‹ Paris à travers les sièclesChapitre 3 sur 32 · BATBUER PARISIEN DES PREMIERS AGES · texte numérisé non relu

BATBUER PARISIEN DES PREMIERS AGES

, 'fol".- aTio***

L'esclave attaché & la glèbe fut un immeuble, laissé par héritage ou acquis par la vente du fond déterre.

Statue de l'empereur Julien, proclamé en 360 an palaii de» Thermei. — Fui trouvée en 18S0.

Leur nombre diminuait, le christianisme ayant beaucoup contribué à augmenter celui des affranchis, mais combien encore étaient traités avec

dureté et considérés comme des animaux destinés & accomplir un travail journalier et incessant I

Aussi, nombre d'habitants de la ville fuyaientils vers la campagne, où Us pouvaient vivre avec plus de liberté, et cela, malgré la rigueur des lois qni punissaient « tous ceux qui abandonnaient le séjour de la ville et, lui préférant la vie champêtre, se retiraient en lieux écartés et solitaires ».

Riches et pauvres étalent en outre obligés de verser au Rsc le plus net de ce qu'ils possédaient ou acquéraient.

Ce fut alors que Amandus et jSlianus tentèrent de délivrer le pays de ses oppresseurs.

Ils se mirent à la tète des esclaves et des colons de Paris et de Meaux ; promenés sur un bouclier et proclamés Empereurs à peu près à l'endroit où se trouve aujourd'hui l'HAtel de Ville, ils se Joignirent aux bagaudes (insurgés) qui existaioni dans les environs et se retirèrent avec leur petite armée à l'extrémité de la presqu'île formée au confluent de la Seine et de la Marne qui garda longtemps le nom de fossé des Bagaudes (aujoui^ d'hui Saint-Haur-les-Fossés) et y établirent un camp.

Mais les troupes romaines commandées par Maximien Hercule, associé de Dioctétien à l'empire, s'avancèrent en force considérable.

Maximien combattit en personne, à cheval, couvert de la pourpe impériale, la tête ceinte du bandeau, et portant au bras gauche un armiile d'or.

Les bagaudes firent d'héroïques efforts pour résister, mais l'assaut fut donné à leur camp par les cohortes prétoriennes.

Et ils tombèrent écrasés et vaincus.

L'heure de l'écrtulement de la domination étrangère n'était pasencore sonnée, mais ce n'était qu'une question de temps.

Après que l'empereur Gratien fut égorgé en 383 par les ordres de Maxime, les Parisiens entrèrent dans la confédération armoricaine.

C'en était fait de la puissance romaine sur les bords de la Seine.

Les arènes de Paris. — Le palais des Thermes. — Les cimatares. — Les aqueducs et le bassin. — Costumes des Parisiens. — Leurs coutumes."— Les Huns. — La vierge de Nanterre. — Cbildàric. — Clovis. — Paris capitale.

ARis n'était plus resserré dans les bornes étroites de la Cité.

Sur les deux rives s'élevaient des constructions de toute nature.

Commençons par la rive gauche :

Au printemps de 1870, on découvrit, en creusant le sol dans la rue Monge, les restes d'un amphithéâtre gallo-romain , dont l'ancienneté remontait au deuxième siècle de l'ère chrétienne. Les arènes de la rue Monge se trouvaient au milieu d'un terrain de 5000 mètres, mais elles n'en occupaient réellement que la moitié, et le cirque mesurait 127 mètres de diamètre.

Une large porte conduisait dans l'enceinte; à gauche de cette porte on voyait encore les vestiges d'une chambre carrée destinée aux gladiateurs ; elle était fermée du côté de l'arène par une port« à double ventail dont on apercevait les

traces de scellement; au fond de cette chambre était une niche, où l'on plaçait sans doute la statue d'une divinité.

L'arène intérieure ou cavea était entourée d*un mur d'environ trois mètres de hauteur, au-dessus duquel commençaient les degrés; ce mur était destiné à empêcher les bètes fauves de se jeter au milieu des assistants. Selon toute probabilité , une cloison en charpente formait encore un couloir circulaire entre le public et les animaux féroces; une différence de niveau du sol et quelques assises indiquaient l'existence de cette précinction.

Plusieurs pierres de grande dimension portaient des inscriptions qu'on supposait avoir indiqué les noms des personnages ayant droit à des places réservées.

Des monnaies des règnes do Gordien III, de

Numérien.de Tétrieus, fila de Constantin, avaient été aussi trouvées dans la terre.

Le monde, savant s'émut beaucoup de cette découverte.

La société de numismatique de Paris s'empressa de se rendre à la rue Monge pour contrôler les précieuses antiquités.

rin

I (lu palais des Thermes.

Devant ses membres délégués, on cxliuma un bas-relief représentant deux personnages.

Puis les sociétés d'archéologie et des antiquaires rédigèrent un rapport qui fut adressé à l'empereur pour le supplier de s'inléreEscr à la conservation d'un monument si ancien.

Une pétition signée d'un grand nombre de per-

sonnes fut adressée à laCbambre des députés pour réclamer la conservation de cette ruine historique.

Il C'est, disaient les pétitionnaires, l'antique théâtre des fêtes populaires des Gaulois, c'est l'arène où périrent pour la liberté de conscience les ancêtres de la nalionfrançaise, le champ où dorment les martyr» de Lutèce.

Il Dans l'ordre du temps c'est le premier monument de Paris, mieux, caractérisé que le palais des Thermes; c'est tout ce que Paris possède en fait d'architecture gauloise contemporaine des premiers Césars.

K Quand la ville de Paris tout entière devient un musée, quand nous sommes justemecft fiers de l'admiratioa qu'elle inspire, quand nous écrivons son histoire et quand le monde attend la reproduction de ses monuments, ne souffrez pas qu'on déshonore ce Uvre splendide et qu'on en déchire la première page. »

La Chambre garda un silence prudent; alors on s'adresBa à Napoléon 111, qui, avant de prendre une décision, voulut à son tour examiner le fameux amphithé&tre. M. K. deBeaumont, secrétaire de l'Académie des sciences, M. Ponton d'Amécourt secrétaire de la société de numismatique, H. Real, chef de division des travaux historiques, et plusieurs autres personnages l'accompagnèrent sur le terrain où s'opéraient les fouilles. li manifesta le désir de voir conserver ces débris du passé ; mais cette conservation nécessitait une dépense pour la ville de Paris d'environ 300,000 francs, et son conseil municipal ne fut pasd'avis qu'il y avait lieu de faire cette dépense.

On ne donna donc pas suite aux travaux entrepris, au grand déplaisir des sociétés savantes, et ce fut la compagnie générale des omnibus qui acheta le terrain pour y b&tir un dép6t de voitures.

Quoiqu'il en soit, il est donc incontestable qu'il y avait dès le second siècle, à Lutèce, un amphithéâtre destiné au spectacle des grande jeux, tels que des gladiateurs, des chasses, des combats de bétes féroces, jeux dont les Romains étaient grands amateurs, et dont ils essayèrent de propager le goût cher, les Parisiens.

En 1284, il existait un emplacement appelé le clos des Arènes.

