CONCLUSION
.le me rappelle avoir, il y a quelques années, accompagné un ami qui, escorté d'un piqueur anglais, essayait uu cheval avec lequel il comptait faire sa saison de chasse.
L'animal, un peu taré et très-sensible de l'arrière-main, l'emballa à la deuxième foulée de galop.
Homme et cheval disparurent en un clin d'œil, suivis à une certaine
iOO PARIS A CHEVAL.
dislancc par le n)aqiii,<i[non. Après un très-cniirl es|)ace de temps, celui-ci revenait seul, lenniit en main le second cheval : — Kt mon ami? lui dis-je. — II est chez le pharmacien.
Aucune accenlualion ne peut donner une idée complèle du snng-froid avec lequel iiirenl diles ces simples paroles : Il est chez le pharmacien.
C'était pour ce brave Anglais la chose la plus nalurelle; et en effet, que pouvait-on faire de mieux que de l'y conduire? Il avait été malencontreusement ehavii'er à l'anyle d'un trodoir, et il avait le front quelque peu fendu. Tout élait donc pour le mieux; le cheval était intact, et l'on s'occupait de raccommoder le cavalier.
Depuis cet incident, toutes les fois que je vois un cavalier marchant plus vite qu'il ne veut, toutes les fois que je vois un cheval gagner à la main, je pense à mon Anglais, et je me dis : Encore un qui va chez le ])harmacien.
Combien de ceux qu'on y a portés et qu'on y porte chaque jour, auraient économisé de sparadrap, d'eau-dc-vie canq)hrée, d'arnica et autres vulnéraires, s'ils avaient mis en pratique les conseils qui précèdent! Combien de tibias, de clavicules, de fémurs, de péronés, de côtes, de radius et de cubitus seraient encore intacts, si leurs propriétaires avaient été pénétrés de la réalité de cet axiome, par lequel je clos ce manuel abrégé :
« Le cheval renverse le cavalier ; c'est la peur qui l'estropie. »