SCENE VIII
Les Mêmes, THELSITOR,
THELSITOR, Belle Délia ! livrez votre coeur à l'cspéfanue... je m'empresse devons instruire... ( à part, aperçevard Dorville. ) Eîi ! quoi! toujours ce fiançais... et toujoui's avant moi.
Targa. r-
DELTA
Je VOUS écoute, seigneur.
THELSITOR.
Je vois, madame, qxi'une personne plus zéle'e ou plus heureuse que moi ^ vous a Seins doute appris ce que je venais vous annoncer, et il devient inutile...
DÉLIA
Il est vrai, seigneur, que le capitaine Dorville à eu la bonté de m'instruire des heureuses nouvelles arrivées de Corfou... il ne m'en reste pas moijis à vous remercier de la démarche pleine d'intérêt que vous avez faite auprès de moi.
DORVILLE
Mais, seigneur, votre rang, l'emploi dont vous êtes revêtu, peuvent vous avoir mis à même de recueillir des renseignemens plus étendus que ceux que j'ai pu me procurer.
THELSITOR.
Et quel pouvoir ai-je Jonc ici?... Est-ce le vain titre de gouverneur d'une forteresse occupée par une garnison qui ne reçoit pas d'ordres de Parga. Si quelque fois le sénat a daigné me consulter , n'ai-je pas vu la même faveur accordée à un étranger?
DliLL\.
Dans l'affreuse position où nous nous trouvons, Parga a beffii; de tous les conseil'', a besoin de tous les braves... THELSITOR.
Le Sénat, Madame, n'a point partagé votre opinion; il vient de porter une loi que les cii'constanccs exigeaient impérieusement • les étrangers sont tenus, sous trois jours, (>e sortir du territoire de l'Etat.
DORVJLLE.
Que diles-vous, Seigneur?
DÉLIA
Dorville, celle loi ne peut regarder les Français; quinze ans ils nous ont protégés, .secourus, e'. nous irions les bannir ! THELSITOR.
IjeSénal, Mathiuie, n'a fait aucune exccplinn. DÉLIA
Mais à quel j» nple !:i Franie esl-clle ninintcnanl étrangèje? les lins furent associés à ses victoires, les aulrcs emprunièrent ses lois , ses arts, sou industrie, et tous au temps du malheur en reçurent le plus généreux appui. Prrs de nous, Smyrnc .sérail en cendres, si une fli)lle fiançiise n'était pas dans sa rade; au Non-
veau-Monde, de bravi^s soldats lédiiils à la dei'uièrc extrémité ^ trouvent encore sur les vaisseaux fiançais asile et proteclion • enfin, quand le plus terrible fléau dévore les provinces de l'îlalic, qui leur envoie des secours? la France , la France seule : je vous l'avoue, seigneur , je serais fière d'aimer un Français.
THELSITOR, a part.
Aimer un Français! plus de doute.
DORVILLE
Vous venez , Madame, de défendre mon pays...
THELSITOR > qui s'est remis tt d'un lou railleur.
Avec cette éloquence qui part du cœur! Madame, je rends justice au beau cai'aclèrc des Français, je suis reconnaissant de la protection que leurs armes nous ont accordée, mais vous le savez, la puissance Ottomane connaît l'art de la corruption , et plus d'un traître a l'espoir de voir réussir ses projets : dans le danger qui nous menace , le Sénat ne pouvait donc prendre trop de précaution.s.
DORVILLE
Seigneur, trop souvent la soif de l'or, l'orgueil humilié, l'amour outragé , ont fait d'un citoyen un làcjie parjure.
THELSITOR.
On rencontre plutôt les traîtres parmi ces bomuTCS qui , re^ nonçant à leur patrie, vont chez l'étranger porter ce qu'ils appellent leur bravoure et Icra's talens.
DORVILLE , portant la mûinà son épée.
Vous oubliez que je ne suis pas dans mon pay.s.
DÉLIA
Arrêtez , Dorville ; Thelsilor ne peut avoir eu le dessein de vous outrager , puisqu'il doit savoir comme moi que vous n'êtes plus un étranger pour Parga ; mon })cre connaissait la loi qui vient d'être rendue, les services du vôtre n'étaient pas oubliés , votre noble devoûment pour notre cause méritait sa récompensej voici le décret du Sénat qui vous accorde le titre de citoyen de Parga.
THELSITOR , h part.
Grand dieu'.
DORVILLE
Serait-il vrai? ahS tette faveur m'est doublement précieuse, puisque je la liens At h tendre sollicitude de votre père.