Dulaure le mentionne dans son Jlùloire de Pat-ii maîâ il ajoute :

« Cette dénominutli^n a fait croire qu'il avait existé là un amphithéâtre ; mais aucun reste de ce prétendu éûiQce n'a survécu pour témoigner son antique existence. Nous voyons encore et nous admirons les débris imposants et les amphi* thé&trcs des autres villes gauloises : Paris n'offre rien de semblable, on doit en conclure que le U'?u de spectacle, s'il a réellement existé, était peu solidement construit et se composait de p^ lissadcs et de terrasses, m

HISTOIRE NATIONALE DE PARIS ET DES PARISIENS

La découverte faite en 1870 fixe l'opinion sur ce point.

Le Recueil ctantiquités de M. de Gayius cite un édifice dont on a trouvé des fragments en marbre en 1735 et qui aurait jadis été élevé, à l'endroit qu'on appelle aujourd'hui quai de la Tournelle, et qui, selon lui, eût été une sorte d'autel bâti par les trafiquants de Paris, mais ce ne sont que de simples conjectures et rien n'est venu appuyer l'assertion de l'écrivain.

Il en est de même d'une statue de Julien l'Apostat qui aurait été trouvée à Paris et qui figure au musée des Antiques, mais on n'a aucune donnée précise sur le lieu et l'époque où fut découverte cette statue.

Venons, sans nous arrêter davantage à de simples indices, au plus magnifique et au plus curieux spécimen de l'art monumental qui nous soit resté de l'époque de la domination romaine, au palais des Thermes, à cette ruine imposante qui semblant défier les siècles,se dresse victorieuse du temps, au milieu d'un jardin que Tédiliié parisienne entretient, comme un des plus précieux joyaux de l'écrin des antiquités de l'ancien Paris.

Lorsqu'il fut construit, deux grandes voies mettaient en communication les habitants de la Cité avec les jardins et les vignes qui couvraient la campagne jusqu'au sommet du mont Lucotitins, appelé plus tard, montagne Sainte-Geneviève.

Or, ce fut sur le versant de ce mont que le gouverneur général des Gaules, Constance Chlore, c'est-à-dire le Pâle fit bâtir tout à fait à la fin du 111° siècle, peut-être bien seulement au commencement du IV*, une résidence somptueuse, qu'on appela les Thermes (bains) en raison de la ressemblance que sa construction ofirait avec celle du magnifique palais des Thermes, bâti à Rome par Dioclétien et aussi, à cause de l'étendue de ses salles de bains, alimentés par les eaux d'Arcueil et de Rungis qu'un aqueduc venait y déverser, aqueduc dont on voit encore deux arches, dépendantes aujourd'hui de l'aqueduc moderne d'Arcueil qui fut reconstruit en 1616, pour amener les mêmes eaux dans le jardin du Luxembourg.

Le nom de Thermes de Julien a été donné au palais de Constance Chlore.

Nous avons déjà dit que Julien l'Apostat l'habita, — c'est l'explication du fait.

Ajoutons que l'histoire du monument est tout à fait liée à celle de l'empereur.

Il en parle souvent en écrivant : il aime cette demeure fastueuse, il raconte que pendant un hiver rigoureux, il s'opposa à ce qu'on allumât, selon l'usage, des fourneaux dans sa chambre à coucher, pour la chauffer, mais le froid devenant plus vif, il consentit à ce qu'on apportât des charbons ardents, dont la vapeur l'incommoda fort.

Cette chambre était contiguë à celle de sa femme, Hélène, sœur de l'empereur Constance.

Il s'y enfermait volontiers pour écrire, car Julien était un empereur lettré et travaillait avec son médecin, Oribase, qui, lui-même est auteor de plusieurs écrits, entre autres d'un abrégé des ouvrages de Julien.

Et quand, ce qui arrivait parfois, il craigoait quelque danger, il se réfugiait dans les souterrains qui existaient sous le palais, notamment lorsque peu désireux d'être proclamé Auguste, 3 entendit les troupes qui avaient décidé de U conférer cette dignité, s'approcher tumuItuenH^ ment du palais.

Obligé de consentir, sous peine de la l'accepter, il quitta le souterrain et reçut chefs militaires dans la grande salle du co toire.

Ce fut à partir de ce moment qu'on assigna palais des Thermes le nom de Julien.

Depuis, et malgré les grands événements, révolutions et les bouleversements de tous qui agitèrent Paris, quelques parties du des Thermes sont restées debout et le temj respecté ces vénérables murs, mais que de vit tudes dans son histoire I

Après la destruction de l'empire, l'édifice, core intact, fut habité par les rois francs, Gbj^ déric y résidait, ainsi que nous l'apprend Fi^ tunat ; et le poète Jean de Rauteville, qui écrivm en 1180, fait un superbe éloge du palais. «Ce palais des rois, dit-il, dont les cimes s'élèvent jusqu'aux cieux et dont les fondements atteignent l'empire des morts. »

Cependant, lorsque les Capétiens eurent fait construire dans la cité, à la pointe de l'Ile, le vaste bâtiment connu sous le nom de palais, Tancienne habitation de Julien, le palais des Thermes de Paris, devint le vieux palais^ et les terrains qui en dépendaient et qui, s'étendant vers la Seine, embrassaient tout le littoral, jusqu'à Saint-Germain-des-Prés, furent morcelés et divisés successivement par la nouvelle enceinte élevée sous le règne de Philippe-Auguste.

Ces terrains furent couverts de constructions qui passèrent, ainsi que le palais lui-même, dans les mains de divers possesseurs parmi lesquels on trouve, d'après les titres des xin* et xiv* siècles, les sires Jehan de Courtenay, seigneur de GhampignoUes, Simon de Poissy, Raoul de Meulan, l'archevêque de Reims et l'évêque de Bayeux, jusqu'au jour de l'acquisition faite vers 1340 par Pierre de Châlus au nom de l'ordre de Cluny, de la totalité de ce domaine, tel qu'il existait alors.

« Pendant les cent cinquante ans, dit M. da Sommerard, qui s'écoulèrent depuis cette acquisition jusqu'à la construction de l'hôtel de Cluny, par Jehan de Bourbon et Jacques d'Amboise, on ignore quelle fut la destination des bâtiments. Toujours est-il qu'à la fin du xv* siècle il ne rcs-

Tonrolle de l'IiAtel de Clut

Bit pIuB de cet immense édifice, complètement itact trois siècles auparavant, que les salles u'on voit aujourd'hui et qui ont conservé le om de palais des Thermes.

« A cette époque, l'hAIel de Cluny vint s'élever ur une partie des fondations romaines, et les klles antiques encore debout furent conservées amme dépendances par les abbés de Cluny qui emeurërent propriétaires de tout le domaine nsqu'à la fin du siècle dernier. »

Oo fut en efTet l'abbé Jean, bâtard du duc de ourbon, qui jeta les premiers fondements de hûtel de Gluoy, mais il mourut le i décembre 185. laissant son œuvre incomplète.

Elle fut terminée par Jacques d'Amboise.

