INTRODUCTION
LORiEusE Lutèce ! « Établie au milieu du cours de la Seine et au centre du riche royaume des Francs, tu t'es proclamée toimême la grande ville, en disant :
Je suis la cité qui, comme une reine, brille audessus de toutes les autres. Tu frappes en effet les regards par un port plus beau qu'aucune autre. Quiconque porte un œil d'envie sur les richesses des Francs te redoute ; une île charmante te possède, le fleuve enlburetes murailles, il t'enveloppe de ses deux bras et sfes douces ondes coulent sous les ponts qui te terminent à droite et à gauche ; des deux côtés de ces ponts, et au delà du fleuve, des tours protectrices te gardent. »
Les lignes qui précèdent ont été écrites il y a bientôt mille ans par un témoin du siège de Paris par les Normands, en 885.
Ne sont-elles pas demeurées pleines d'actualité et de vérité?
La « grande ville » digne de ses futures destinées, inspirait déjà l'enthousiasme. Le moine Abbon écrivait un poème en l'honneur des Parisiens, qui pendant quinze mois avaient résisté aux envahisseurs du nord.
Combien, depuis, les poètes et les historiens ont célébré Paris ! *
Que de fois n'a-t-il pas été décrit!
Ses édifices, ses monuments, ses curiosités ont été minutieusement étudiés, dépeints, et grâce aux investigations des chercheurs et des érudits, il est facile de se faire une idée approximative de ce que fut Paris à toutes les époques et de suivre à travers la marche des siècles, son développement physique, moral, civil et intellectuel.
Et cependant, malgré les immenses travaux de nos devanciers anciens et modernes,
malgré les œuvres remarquables des Félibien, des Sauvai, des Mercier, des Dulaure et de tant d'autres, il nous a paru que V Histoire nationale de Paris était encore à faire, his-, toire pour ainsi dire intime de sa vie publique et particulière, histoire qui associe la portée de l'événement à la physionomie du lieu où il s'est produit.
Nous inspirant des hautes vued et de la forme émouvante, colorée, que Thistorien national, M. Henri Martin, a imprimée à son œuvre patriotique, nous avons tenté de faire pour Paris, ce que l'illustre auteur de V Histoire de France a fait pour le pays tout entier, et nous avons tracé le plan de cet ouvrage. Pendant des années, nous l'avons mûri, modifié, complété et nous avons ' patiemment cherché et réuni tous les matériaux nécessaires, fouillant dans les archives de nos dépôts publics, dans les collections particulières, comparant les opinions émises par les divers historiens et nous reportant aux sources, chaque fois qu'un doute exprimé nous obligeait à faire pour ainsi dire l'enquête du fait diversement apprécié.
Et lorsque ce plan eut reçu la haute approbation de M. Henri Martin, nous sommes allé frapper à la porte d'un éditeur, enfant de Paris comme nous, aimant son pays comme nous l'aimons, et nous avons eu la bonne fortune de l'intéresser à notre projet et de le voir heureux d'associer son nom à notre œuvre.
Nous étions désormais assuré que rien ne serait négligé pour la publication du livre et que l'aide puissante de l'illustration artistique, illustration puisée d'après des documents authentiques, viendrait s'ajouter au texte en le complétant.
HISTOIRE NATIONALE DE PARIS ET DBS PARISIENS
C'est alors que nous avons écrit le récit animé, pittoresque, anecdotique et vrai, de ]a transformation incessante de Paris, depuis le jour où émergent d'une petite île de la Seine quelques chétives cabanes couvertes de roseaux dont le groupe constitue Lutèce, jusqu'au moment où, conviant les nations du monde au grand tournoi des arts, du commerce et de l'industrie, Paris devient, par son Exposition universelle de 1878, le rendez-vous central de tous les peuples .
Au temps où nous vivons, il faut que le livre fasse plus que de distraire le lecteur, il faut qu'il l'instruise et qu'après l'avoir lu, celui-ci en tire un enseignement; mais il faut surtout que l'écrivain justifie la confiance de celui qui apprend en lisant son œuvre, et, pour cela il doit se montrer impitoyable pour Terreur et pour le mensonge, et n'affirmer la véracité d'un fait que lorsqu'elle lui est démontrée par des preuves matérielles ou morales. .
n n'est pas un coin de^ la grande ville qui n'ait sa légende touchante ou mystérieuse^ sanglante ou terrible, mais il importe avant tout de la dégager du domaine de la fiction qui peut s'en être emparée, pour lui rendre son caractère réel.
Les annales parisiennes sont assez fécondes en faits curieux et intéressants, sans qu'il soit nécessaire de les agrémenter par des enjolivements quifinissent par absorber le vrai au profit de la tradition, trop souvent erronée.
Nous racontons Thisloire du peuple parisien, essentiellement liée à celle de Paris.
Après avoir dit : jci fut édifiée une église, là fut élevé un palais ou construite une prison, nous relatons les événements qui s'y sont passés.
Voici par exemple la place de Grève, le forum des Parisiens, cette place fameuse où bat le cœur de Paris, où se donnaient jadis les fêtes populaires et les réjouissances publiques, où se tenaient les ribauds et les truands, les étrangers et les oisifs, — où plus tard les travailleurs vinrent se faire embaucher.
