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Le retour au bercail.
Si ces cochers par nécessité ont droit à toutes les indulgences, il en est qui, par contre, sont indignes d’obtenir aucune circonstance atténuante.
Je veux parler de ceux qui, ne sachant absolument pas ce qu'est un cheval, ignorant d’une facon complète la topographie de Paris, choisissent spontanément entre mille la profession de cocher, et s’installent insolemment sur le siége d’un fiacre, sans paraître comprendre qu’ils assument charge d'âme, et que leur maladresse peut causer la mort du premier passant qui aura l’inconsciente audace de monter dans leur voiture.
S’il réfléchissait à quels dangers il s’expose, en se confiant ainsi aux mains du premier maladroit venu, aucun Parisien ne serait assez follement téméraire pour oser monter en fiacre. Quel homme de sang-froid et de sens rassis oserait en effet soutenir qu’en agissant de la sorte il fait acte de raison? — Il sait que le métier de cocher est un art difficile, qui demande à la fois de la présence d'esprit, de la décision, du sang-froid et de la prudence,
toutes qualités de premier ordre qu’il serait heureux de rencontrer chez un
3. . \ . . Fr n prétendu, s’il avait à faire choix d’un gendre, ou chez un chargé d’affaires, s’il était dans la nécessité de se décharger sur autrui d’une part de responsabilité.
Il n’a sur lPhomme derrière lequel il va s’enfermer dans une boîte hermétiquement close aucun renseignement d’aucune espèce; et cependant il lui confie sans hésitation le plus précieux des biens qu’il possède, sa propre existence. — Il s'agirait de lui donner en dépôt le portemonnaie le plus mal garni, — il n’aurait pas un moment de doute, — il refuserait catégoriquement de le lui confier ; — mais il s’agit de sa sécurité personnelle, de celle de sa femme, de ses enfants ; il Les fait monter devant lui, et s’installe à leurs côtés dans une parfaite quiétude. Il suffit que le cocher qu'il a choisi ait le goût de passer trop près des timons des omnibus, pour que sa femme (et il l’a épousée par amour) soit défigurée par les éclats d’une vitre; il n’y pense même pas! Un faux pas du cheval, qu’il n’a même pas regardé en montant, peut être cause que le brancard de la voiture qui suit la sienne lui cassera l’épine dorsale. Il ne croit pas que la chose soit possible! bien plus, pour peu que la course se prolonge, et que les ressorts de la voiture soient à peu près doux, il s’endormira. — Est-ce là, je vous le demande, la conduite d’un homme sage, prudent, réfléchi, ou celle d’un fou?
Il est un cas où l’insouciance du preneur de fiacres dépasse les bornes permises et touche à la démence coupable : c’est quand, ayant le choix entre une voiture d’une des grandes compagnies et celle d’un maraudeur, il prend la dernière, renonçant ainsi de gaieté de cœur à tout recours judiciaire effi-
cace en cas d'accident.
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Une station de fiacres (quai Voltaire).
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C’est une triste consolation, mais c’en est une lorsqu'on a eu une jambe ou deux broyées, par la faute d’un cocher imbécile, de penser que les membres ainsi avariés seront estimés à leur juste valeur; encore faut-il, pour qu'une pareille pensée soit réellement bienfaisante et consolatrice,
Spécimen d'accident moyen.
avoir la certitude que l’indemnité fixée sera réellement déboursée par les gens déclarés responsables, — et comment espérer être convenablement indemnisé de désagréments aussi sérieux, si toute la fortune de celui qui les a causés consiste en un étique et unique cheval, et une voiture désarticulée par un usage séculaire? — Si au contraire vous avez eu la chance d’être estropié par un agent d’une société millionnaire, comme la Compagnie générale par exemple, quelle inquiétude pouvez-vous avoir ? ÿ
Atiome. — « Étant donné que toute course faite dans Paris constitue un « danger capital, ne jamais monter dans une voilure dont le propriétaire ne « paraît pas être en mesure de solder la valeur totale du dépôt qui lui est « confié. »
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La facon pleine de laisser-aller avec laquelle la plupart des cochers se comportent dans Paris, a donné à bon nombre de gentlemen qui conduisent eux-mêmes, l’idée de mettre à l’étude un art nouveau, fondé sur le principe de la légitime défense, et dont un de nos amis a bien voulu indiquer dans les notes suivantes les données fondamentales :
L'art d'accrocher.
I. — Bien accrocher s’apprend à tout âge, mais plus spécialement en commençant à mener un peu tard. Il y a des aptitudes naturelles, telles que la distraction, la myopie, qu'on peut augmenter par des moyens artificiels, — la lecture, qui double la distraction, et le port de cer-
ee tains appareils d'optique, tels que monocles , lunettes et pince-nez, qui placent les gens qui en font usage dans un état voisin de la cécité.
Aziome. Toute femme qui se conduit elle-même se conduit mal.
Conseil. Se méfier des cochers russes, ou tout au moins habillés en Russes,