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DES RACES HUMAINES

OOUEB DS K.

Il se passe en ce moment sous nos yeux un grand fait, qui, à demi voilé encore dans les ténèbres de son origine, échappe à notre attention; ce fait est celui du mouvement des races les unes vers les autres. Jusqu'ici les divers groupes du genre humain vivaient isolés : les gouvernemens et les institutions contribuaient à fomenter entre les peuples des divisions infinies. La nature, de son côté, avait pourvu à la conservation des caractères qui distinguent les races en les séparant par des mers, des montagnes , des fleuves, des distances, autant de limites qui suffisaient à les contenir. Cet isolement a été nécessaire. Il importait que les différentes fractions du genre humain ne confondissent pas les traits et les nuances qui les constituent^ avant que le développement se fût conformé chez chacune d'elles au type idéal qui lui est propre. Cette condition a été remplie. Aujourd'hui une tendance contraire se manifeste : les races se recher-

chent ; ni les institutions politiques dans lesquelles l'ignorance s'efforçait de les parquer, ni les obstacles matériels, ne les divisent plus. Le genre humain est à cette heure comme un serpent qui cherche à réunir ses tronçons dispersés çà et là par les bouleversemens du globe et par les révolutions de l'histoire. Ce besoin d'universalité trouve dans l'invention de la vapeur un point d'appui merveilleux. Un ancien cherchait un levier pour remuer le monde; ce levier puissant, un moderne l'a découvert, et il ne s'en doutait pas. Le nouveau moteur est un instrument de civilisation : appliqué aux rapports des races entre elles, il devient le symbole matériel de leur unité dans l'avenir. Un système de voies de communications se compose aujourd'hui de trois élémens ; les chemins de fer, les canaux ou les fleuves, les grandes lignes de navigation maritime. Nous allons étudier, avant tout, l'influence que la vapeur exerce déjà sur ces trois organes du mouvement; l'intensité de la cause nous fera mieux apprécier la nature des résultats.

L'état actuel des chemins de fer est à la veille de recevoir des développemens considérables. Voici à peine quinze années que les monarchies européennes s'occupent sérieusement d'employer les forces de la vapeur à la traction des voitures. Où en sont-elles de leurs travaux? La plupart n'ont encore construit que des sections de lignes ; mais, en se réunissant, ces seclions doivent constituer avant peu un véritable réseau de fer continental. La formation matérielle de ce réseau présente une analogie curieuse avec les déve-

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loppemens du système nerveux qui préside, chez l'homme et chez les autres êtres organisés, au mouvement. Si nous jetons un coup-d*œil général à la surface de r£urope^ nous apercevons çà et là des cornmencemens de chemins destinés à s'étendre. Cette disposition fragmentaire s'efface de jour en jour sous le progrès des travaux. Nous voyons alors des faisceaux de rails, disséminés par petits plexus isolés, s'ajouter les uns aux autres pour donner naissance à des rameaux qui vont se réunir à un tronc. Il est déjà possible de saisir un lien entre les chemins de fer qui existent en construction chez les différens peuples. Si l'on rattache par la pensée toutes les sections de lignes éparses sur le territoire de l'Angleterre, de la France, de la Belgique, del'Àllemagneet du royaume lombardvénitien, on voit en quelque sorte apparaître l'unité de notre système de relations internationales. Nous allons essayerd'en figurer le dessin sur la carte géographique.

Que l'esprit trace d'abord une première ligne verticale dont le trajet joigne la mer du Nord à la Méditerranée. Celte grande ligne de fer commence à Edimbourg; elle rencontre sur son chemin Newcastle, Londres, Douvres (ici une lacune de sept lieues de mer), elle reprend terre à Boulogne, arrive sur Paris, de Paris sur Lyon, de Lyon sur Avignon, d'Avignon sur Marseille, où elle s'arrête. Il s'en feut sans doute de beaucoup que cette voie gigantesque soit aujourd'hui parcourue dans son ensemble; mais elle le sera : plusieurs de ses parties sont construites; nous pouvons déjà fixer l'époque où les autres seront ache-

