'ouest et le centre de l'Europe, avec l'arrivée du cuivre. La civilisation mégalithique et celle du cuivre d'Alméria se propagea en dehors de la péninsule Ibérique et influença la civilisation de l'Europe par l'introduction et l'emploi du cuivre.
Montelius et Dechelette, les partisans de la théorie orientaliste des Mégalithes, voulaient dériver ce gobelet de l'Egypte et de l'Asie Mineure dès Ille millénaire av. J.-C. Kossinna, partisan de la théorie nordique des Mégalithes voyait dans le caliciforme la copie du gobelet de la céramique cordée. Mais H. Schmidt, Bosch-Gimpera, Castillo Yurrita, Aoberg et G. Childe considèrent le lieu de naissance du caliciforme dans la péninsule Ibérique.
A l'époque du bronze, la présence de la hallebarde dans le centre de l'Europe indique l'influence de la civilisation d*El Argar venue en Bohême d'Espagne par l'intermédiaire de la Haute-Italie. C'est à tort que Dechelette attribue des ressemblances entre la civilisation d*El Argar et celle d'Auniétitz aux influences du commerce égéen sur El-Argar, car on sait que la hallebarde est étrangère au monde égéen.
La Préhistoire
D’autre part, la civilisation Auniétitzienne trahit aussi des influences venues de l’Est, des steppes, ce sont la hache d’arme bipenne -labrys et des inhumations sous tumulus avec les squelettes accroupis à côté des tombes plates qui nous fournissent des preuves.
Ce qui prouve la symbiose de deux civilisations — auniétitzienne et celle du peuple de steppes.
Ainsi la civilisation mégalithique partie de la péninsule Ibérique engendre en Europe centrale des civilisations locales, d’abord dans la vallée du Danube moyen — la civilisation danubienne, — ensuite en Bohême et Moravie, — la civilisation auniétitzienne — et après, plus au nord, en Lusace, — la civilisation lusacienne — qui rayonna au nord et à l’ouest de l’Europe.
Données anthropologiques
Nous avons attribué une importance particulière à la race de Cro-Magnon dans le développement de la civilisation de la Grande Europe comprenant l'Asie antérieure et l’Afrique du Nord. Il s’agit de vérifier, si cette hypothèse appuyée sur les données archéologiques et linguistiques se vérifie anthropologiquement.
On sait que cette race, la plus représentative du Paléolithique récent, qui appartenait déjà à la véritable humanité, a laissé des survivances aux époques ultérieures et a contribué à la formation des races modernes. Les préhistoriens admettent généralement que les Magdaléniens, dont le centre d’expansion se trouve dans l’ouest de l’Espagne et dans le sud-ouest de la France, furent les descendants des Cro-Magniens. Ils se distinguaient par leurs remarquables qualités artistiques, qui semblent appartenir en propre à cette race. (L’art des cavernes en Ibérie et en France).
Plusieurs préhistoriens tendent à diminuer Fimportance de la race de Cro-Magnon dans la formation de nouvelles races et sous-races en Europe. Tel est, par exemple, le cas de M. G. Poisson (Op. c. p. 60 et suiv.).
Nous partageons Topinion de Téminent anthropologiste allemand, Weinert, qui attribue à la race de Cro- Magnon une grande importance en Europe (Op. c. pp. 222-223 et 256-257).
«Les Dolichocéphales, dit-il, occupent les côtes maritimes septentrionales, c'est-à-dire celles de la Mer du Nord et de la Baltique. Ils conservent de façon étonnante le type de Cro-Magnon (soûl. p. n.). Au sud ils occupent toutes les côtes de la Méditerranée, y compris celles de TAfrique du Nord et de l'Asie antérieure; ceux-là aussi manifestent des connexions avec les Cromagniens (soûl. p. n.).
« Il y a donc en Europe une race du Nord et une race du Sud, toutes deux en connexion avec l'Homme diluvial de ce continent. Le type humain à tête large s'étend entre les deux, jusqu'au centre de la France. Il ne s'oppose pas nettement, du reste, au type de Cro- Magnon généralisé, car toutes les gradations existent entre ces d^eux types, et l'on peut dire que rien ne prouve son arrivée de l'Est, de l'Asie... Les deux races européennes dolichocéphales sont nées sur place. La méditerranéenne, parce qu'elle est restée dans le bassin de la Méditerranée qu'occupaient déjà les Cromagniens du Paléoltithique récent ; la nordique parce qu'elle se mit à suivre les glaces et le Renne, en retraite vers le Nord et vers l'Est. Si nous dénions une origine asiatique à la race nordique — de même qu'à l'humanité — cela n'a rien à voir avec la politique (H. Weinert dixit).
