‹ Parga; ou, Le brulot, mélodrame en trois actes, a spectacleChapitre 41 sur 42 · SCENE XYÎc · texte numérisé non relu

SCENE XYÎc

CÉPHALLI, DÉMA, DORVILLE, KERSES, THÉUE '

Tous i.Es Habuans.

( Sur une marche lente et lugubre . on voit arriyer toute la popu lation de la vi le ; elle doit offrir h ta^deau pittoresque d'hom' mes, de femmes , d'enfans , de tous les langs et de tous les âges , confondus par le malheur commun. De jeûnas enfans ouvrent la marche; ils portent des gourdes ^ des paniers ; d'autres, emmènent quelques animaux domestiques y tels que des chèvres , des chiens, des moutons ^ d^ autres portent des vases , des petites statues , le buste d' Homère , des effets de tout genre , des berceaux; d'autres traînent un charriât; le laboureur emporte sa charrue fd' autres des arnies;viennent ensuite les vieillards, soutenus de chaque côté par les jeunes époux ;plus loin jC' est un vieillard malade , porté par son fils et sa fille. Paraissent après, les soldats de la place -^ ils passent mornes, la tête baissée sur la poitrine , les armea basses , et leur drapeau, renversé ," enfin ,

suivent des femmes éplorées , et chargées de leurs petits enfans. )

CÉPHALLI.

Nobles fils de Parga , \a. mesure de nos malheurs est comblée j nous sommes contraints d'abandonner le toît de nos pères , et d'aller errant de plage en plage cheixher un asile. Hier encore, la mort eut été un bienfait , en nous frappant tous aux lieux qui nous virent naître... oublions les pour jamais. Si la Providence a voulu notre infortune, une sainte résignation peut nous aider à la supporter. [S^animant.) Mais si la main des hommes a creusé notre abîme, si quelque lâclie, si quelque tigre altéré de nos larmes^ a pu tramernotre perte et condamner tout un peuple à l'exil, qu'il soit voué par nous à une infamie étemelle, qu'il soit repoussé de tous les mortels , en horreur à ses enfans; que la terre se dessèche sous ses pas , et se refuse à le nourrir; et qu'après sa mort , il soit privé de sépulture.

{Tous les Parganiotes agités , semblent se regarder, et chercher dans leurs yeux si aucun d'eux n*est épouvanté. )

THELSITOR , sortant de la foule.

Ah! par pitié!... au nom du Ciel!...

( Il vient tomber aux pieds de CéphaUi\ mouvement général de

surprise.) CEPHALLI , et lotis Its autres personnages.

Thelsitor !..

THELSITOR.

Do grâce., suspendez ces terribles imprécations... ces affreux dnathcmes.... vous venez' d'appeler sur ma tête une malédiction éternelle!...

TOUS

Que veut-il dire!...

CEPHAIXI.

Qui,vous,Thel8itor? vous vousseriez deshonoré par une trahison, THELSITOR.

Hélas!... mon orgueil humilié.... mon amour méprisé...^ égaré par la rage, le désespoir.... Ah! pourquoi Diru n'a-t-ii pas arrêté mon bras incendiaire !

TOUS

C'était lui ! ( lU se détonrricnt. )

CÉPHALLI.

O crime abominable !

KERSES.

Qu'il périsse '

THELSITOR , donuaul Sou éptc a Céphalli.

Ah! frappez, frappez !... je souffrirai mille morts pour expier une heure de ma vie !

DORVlLLE.

Arrêtez!... la mort finirait ses tourmcns. Qu'il vive, de'chiré de remords.... et qu^lne voix secrète le poursuive jusqut-s dans son sommeil, en répétant exécration au lâche, il a vendu son pays, il a trahi ses frères!

S€KNE XYÎÏ.

Les Mêmes, MOHAMED , un des Officiers de la suite tient un étendart, tout le monde le regarde étonné.

MOHAMED , vivement.

Seigneur, voici Ja dernière heure du jour, et les troupes du Pacha n'attendent plus que votre départ..,, trois coups de canon donneront le signal de leur arrivée.... liàlez-vous, ou bientôt votre retard vous exposerait à une attaque formidable.... Ainsi donc, qu'à l'instant cet étendart, signal de votre reddition, soit placé sur cette tour.

( // leur présente le drapeau , tous le refusent avec indignation. )

CÉPHALLI.

Puisque nous accordons la vie à ce monstre , infligeons lui le plus grand des supplices ... qu'il demeure avec nos ennemis , et que sa main sacrilège arbore leur drapeau sur la tour de Parga.

THELSITOR.

Cruels !... qu'exigez- vous de moi !

CÉPHALI-I.

Que tu achèves ton crime.

THELSITOR.

Ah ! percez-moi de mille coups, déchirez mon corps satiglant, que mon nom soit en opprobre à l'assassin , au parricide. . mais ne me forcez pas....

( Sa voix est étouffée j il se traîne tour-à-tour vers chacun des peraonnages. )

KERSES.

Non, non, point de pitié.

(0/î entend le premier coup de cnnon qui annonce l'approche des Jures. Mouvement d'effroi. Thelsitor reste frappé de terreur -^ Mohamed leur montre la mer. )

(48 ) CÉPHALLl , très-énm.

Nos barques nous attendent , allons chercher un asile et puis mouiir...

( // ne tourne vers le peuple qui jond en larmes. Tout le peuple ,

femmes , enfans , soldats , s'agenouillent religieusement , éten^

dent le bras droit vers la terre, à laquelle ils semblent adresser

le dernier baiser d'adieu. )

CÉPHALLl, se releTant.

Salut, Parga !... salut pour la dernière fois !

{Tous se relèi>ent tristement, et défilent vers le rivage.)

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