Dès les premiers jouis de 1S15, peu de temps près l'achèvement des travaux de restauration e l'hôtel de Cluny, la veuve du roi Louis XII, larïe d'Angleterre, alla passer l'année de son

deuil àcet h6te), dont elle fit sa résidence sur l'invitation du roi François I".

n Le dict sieur Roy donne ordre, dit Jean Barillon, secrétaire du cardinal Duprat, que la royne Marie, veuve du roi Louis dernier, décédé, fust honorablement entretenue : laquelle royne se vint loger en l'hostel de Cluny et ledict sieur la visitoit souvent et faisoit toutes gracieusetés qu'il est possible de faire. »

La chambre habitée par cette princesse a conservé jusqu'à nos jours le nom de chambre de la reine Blanche (les reines de France portaient te deuil en blanc, ce qui explique pourquoi plusieurs logis habités par les reines sont désignés sous le nom de logis de la reine, blanche; ce qui a été cause de l'erreur commise par certains historiens qui ont cru qu'il s'agissait de la mère de saint Louis).

Peu d'années après, l'hôtel de Cluny fut le

de^cendaut quelques marches on trouve une construction massive en briques plates, calcinées, ce sont les fondations de Yhypocamtum placé il^ordînaire au centre de la salle de bains, c'était le fourneau qui servait au chauffage de Teau, au "moyen de récipients placés au-dessus et dont l*eau qu'ils contenaient allait se distribuer dans les baignoires.

Derrière cet hypocaustre est le conduit romain qui servait de canal.

Les restaurations en pierre de taille que Ton remarque sur le mur de cette salle faisant face au boulevard, ont été exécutées comme travaux de soutènement et de consolidation en 1820 sur la demande du duc d'Angoulème.

Ce fut à la même époque que fut détruit le Jardin qui couronnait Tédifice.

« La façade principale de Thôtel de Gluny, lisons-nous dans la Notice historique due à M. E. Dusommerard, directeur du musée, se compose d'un vaste corps de bâtiment flanqué de deux ai! es qui s'avancent jusqu'^ la rue des Mathurins. Sa porte d'entrée, ornée autrefois d'un couronnement gothique richement sculpté, conserve encore un large bandeau décoré d'ornements et de figures en relief. Au-dessus du mur régnait une série de créneaux, ainsi qu'on peut en juger par ceux qui ont pu être conservés. Ces créneaux ont été rétablis, et la porte d'entrée a repris en partie son premier aspect.

« Les bâtiments de la façade principale sont surmontés d'une galerie à jour derrière laquelle s*élèvent de hautes lucarnes richement décorées de sculptures et qui présentaient dans leurs tympans les écussons de la famille d'Amboise, écussons dont il reste encore des traces bien apparentes.

« Vers le milieu du bâtiment principal s'élève une tourelle à pans coupés que couronne une galerie analogue à celle qui décore les autres parties de l'édifice ; sur les murs de cette tourelle on trouve sculptés en relief les attributs de saint Jacques, les coquilles et les bourdons des pèlerins, allusion au nom du fondateur Jacques d'Amboise.

Laile droite est percée de quatre arcades ogivales qui donnent accès dans une salle communiquant directement avec les Thermes; cette salle, dont les murs sont de construction romaine, était une dépendance du palais; sa couverture antique n'a été renversée qu'en 1737 et a été remplacée dans ces dernières années.

a Les bâtiments du rez-de-chaussée de l'aile gauche renfermaient les cuisines et les offices de l'hôtel. Auprès de cette partie de l'édifice, on aperçoit, tracée sur le mur, la circonférence de la fameuse cloche appelée Georges d'Amboise, destinée à la cathédrale de Rouen et coulée en fonte dans la cour de l'hôtel de Cluny.

a Du côté du jardin, la façade est d'une archi-

tecture plus sévère, les galeries à jour n'existent pas, les lucarnes sont richement travaillées et présentent, ainsi que l'extérieur de la chapelle, une grande variété d'ornementation. La salle basse construite au-dessous de la chapelle pour servir de communication directe avec le palais des Thermes, est une des parties les plus curieuses de l'hôtel de Gluny. Un pilier soutient la voûte aux arcades ogivales, il est surmonté d'un chapiteau sur lequel on remarque le K couronné du roi Charles VIII, date précise delà construction, puis les armes et les écussons des d'Amboise, attributs des fondateurs.

« De cette salle basse on arrive à la chapelle par un escalier travaillé à jour et qui a été récemment découvert. L'architecture de cette chapelle est fort riche; les voûtes aux nervures élancées retombent en faisceaux sur un pilier central isolé et qui prend son appui sur celui de la salle basse. Les murs sont décorés de niches en relief travaillées àjour et d'une grande finesse d'exécution. Ces niches, au nombre de douze renfermaient les statues de la famille d'Amboise, qui ont été jetées bas à la fin du xviii» siècle, puis brisées et employées comme matériaux de construction.

« Les vitraux qui garnissent les fenêtres ont été détruits et remplacées par d'autres : un seul existait encore et a été remis en place, c'est le portement de croix ; il avait été recueilli par le chevalier Alex. Lenoir.

« Sur les murs sont gravées plusieurs inscriptions dont l'une, datée de 1644, rappelle la visite d'un nonce du pape.

« La cage de l'escalier, travaillée à jour, a élé dégagée en 1832, ainsi que les peintures du xvi* siècle que l'on voit de chaque côté de l'autel, et les sujets sculptés en pierre dans la voûte de l'hémicycle. Ces sujets représentent le Père Eternel entouré d'anges et le Christ en croix. Toutes les figures, les bas reliefs et même les choux sculptés et dorés, placés de chaque côté, étaient couverts d'une épaisse couche do plâtre à laquelle on doit leur conservation.

« Cette chapelle était devenue sous le régime révolutionnaire une salle de séances pour la section du quartier, puis elle avait été convertie en amphithéâtre de dissection, puis enfin en atelier d'imprimerie. »

Non loin du palais des Thermes se trouvait un des deux cimetières des Parisiens. Il occupait le plateau de la montagne Sainte-Geneviève et une partie de son revers oriental et il s'étendait au midi jusqu'à Montsouris.

Au mois de mai 1878, le propriétaire d'un terrain de la rue Nicole, M. Léon Landau, fit exécuter des fouilles dans sa propriété et découvrit cent soixante-dix fosses dépendant de ce cimetière.

Les dernières fouilles eurent lieu devant un

HISTOIRE NATIONALE DE PARIS ET DES PARISIENS

grand nombre de savants, de professeurs des lycées de Paris et de Versailles et de curieux accourus de tous les coins de Paris.

Parmi les objets qui se trouvaient enterrés là on remarqua une grande jatte à lait d'environ soixante, centimètres de diamètre, des plats revêtus d'inscriptions, des poteries d'une légèreté incomparable, des médaUles de Fausline mère et fille et quatre squelettes d'une dimension vériblcmenl coloàsalc et parfiiilcnicnt eonscrvci.