«Lû patrie européenne^ par ses formations successives, découle, des faits, tandis que Vorigine asiatique nécessite des hypothèses, qui restent à Vétat d'hypothèses. » (Souligné par nous).
La Préhistoire
Ce sont les survivants Cro-Magniens qui obligent Deniker, dans sa classification des races e\u*opéennes à distinguer dans les populations du sud de TEurope deux races différentes, la race ibéro - insulaire, qui est le Méditerranéen de Ripley, et la race atlantoméditerranéenne ou littorale, localisée sur les côtes de France du sud-ouest et sur celles de la péninsule ibérique, où on voit la prépondérance de la race de Cro-Magnon.
Le caractère des survivants Cro-Magniens est si particulier qu’Haddon les met à part dans sa classification.
Hamy avait trouvé un représentant de cette race en Suède - Dalécarlie, ce fait a été confirmé par les découvertes similaires de Kossinna qui attribue une grande importance à ce type dans la formation du Nordique. Paudler, à la suite d'observations analogues, a créé un type dalecarlien, adopté par von Eickstedt, sous le nom de race dalique, et par Günther, sous celui de race phalique. Ce serait une variété du type nordique représentant les caractères de la race de Cro-Magnon. Deux squelettes d'Obercassel près Bonn, trouvés en Allemagne, marquent le métissage du type de Chancelade avec celui de Cro- Magnon, mais restant très voisin de celui-ci. (On admet généralement que l'homme de Chancelade était un ascendant particulier du type nordique, tandis que celui de Cro-Magnon conduisait au type dalique. Au paléolithique récent, on n’a rien qui soit racialement nordique).
La race secondaire de Brunn-Predmost se rattache, d'après Matiegka, aux crânes du type de Cro-Magnon, dont elle constitue une simple variante.
Il est certain que la race Cro-Magnon a fait sentir son influence jusqu'en Moravie. On la distingue aussi bien nettement à l'est de la Moravie, dans les kourgans des steppes Eurasiatiques, où les crânes dolichocéphales et les squelettes accroupis couverts^ d'ocre rouge rappellent les inhumations du Paléolithique récent occidental. {Cf. pp. 116 et suiv.).
La découverte faite à Paviland (Pays de Galles), indique la présence des Cro-Magniens en Angleterre ; bien que le crâne ait disparu, les autres caractères du squelette et le mode d’inhumation rendent cette hypothèse très vraisemblable.
De nombreuses découvertes de squelettes cromanoïdes ont été faites en Afrique du Nord et surtout celle tout dernièrement (en 1934) par C. Aramboure i) dans la grotte d’Afalou, chez les Beni-Ségoual au fond du golfe de Bougie. Ce gisement contient 58 crânes et squelettes, étudiés par les professeurs Boule, Vallois et Verneau, qui y reconnurent une race homogène appartenant à la race Cro-Magnon avec quelques traits négroïdes.
Dans la péninsule Ibérique, au Portugal, les gisements de Mugem ont livré de nombreux squelettes, où Ton distingue deux types : dolichocéphales et brachycéphale. La controverse est grande parmi les préhistoriens au sujet de ces squelettes. Les uns (Hervé, Mendès-Corréa), l’attribuent au type négroïde venu d’Afrique, les autres (Boule), au type méditerranéen avec quelques traits ethyopiens. Le professeur Valois attache les dolichocéphales de Mugem au type de Cro-Magnon atténué.
Quant au second type de Mugem brachycéphale plusieurs préhistoriens le citent comme la preuve la plus ancienne de l’arrivée des Brachycéphales en Europe. Mais Vallois prétend que ces crânes sont mésocéphales et qu’il n’y a là qu’une simple variation du premier type. Il s’agirait donc du type méditerranéen cromanoïde.
Il nous semble qu’il serait prudent d’admettre l’origine africaine des brachycéphales de Mugem.