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vées (i). Le chemin de Newcastle à Douvres, qui s'élend sur une longueur d'environ cent quarante lieues, est en activité ; celui d'Edimbourg à Newcastle sera terminé d'ici à deux ans, celui de Boulogne à Paris dans trois, celui de Paris à Lyon et celui de Lyon à Avignon dans cinq, celui d'Avignon à Marseille avant deux ans. On peut donc dire en principe que cette ligne existe. Moyen de communication de l'Angleterre avec la France, et par elle avec cette Méditerranée qui est le chemin de l'Afrique, elle réunit des intérêts jetés sur une échelle immense. — Tirons à présent une seconde ligne parallèle dont la direction, également tournée du nord au sud, reliera la mer d'Allemagne à l'Adriatique. La tête de ce chemin de fer est à Hambourg ; de Hambourg à Berlin, de Berlin à Dresde, de Dresde à Brunn, de Brunn à Gratz (par Vienne), et de Gratz à Trieste, il décrit un parcours d'environ trois cent quarante lieues. La continuité n'existe pas sur toute l'étendue de la voie ; de Hambourg à Berlin , nous estimons soixante - dix lieues en construction ; de Berlin à Dresde, c'est fait; de Dresde à Brunn, il y a une lacune de soixantequinze lieues qui se remplit à cette heure ; de Brunn à Gratz, le service est en activité; de Gratz à Trieste, nous comptons à-peu-près cinquante lieues à ouvrir. L'exécution complète de cette ligne rencontre des

(i)Cecl fut écrit en i845. M. Achille Lecomte, notre premier messagiste de France, voulut bien me diriger daus le labyrinthe des voies de communia calion à construire. S'il s'est glissé alors dans ce travail quelques légères erreurs de temps, elles ne prouvent absolument rien contre rachèvement ti'ès prochain de nos lignes de fer.

obstacles dans la surface accidentée du. territoire qu'elle traverse, mais elle est forcée. Touchant par Hambourg au Danemark, et parTrieste à l'Orient, elle répandra la vie sur les populations du Nord, et amènera peut-être cette unité germanique rêvée par Charlemagne et par Napoléon.

Il nous reste à croiserla direction decesdeux lignes, qui vont du nord au sud, par trois autres lignes allant de l'est à l'ouest. — La supérieure est destinée à joindre la Manche avec la Baltique. Elle s'avance du Havre à Paris, de Paris k Valenciennes, de Valenciennes à Cologne, de Cologne à Hanovre, de Hanovre à Stettin. Elle ne présente (en i845) que deux solutions de continuité, l'une de Paris à Valenciennes, et l'autre de Cologne à Hanovre. Ces deux lacunes provisoires seront comblées d'ici à deux ans. La ligne complète sillonnera au moins cent quatre-vingts lieues. Moyen de transit de la France, de la Belgique, de la Prusse, et, par celte dernière, de la Pologne et de la Russie, elle se place, sous le rapport intellectuel, stratégique et commercial, au premier rang de nos grandes voies de civilisation. — La ligne moyenne servira de trait d'union entre l'Océan et la mer Noire. Partie de Nantes, elle se dirige vers Tours, de Tours à Paris, de Paris à Strasbourg, de Strasbourg à Carlsruhe, deCarlsruhe à Ratisbonne(parStuttgard), deRatisbonneàYienne, de Vienne à Presbourg , de Presbourg à Pesth, de Pesth à la mer Noire. Cette ligne imposante ne se compose encore que de segmens : on peut dire qu'elle existe de Tours à Paris (soixante lieues), de Strasbourg à Carlsruhe (dix-huit lieues), de Vienne

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à Presbourg (quinze lieues), le reste est à faire : il se fera. Nous sommes déjà en mesure d'indiquer la date de rexécution. De Nantes à Tours, deux ans; de Paris a Strasbourg, buit; de Carlsruhe à Ratisbonne, huit; de Ratisbonne à Vienne, quatre; de Presbourg à Pesih, trois; de Pesth à Ja mer Noire, dans un temps inconnu ; mais le service se fait déjà par le moyen des bateaux à vapeur. Enlaçant dans ses sinuosités les principales villes du centre de la France, du grandducbé de Bade, de la Bavière et de PAutriche , ce chemin de fer servira de rendez-vous aux peuples de rOccident quand Je moment sera venu pour eux de remonter vers TOrient. — La ligne inférieure a pour diestination de marier TOcéan à la Méditerranée; elle court de la Teste à Bordeaux, de Bordeaux à Cette , de Cette à Marseille (ici la terre manque : ne tenons pas compte die cette lacune de deux cents licites de mer), de Marseille à Rome, de Rome à Naples. Cette grande ligne sera complète d'ici à cinq années, si des résistances morales ne viennent pas en interrompre î*exécutibn ; elle présente déjà une surface de deux cent soixante-treize lieues en activité. 11 est vrai que nous comptons dans ce dernier chiffre la distance franchie par les bateaux à vapeur, dont le sillage continue sur m^rle tracé du railway. Moyen d'action de la France sur ritalîe, cette ligne capitale servira peut-être, par ta àuité^ à régénérer notre influence au-delà des Alpes.