Sept cents objets différents furent aussi mis i jour, vases en poterie, bagues, bracelets et colliers endents de sangliers, etc.; c'est un véritablt musée qui se trouvait enfoui là. Hais ce qui fiu surtout l'attention des personnes présentes ce fui un sarcophage renfermant les restes d'un petit enfant qui fut extrait du coin de terre où il reposait depuis plusdeifiOOans; le sol fut déblavê tout autour du petit cercueil et on s'aperçut en s'en approchant, que dans l'opération du scelle-

u palais dFB Thermes (it* siècle).

inent de la pierre, le fossoyeur gaulois ou romain avait laissé tomber une certaine quantité de mortier sur la tële du cadavre. Ce mortier en séchant avait pris l'empreinte exacte de la figure de l'enfant, de sorte qu'il suffit d'une simpleopération de moulage et de galvanoplastie pour obtenir lebuste fidèle du petit mort.

A côté de la tête était une ampoule en verre blanc d'un travail fort délicat et alTectant la formes des burettes encore aujourd'hui en usage dans les campagnes. L'opinion émise par les illustrations scientifiques qui assistaient à la

découverte est que cette ampoule représentait exactement le biberon des anciens I

Le long de la rue des Ecoles, à deux pas do Collège de France, huit ou dix vieilles masures perchées sur une sorte de falaise, étaient les derniers restes de l'ancienne rue Juda ou du clos Bnineau; elles surplombaient de quatre à cinq mètres le sol de la voie nouvelle.

Des fouilles faites en 1878 pour des constructions privées ont mis à nu les fondations d'uo grand édifice gallo-romain, probablement l'unt de ces maisons de plai^iance que les Parisiens d*

Il ,.

PAIllS A TRAVERS LES SIÈCLES

dislinctioa habitaient au temps de Julien, qui furent pillées et br&léea par les barbares, et dont \:i Mérovingiens firent des carrières de pierre à bàUr.

Le palais des Thermes, les arènes de la rue Monge, un théâtre dont on a découvert les subatructions rue Racine, et les villœ encore enfouies sous le pavé des rues Soufûol et Gay-Lussac, formaient le^périmètre de ce quartier romain de

Lutëce, sorte de Monte Pincio, fort apprécié au moyen ftge, puisqu'on le nommait .« Gbamp- Gaillard ».

£în 1843 on découvrit les fragments d'une voie romùne sous les rues du Petit-Pont et Saini- Jacques, et douze chapiteaux furent donnés par la ville de Paris au musée des Thermes.

Il exista aussi jadis, un cimetière hébraïque entre la rue Pierre Sarrazin et celle de la Harpe

RoiDM du palw des Tbennes.

qui dans plusieurs documents du xui* siècle est désignée sous le nom de jiiiverie ; en 1849 on fit des fouilles sur cet emplacement et on découvrit les débris de huit pierres tumulaires du xiii' siècle qui furent données au musée de Gtuny par M. Hachette propriétaire du terrain.

Les Gaulois brûlaient leurs moris, mais les Parisiens avaient renoncé à cet usage lorsque le christianisme s'était établi chez eux et on commença à la fin du iv" siècle à se servir de cercueils de bois garnis de ferrures; ceuxdes riches étaient en pierre. Déjà en 1656, on avait misa Jour en

creusant dans un jardin formé sur l'emplacement de l'ancien cimetière Saint -Marcel, soixantequatre cercueils en pierre dont un seul avait son couvercle, sur lequel était gravée cette inscription « Vitatù à Barbara son épouse très-aimable, Âgée de vingt-trois ans cinq mois et vingt-huit jours ».

Voyons maintenant les changements opérés su. la rive droite du fleuve, couverte de forêts et de marécages au moment de la conquête par Labiénus.

Une grande voie parlant de la cité et Iruver*

HISTOIRE NATIONALE DE PARIS ET DES PARISIENS

sant le Grand Pont, montait vers le nord et se bifurquant presque dès son origine, coupait vers l'ouest.

lies rues Saint-Martin, Saint-Denis et sur la gauche, du faubourg Montmartre étaient presque tracées.

Des habitations assez nombreuses bordaient ces voies à peu de distance du fleuve, mais aucun monument digne d'être cité n'a laissé trace de son existence; on est d'autant plus certain que la ville s'était cependant notamment accrue de ce côté, que deux cimetières y ont été découverts ; l'un occupant l'espace compris entre la rue de la Verrerie, la place de l'Hôtel de Ville et l'église Saint-Gervais, l'autre au commencement de la rue Vivienne.

On découvrit aussi en 1791 les restes d'un aqudiuc souterrain qui, partant des hauteurs de Ghaillotà la source des eaux minérales, venait apporter les eaux dans un bassin placé dans le jardin du Palais Royal.

Qu'était ce bassin? les thermes de quelque riche personnage de Lutèce? on ne sait.

Un second bassin antique occupant tout l'espace compris entre la moitié de la galerie Montpensier et le passage Radzi vil, fut aussi découvert.

Les antiquaires se sont grandement émus à propos de ces antiquités, on écrivit des mémoires, on conjectura beaucoup, mais ce fut tout.

Nous ne pensons pas devoir nous appesantir sur ces questions qui ont une importance capitale aux yeux des savants, mais qui n'ont qu'un intérêt secondaire pour ceux qui sont peu versés dans la science archéologique.

Quelques mots sur les Parisiens avant Glovis.

Depuis qu'ils étaient en relations constantes avec les Romains, ils avaient quelque peu modifié leur costume primitif qui se composait d'une sorte de manteau percé d'un trou pour le passage du bras droit; le corps était tatoué et le chef orné de plumes.

Pendant l'occupation romaine, ils portèrent des braies c'est-à-dire des pantalons, des souliers de cuir à semelle épaisse et une tunique ou saie.

De longs cheveux leur tombaientsur la nuque, ils les teignaient en rouge avec une pâte dans laquelle entrait de la cendre de hêtre et de la graisse de chèvre.

Mais déjà la mode, fille de la civilisation, impose ses lois.

Tantôt les Parisiens portent une sorte de pardessus en laine à longs poils, appelé lacerne, on en voit qui ressemblent à un ample sarrau à capuchon ; quelquefois les mains sortent par des fentes pratiquées sur les côtés. Us portent aussi la pénule fendue par devant, depuis le bord inférieur jusqu'au milieu du corps, les bras se trouvaient complètement emprisonnés et ne pouvaient agir qu'en relevant les pans sur les épaules. Parfois, la lacerne descend jusqu'au bas des

jambes, ou bien elle s'arrête aux genoux ; il y en a qui sont bordées de fourrure.

G'est le vêtement commun aux deux sexes et aux personnes libres de toute condition.

La pénule échancrée sur le côté et qu'on appe^ lait une birre, fut abandonnée aux esclaves.

Deux sortes de tuniques furent en usage et se portaient l'une sur l'autre, celle de dessus s'appelait subucula ; elle était serrée à la taille par une ceinture, lorsqu'elle n'avait pas de manches, elle se nommait colobe, elle avait la forme d'un sac ouvert par les deux bouts. La seconde tunique à manches larges, qu'on mettait par-dessus l'autre, s'appelait dalmatique ayant été empruntée aux Dalmates par les Romains.

Ces tuniques étaient de laine ou de fil, selon la saison.

Nombre de vieux Parisiens avaient conservé l'usage des longues braies, d'autres allaient jambes nues; pour les couvrir, ils adoptèrent des tibiales on jambières qui s'attachaient en haut et en bas par des cordons.

