CHAPITRE PREMIER
Le Bois le matix.
Uéllcxions ,'jpnéralos. — La saison. — La petite plage ou le club des panés. — Premiers cavaliers; 1L\I. les officiers. — Préparalifs do cavalcades. — Mise en selle. — Paniers et charrcHes. — Processions d'habitués. — .'\ propos de bottes. — Groupes d'amazones.
Le paradis terrestre a laissé la réputation d'un jardin absolument exceptionnel, dont la succession a été selon moi recueillie par le bois de Roulognc. Les étrangers s'accordent pour constater que c'est la promenade incomparable, et qu'il n'y a pas en Europe de lieu de rendez-vous qui l'égale; quant
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aux Parisiens, qiriuie curiosité exagérée a délenninés à (juittcr leur lieu de naissance pour visiter les capitales éloignées, ils reviennent tous à leur point de départ, convaincus de l'inutilité de leur déplacement.
Ni le Prater, ni Hyde-Paik, ni le Prado, ni les Caséines n'offrent l'équivalent de ce que chacun de nous peut voir dans une promenade de deux heures aux alentours des Lacs ou dans l'avenue des Acacias, où tout ce (|ui possède à Paris une notoriété va faire à une heure quelconque de la journée une apparition plus ou moins longue.
Un provincial qui s'installerait à la barrière de l'avenue de l'Impératrice en compagnie d'un guide expérimenté, et se ferait désigner au passage les notabilités parisiennes, serait mieux renseigné à la fin de sa journée que bon nombre de Parisiens de naissance, déjà arrivés à un âge avancé, mais que le nombre et la gravité de leurs occupations ont toujours empêchés de dépasser l'obélisque.
Il n'y a pas, en effet, de jour de beau temps où cette porte privilégiée ne voie passer à pied, en voiture ou à cheval, le tout Paris, que la fortune, la naissance ou le talent mettent en évidence.
Les millions s'y succèdent en telle quantité, que leur totalisation devrait se chiffrer par milliards. Les ducs et les princes formeraient de leur côté un chiffre déjà respectable, et c'est par milliers qu'on pourrait compter les blasons de moindre importance. — Quant aux gens de talent qui suivent quotidiennement ce chemin battu de la célébrité, leur nombre est si considérable qu'on y trouverait certainement la monnaie de deux ou trois hommes de génie.
Si tel est le bilan moyen d'une journée quelconque favorisée par le baromètre, c'est bien autre chose au cours de la saison qui a, pour ainsi dire, monopolisé le privilège des cavalcades élégantes. Il s'agit de la courte période qui succède aux grandes chasses à courre et précède la lutte du grand prix , pendant laquelle tout le monde sportsman se trouve réuni à Paris.
PARIS A CIIEVAL.
Les progrès clos biens de la terre ont expulsé de province tous les châtelains amateurs de laisser-courre, et aucun des Parisiens invétérés n'est encore allé chercher aux eaux ou aux bains de mer la réparation des maux recueillis pendant l'hiver. Il en résulte que reUectif élégant se trouve au complet, et que les allées du IJois deviennent trop étroites pour livrer passage aux cavaliers de tout âge, de tout sexe et de toute condition qui s'y amoncellent chaque matin.
La promenade n'y est plus possible qu'à la condition d'y être pratiquée aux allures les plus lentes et d'affecter une gravité processionnelle; mais elle gagne en tant que spectacle tout ce qu'elle perd en tant qu'exercice apéritif et sanitaire.
L'officier de semaine est seul assez matinal pour trouver au Bois un asile solitaire , et pour avoir terminé sa promenade à l'heure où le flot se précipite.
Il apparaît aux pre-
l'ARIS A CHEVAL
niiers rayons du jour, et rt'jniiil l'avenue du Bois de Uoulogne , après avoir Iraversé l'Iiippodroun; dWuleuil au nionienl précis où les premiers promeneurs ]aï(|ues altciyncnt ïallce des l'olcati.r, ainsi nommée parce que, à une époque déjà reculée, des morceaux de bois porteurs de pancartes indicatrices servaient à remettre dans le vrai chemin le promeneur égaré, et désignée plus récemment sous le nom i'allée des Pol/iis, par celte excellente raison que c'est sous ces ombrages que se répandent et s'ébruitent chaque matin les scandales de la veille et les nouvelles de la dernière nuit.
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