Nous croyons devoir souligner le fait que les Kjôkkenmôddings du Portugal sont antérieurs au Kjôkkenmôddings du Danemark : le tranchet ne s’y trouve pas, la
1) Les grottes paléolithiques de Beni-Ségoual (Archives de Paléontologie humaine, 1934).
La Préhistoire
poterie est absente, et le chien, ce précieux animal domestique, y manque également.
Cela confirme notre hypothèse que les Cro-Magniens, constructeurs de mégalithes, commencèrent par réunir en villages les pêcheurs épars et errants du type de Laugerie-Chancelade avant de pouvoir entreprendre la culture des champs et la construction des mégalithes. L*absence dans les Kjôkkenmôddings ibériques des tranchets, de la poterie et des chiens prouverait que les Kjôkkenmôddings n'étaient qu’à leur début et que ce mode de civilisation de même que celui des mégalithes serait parti de la péninsule Ibérique.
Ainsi, les Kjôkkenmôddings ibériques, suivant les Magdaléniens, nous conduisent à la période néolithique.
Grâce aux travaux des anthropologistes espagnols Aranzadi, Oloriz et Hoyos nous savons que l’Espagne, dans son ensemble, est une contrée remarquablement dolichocéphale. L’indice céphalique le plus fréquent chez les Espagnols est 77.
L’exception à cette règle présentent : la Galice, le versant des monts Cantabres tourné vers l’Atlantique, la région basque et navarraise qui possèdent les crânes les plus mésocéphaliques 78,4 à 79. Ce sont justement ces régions dans lesquelles les Cro-Magniens mégalithiques repoussèrent, d’après notre hypothèse (cf. pp. 207, 212, 213), des populations qui ne voulaient pas se soumettre et vivre dans les agglomérations — les Kjôkkenmôddings. Dans ce cas-là nous devrions admettre que ces insoumis furent plutôt des brachycéphales dont les témoins étaient découverts à Mugem. Dans ces régions nous constatons aussi les plus petites tailles, inférieures à 1 m. 63.
Par contre, en Andalousie (sans quelques districts de la Basse-Andalousie) et dans la zône côtière méditerranéenne — ancienne Tartesside — nous constatons la présence des hommes les plus grands de l’Espagne : une taille allant
P..J. Gabrys
jusqu’à 1 m. 67. Cette stature se prolonge vers les cantons intérieurs. L’indice céphalique de ces régions est de 77 et une fraction.
Ces données anthropologiques confirment notre hypothèse que dans ces régions de l’antique Tartesside pouvait se trouver le centre d’expansion des Cro-Magniens, constructeurs des mégalithes et propagateurs de l’agriculture — des Proto-Aryens. La présence dans cette même région d’Alméria et d’El-Argar, d’où se propageait en Europe l’industrie du cuivre et du bronze prouve qu’ici, à l’époque préhistorique, se trouvait un centre important de civilisation.
Il est probable que nous nous trouvions ici en présence d’une race différente de celle du reste de l’Espagne. C’est pour cette raison que Deniker, constatant que l’indice céphalique chez les populations, principalement côtières, était plus fortement dolichocéphalique et la taille plus élevée que dans le reste de l’Espagne, avait créé la race Atlanto-Méditerranéenne ; dans le reste de l’Espagne — la race Ihérolnsulaire,
M. E. Pittard, dans Les Races et VHistoire (p. 134), pose les questions suivantes : « L’influence des Arabo- Berbères qui ont occupé si longtemps le territoire du royaume, ne se trouverait-elle pas quelque part? Huit siècles de domination n’auraient-ils laissé aucune trace ethnique ?» Et avec sa prudence habituelle, l’éminent éthnologue d’ajouter : « Il est bien difficile, aujourd’hui, de répondre avec quelque certitude à cette question, parce qu’une telle réponse nécessiterait des recherches précises qui n’ont pas encore été tentées. Toutefois nous pouvons déjà remarquer que les territoires de Grenade et de Séville, où survécut pendant le plus longtemps l’influence « arabe », possèdent une des statures les plus élevées de l’Espagne. Faut-il conclure en faveur d’un souvenir racial de cette ancienne occupation ? »
La Préhistoire
Nous pensons que c’est encore la préhistoire qui peut nous faciliter de trouver la réponse à ces questions. Les Arabo-Berbères, venus de l’Afrique du Nord, n’étaientils pas les descendants de Cro-Magniens, de même que les Espagnols de l’Andalousie ? Si oui, faut-il s’étonner que ce métissage entre les cousins n’a rien changé : ni leur stature, ni les dimensions du crâne.