Les sandales, les souliers, les brodequinsdeviennent la chaussure habituelle; le peuple portait les galliquesqui se sont conservées jusqu'à nos jours sous le nom de galoches.

Les hommes se coiffaient d*un bonnet de feutre ou de peau de mouton.

Le costume des femmes varia beaucoup ; les riches Parisiennes adoptèrent les luxueuses toilettes des Romaines et se couvrirent de bijoux, celles du peuple, affranchies ou esclaves, s'habillaient delà pénule, et d'une courte tunique, sur laquelle elles plaçaient un tablier.

LesParisiennes étaient réputées pour leur talent de se coiffer et leur extrême propreté, — propreté qu'on retrouvait dans l'intérieur des habitations; néanmoins la maison d'un artisan était loin d'offrir l'image du confortable, il couchait nu sur un grabat, et son mobilier se composait de^quBt^es bancs de bois, d'une table, de quelques ustensiles de cuisine indispensables, mais sa nourriture était grossière et bien qu'on cultivât de belles vignes non loin de sa demeure, il étanchait sa soif avec de l'eau et se trouvait heureux lorsqu'il y pouvait substituer un pot de bière ou d'hydromel.

Quant aux gens de la classe moyenne, celle qu'on appellera plus tard la bourgeoisie, ils s'étaient bien vite accoutumés à l'usage de toutes les nouveautés d'art et d'industrie introduits par les Romains et se servaient de tous les accessoires de table, de toilette, qui étaient le confortable de l'époque.

De tous côtés, au reste, on commençait à parler des Parisiens, ce nom avait frappé l'oreille des Huns barbares qui ravageaient la Gaule et qui s'apprêtaient à fondre sur la ville dont ils avaient entendu vanter les agréments.

Bientôt Paris apprit avec terreur, que sous la conduite d'Attila, les barbares approchaient.

L'effroi fut général; on racontait que ces Huns abhorrés avaient été engendrés dans les déserts de la Scythie par des sorcières accouplées avec les esprits infernaux.

Quelques-uns les avaient vus dans les Gaules, avec leur crâne pointu, leur teint livide, leurs petits yeux enfoncés dans la tète, leur nez écrasé, leurs larges épaules, vivant de viande crue et de lait aigre et buvant le sang de leurs chevaux quand les vivres leur manquaient, et la frayeur qulls inspiraient était une véritable épouvante.

Déjà, les Parisiens du haut des remparts nouvellement construits pour défendre la cité, croient voir au loin la poussière soulevée par Tinnombrable cavalerie du puissant chef Hunnique, les piques aiguës des bandes qu'il traîne à sa suite, ils ne songent plus à s'armer et à s'unir pour repousser le terrible envahisseur, — ils ne pensent qu'à fuir, en emportant ce qu'ils ont déplus précieux.

En 375, Paris avait été une première fois assiégé par Maximus, général romain proclamé empereur par les légions de la Grande-Bretagne, et qui avait dessein de venir s'emparer de Grotien qui résidait temporairement à Paris. Gelui-ci rassembla ses troupes à la hâte et marcha à la rencontre de l'usurpateur, mais il fut trahi par ses soldats, et dut se réfugier à Lyon où il fut massacré.

Paris avait ouvert ses portes à Maximus.

Or, cette fois encore, on craignait l'entrée d'un vainqueur, que l'on surnommait le fléau de Dieu, et qui, sans nul doute, allait tout mettre à feu et à sang.

La panique était générale,

Ce fut alors qu'une femme, une modeste bergère, tenta d'empêcher cette émigration en masse.

Geneviève, née à Nanterre, près Paris, en 422, fille de Sévère et de Gérontia sa femme, gardait les troupeaux, et si l'on en croit les chroniqueurs, elle avait eu occasion de converser avec saint Germain d'Auxerre et lui avait promis de se consacrer à Dieu ; elle jouissait d'une réputation de sainteté qui se traduisit* par de nombreux miracles.

Mais si on écarte tout le côté miraculeux dont la tradition s'est plu à l'entourer, il en reste une poétique figure qui est demeurée pleine de charme, en raison de la simplicité touchante avec laquelle l'humble paysanne s'est montrée dévouée pour sa pairie, et son souvenir a traversé les âges pour arriver jusqu'à nous comme l'expression la plus pure de la bienfaisance féminine.

Voyant tout Paris consterné à la nouvelle de la marche d'Attila, elle eut honte de la terreur que montraient ses concitoyens et essaya de calmer les esprits en assurant que les Parisiens n'avaient rien à craindre et qu'ils devaient continuer à demeurer chez eux.

Quelques-uns suivirent ce conseil et le répandirent, mais d'autres l'accusèrent de vouloir les

abuser par de vaines paroles/ alors que l'ennemi était prêt à fondre sur eux.

Des menaces de mort s'élevèrent et il fut question de la lapider.

Ceux qui étaient les plus animés contre elle prétendirent qu'ils agissaient de la sorte parce qu'ils étaient d'avis de se défendre contre les Huns et firent mine de courir aux armes.

Geneviève qui , en ce moment, s'occupait d'arrêter les fuyards et les suppliait de regagner , leur logis, monta alors sur une éminence, et d'une voix qui dominait le tumulte, elle s'écria :

— Gens de. Paris, mes amis, mes frères, on vous trompe, vos prétendus défenseurs qui courent aux armes ne vous effraient que pour mieux vous rançonner ; Attila s'avance, il est vrai, mais il n'attaquera pas votre ville, c'est au nom de Dieu que je vous en donne l'assurance.

A ces mots, de nouvelles et bruyantes clameurs s'élevèrent, la foule s'agita sous des impressions diverses la plupart ne doutèrent plus qu'elle fût douée du don de prophétie, tous se rassurèrent et rentrèrent chez eux.

L'événement donna raison à Geneviève.

Attila changea son itinéraire et vint fondre sur Orléans qu'il se disposait à piller lorsqu'il fut vaincu par Aétius et Théodoric.

Paris était sauvé.

On attribua son salut aux prières de la bergère.

A partir de ce moment elle devint l'idole des Parisiens qui la vénérèrent comme une sainte.

Là ne devaient pas s'arrêter les effets de sa protection.

Après qu'Attila eut été vaincu, les Yisigoths firent des progrès dans les Gaules ainsi que les Bourguignons. Les Francs, sous la conduite de Mérovée, s'avancèrent jusqu'à la Seine, et sous Ghildéric, son successeur, ils passèrent la Loiro,

Qu'étaient les Francs ?