La place de Grève, théâtre des grandes commotions populaires, sur laquelle nous
voyons apparaître la belle figure d'Etienne Marcel, les Maillotins, les agitateurs de la Ligue et ceux de la Fronde.
La place de Grève avec son feu de la Saint- Jean et son bûcher enguirlandé de roses, sur lequel on faisait griller les chais.
La place de Grève et ses cortèges municipaux, ses exécution? de criminels, les uns brûlés vifs comme Marguerite Perrette el Anne Dubourg, les autres, décapités comme le comte de Saint-Pol, la maréchale d'Ancre et la Brinvilliers, écartelés comme Ravaillac et Damions, roués comme Cartouche, pendus comme le président Brisson^ guillotinés comme Louvel et les quatre sergents de la Rochelle.
La place de Grève avec sa lanterne sinistre, les repaires qui l'entouraient, la maison aux dauphins qui deviendra l'Hôtel de Ville où se réuniront les premiers magistrats de la cité, où se donneront des banquets et des fêtes, à l'occasion des naissances et des mariages royaux, en l'honneur de la Constitution, de TLtre suprême, du voyage de la reine d'Angleterre à Paris, de la présence des souverains à^TExposition de 1867, jusqu'à ce que rinccndie de 1871 le réduise en cendres et qu'il soit reconstruit pour reparaître plus magnifique que jamais.
Que de drames, que de sanglantes tragédies dans ces petites ruelles du vieux Paris, que de misères sombres et terribles, que de splendeurs, de luxe et de magnificence ici, que de larmes et de sang là !
Puis en racontant les événements dans leur ordre chronologique, nous retraçons la physionomie exacte des mœurs parisiennes ; les costumes, les usages, les coutumes, les processions, les défilés, les cortèges, les rixes, les émeutes, les batailles, le mouvement, la vie de ce peuple remuant, toujours prêt à s'insurger contre qui tente de l'asservir, batailleur, franc du collier, goguenard, spirituel, capable des plus grands dévouements et des plus folles actions, ce peuple de Paris enfin qui est à lui seul une nation dans la nation et qui, à toutes les époques de son histoire, a eu pour devise : Conquérir sa liberté.
VEDETTB OAULOISB
HISTOIRE NATIONALE DE PARIS ET DES PARISIENS
TAsie, s'appelaient des Celtes ; ils formaient une branche très considérable de la famille aryenne, partagée en deux grands rameaux, les Gaêls ou Celtes proprement dits, qui composent le premier ban de la migration indo-européenne, et les Kymris.
Une race mixte, résultant du mélange des Galls ou Gaëls et des Kymris occupait le centre de la Gaule transalpine qui renfermait toute la France actuelle, une partie de la Hollande située au sud du Rhin, une partie de TAliemagne et de la Suisse à Touest du même fleuve et la Belgique toute entière.
Cette race comprenait dix-sept peuples parmi lesquels les Pétrocoriens, les Lémovices, les Santones,Ies Pictaves,lesAndegaves, les Turones, les Carnutes et les Sénones.
Entre la Marne et le Rhin était établie la branche kymrique composée de Kymris purs appelés aussi Belges.
Ce furent des Kymris qui, quelques centaines d'années avant Jésus-Christ, firent alliance avec les Sénones, se mélangèrent à eux et prirent le nom de Parisiij en venant s'établir sur les rives de l'Oise qui formaient les frontières des Sénones. Ce nom signiOait, prétend-on, habitant des frontières.
C'est une étymologie un peu hasardée et qu'il faut accepter uniquement pour se conformer à la tradition adoptée, aucune autre ne pouvant être prouvée davantage.
Quoi qu'il en soit, et ne nous appesantissant point sur une puérile question de mot, nous arriverons de suite à la constatation de la peuplade des Pansiiy ou Parisiens qui apparaît dans l'histoire 53 ans avant l'ère chrétienne et dont l'existence est signalée par Jules César. Le territoire occupé par cette peuplade n'était pas considérable.
Il était borné par les possessions des Sénones qui avaient conservé Pontoise au nord, par les Silvanectes dont le chef-lieu était Senlis, à l'est par les Meldes qui possédaient Meaux et au midi par les Carnutes et les Sénones.
Les îles de la Seine parurent aux Parisiens admirablement placées pour en faire le chef-lieu, la capitale de leur petit domaine.
Ces îles étaient alors au nombre de sept se suivant dans la partie de la Seine comprise aujourd'hui entre le pont d'Austerlitz et le pont des Arts.
En les désignant par leur nom moderne, nous trouvons d'abord l'Ile Louviers (qui existait encore en 1843 et qui réunie depuis à la terre ferme, forme aujourd'hui le quai Henri IV), Tile Saint-Louis qui était coupée en trois îlots qu'on réunit successivement, l'Ile de la Cité qui, elle aussi, se divisait en trois morceaux.
On désigna sous le nom de Lutèce le groupe d'habitations qui furent construites sur ces tles et particulièrement sur celle de la Cité.
Les savants se sont aussi longuement exercés à propos de l'étymologie de ce nom.
Les uns veulent que Lutèce vienne de Loutou\ cheziy c'est-à-dire habitation au milieu des eau d'autres de Leug-tec, mot celte qui signifie belle pierre, — or les Parisiens ne construisirent leu maisons qu'en bois ! d'autres encore disent qu Lutèce vient de luth (eau) thoukze (milieu) et, y; (demeure.)