Certes, M. E. Pittard, parlant des Ligures et des Celtes, nous donne, lui-même, la clé de l’énigme : « Ces
hommes, issus de souches primitives identiques, se sont souvent traités en ennemis (c’est nous qui soulignons) ; les uns, à certains moments, furent les conquérants; les autres leurs victimes. Et les uns et les autres étaient trop éloignés de leurs origines premières pour avoir conservé le souvenir même de cette communauté raciale. »
En adoptant le point de vue de l’éminent anthropologue et ethnologue genevois, nous croyons pouvoir ajouter qu’il faut souvent chercher ces « souches primitives identiques » non seulement dans l’histoire, mais aussi dans la préhistoire.
Cette constante, si clairement formulée par M. E. Pittard, peut également servir pour résoudre le « problème angoissant » des Suèves au Portugal, des Gots i) et des Vandales en Espagne qui ne laissèrent point de traces. (Op. c. p. 137)-
On se souvient, nous avons déjà donné partiellement la réponse à cette question (cf. pp. 141-147 et suiv.), où nous avons prouvé que Gots, Vandales, et propablement, aussi Suèves étaient des peuples Gudiques — descendants des Danubiens, issus de la souche commune de
1) N*est-il pas étonnant que Gots, descendants des peuples gudiques, qui parcouraient victorieusement tout Tespace de la Grande Europe, retournèrent en Espagne, point de départ de leurs ancêtres Mégalithiques, pour s'y dissoudre et disparaître.
Cro-Magnon, formant au centre de TEurope la race Brunn-Prédmost.
M. E. Pittard Les races et Vhistoire (p. 140), exprime le vœu qu'une collaboration s'établisse entre l'Anthropologie et l'Histoire. Nous pensons que la Préhistoire a aussi un mot à dire dans la solution des problèmes démographiques et ethnographiques.
Les Celtes qui commencèrent à pénétrer dans la péninsule dès le Ve siècle av. J.-C., se mêlèrent de bonne heure aux Ibères appartenant à la civilisation supérieure et ils ne laissèrent point de traces, parce qu'ils étaient aussi les « cousins » des Ibères.
Plusieurs celUsants prétendent, sans donner d'ailleurs des preuves valables, que l'aryanisation des Ibères, d'une prétendue origine basque, était l'œuvre des Celtes. Nous croyons avoir donné des preuves suffisantes (cf. pp. 202, 204), que cette théorie est erronnée et nous ne reviendrons plus sur cette question.
Les données anthropologiques du Portugal nous montrent le pays habité par des dolichocéphales (74,5 à 77,6) de faible stature. Toutefois le minimum de la stature se trouve dans la province du Minho, à l'extrêmenord du Portugal, limitrophe de la Galice ; ici nous trouvons aussi les crânes moins dolichocéphales. Ce qui confirme notre hypothèse que les habitants primitifs de la péninsule furent repoussés par les Cro-Magniens dans le nord — « confins » Galice. En effet, on se souvient que les sépultures de Mugem ont révélé des types humains de petite taille dolichocéphales et brachycéphales. En général, les données anthropologiques du Portugal ne contredisent en rien notre hypothèse de l'origine cro-magnienne des Tartessiens.
Les données anthropologiques en France sont bien plus compliquées qu'en Espagne. Les descendants des races de Cro-Magnon et de Laugerie-Chancelade concen-
très d’abord dans le sud-ouest, paraissent avoir été, ensuite, répandus sur tout le territoire de l’ancienne Gaule. M. Weinert considère la France (Dordonne) comme « paradis » de Cro-Magnon.
La partie sud-ouest de ce pays, les régions qui sont au sud du 46® ont possédé, jusqu’à la fin du Néolithique une physionomie anthropologique presque uniforme.