Si nous réunissons ces cinq grandes lignteô, tiotre réseau dfe fer international nous apparaîtra sous la forme d'un quadrilatère dans lequel se trouvera en-

cadrée toute la civilisation moderne. Celte figure géométrique ne contient pas encore, il s'en faut de beaucoup, tous les travaux en voie d'exécution. Nous avons aussi négligé les embranchemens ; or, tout le monde sait que les chemins de fer sont doués d'une puissance en quelque sorte végétative ; leur accroissement est une nécessité de leur existence. Ces mille ramifications nous détourneraient des vues d'ensemble que nous avons voulu établir. Il nous importait de ne tenir compte que des lignes à grande continuité, des lignes qu'on peut nommer à juste titre européennes. Nous ne doutons point d'ailleurs que la Russie, TEspagne, la Turquie d'Europe, ne viennent se rattacher avant peu à ces grands nerfs du mouvement continental. La Russie a tracé déjà son chemin de fer, qui unira Saint-Pétersbourg à Moscou. Le Nouveau- Monde, qui fait, depuis un demi-siècle, partie de l'ancien pour tout ce qui regarde la civilisation et le commerce, se trouve naturellement rallié au système de voies de communication que nous avons esquissé. Il est en effet possible de suivre par l'imagination , d'un continent à l'autre, le parcours majestueux de ces lignes de fer, entre lesquelles l'océan Atlantique se jette, et qu'il divise sans les briser. Ce n'est pas tout, nous voyons commencer sur les rivages de l'Afrique une nouvelle France. Il n'y a plus aujourd'hui de système de colonisation sérieux sans l'emploi de la vapeur, notre conquête ne prendra racine sur ce sol rebelle et ne le transformera que par la création d'un réseau de fer algérien, destiné à rattacher toute la colonie au centre. Déjà une ligne construite partie tra-

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vail des nègres relie ensemble les deux principales villes de la Jamaïque , Kingston et Spanish-Town. L'Océanie présente aux colonies anglaises , pour Texécution de semblables travaux, ses montagnes de fer. On accusera peut-être notre imagination de bâtir d'avance des rail-ways sur des parcours fabuleux ; mais, quand on songe à la figure nouvelle que le système de transport à vapeur a donnée en quelques années au territoire du Nouveau-Monde, surtout dans les États de Touest, on ne saurait plus assigner de limites à l'action d'un tel moteur sur la nature et sur les distances (i).

L'économiste ne doit point séparer les lignes de navigation des chemins de fer ; il convient, en effet, de balancer ces deux systèmes sur notre continent, comme la nature équilibre la circulation et le mouvement dans les êtres organisés. La constitution hydrographique de l'Europe, quoique belle, n'est encore qu'ébauchée. L'Allemagne se préoccupe de rattacher ses fleuves à un système de communications étendu. En Bavière, le roi Louis poursuit l'achèvement du grand canal qui doit joindre le Rhin au Mein, et par

(i) Devons-nous signaler une des influences hygiéniques de b traction à vtn peur dont on n'a pas encore (enn compte : plus la rapidité du transport seca grande et plus la puissance d*aérification s'exercera dans Ta venir, sur les poumons derbomme, pour les développer. Or, comme la respiration tient sous sadépendance les autres principaux rouages de la vie, il en résulte que Tusage fréquent des coovois à grande \itesse devra perfectionner les conditions matérielles de rcspèce humaine. On ne s*y prend pas autrement pour améliorer les races aninoales. Les courses de chevaux, les combats de taureaux, ne sont que desmoycni indiqués par l'expérience, pour obtenir des étalons de cl^ix. En agissant siff la respiration d'un être, on agit sur tout Tensemble de ses propriétés organiques.

