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PARIS A CHEVAT. 69
IL. — En dog-cart, avoir assez de coup d’œil pour mesurer la force de résistance de la voiture qu’on doit accrocher, par conséquent ne s’en prendre qu'aux voitures à deux roues; un peu avant le choc, se soulever du siége délicatement, afin d'éviter toute commotion; après le choc, filer vivement sans
se retourner, laissant au groom le soin d’apostropher le maladroit que vous avez accroché.
JIL. — Dans le cas où, étant en phaéton, vous accrochez un fiacre et lui faites de grosses avaries, descendre vivement, passer les rênes au valet de pied et vous précipiter à la tête du cheval de fiacre en appelant à grands cris un agent. Celui-ci arrive au bout d’un bon quart d’heure, vous mettez tous les torts sur le dos de l’automédon, et de plus vous réclamez de la Compagnie des dommages-intérêts pour interruption momentanée de votre promenade; il est rare que l’autorité ne fasse pas droit à une aussi juste réclamation.
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IV. — Au retour des courses, quand on marche sur cinq ou six files de voitures, un bon accrocheur a tout le loisir de déployer ses talents. Tantôt il effleure le moyeu des roues, enlevant la couleur et le rechampis; tantôt il emboîte complétement sa roue de derrière entre les deux roues d’un landau; dans celte circonstance, loin de se troubler, comme tout le monde va dans le
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même sens, il continue sa route avec insouciance, n’ayant qu'une préoccupation : celle de régler son allure sur celle de la voiture qu’il emboîte. Ce mode d’accrocher présente plusieurs avantages : d’abord rien ne vous est plus facile que de lier conversation avec les gens qui vous emboîtent, à plus forte raison si vous avez affaire à quelque jolie femme; ensuite vous fatiquez moins votre cheval, puisque ceux de la voiture voisine font la moitié de la besogne. Pour vous dégager, prier simplement le cocher d’obliquer légèrement à droite ou à gauche.
V. — Si vous voyez arriver sur vous une voiture lancée à fond de train, sans pouvoir l’éviter, pousser vigoureusement en avant; celle des deux voitures allant le plus vite sera certaine d’être la moins éprouvée dans la collision.
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VI. — Si la curiosité chez vous est assez développée pour vous faire endommager votre voiture, n'hésitez pas à vous ruer vigoureusement de façon à casser une roue sur le fiacre dont les stores sont baissés. Il est rare que vous n’en soyez pas récompensé par un spectacle sinon imprévu, du moins quelque peu piquant.
VIT. — Si un camion, un tramway ou autre grosse machine de guerre fait mine de vouloir vous accrocher, gardez-vous bien de vous laisser attaquer, mais filez vivement le long de la voiture, et une fois à la hauteur des chevaux, appuyez légèrement de leur côté; le moyeu de votre roue effleurera leurs jambes, et Le cocher du tramway, pour éviter un accident plus grave, jettera ses chevaux de côté, ce qui fera dérailler ledit tramway. Inutile de vous recommander le plus grand sérieux, etc., ete., ete.
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On voit par ces courts extraits d’un ouvrage très-étendu et très-sérieux (auquel travaille assidèment Kwick, mon excellent collaborateur à la Vie parisienne), qu'il s’agit d’une véritable révolution, grâce à laquelle on utiliscrait la vitesse des animaux de sang pour se soustraire au despotisme
des voituriers de gros poids et de proportions encombrantes. — Y parviendra-t-on ? Il est permis d’en douter.
En attendant que cet heureux résultat soit obtenu, et rien ne fait prévoir qu’on l’obtienne jamais, bon nombre de gens ont définitivement renoncé non-seulement au plaisir de conduire eux-mêmes, mais encore au luxe d’avoir des voitures et des chevaux leur appartenant en propre.
Las de voir leurs chevaux abîmés par la maladresse d'autrui, écœurés par l'obligation d'envoyer constamment chez le carrossier leurs voitures éraflées, détériorées, brisées par la brutalité de leurs contemporains, ils
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ont pris le seul parti qu'il y ait à prendre pour se soustraire à ces ennuis multipliés. — Ils se sont adressés à un tiers qui endosse la responsabilité des accidents, et s’engage moyennant une indemnité déterminée à les transporter jour et nuit sans qu’ils aient à se préoccuper de savoir si le cocher est disposé à sortir, si les chevaux sont reposés et si des réparations urgentes à la voiture permettent ou non d’atteler.
Ils ont un fiacre attitré constamment à leur disposition, qui les conduit où bon leur semble, aussi vivement que pourrait le faire une voiture à eux, et cela sans aucun des ennuis que causent l’administration d’une écurie et la direction de son personnel. — Ces sages sont ce qu’on appelle des abonnés à l'ordinaire. — L’ordinaire appartient à un loueur quelconque, plus habituellement à la Compagnie générale. — Il est attelé le plus souvent de deux chevaux de taille moyenne, ni beaux ni laïids, maïs durs à la fatigue, qui
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