Au-dessus de la parallèle 46 la pureté relative de ce type humain commence,à se gâter. Dans le département de Saône-et-Loire se trouve le célèbre charnier préhistorique de Solutré. Dans cette station, qui a donné son nom à la période Solutréenne, la race humaine n’est plus homogène : l’indice céphalique varie de l’extrême dolichocéphalie 68,3 à l’exitrême brachycéphalie 88,2. Serait-ce la pénétration étrangère, l’invasion venue de l’Est ?
Les dolichocéphales sont ici de 38,8 p. 100, les brachycéphales — 33,3 p. 100, les mésocéphales — 27 p. 100, ce qui prouve que deux races vivaient côte à côte et s’étaient déjà métissées. Les dolichocéphales de Salutré sont de la même race que les dolichocéphales Magdaléniens qui habitaient le sud de la France.
Les Néolithiques de la Champagne étaient composés aussi de deux races, le dolichocéphale représentant ici encore la majorité — 50 p. 100, les brachycéphales — 27,3 p. 100, les mésocéphales 22,7 p. 100.
Les sépultures de la Bretagne à la période néolithique attestent une prépondérance des crânes dolichocéphales avec quelques traits brachycéphales et mésocéphales. Ceci ne contredit pas notre hypothèse que les dolichocéphales cro-magniens ibériques (Tartessiens), constructeurs des mégalithes, si nombreux en Bretagne, y avaient un relai important dans leurs communications avec Eire et Albion, dont il est question dans Ora Maritima d’Avienus. (Cf. p. 213).
En conclusion, nous pouvons dire qu’à la période néolithique les descendants des Magdaléniens constituaient la majorité de la population gauloise, dans les départements méridionaux ils étaient la presque totalité des habitants.
Mais dès la fin du Néolithique le tableau anthropologique de la Gaule se modifie. La majorité des Brachycéphales apparaît dans les départements où, durant des milliers d’années, avaient vécu les seuls dolichocéphales. Ainsi le plateau central et la Bretagne modifièrent la qualité de leurs races.
D’où venaient ces Brachycéphales ? Leur origine est inconnue. On suppose généralement qu’ils sont venus d’Asie, probablement par les bords de la mer Noire et la vallée du Danube, la voie ordinaire de toutes les invasions (les dernières se sont produites à l’époque historique). Mais M. Weinert affirme (Op. c. p. 321 et suiv.) « qu’une brachycéphalisation progressive se produisit au cours des derniers siècles, sur l’aire occupée par la race nordique en Allemagne, puisque, la longueur du crâne restant ce qu’elle était, la largeur augmente ». Cette brachycéphalisation progressive aurait pu se produire aussi en France. Nous sommes incompétents en la matière. Nous sommes obligés, toutefois, de constater le fait de la présence des brachycéphales en France depuis le Néolithique. C’est la race de VHomo alpinus de Lapouge, la race Celtique de Broca.
D’après une statistique dressée par Salmon il appert que, dans les sépultures néolithiques, il y avait 57,5 p 100 de dolichocéphales contre 22 p. 100 de brachycéphales. Il est probable que le nombre de brachycéphales s’est accru à Tâge du bronze.
Ainsi, à l’époque historique, la population de la Gaule est assez hétérogène : parmi les descendants des dolichocéphales paléolithiques et néolithiques de la race
La Préhistoire
de Cro-Magnon-Laugerie-dhancelade nous distinguons des brachycéphales néolithiques et de Tâge du bronze, dans le nord, des descendants des dolichocéphales nordiques de haute taille.
Les historiens de la Gaule donnent les noms des peuples divers qui occupaient ce pays dont les plus importants : les Ibères^ les Ligures, les Celtes,
L'influence des Ibères, descendants des Cro-Magniens mégalithiques, semble avoir été grande dans la Gaule : on leur attribue le peuplement de la côte atlantique, ils se seraient étendus des Pyrénées aux îles de la Méditerranée, par tout le littoral du golfe du Lion.
Quant aux Celto-Ligures nous nous rapportons aux pages 215-217, où nous avons exposé notre point de vue concernant la signification de leurs noms ; anthropologiquement ils constitueraient la branche principale du tronc brachycéphale apparu à la période néolithique.
Nous croyons devoir mentionner ici que la question celtique a fait couler beaucoup d'encre. Les anthropologistes ont fini par se mettre d'accord pour considérer le type celtique français comme le type brachycéphale, aiyen par excellence.