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consé(}ueht au Danube. Cétait Id pensée de César et de Charlettiagne, ce fut celle dé Nâpbléon. La France n'aurait ttaaintenaiit (}u'à relier pair des cahaiit ]e Rhône et tous hte fleiives au Rhiti potii- s'buvrir le chëMin de la met Noire. LMthporlaiice de cëtle Voie navigable est tdiinue : tdUs léà càbihets ^iéilt datis l'équilibrii & irehii* de TEurdpé îlilë (|Uëstibh dont le nteud résider à Oohstantînôplë. Là FHifitë â dSJfi ton canal du Midi, qù*ellfe doit à l'ittinibltel Riqiièt ; M Hollande a celui du Hëlder ; ces deiix grahdes âftèrfe» de navigation aHificiëllè ont rendu d)êè isefvicISi que les chemins de fer ne doivent point faire dUbliefî qu'ils né remplâfceiit t)às toujt)Urs. Aiiliëtt ddfië d'entretenir entré eèSdeuxàgensde relations^ lés cbëoiihs de fer et les chemins d'èau^ une rivalité^ ùhé ébncurrence, uii iihtagohisme, hdus croyons que inienx vaut les éonsidérèr comme les liàtêllites A6 k Vie indnstrieile oU agricole pour les populations qti'flâ traversent. Les bateau* à vnp'eiir ont cdntribuéi aVàrit les chëmihis défera à défeloppisr réléteiëtatdeciféulâtîoh. Les chemins de fétj lès tahâiix et les ligttéft fliivialiE» né seraient {)otirtànt riéh éhbote sànli letl^ fcôtttbinaison avec les grandes lignes maritimes. Les wagons n'iront jamais si loin que les paquebots j lu tter dèménihèra tbùjdurs l'ageiit dëis bottiinitihicàtiblls à grande distance, c'est sur elle que la vapeur ezerocra une influence encore pli» éti&ndue. Alijililftf hui, presque toutes les voies navigables sont ouvertes. On ne conhait plus ces retards qu^mposait ht dînâbtlDn des vents; l' arrivée des paquebots pour lé service des lettres et des voyageurs est prévue maintenant conime

celle des voitures publiques. Toutes les parties du globe communiquent par fces mêmes flots qui ont servi si long-temps à les diviser; la nier ti'èst plus ime lacune entre les continens, c'est un H^fi. Quelques coups de canon dnt sttffi à t-énvèrser la barrière que ta Chine avait élevée depuis dès siècleâ autour dé ses deut cent cinquante milllotis d'hdbitaiiâ^ les ph^ fondeurs de l'Orient sont mises à décdUvek. Il n'y sk pas cinquante ans, no» livres de géôgrafîhlé n^ tldtinaissaient que quatre parties du monde^ tft IfiàiH dèé navigateurs a soulevé le voile sur CË gtdixp^ d'îlèë mystérieuses que la nature cachait dans dê^ ttlëi'â vierges. L'Océanie a aujourd'hui sa ptlace sur la bàrte et jusque dans nos discussions politiques; Les vbjâ^ ges de long cours ont pris dés développement inéuîs; et le nombre des voyageurs augmente sûr toUtëS leâ mers avec les progrès de la navigation.

Ce vaste ensei^ble de communications est-il destiné à exercer uttt influence sur les rapports de* WteS ? Il nous semble que la réponse à une telle <}ueértidn n'est pas douteuse. A mesure que l'homme (^iHlIlsé s'étèiid et se dilate à la ëurface du ^obe terrestre $ 11 en rat-^ tache entré eut les habitant. Ndus fbrons observer en outre que toutes les grandes découvertes oiit con^ couru au même résultat. L'invention de kl pdudrôà canon contribua dans lès âgete de barbarie à rendre la guerre plus fréquente ; or, k guérie met les peuples en contact. Là boussole^ en dirigeant les entrepirisesi des navigateurs^ a réuni des hommes et des mondes étonnés de se rencontrer sur la même planète. L'imprimeriez en créant d'État à État> souvent même de

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continent à continent, un système cV échange pour les richesses de la pensée, a établi également entre les nationsciviliséesdes relations qui n'existaientpas.La création de la vapeur complétera cette unité de rapports que la poudre à canon, la boussole et Timprimerie avaient ébauchée. Au point de vue moral, les lignes de fer sont autant de conducteurs magnétiques par lesquels la pensée d'une nation communiquera aux nations voisines ses ébranlemens. Au point de vue industriel et commercial^ ces mêmes lignes, allant d'un bout de l'Europe à l'autre, auront pour résultat de modifier profondément les systèmes actuels de douanes , en créant une sainte-alliance entre les peuples mar* chands. Comme moyen de publicité, ces routes philosophiques , sur lesquelles circulent les hommes et les idées, achèveront i'œuvre de Guttenbei^ en lui communiquant le secours dont l'imprimerie a besoin pour agir. Le livre ne peut rien par lui-même, le livre n'existe que pour ceux qui le lisent. Il faut qu'une force matérielle le fasse pénétrer dans ces populations sombres et lointaines qui opposent aux lumières l'obstacle de leurs montagnes, de leurs marais, de leurs bois, et de leurs landes impraticables; cette force est dans la circulation. Auxiliaires de l'imprimerie , les chemins de fer avanceront renseignement des masses. La propagande de la vapeur défiera toutes les censures : allez donc arrêter ces mille voix de la civilisation dans leur passage aérien à travers l'Allemagne ou la Russie ! Quand les États européens seront couverts de grandes lignes s'embranchant sur toutes les capitales, — autant de rayons par lesquels

s'opérera la diffusion des lumières, — la face intellectuelle de notre continent sera changée. La vapeur nous semble donc destinée à devenir le lien des distances, le lien des races.