Cela finit par tourner au rébus.
Contentons-nous de savoir que Lutèce était appelé par les Romains Lutetia^ et Lucotecia par le géographe Ptolémée.
C'était alors une bien chétive bourgade.
Quelques huttes de branchages et de roseaux dissimulées par des rideaux de saules, voilà Paris; une grève fut sa première enceinte, une rivière son premier fossé.
Des digues formées de terre et de palissades défendaient Lutèce contre les inondations de la Seine et les Parisiens vivaient là du produit de ^ leur chasse dans les bois avoisinant les tles sur j lesquelles ils s'étaient établis, et surtout à l'aide | du poisson qu'ils péchaient dans les eaux du fleuve.
C'étaient des quasi-sauvages, ces premiers habitants de Paris, mais ils étaient braves au combat, jaloux de leur indépendance, et d'une nature loyale et généreuse.
De haute taille, le teint blanc, les yeux bleus, les cheveux roux, ils avaient un goût pronon pour les armes; les haches, les couteaux de pierr les flèches garnies d'une pointe de silex et les j épieux durcis au feu, furent leurs richesses primitives ; ils ne tardèrent pas à y joindre les épéesei les lances de bronze et de cuivre, et pour se préserver dans la lutte, ils se coiffèrent de casques ronds à larges jugulaires, mais ils se battaient nus jusqu'à la ceinture, pour montrer qu'ils n'avaient pas peur de la mort.
En temps de paix, l'habillement des Gaulois se composait d'une tunique (il y en avait de différentes couleurs) et de larges pantalons appelés bragites ou brayes. Ils portaient par-dessus la tunique un manteau rayé, soit en carrés, soit en losanges, fait d'une chaude et lourde étoffe pour l'hiver, d'une légère pour l'été. Ce manteau était ^ attaché sur le devant de la poitrine par une agrafe. Martial prétend que les manteaux étaient si courts qu'ils descendaient à peine au bas des reins; Thistorien Strabon soutient qu'au lieu de tunique ils portaient un habit court dont les manches descendaient jusqu'à la ceinture, mais ce vêtement était la saie militaire, dont ils se débarrassaient pour combattre.
Les Gaulois se chaussaient d'une sorte de bottines serrées au pied.
Au moment de la conquête par les Romains ils pointaient le sagum, sorte de blouse à longues et larges manches, fendue par devant, faite de peau
le mouton, de loup ou de blaireau, cousue avec m crin, le poil en dehors. Ce vêtement se com- Jétait par le camisia (chemise) et les brayes. ,eur manteau en peau de chèvre s'appelait lors rocket. Us se coiffaient du pt'ieum^ sorte de ilotte de feutre, du petasus, chapeau à longs ords, et du birrus, bonnet pointu en laine assez »mblable au bonnet corse appelé Dirro.
Les Gaulois se battaient nus ji]squ*à la ceinture.
Les femmes étaient de belle physionomie, elles rtaient de longs cheveux et Téclat de leur Dt était réputé ; selon la coutume gauloise la ine fille se choisissait librement un mari ; généement, c'était au milieu d'un repas qu'elle fait connaître celui qu'elle désirait prendre pour )ux; elle prenait une coupe et la vidait à demi, is la tendait au jeune homme qui la vidait mite, pour signifier que tout était désormais nmun entre eux.
Lorsque les Gaulois Kymris, séduits par la siition des Iles de la Seine abritées contre le soleil midi et le vent du nord, eurent planté leur te dans cette lie de la Cité « qui est faite , dit ival, comme un grand navire enfoncé dans la e et échoué au fil de l'eau » , ils abandonnèrent i à peu leurs usages, leurs habitudes guerrières embrassèrent la vie des peuples chasseurs et lïeurs. Les glands et les faines qu'ils ramasmt dans les forêts , joints au gibier et au sson, alimentaient la majeure partie des babils qui étaient d'une grande sobriété.
Malgré cela, lorsque, en l'an 700 de Rome, Jules César envoya son lieutenant Labiénus avec quatre légions et une partie de sa cavalerie contre les Parisiens qui avaient refusé de déléguer des députés à l'assemblée des principaux États de la Gaule, ceux-ci résolurent de se défendre, demandèrent des renforts aux pays environnants et confièrent la direction de la défense à Gamulogène (de la cité d'Évreux), un vieillard dont le grand &ge doublait d'expérience la science militaire.
Le vieux chef évita tout d'abord le combat, afin de donner à ses troupes, plus courageuses qu'aguerries, le temps de se former, et voulant tirer parti de l'avantage que lui offraient les marais qui s'étendaient au sud deLutèce, il com* mença par faire détruire le pont qui mettait la petite cité en communication avec la rive gauche de la Seine et vint se retrancher dans les marécages, afin de disputer le passage aux Romains et dépendre l'approche de la ville, plutôt que d'attendre dans son sein l'attaque de l'ennemi.
A cette époque, le ruisseau de laBièvre devenu depuis la rivière des Gobelins, inondait en amont de Paris, les plaines de Vitry et d'Ivry, et en aval celles de Grenelle et d'Issy.