Une fédération d'hommes du Nord qui se re^ crutait un peu partout, soit en Germanie, soit sur la rive boréale de la mer du Nord ; ils s'appelaient eux-mêmes les hardis, les indomptables, et formaient la plus civilisée des peuplades barbares; l'historien Martial nous a laissé le portrait de ces belliqueux conquérants: « Taille haute, peau très blanche, yeux bleus étincelants, voix . terrible ; leur visage est rasé à l'exception de la lèvre supérieure où croissent deux petites moustaches, les cheveux coupés par derrière, longs par devant, sont blonds ; leur habit est si court qu'il ne couvre point le genou, si serré, qu'il laisse voir toute la forme du corps. »

« Ils portent un baudrier garni de clous et de plaques argentées ou damasquinées, dit l'auteur des Mémoires du peuple français^ ils nouen t un couteau de fera leur large ceinture en cuir où pendent une épée lourde, extrêmement coupante, une franciske, hache à deux tranchants, dont le fer

HISTOIRE NATIONALE DE PARIS ET DES PARISIENS

est épais et acéré, dont le manche est très court; un Aang, pique de moyenne longueur, dont la forte pointe est armée de plusieurs barbes en crochets tranchants et recourbés comme des hameçons, des lames de fer en recouvrent le bois, de façon qu*il ne puisse être brisé ni entamé à coups d^épée. »

Le Franc ne quittait jamais ses armes, fût-ce pour se rendre à une fête ou à un festin : sobre, il se nourrissait de chair de porc et d^urus et buvait de rhydromel.

Sa femme, la future Parisienne, portait une robe longue et noire ou une robe bordée de pour* pre, elle marchait les bras nus et le sein découvert.

Elle couronnait volontiers son front de genêt fleuri et ne dédaignait pas d'assister son mari dans les combats.

Tous deux se battaient avec une mâle intrépidité et leur courage suppléait souvent au nombre, car les compagnons de Glovis n'étaient guère que 5 à 6,000, quand ils vinrent attaquer les Parisiens.

Aussi les Gallo-Romains avaient peur de ces vaillants, et selon Zozime et Orose, une prophétie répandue dans la Gaule annonçait le triomphe des Francs dont Libanius dit: « Ges peuples ont reçu de nous des gouverneurs à titre d'inspecteurs de leurs affaires. »

Les Francs avaient commencé par troubler les Gallo -Romains depuis Tan 242 ; sous le règne de Tacite ils possédaient déjà soixante-dix villes en Gaule.

Mais Paris était celle qu'ils désiraient surtout.

Elle était si belle sous ce chaud baiser du soleil couchant, avec le cours sinueux de son paisible fleuve qui se déroule comme une large ceinture d'argent autour des petites lies qui scintillent avec leur parure d'émeraude, comme les purs joyaux de la couronne de la future reine du monde civilisé.

Glodion Gritinus, c'est-à-dire le Ghevelu, Mérovée, le guerrier, la convoitaient. Sous le premier de ces rois Francs elle avait été forcée de se racheter du pillage.

Mérovée, le guerrier, essaya aussi de s'en emparer et Ghildéric, dont le nom signifiait fort au combat, se décida à l'attaquer.

En 476 il fondit à l'improviste sur Paris et. tous ses efibrts tendirent à couper les communications par la Seine en arrêtant les barques. Bientôt la ville manqua de vivres et la famine commençait à s'y faire cruellement sentir. Bien décidés à résister aux agresseurs, les Parisiens en étaient réduits à se nourrir de racines et de poisson, mais le pain manquait absolument et chaque jour on les voyait plus tristes et plus découragés.

Ge spectacle navra le cœur de Geneviève qui entreprit de ravitailler Paris.

Elle s'embarqua sur une petite flottille, composée de bateaux de pêcheurs et trompant la surveillance de l'ennemi, elle parvint à sortir comme par miracle de la ville assiégée.

Son voyage dura neuf jours et les chroniqueurs nous ont complaisamment décrit les nombreux miracles qui le signalèrent ; toujours est-il que les assiégés, de plus en plus en proie à la famine, se lamentaient et se désespéraient en ne la voyant pas revenir, lorsqu'une vedette placée au haut d'une tour signala au loin quelque chose qui semblait flotter sur la Seine.

Les Parisiens accoururent en foule et bientôt au milieu des acclamations et des cris de joie, Geneviève fit son entrée àParîs avec onze bateaux chargés de vivres de toute espèce dont elle surveilla elle-même le partage.

Gela n'empêcha pas Ghildéric de se rendre maître de Paris, où il demeura peu.

Mais les Parisiens par reconnaissance adoptèrent la bergère de Nanterre pour patronne de Paris sous le nom de sainte Geneviève.

Quant à Ghildéric, tout païen qu'il était, dit un vieil historien, il avait une considération toute particulière pour Geneviève et ne savait rien lui refuser. Un jour qu'il avait résolu d'employer la dernière sévérité contre des criminels condamnés à mort, il sortit de la ville et en fit fermer les portes pour se mettre à couvert des sollicitations de la sainte. Elle ne laissa pas de trouver moyen de se présenter devant lui et ses prières obtinrent la vie des criminels.

Ge fut sous le règne de ce roi que Geneviève forma le dessein de bâtir une église sur le tombeau de saint Denis ; mais n'ayant pas à sa disposition les fonds nécessaires elle engagea par ses prières et ses exhortations le clergé et le peuple de Paris à en faire les frais, puis elle chargea un prêtre du nom de Genès de la construire.

Ge fut l'abbaye de Saint-Denis.

Glovis, fils et successeur de Ghildéric, n'eut pas moins de vénération que son père pour la vierge de Nanterre, et plusieurs fois, lui aussi, il lui accorda la grâce de malheureux qui étaient condamnés à mourir.

Ge prince jeta pour ainsi dire les fondements de la grandeur future de Paris.

Lorsque après la bataille de Tolbiac il se convertit au christianisme, il résolut de faire de cette ville le principal siège de son empire.

Lutèce avait commencé par être bourgade sous les Gaulois.

Elle était devenue cité sous les Romains.

Elle allait être capitale d'un royaume sous les Francs.

e commerce poriaiea. — Chîldebert. — Fondations d'églises. — Clataire. — Mœurs et coutimieB. — Gbilpiric. — Crimes. — L'inondatiou. — L'incendie. — La disette. — La guerre. — Les eiilèTements. — Saint ^oi. ->■ Dogobert. La foire Saint-Laurent. — L'adultère. — La peste. — Saint Marcel. — Nanvelles églises.

'ëtablissekëkt des Francs à Paris modifia sensiblement les coutumes et les usag;es des Gallo-Romains.

Le principal commerce des Pari- ■ siens était le trafic par eau, et les naulea formaient toujours le corps le plus important de la population ; chaque jour Os se réunissaient sur la place du commerce, située entre l'église cathédrale et le palais, et bientôt cette place devint le centre d'une sorte de Bourse des marchandises qui se tenait tout à côté de l'endroit o(i se trouvait un marché qui fut désigné bous le nom de marché Palud, à cause de l'humidité qui y régnait sans cesse.

Malheureusement, la sûreté des communications était loin d'être assurée et des pirates de Seine inquiétaient souvent les hateliers, victimes d'agressions continuelles.

La place du Commerce devint par la suite le

Marché-Neuf auquel on arrivait par la rue de l'Orberie qui dégénéra en celui de l'Herherie ; on croit que ce nom fut donné à la me parce que les Parisiens allaient acheter leurs herbes au marché ; c'est une erreur, herberie n'est que la corruption du mot Orberie qui signifie place. C'était donc la rue de la place, c'est-à-dire : rue conduisant à la place.

