SCENE VI
THELSITOR, MOHAMED, enveloppé d'une grande pelisne, et couvert du bonnet grec.
MOHAMED
Ce déguisement me rend donc méconnaissable, même aux yeux de Tlielsitor...
THELSITOR.
Mohamed, encore dans les murs de Parga? ignorcs-tu quels dangers t'environnent?
MOHAMED
J'ai fait embarquer ma suite , et j'ai feint moi-même de partir, afiu de pouvoir encore arrêter, si je le puis, les malheurs auxquels les Grecs veulent courir ; mais que n'ai-je abandonne plutôt CCS lieux!... je n'y serais pas témoins d'un triomphe si outrageant pour le vaillant Thelsitor. ( mouvement de Thel' sitor. ) Te voilà donc réduit à courber ton front devant l'époux de Délia, devant l'homme qui ce matin était sous tes ordres, et qui maintenant a le droit de te commander. THELSITOR.
Fléchir devant lui?... jamais !
MOHAMED
Dorville qui te liait, saura se faire respecter^ le moindre dédain, la plus légère résistance à ses ordres, deviendra le signal de ta perte.
THELSITOR.
Je préviendrai les effets de sa haine. ( mettant la main sur son poignard. ) Et ce fer...
MOHAMED
Oublie plutôt une ingrate patriej privé do son plus ferme appui , l'arga doit tomber au pouvoir des Musulmans ; alors plus d'hymen , et le vaillant Thelsitor qu'elle dédaigne, peut un jour lui dicter des lois ; Soliman te connaît, t'apprécie, il rend iu.<!ticeà ta valeur ; dis un mot, et demain tu es délivre de la présence d'un rival odieux, la fille de Ccphalli devient ton épouse, et lu commandes ea ces lieux.
THELSITOR.
Quoi, je pourrais?
MOHOMliD.
Je te le jure, par le dieu des Croyans !
THELSITOR , agité.
Délia en ma puissance... Paiga sous mes lois; mes ennemis humiliés...
MOHAMED , bas, et après s'ôire assuré qu'il ne peut ôtre entendu.
Mois pour arriver à ce but, il faut que l'arsenal et le fort de Parga soient réduits en cendres,
THELSITOR , frémissant.
Incendier l'arsenal !
MOHAxMED.
C'est l'unique moyen d'épargner le sang de te? compatriotes; nos troupes sont nombreuses; bientôt les plaines de Parga eu seront entièrement couvertes.
THELSITOR.
Moi , porter la flamme dans nos murs... Non, non, je ne le pourrai jamais . .
MOHAMED
J'ai songea ta sûreté; on peut trouver sur ces bords un homm# cupide ou mécontent. Le nom de Kersès est-connu de toi?
THELSTLOR.
Un matelot, ayant toujours à la bouche la plainte et )a menace ?
MOHAMED
C'est l'homme qu'il nous faut j quelques mots qu'il a prononen ma présence... Attends-le dans une heure. . à l'entrée de la citerne... charge-toi de l'introduire secrètement dans l'arsenal, et je réponds du reste. Dans quelques inslans tu n'auras plus d'ennemis, ou demain tu viendras achever de les détruire à la
tcte des Musulmans.
THELSITOR.
Que me proposcs-tu? pour assouvir ma haine contre un étranger, contre une femme; verser le sang de mes compatriotes, de mes frères; vendre le pays oîi j'ai reçu le jour... Non, non , quelle que soit la fureur qui m'anime, je n'aurai point ce lâche courage.
MOHAMED
Tu pourrais encore t'alarmer ?
THELSITOR.
Laisse- moi , laisse-moi ; je ne t'ai que trop écouté.
( Il sort. )
.Ta:;'