. Bientôt, fortifiés dans leurs positions, les Parisiens ne demandèrent qu'à en venir aux mains avec les Romains.
Labiénus arrivé devant le camp de Gamulogène, chercha à le forcer, mais sa tentative fut inutile ; il fut repoussé et il eût vu peut être périr toutes ses légions, s'il n'eût fait une prompte retraite.
Au milieu de la nuit, il décampa et retournant sur ses pas, le général romain irrité de l'échec qu'il venait de subir, se jeta sur Melun, daat les habitants étaient pour la plupart accourus pour grossir l'armée de Gamulogène, et saccagea la ville ; puis il descendit le long de la rive droite du fleuve emmenant avec lui une flotille d'une cinquantaine de barques et se présenta de nouveau devant Lutèce pour l'assiéger.
Prévenu par les fuyards échappés de Melun, Gumulogène ordonna d'incendier la ville, de rompre les deux ponts de bois et toujours protégé par le marais, il demeura dans le camp vis-à-vis des Romains dont il était séparé par la rivière.
Ces huttes qui brûlaient, c'était tout ce que possédaient les malheureux Gaulois et les flammes qui montaient et tourbillonnaient dans l'espace, en colorant les eaux du fleuve d'une teinte rougeàtre, anéantissaient leur chétif patrimoine, mais qu'importe ! le salut de la patrie l'exigeait et ils en faisaient volontiers le sacrifice, préférant le perdre que de le voir tomber au pouvoir de l'ennemi.
Et cependant, les Parisiens d'alors n'étaient qu'une tribu de barbares !
Or, tandis que ceci se passait, Labiénus fut averti qu'il ne lui était plus permis de compter
histoire: NATIONALE DE PAItlS ET DES PARISIENS
On dèiigaa koui le aoin de Lutèce le groupe d'htbititioDe qoi furent cOQBtruiUs inr ce* Qm.
sur le secours de Gésar en caa de déraite ; son armée, menacée par la dérection des Éduens (peuple qaî habitait le pays situé entre la Sattne, la Loire et le RtiAne), se repliait s>ir la province
Il fallait donc se hftler de vaincre ou de ramener ses troupesàAgendicum (Sens).
lia ruse devait venir en aide à la force.
A la tombée de la nuit, Labiénus convoqua son conseil, exhorta ses ofGcierg k faire leur devoir puis il ordonna aux chevaliers romains de monter surles barques etde descendre le Qeuve en silence, à la distance d'environ 4000 pas. Arrivés léi (à peu près à la hauteur du Point du Jour), ils avaient ordre de faire halte et de l'attendre.
Puis, pourdonner le change, il envoya cinq cohortes avec des bagages remonter bruyamment le long du fleuve; en même temps des
bateliers ftarent chargés de se diriger du mën cAlé, en frappant bruyamment l'eau de lea rames.
Ce stratagème réussit, soldats et bateliers ali rèrent l'attention des Gaulois qui ne s'occuper* qu'à se tenir sur leurs gardes de ce côté, tant que Labiénus qui avait rejoint ses chevaliei passait la Seine à la faveur d'un orage épouva table dont le bruit couvrait celui de son mouv ment. A l'aube, Camulogène se mit vivement à tête du gros de l'armée pour s'opposer à marche de Labiénus.
'Mais il était trop tard.
Les deux armées se trouvèrent en prèser dans la plaine de Grenelle.
Bientôt une nuée de flèches et de javel obscurcit l'air.
Gamulogène commaodait«n personne et eno
rageait ses guerriers par la voix et par l'exemple.
D'abord la victoire parut incertaine.
Mais soudain une légion romaine, ses étendards dépliés, attaqua les Gaulois par derrière et leur coupa la retraite.
Alors ce fut une mêlée épouvantable, un horrible carnage; les hommes combattaient corps à corps; les sabres longs, droits, pesants, sans pointe et mal trempés, des Gaulois se brisaient contre les épées romaines plus courtes et à pointe, ce qui les rendait plus meurtrières. Le sang coulait sous la morsure des lames d'airain, on n'entendait que Tentre-choquementdes boucliers dont quelques-uns avaient lahauteur d'un homme, les cris de guerre poussés par les vainqueurs et les hurlements de douleur des blessés et des mourants.
On se battait avec un égal acharnement, mais les Gaulois ne purent soutenir longtemps le choc des légions victorieuses.
Mis en déroute malgré une résistance énergique, ils tentèrent de se réfugier dans les bois environnants, mais tous ceux qui ne purent fuir assez vite pour les* atteindre furent exterminés par la cavalerie romaine.
Gamulogène, courbé sous le poids des années, semblait au milieu de ses guerriers, avoir retrouvé l'énergie de la jeunesse, il se portait aux endroits les plus périlleux et se jetait au plus fort de la mêlée.
Ge premier défenseur de la liberté parisienne trouva la mort qu'il cherchait, lorsqu'il vit que tout espoir de vaincre était perdu.
Il expira pour sa patrie, les armes à la main, sur un monceau de cadavres d'ennemis que son bras avait terrassés.
La victoire des Romains fut complète.
Labiénus se retira à Sens, laissant derrière lui les ruines fumantes de Lutèce.
Lutèce brûlée allait, comme le phénix de la fable, renaître de ses cendres.