Glovis ne laissa guère d'autre trace monumentale de son règne que la basilique des apôtres saint Pierre et saint Paul qu'il fit élever de concert avec la reine Clotilde, sa femme, (mariage démenti par quelques-uns) afin d'accomplir un vœu qu'il avait fait lors de la guerre contre les Wisigoths.

Cette basilique (ancien nom donné aux églises) devint l'abbaye de Sainte-Geneviève.

La tradition rapporte que Glovis, se trouvant sur l'emplacement qu'il avait choisi au sommet de

HISTOIRE NATIONALE DE PARIS ET DES PARISIENS

la colline sur le versant de laquelle s'élevait le palais des Thermes^ mesura le terrain qu'il avait dessein de consacrer au bâtiment, en lançant devant lui sa francisque de toute la force de son bras.

Glovis mourut avant Tachevement de Tédifice, mais sa veuve le termina et y fit inhumer son époux et sainte Geneviève. Le vestibule de cette église était alors accompagné de trois portiques ornés de peintures qui représentaient les patriarches, les prophètes et les martyrs.

Nous en reparlerons lorsque la basilique des apôtres quitta son nom primitif pour prendre celui de Sainte-Geneviève.

Glovis mort, on sait que ses quatre fils se partagèrent le royaume et que Ghildebert fut roi de Paris qui ne cessa d*ètre considéré comme la capitale de la France et le lieu des assemblées générales pour la discussion des affaires communes à tout le royaume.

La reine Glotilde vécut à Tours, et ne fit que de courtes apparitions à Paris. La mort de son fils Glodomir, roi d'Orléans, Ty retint cependant quelque temps à Teffet de prendre soin des trois petits enfants qu'il avait laissés. Ghildebert et son frère Glotaire s'entendirent pour exclure leurs neveux de la succession au trône de Glodomir et Glotaire en tua deux de sa main, Théobald et Gontier, le troisième, Glodoalde, se sauva.

Les officiers des jeunes princes furent massacrés et le palais se trouva ce jour-là rempli de carnage et de sang.

Ghildebert après ce meurtre se retira dans un faubourg de Paris, ce qui démontre qu'à cette époque déjà, les rois avaient une résidence hors la ville.

La reine Glotilde fit inhumer les petits princes assassinés et tout le clergé et le peuple en deuil chantèreilt des psaumes jusqu'à la basilique des apôtres où ils furent enterrés.

En 545, Glotilde, morte, y fut inhumée à son tour.

En 551 , vingt-sept évèques invités par Ghildebert tinrent un deuxième concile à Paris à l'effet d'y juger l'évèque Safaraque convaincu d'avoir déshonoré le siège épiscopal de Paris par un crime. Il fut déposé et remplacé par Eusèbe.

A ce concile assistait saint Lubin, évèque de Ghartres ; or, pendant la nuit, le feu prit aux maisons bâties sur le Gran<i*Pont; les flammes poussées par le vent, gagnèrent bientôt la ville. Au bruit que firent les habitants alarmés, Ghildebert s'éveilla et envoya aussitôt prier l'évèque Lubin qui était logé à Saint-Laurent, de secourir promptement la ville m&MJCée d'un incendie général.

Lubin accourut, se mit en prière, et bientôt selon la légende, l'^nbrasement cessa, comme par miracle.

Nous rapportons ce fait afin de signaler l'existence de la primitive église de Saint-Laurent qui

parait avoir existé non loin de celle qui est de nos jours place de la Fidélité ; elle occupait alors l'emplacement actuel de la maison de Saint-I^zare ; un cimetière était situé à droite de la route de Saint-Denis.

Au commencement du xviii*^ siècle un sieur Nicolas Gobillon faisant exécuter dos réparations derrière l'église construite en 1180, 1429 et 1595, trouva des cercueils dans lesquels étaient des corps dont les vêtements noirs étaient semblables à ceux des moines. Ges corps tombèrent en poussière dès qu'on les exposa ^n grand air. On pensa que ces tombeaux pouvaient avoir 900 ans H*antiquité.

Grégoire de Tours parle de l'église Saint-Laurent et saint Domnolé en était abbé en 543.

En 555, Eusèbe, évèque de Paris, mourut et ce fut Germain, fils d'Ëieuthère et d'Eusébie, qui lui succéda (il est désigné sous le nom de saint Germain d'Âutun).

Ghildebert avait une grande considération pour cetévèqueet ce futd'après ses conseils qu'il rebâtit l'église de Notre-Dame-Sainte-Maric. Fortunat, dans la description qu'il en a laissée, cite la magnificence de ce temple, qu'il ne craint pas de comparer à celle du temple de Salomon a pour la délicatesse de l'art et la richesse des ornements. » On y employa des colonnes de marbre pour soutenir l'édifice et ce fut la première église qui fut pourvue de vitres, dont l'usage était encore presque inconnu dans les Gaules.

En 557, un troisième concile se tint à Paria pour empêcher l'usurpation des biens ecclésias: tiques et maintenir la liberté des élections épiscopales.

G'est à Ghildebert qu'on doit la construction de l'église Saint-Germain-des-Prés, originairement nommée basilique de saint Vincent et de sainte Groix.

11 en conçut le projet, à la suite du siège de Saragosse qu'il fit en 542 ; les habitants de cette ville ci*oyaient conjurer le danger qu'ils couraient en se recommandant à saint Vincent ; le clergé, suivi d'une multitude d'hommes, de femmesi d'enfants et de vieillards, revêtus d'habits de deuil, porta en procession sur les remparts la tunique du saint.

Ghildebert frappé de ce spectacle, consentit à lever le siège, à la condition qu'on lui donnerait la précieuse relique.

On se hâta de négocier à cet efi'et et Ghildebert revintàParis, charmé de posséder labienheureuse tunique, toutefois le sentiment religieux auquel il avait obéi ne Tempècha pas d'enlever de Téglise de Tolède une croix d'or enrichie de pierres précieuses, trente calices, quinze patènes et vingt cassettes destinées à contenir les évangiles, qu'il se promit de distribuer aux églises de France*

Ge fut en souvenir de la belle croix d'or dont il a'était empare, qu'il voulut que le plan de son

église eût la forme d'une croix. Il fît naturellement présent à la basilique de la croix et des principaux objets qu'il avait pris.

Les arceaux de chaque fenêtre furent supportés par des colonnes de marbre ; des peintures réhaussées d'or, brillèrent au plafond et sur les murs. Les toits formés de lames de bronze doré, firent donner à cette église le nom de palais doré de Germain, nom de l'évêque de Paris qui en fit la dédicace le 23 décembre 558, jour où mourut Childebert qui y fut enterré.

De nombreuses donations furent accordées par son fondateur à la riche basilique ; Childebert lui donna le fief d'Issy et tout ce qui en dépendait, le cours de la Seine, Tune et Tautre de ses rives, des bois, des prés, des terres, une vigne, des moulins et des droits à percevoir sur les pécheurs, les serfs inquilins, les affranchis et les ministériaux; dans toute Tétendue comprise depuis le pont de la ville de Paris, jusqu'à l'endroit où la petite rivière de Sèvres se joint à la Seine.