Certes, les anthropologistes français, à l'exception de Gobineau et de de Lapouge, n'attachent pas à ce terme la signification raciste.
Mirage oriental
Nous croyons devoir ouvrir ici une parenthèse. On sait que la majorité des préhistoriens français sont orientalistes, ils prétendent que ce furent des Brachycéphales asiatiques, protagonistes de la race alpine, qui apportèrent en Europe la civilisation avec l'agriculture et la domestication des animaux ainsi que l'habitude de la
vie sédentaire, condition indispensable de la civilisation.
Mais sur quels faits appuyent-ils leur hypothèse ?
Ils prétendent que les principales graminées : Torge, le froment, le millet, le seigle se trouvent à l'état sauvage en Asie Centrale et en Mésopotamie, d'où elles furent apportées en Europe par des Brachycéphales. Mais c'est une simple supposition qui n'est appuyée par aucun fait et qui reste à l'état d'hypothèse.
L'argument préféré des Orientalistes est qu'on trouve dans les stations lacustres des Palafittes suisses construites par des Brachycéphales alpins, d'origine présumée asiatique, des traces du sarasin sauvage, du seigle, de l'orge, du blé, ainsi que des ossements d'animaux domestiques.
Mais on oublie que les Campigniens de la Seine- Inférieure, en France, ont livré bien avant des Palafittes suisses des empreintes des grains de céréales, des broyeurs et des meules plates en grais, souvent d'assez grande dimension et souvent très nombreux, de la poterie épaisse, grossière, mal cuite, non faite au tour. La faune est absolument actuelle : bœuf, mouton, cochon.
Les stations des Campigniens sont certainement antérieures aux cités lacustres des Palafittes : l'absence de la hache taillée ou polie et la présence des tranchets taillés, qui rattachent le Campignien au Mésolithique, le prouve.
L'apparition des Palafittes est bien plus tardive, ils n'apparaissent en Europe, dans les régions alpines, que vers le milieu du Néolitique. On y distingue trois périodes.
1. Dans la première période, tout à fait primitive, on trouve des haches polies en pierre dure, des objets d'os et de bois de cerf. La poterie est grossière, sans ornementation. Quelques fragments de tissus. Une grande prédominence des animaux sauvages sur les animaux domestiques.
La Préhistoire
2. La seconde période, celle du Robenhausien typique : les armes et outils perfectionnés, les haches finement polies, souvent en roches rares — jadéite, néphrite, chloromélanite ; les animaux domestiques sont en plus grand nombre que dans la période précédente ; la poterie moins grossière avec une décoration cordée ou incisée; la présence des Dolichocéphaks, mais les Brachycéphales qui dominent.
3. La troisième période (niveau supérieur) marque la transition entre la pierre et les métaux, passant insensiblement du Néolithique au Chalcolithique. Les animaux domestiques sont très abondants. Quelques Dolichocéphales se mêknt aux Brachycéphales. La céramique aux décors par incision révèle une influence de la céramique à bandes.
On remarquera que dans la première période des Palafittes (niveau inférieur) la prédominence des animaux sauvages sur les animaux domestiques dénote le début de la domestication des animaux, seulement à la troisième période, à Tépoque chalcolithique, les animaux domestiques deviennent très abondants. Dès la première période on constate déjà des haches polies en pierre dure ce qui prouve que les Palafittes apparaissent en plein Néolithique.
La présence parmi les lacustres des Dolichocéphales et des Brachycéphales prouve que les constructeurs des cités lacustres n'étaient que des Brachycéphales (présumés asiatiques). La présence de la céramique cordée indique leur attache avec les peuples des steppes — Gudai- Gots, et de la céramique incisée relève de l’influence de la céramique méditerranéenne et de celle des Danubiens.
Par conséquent, on ne saurait considérer des Brachycéphales, d'origine présumée asiatique, comme ceux qui apportèrent avec eux l’ensemble des principaux usages formant le fond de la civilisation, caractérisée par la pro-
pagation de Tagriculture et Télevage des animaux domestiques. Car tout indique que cette civilisation n’était pas apportée, mais plutôt empruntée et développée sur place, grâce à l’influence des Méditerranéens et des Danubiens. M. Goury pense qu’il faut attribuer ce progrès aux Méditerranéens. G. Childe considère les Danubiens, c’est-à-dire les Méditerranéens du centre de l’Europe, comme ayant enseigné les éléments de la civilisation avec l’agriculture aux Lacustres alpins.