Les quelques Parisiens échappés au désastre s'empressèrent de revenir aux lieux qu'ils habitaient, et les Romains, appréciant l'excellente situation de cette île placée au centre de provinces fertiles, résolurent de s'y installer.
Ils apportaient avec eux les lumières de Rome et ses erreurs, sa sagesse et ses vices, ses richesses et son luxe, ses lois et ses abus.
On commença par élever à la place des cabanes primitives qui suffisaient aux rustiques Parisiens, des habitations plus solides et plus élégantes.
Les maisons étaient encore isolées et séparées les unes des autres par des jardins, et on y remarque surtout l'absence de cheminées.
Les Romains, comme les Gaulois, se chauffaient à l'aide de fourneaux.
La religion, les mœurs, les coutumes, tout changea, tout se modifia.
Les premiers Parisiens, vaincus par Labiénus, les descendants des Kymris Belges avaientgardé la
rudesse, le mépris de la mort, le courage et les mâles vertus des peuples primîtil^; cependant cette loi éternelle de la civilisation et du progrès à laquelle obéissent inconsciemment toutes les nations allait peu à peu adoucir leur sauvagerie.
Us furent tout d'abord amenés à abandonner le* culte du dieu Teutatès qu'ils suivaient, pour adopter celui de Jupiter et des autres divinités de l'Olympe, adorées par les Romains leurs maîtres.
Gar jusque-là les Parisiens ne représentaient point leurs dieux sous des formes humaines ; ils avaient reçu leur religion des Galls et le dieu Teutatès, dans la mythologie gauloise, est une figure obscure et formidable, à laquelle étaient dédiés des caimSj ou monceaux de pierres innombrables, que le moyen âge nomma des monts-^ joie.
Qn offrait à Teutatès des sacrifices sanglants et les Druides, c'est ainsi qu'on désignait les prêtres gaulois, exerçaient leur sacerdoce dans la sombre profondeur des forêts.
Les Parisiens qui s'imaginaient que plus il y avait de druides dans un canton plus l'abondance et la fertilité du terroir y étaient grandes, avaient pour eux une vénération sans bornes, aussi ïes druides réunissaient-ils tout ce qui était propre à s'attirer le respect d'un peuple ignorant et féroce.
Non seulement ils immolaient à leurs dieux des créatures humaines, mais quand, pour ces odieux sacrifices, il leur manquait des coupables, qu'on réservait pour les offrir en holocaustes, ils égorgeaient des innocents.
Le sacrificateur perçait la victime au-dessus du diaphragmeet tirait des pronostics d'après l'abondance et la couleur du sang.
Tantôt on la pendait à un arbre, ou on la crucifiait à un poteau, quelquefois aussi, on enfermait plusieurs personnes dans un grand panier d'osier et le druide y mettait le feu.
Les victimes expiraient, les unes consumées par la flamme, les autres suffoquées par la fumée, au bruit des chants druidiques, de la musique des bardes et des acclamations de tous les spectateurs.
Ges épouvantables cérémonies se célébraient dans les bois avoislnant Lutèce et un autel à Teutatès existait sur la butte Montmartre.
Lucain nous a laissé une curieuse description d'un bois sacré.
« Non loin de la ville était un bois sacré dès longtempsinviolé, dont les branches entrelacées, écartant les rayons du jour, enfermaient sous leur épaisse voûte un air ténébreux et de froides ombres. Les autels, les arbres y dégouttent de sang humain, les oiseaux n'osaient s'arrêter sur les branches, ni les bêtes féroces y chercher un repaire. La foudre qui jaillit des nuages évitait d'y tomber, les vents craignaient de l'effleurer. Aucun
LabiéDus exliort» bcb offlciers à faire leur devoir, et tons le Jurèrent sur leuri arme!.
souffle n'agite les feuilles. Les arbres fri^missent d'eux-mêmes, »
Acâlëde ce tableau d'une couleur si sombre, on peut opposer celui plus riant de la cueillette du gui de chêne, qui avait lieu en mai, le 6* jour de la lune, qui était celui où commençait l'année.
Les druides parcouraient alors le territoire, en criant à haute vois : «Au gui l'an neun» Le peuple se rendait dans le bois consacré, là on cherchait le gui sur un chêne d'environ trente ans, lorsqu'on l'avait trouvé, on dressait un autel au pied. Deux taureaux blancs étaient attachés par les. cornes au tronc de l'arbre chargé du précieux arbrisseau parasite.
Un druide montait sur le chêne, armé d'une serpe d'or et coupait le gui.
D'autres le recevaient sur un tissu de laine blanche, destiné à cet usage.
On immolait les deux taureaux.
Et le gui était distribuée tous les assistants, comme un présent qui devait donner la fécondité aux femmes, et servir de remède efficace contre toute espèce de poiaon.
De là estvenue la coutume de donner desétrennés au jour de l'an.
Si l'usage de chercher le gui sacré se maiotiiit. il n'en fut pas de même du culte rendu à Teutatës : on l'abandonna, nous l'avons dit, pour adopter celui que les Romains rendaient aux divinités païennes, et ce fut ainsi que l'on éleva des temples & Jupiter, à Mercure, à Bàcchus, etc., aux lieux mêmes où l'on avait offert des sacrilicesà Teulatès.