A la prière du roi, l'évêque y établit une communauté de moines et accorda le privilège de l'exemption qui consistait principalement à laisser aux religieux la liberté d'élire leur abbé, à ôter à l'évêque et à toute autre personne la disposition des biens temporels du monastère, à laisser jouir en paix la communauté de ses revenus sous l'autorité royale, enfîn à défendre à tous prélats d'entrer dans ce lieu pour lexercice d'aucune fonction de leur ministère, à moins qu'ils ne fussent invités par les abbés, soit pour célébrer les mystères divins, soit pour donner l'ordination aux clercs et aux moines.

La veuve de Childebert, Ultrogothe et ses deux filles Cbrotheberge et Chrothesinde furent aussi enterrées dans la basilique, et malgré le pillage de l'église par les Normands, des pierres tombales remontant à Tépoque de ces inhumations, furent retrouvées et conservées à l'abbaye de Saint-Denis, notamment la pierre du tombeau de Childebert en pierre de liais et une table de marbre sur laquelle était gravé, selon l'usage, l'éloge de ce souverain : « Il triompha des Allobroges, des Daces, des Avernes, du roi des Bretons, des Goths et de TEspagne. Il fonda le palais de Saint- Vincent, enrichit les temples de Dieu, distribua de l'argent aux pauvres et accumulait ainsi dans le ciel des trésors éternels »

Il est permis d'observer que la façon dont il acquit ces trésors par le pillage et le vol, ne dut cependant guère lui être comptée comme action noéritoire.

Mais à cette époque de barbarie, où le droit du plus fort était à peu près le seul qu'on respectât, on n'y regardait pas de si près.

On trouva aussi, lors des réparations qui furent exécutées dans cette église de 4653 à 4656, le tombeau de Chilpéric I*' assassiné en 584 par tordre de Prédégonde sa femme; celui de cette

épouse sanguinaire dont les crimes épouvantèrent ses contemporains, et enfin le tombeau de Ghildéric II.

On sait que c'était la coutume alors d'enterrer les rois dans les églises, plus tard les gentilshommes et les nobles les plus minces jouirent du même privilège.

Sous le règne de Childebert, selon l'historien Jaillot, il y avait à Paris un saint solitaire nommé Séverin qui s'était retiré dans un ermitage près la porte méridionale; la vénération que ses vertus avaient inspirée aux Parisiens les engagea à bâtir sous son nom un oratoire au lieu même qu'il avait habité et qui fut appelé Saint- Séverin. Dévasté par les Normands Saint-Séverin fut rebâti vers la fin du xi^ siècle et reçut le titre d'archipresby teral. Une reconstruction plus complète eut lieu au xiii' siècle.

On attribue aussi à Childebert rétablissement de plusieurs maladreries, et quelques auteurs pensent que ce fut ce prince qui fit bâtir l'église Saint-Étienne-des-Grès dans la rue de ce nom, mais c'est à tort ; lorsque Baluze a prétendu que c'était dans eette église que s'était tenu le concile de 829, il a confondu avec la petite église Saint- Étienne qui faisait, pour ainsi dire, corps avec Notre-Dame- Sainte Marie, c'est-à-dire la cathédrale ; les historiens modernes en attribuant la fondation de Saint-Étienne-des-Grès à Childebert n'ont pas remarqué que ce prince en reconstruisant Notre Dame-Sainte-Marie, avait démoli l'église Saint- Etienne qui se trouva comprise dans la reconstruction totale. Ce fut ce qui causa leur erreur.

Au reste, fonder des églises dans le dessein de fléchir la colère céleste et se faire pardonner leurs fautes et souvent leurs crimes, telle était la grande préoccupation des rois de la première race.

Childebert mourut à Paris le 23 décembre 558, à la suite d'une maladie qui l'avait retenu longtemps au lit.

Ses funérailles se firent le lendemain avec grande pompe, dans la basilique de Saint-Yincent et Sainte-Croix.

Malgré les terribles compétitions des princes et les crimes dont ils se souillaient si facilement, on ne peut méconnaître que les trente années du règne de Clovis furent profitables dans une certaine mesure aux Parisiens.

Clovis vivant à Paris, dans le palais de la cité, avait jeté les fondements d'une sorte de cour en groupant autour de lui des guerriers, des prélats, des savants et jusqu'à un guitariste qui chantait et s'accompagnait de son instrument.

Sous son règne le luxe se développa rapidement, les orfèvres de Paris travaillaient avec activité pour fabriquer des ornements d'or et d'argent pour les églises, des anneaux, des bagues, des croix, des bracelets pour la toilette des riches personnages. L'orAvrerle et la bijouterie

HISTOIRE NATIONALE DE PAJIIS ET DES PARISIENS

formaient en quelque sorte l'art national de la France.

Mais, si Tor et l'argent étaient ainsi convertis en objets d'art, en revanche les espèces monétaires étaient rares.

A cette époque(sousClovis), un bœuf valait deux sous d'or, une vache un sou, un cheval six sous.

Or le sou d'or représentant quarante deniers d'argent, avait une valeur intrinsèque de 9 francs 28 centimes.

Il y avait des demi-sous et des tiers de sous d'or.

Le sou d'argent, égal à douze deniers, valait S francs 76 centimes.

Venaient ensuite le demi-sou d'argent et le Iriens.

Enfin le simple denier d'argent valait 23 cen< limes.

Paris était encore, au point de vue du confortable, dans un état absolument rudimentaire, les rues n'étaient pas pavées et en fait de voitures il y avait un tombereau traîné par quatre Iweufs pour le roi.

Les autres personnes se contentaient de monter à cheval.

Les dames se promenaient dans des litières à dos de mulets.

Childebert et son trère Clotaire B'eDtendireiit pour oBsomoier leurs n

ix, fils de Clodomir.

Quand on voyageait, on suspendait à la selle de son cheval un sac rempli de provisions de bouche et une outre pleine de vin.

Le luxe était i-éservé aux vêtements et à la Uble.

On citait à Paris le jardin de la reine, femme de Childebert, dans lequel on admirait des ga-, zons émaillés de fleurs, des roses, des vignes et des arbres fruitiers plantés par le roi lui-même.

Le péché capital du Parisien était la gourmandise.

Tout était prétexte à bonne chère.

Services divins, offrandes, mariages, fêtes de, saints, anniversaires, tout se célébrait par des gbildes ou banquets, et en 554 Childebert dut

rendre cette ordonnance pour défendre le culte desidoles et les bombances qui produisaient, outre des indigestions suivies de trépas, des querellas et des rixes où le sang coulait :

« Nous ordonnons à ceux qui auront dans leur champ ou dansun autre lieu des simulacres ou idoles dédiés au démon, de les renverser aussitôt qu'il en seront avertis. Nous leur défendons de s'opposer à ce que les évéques les détruisent et si, après s'être engagés par caution à les détruire, ils les conservent encore, nous voulons qu'ils soient traduits en notre présence. Nous défendons aussi les désordres qui se commettent pendant la nuit à la veille des fêtes, même de celles de Pâques et de Noël, veillées où

JS iS

• mm

ja

eu

Pi

oT

kl

co

co

co

O eo

co

lâ

Page 1