M. G. Poisson (Op. c. p. 297) pense que les Palafittes, à la période IV du bronze, étaient « le résultat de la vie en commun des anciens lacustres sous la suzeraineté du peuple des champs diurnes (des Lusaciens), avec la collaboration des auteurs de la civilisation du Rhône et peut-être d’immigrants de la Haute-Italie. »
Nous nous associons à l’opinion de ces auteurs et à celle de Weinert (Op. c. p. 219, 232), « la prétention de faire, dit-il, de la pointe occidentale de l’Eurasie un territoire de refuge, où auraient été refoulés des Ibères de types primitifs en retard sur leur époque est contredite par l’existence sur ce territoire de la race blanche supérieure...
» L’humanité est sous l’influence de la race blanche, car, depuis le Moyen âge, aucune race étrangère n'a influé notablement sur la civilisation. Ce sont des Européens qui ont réalisé les découvertes, les inventions et les nouvelles acquisitions de la connaissance. Toutes les races dont les membres ne sont pas en état de rejoindre la civilisation européenne sont condamnées à la déchéance ou à l’absorption. »
Ce sont les Mirages Orientaux qui éblouissent les orientalistes 1
Ils pensent à tort, avec Schrader, « que l’Europe est une simple péninsule asiatique la plus délicate.
La Préhistoire
la plus affinée, la mieux équilibrée, mais rien de plus. C'est de l'Asie que l'Europe est née. »
Si l'on veut faire intervenir des migrations préhistoriques, il ne s'ensuit pas que toutes les migrations soient parties de l'Orient, venant de l'Asie ; nous avons admis la migration, sinon l'invasion des Cro-Magniens Mégalithiques venant de l'extrême occident de l'Europe i) qui, malgré sa situation à l'extrémité occidentale du continent Eurasien, pouvait avoir été le centre du développement de la civilisation mégalithique et avoir propagé l'agriculture en Europe avec la vie sédentaire — Kjôkkenmôddings, sans quoi les conditions indispensables des débuts de la civilisation n'étaient pas concevables.
Salomon Reinach a déjà dénoncé le Mirage Oriental, qui donne trop d'importânce à l'influence de l'Orient dans la civilisation européenne. Il a démontré, avec raison, que certains usages et initiatives sont nés en Occident, ce qui est le cas pour les constructions mégalithiques dont le centre d'extension se trouve dans la péninsule Ibérique et la région atlantique, — ce qui est le cas encore pour l'industrie du cuivre d'Alméria (Los Millares) et celle du bronze d'El-Argar.
Les Orientalistes exagèrent également l'importance des grands empires d'Orient : Sumer, Babylone, Assyrie, Egypte et leur influence sur l'Europe. Nous avons vu qu'un puissant empire Hittite fut fondé en Asie Mineure et en Syrie dès le début du Ile millénaire av. J.-C. par les Proto-Aryens, arrivés de l'Europe, et qui exerça une grande influence en Asie antérieure.
(1) Nous répétons (cf. p. 187): l’origine de la race de Cro-Magnon est un problème insoluble, elle est sans rapport avec les races du PaléolitMque récent, nous n*avons pas voulu admettre, faute de preuves, son origine atlantéenne comme le font certains auteurs. Pour le moment, nous ne pouvons que constater son apparition en Europe et en Afrique du Nord au Paléolithique récent.
Par contre, les Orientalistes oublient qu'une réplique de grands empires orientaux existait à la même époque, sinon avant, en Europe, dans la bienheureuse vallée de l’Andalousie — Tartessos (cf. p. 204 et suiv.). C’est de ce centre que se propagea la civilisation mégalithique proto-aryenne non seulement en Europe, mais en Palestine, aux Indes, jusqu’à l’Indochine et jusqu’au Siam ainsi qu’en Afrique du Nord.
Avant de fermer la parenthèse nous pouvons conclure : Vhypothèse des Orientalistes qui attribuent aux Brachycéphales alpins la propagation en Europe de Vagriculture et la domestication des animaux n*est pas appuyée par les faits, elle reste à Vétat de Vhypothèse.