Le premier indice qu'on rencontre à Lutèce du changement de religion est un autel à Jupiter élevé par les Nantes parisiens à l'extrémité orientale de l'tle, c'est-à-dire à l'endroit où se trouve aujourd'hui le chevet de l'église Notre-Dame.
Les Nâutes (mariniers) étaient originairement de modestes bateliers, réunis en une sorte d'association commerciale qu'on appelait Hanse et qui transportaient d'un point à un autre les marchandises dont on trafiquait dans les villes riveraines du fleuve.
Or, comme le commerce par eau était d'une haute importance pour la puissance romaine, qui
tenait easentiellement à se rendre maîtresse de la navigation, les conquérants organisèrent la batellerie en collège des Nantes.
Les sevirs, élus de la cité, en firent partie, on y compta des décemvirs, des décurions, des questeurs, des chevaliers et jusqu'à des sénateurs romains-
Leschers,seulsmagistratsdelaSequana(SeL. e), s'appelûent Garateurs. -
Lafaveurextraordtnairedont tes entoura Rome et les privilèges qu'elle leur prodigua en toute occasion, leur &t donner la magnifique dénomination de corps très splendide des Hautes.
Ce fut pour témoigner publiquement leur n-
Ud Druide montait sur le cliËne, anaé dune serpe d'or, et coupait le guL
connaissance pour tant de bienfaits, que les Curateurs des Hautes édifièrent un autel dédié à Tibère et consacré à Jupiter k la pointe de Lutèce.
Ce monument trouvé avec d'autres lors des fouilles faites en 1711, sous le chœur de l'église de Hotre-Dame de Paris, consiste en une pierre cubique d'un mètre de hauteur sur un mètre cinquante centimètres de longueur, enfoncé à deux mètres de profondeur du sol.
On Ut sur la face principale une inscription en langue latine dont voici la traduction : Sous
Tibère César Auguste, les mariniers parisiens ont publiquement élevé cet autel à Jupiter très bon, trèa grand. Les trois autres faces sont ornées de basreliefs, huit autres pierres de grosseur difi'érente, chargées de bas- reliefs etd'inscriptions, parurent, d'après l'examen minutieux qui en fut fait par des savants, avoir été employées k l'édification de plusieurs autres autels élevés en l'honneur des dieux des vainqueurs el de cqmx des vùncus, ce qui permet d'établir que chacun était libre de sacrifier k son culte.
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HISTOIRE NATIONALE DE PARIS ET DES PARISIENS
Ces pierres, dont quelques-unes remontent à une époque antérieure à celle de la conquête par Labiénus, furent déposées au musée des Antiques et plus tard elles furent transférées au musée des Thermes, où elles sont demeurées.
En i7B4, un cippe quadrangulaire en pierre, fut aussi découvert dans la rue delà Barillerie.
Enfin, en 1829, en creusant le sol pour établir les fondations d'une maison particulière sur remplacement deTancienne église Saint-Landry, située dans la rue de ce nom, on découvrit les fragments d'une forte muraille, construite à pierres sèches, sans mortier ni ciment, et s'étendant dans une direction à peu près parallèle au cours du petit bras de la Seine.
Mais cette partie de muraille qui n'avait pas moins de deux mètres d'épaisseur et qui, selon l'opinion de Dulaure, avait été construite avec les matériaux provenant de la démolition d'un monument triomphal élevé à la gloire de Maximus, ne date que de la fin de l'occupation romaine.
Il parait aujourd'hui bien avéré que, malgré ce qu'avancèrent certains auteurs, notamment Piganiol de la Force, qui prétend que Jules Césat fit rebâtir une cité sur les ruines de Lutèce et qu'il la fortifia par une enceinte et par deux tours de bois placées à la tète des deux ponts qui donnaient accès à la ville, cette assertion n'ofTre aucune vraisemblance* Les tours, entre autres celle du Ghâtelet, furent bâties par Charles le Chauve.
Jules César avait d'autres soucis.
L'armée de Vercingétorix qui défendait Alaise (en Franche-Comté et non Alise en Bourgogne, comme le soutiennent à tort plusieurs historiens) , attirait son attention et tandis qu'il commandait au siège de cette ville, les Parisiens fournissaient deux mille hommes à l'armée gauloise pour le combattre.
Une fois le Rubicon franchi, César n'eut guère le temps de s'occuper de Lutèce.
Les travaux d'édification, de reconstruction, se firent peu à peu et pendant les quatre siècles que Lutèce-Paris demeura sous la domination romaine, l'histoire n'enregistre aucun fait important.
Toutefois, son accroissement fut incessant et bientôt, les Parisiens trop enserrés dans leur lie, se répandirent sur les deux rives qui allaient se couvrir d'édifices et substituer la vie et le mouvement à la solitude des forêts et des marécages.
Les empereurs romains l'aimaient cette petite cité qui ne demandait qu'à grandir. Julien l'Apostat y passa les deux hivers de 358 et de 339.
« J'étais en quartier d'hiver dans ma chère Lutèce, écrit-il, c'est ainsi que les Gaulois appellent la petite cité des Parisii. Elle occupe une île au milieu d'une rivière, des ponts de bois la joignent aux deux bords. Rarement la rivière croit ou diminue; telle elle est en été, telle elle demeure en hiver; on en boit volontiers l'eau
très pure et très riante à la vue. Comme les Parisii habitent une île, il leur serait difficile de se procurer d'autre eau. La température de l'hiver est peu rigoureuse à cause, disent les gens du pays, de la chaleur de l'Océan qui n'étant éloigné que de 900 stades, envoie un air tiède jusqu'à Lutèce. L'eau de mer est en effet moins froide que l'eau douce. Par cette raison ou par une autre que j'ignore, les choses sont ainsi : L'hiver est donc fort doux aux habitants de cette terre ; le sol porte de bonnes vignes; les Parisii ont môme l'art d'élever des figuiers en les enveloppant de paille de blé comme d'un vêtement et en employant les autres moyens dont on se sert pour mettre les arbres à l'abri de l'intempérie des saisons. »
Une statue de l'empereur Julien, proclamé en 360 au palais des Thermes, fut trouvée à Paris en 1850; cette belle statue en marbre grec, de grandeur naturelle , est d'une parfaite conservation. L'empereur est debout, la tète ceinte de ia couronne et sa main droite soutenant sur sa poitrine les plis du manteau. La main gauche porte un rouleau, la barbe est longue et les cheveux plaqués sur le front débordent sous la couronne et tombent au dessous du bandeau, les pieds sont chaussés de sandales.
M; le comte delà Riboisière s'en rendit acquéreur et la plaça dans son hôtel de la rue de Bondy, mais après Texécution des travaux de dégagement du palais des Thermes, il voulut bien l'ofFrir au ministre d'Etat pour ce musée, le 19 février i 859.
A peu près à l'époque où on trouvait cette statue, on en découvrait une autre du même empereur à Parié remontant comme celle-ci à l'époque du Bas-Empire. Elle a beaucoup d'analogie avec la première et fut placée dans les collections du Louvre.
De notables changements se produisirent dans la petite cité pendant le temps qu'elle demeura sous la domination romaine.
Elle fut incorporée dans la province lyonnaise des Sénones et ses habitants furent gouvernés par un prœses (président).
Un juge romain, un défenseur et le préfet d'une petite flotte qui la gardait y résidaient.
Et ce qui montre d'une façon irréfutable, que les mœurs s'y étaient civilisées, c'est qu'une prison y avait été bâtie sur l\3mplacement du Quai aux Fleurs; c'était la prison Glaucin.
Nous avons dit que la cité communiquait aux rives de la Seine par deux ponts.
Le premier bâti, brûlé par les Gaulois, puis rebâti par les Romains fut le Petit Pont, il était alors en bois ; reconstruit en pierre en 1185 par les soins et aux frais de Maurice de Sully, évoque de Paris, il fut neuf fois ruiné par les inondations de la Seine avant d'être détruit en 1718 par un incendie qui dévora toutes les maisons qui étaient dessus.
Il fut rebâti peu de temps après, mais sans maisons comme par le passé.
C'est aujourd'hui le pont qui se trouve entre le quai Saint-Michel et le quai Montebello, et met la rue Saint-Jacques en communication avec la rue de la Cité; on le nomme encore Petit Pont.
Dans l'origine il se trouvait placé entre l'endroit où il existe de nos jours et le pont Saint- Michel.
Le second qu'on nommait le Grand Pont continuait la roule tracée par le premier entre la Cité et la rive droite. La plupart des historiens, Dulaure en tête ont cru qu'il occupait la place où se trouve actuellement le Pont-au-Change ; des documents nouveaux misen lumière par M. Edouard Fournierdans son Histoire du Pont- Neuf ^ établissent que ce pont était à peu près où fut construit depuis le Pont-Notre-Dame. Des fouilles récentes ont permis de retrouver les restes des substruclions du pont gallo-romain.
Ce qui a pu occasionner l'erreur des historiens du temps passé, c'est qu'ils n'ont pas pris garde que lorsque Charles le Chauve fortifia Paris pour le défendre contre les Normands, il rebâtit le Grand Pont, mais le changea de place et que ce fut seulement à partir de cette époque que ce pont devint celui qui devait plus tard s'appeler le Pont-au-Changé.
On a pensé longtemps aussi que la cathédrale métropolitaine de Paris, Notre-Dame, avait été bâtie sur l'emplacement de l'église basilique de Dame-Marie mentionnée dans les testaments d'Erminethrude de l'an 700, mais ce n'était qu'une conjecture.
Une découverte est venue jeter la lumière sur cette importante question.
Le 23 octobre 1847, en exécutant des travaux de terrassement pour la construction d'un égout sur .la place du Parvis, la pioche du travailleur rencontra de nombreuses pierres de taille et des blocs de marbre de la construction d'une église dédiée à Notre-Dame et qu'avait fait construire Prudentius.
C'était une basilique sans transept, dont le toit était soutenu par des colonnes de marbre et le pavé décoré de mosaïques.
Devant la rue d'Arcole, on trouva un massif de construction romaine épais de deux mètres cinquante sur une longueur de huit à dix mètres.
Quatre médailles antiques furent aussi trouvées.
On continua les fouilles, et le 27 novembre, on mit à découvert de nouvelles pierres et des ncdailles antérieures à Julien.
On peut donc en inférer qu'une église chrétienne fut élevée au commencement du )v® siècle sur le bord de la Seine, à la pointe orientale de File, qu'elle était sous le vocable de Notre-Dame Sain te - Marie et que sa construction fut antérieure à la cathédrale de Saint-Etienne martyr qu'on consi-
dérait comme la plus ancienne des églises chrétiennes.
Au reste, les deux églises qui existaient à la fin du vi* siècle, étaient si voisines, qu'elles se touchaient presque.
D'ailleurs, le christianisme commençait à faire desérieuxprogrès dans les Gaules. L'évêque saint Denis et après lui saints Martin, Victorinus et enfin Prudentius etMarcellùs, connu sous le nom de saint Marcel, ou saint Marceau, prêchèrent la religion du Christ ; mais il est certain qu'un petit nombre seulement de Parisiens s'étaient convertis à la foi nouvelle, et que le culte païen était encore en honneur.
De nombreuses controverses s'élevèrent à propos, non seulement de la prédication des premiers évoques, envoyés dans les Gaules, mais même de leur idenHté.
Ce fut Grégoire de Tours, qui, le premier, signala l'existence de saint Denis qui serait venu prêcher à Lutèce en 245, avec le frère Rustique et le diacre Eleuthère.
a Le bienheureux Dionysius, évéque des Parisiens, écrit-il, plein de zèle pour le nomdu Christ, souffrit diverses peines et un glaive cruel l'arracha de cette vie ».
D'autres historiens placent la mission de Saint- Denis avant l'an 100.
Enfin, l'abbé Hilduin leconfond volontairement avec saint Denis l'Aréopagite,
Les bornes et le cadre assignés à notre ouvrage ne nous permettent pas d'entrer dans cette polémique qui demanderait beaucoup trop de développement, et dont le r«t3ultat ne modifierait en rien cette vérité qu'au commencement du v* siècle le paganisme était encore très-répandu dans les campagnes, bien que dans Paris la majorité des habitants fût convertie au christianisme.
« Il est évident, dit Dulaure que c'est plutôt à saint Martin qu'à saint Denis, .|u'appartient la gloire d'avoir converti les Gaulois au christianisme » .
Selon Grégoire de Tours, le premier évêque de Paris fut mis à mort par l'ordre du préfet Percennius. Son corps fut transporté à l'abbaye qui prit plus tard le nom du saint, à deux lieues de Paris. Denis, Rustique et Eleuthère auraient eu la tête tranchée (i'^n 272) sur une montagne si* tuée près de Paris, qui prit le nom de mont des Martyrs (Montmartre).
Le préfet avait ordonné de jeter les corps dans la Seine, dit son premier biographe, mais une dame romaine nommée Catulla, qui, cependant n'était pas encore convertie au christianisme, les fit chercher pendant la nuit et inhumer dans un lieu nommé Catolocus. On sema du blé sur la place et lorsque la persécution fut apaisée, les trois corps furent déposés dans un tombeau.
Maintenant voici la légende :
Après avoir été décapité, le saint de l#va sur
mSTOIIlE NATIONALE DE PABIS ET DES PARISIENS
ses pieds, prit dans ses mains sa tète qu'on avait abattue, chemina de cette manière l'espace d'une lieue, tandis que les anges chantaient autour de lui : Gloria tibi domine et qne d'autres répondaient trois fois Alléluia Enfln, il arriva en cette posture à l'endroit Où est aujourd'hui son église.
N'inîistons point sur ce fait miraculeux que nous devions relater quand m^me.
Il serait, on le comprend, très facile de réfuter, et même de passer sous silence, tout ce que les temps éloignés nous ont laissé de traditions fabuleuses ou tout au moins empreintes de ce cAté merveilleux, surnaturel, qu'on retrouvedans presque toutes les chroniques anciennes, mais les faits miraculeux tiennent tant de place dans les récils du passé, que si on les écartait de parti pris, la moitié de l'histoire de Paris serait tn-
Les coloDB poriiisuB pouvniciit a
e rHinille, ud pi^culo.
compréhensible; iU ont servi si souvent de prétextes à des fondations religieuses, hospitalières, et ils ont été tant de fois la cause d'événements' importants 1 D'ailleurs, l'historien doit mentionner tout ce qui est de nature à porter la lumière dans les ténèbres de ces siècles d'ignorance et d'obscurité.
La persécution dont les nouveaux convertis étaient victimes et aussi la haine qne les Parisiens portaient à leur» oppresseurs, déterminèrent en 286 iin mouvement en faveur de la liberté.
Deux chrétiens, Salvianus Amandus et Lucîus Pomponius jËlianns se mirent k la t6te des patriotes qui avaient rêvé de secouer le joug romain
et de s'affranchir du paiement du lourd tribut qu'ils payaient A l'empire, car les malheureux Parisiens avaient terriblement à souffrir des exigences de leurs vainqueurs ; la plupart des individus de la classe inférieure, forcés par la crainte ou la misère, se donnaientaux hommes riches qui s'arrogeaient sur eux tous les droits du maître sur l'esclave ; cependant, ceux-là étaient encore mieux traités qne la masse de la population, réduite absolument au servage.
Les colons pouvùent avoir une maison, une famille, un pécule.
Les esclaves domestiques appartenaient à leurs maîtres.
rOBTUMES DE PARIS A TRAVERS LES SIÈCLES