Qtiand la guerre était presque le seul moyen dont la Providence se servît pour mettre les races en présence, Tunion d'un peuple à un autre peuple n'était jamais cimentée que par la force. Or, nous ne craignons pas de le dire, la force brutale est impuissante à fondre ensemble les divers élémens du genre humain. Long-temps après la conquête, les vainqueurs et les vaincus forment encore dans ta nation deux camps distincts : les inimitiés secrètes refoulées dans le cœur du peuple soumis , la honte et le ressentiment de sa défaite, demeurent un obstacle de longue durée à l'alliance avec les envahisseurs. Il se passe souvent plusieurs siècles avant que la trace de cette division soit effacée; quelquefois même elle persiste toujours si le peuple conquis nourrit secrètement l'espoir de ressaisir son indépendance. Cela est si vrai que, malgré les guerres qui ont ensanglanté l'Europe au moyen âge et à une époque plus récente, malgré ces déchiremens et ces partages qui ont renouvelé plusieurs fois la face politique de notre continent, il se trouve que les races ont perdu très peu de leurs caractères. Transportées souvent du nord au midi ou du midi au nord , elles reviennent d'(»llesmêmes à leurs limites dès que le bras de fer qui les mêlait arrive à se retirer. On peut donc dire que la guerre était le lien des âges de barbarie, mais que ce lien établissait entre les peuples des rapports violena

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qui les rassemblaient sans les unir. Il ne faut pas se bâter de croire à une paix universelle ; le glaive reparaîtra sans aucun doute dans Thistoire des peuples, mais son intervention sera moins fréquente quand les nations se connaîtront mieux. Si cet état de choses s'établit, comme nous F espérons, les cbemins de fer auront pour résultat de créer une cause nouvelle et bien autrement active de croisement. Ici, la barrière élevée par la conquête n'existe plus; les peuples sont égaux , les peuples sont les frères d'une même famille. — La guerre se trouvait en outre circonscrite sur un point géographique. Hors les cas assez rares d'invasion en masse, où un peuple venait s'établir sur le territoire d'un autre peuple, la force armée n'exerçait en général qu'une action fugitive. Ces rapports brutaux, ces communications du sabre, les seules que les peuples anciens et modernes aient connues, n'ont fait pour ainsi dire que glisser sur les traits physiologiques des races. Les chemins de fer exerceront au contraire sur le croisement des individus une action constante, sympathique, renouvelée. Les invasions étaient des torrens orageux qui couraient çà et là, et laissaient seulement sur le chemin la trace de leur écume ; les routes nouvelles, en excitant au plus haut degré le besoin des voyages, formeront des irradiations lentes d'étrangers passant d'une contrée à l'autre, et déposant leurs caractères dans le sein des po* pulations alliées.

Quelles seront les suites de ce mélange des races? Ce. i devient une question d'histoire naturelle, entée sur un fait d'économie politique. Cettequejstion,nous

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allons essayer de )a résoudre à X^^e d^ lu[mi|àrp^ que no\\9f prêtant les deiix ^ci^^nceis. f^ vk^n^ M l^ vapwp n^ ponainepiîg que 4-bigP i ^h fJ'm» çèté> 4 l^e^il^ ^ém^raire de rechercher U§ r4si|It;f^t% ^^1)^9 d'ims toile foi:c€iquapd Torbitfi dpçqn n^Q))YQi;;)||potf|ft|t epcQreàpiBipeitr^pé,il ne faut pas q^bli^r, 4? Tiufr^i q^^ U foarphp de tous lesphé^ipiftèqeg ()q VififJflfMrlP ^( (déblai pjjtture es^ spui^iae 4 ^^^ ^pis qn'il e^tpqç^iljlç fîp ^éypiler. a Lp parîjptère efiseo^ipl d'un çpsern^lp de cpoi}ai§faijce^ parvpi^Hps ^ V^t^t 4e çpJRRPi?, disait dernièrement M. de BlainviUei est de pféypîç^i) 1)6 telles prpyi^ipn^ pe «ont pqs §f pnlf^s 5 ftllpsi servent ^ djçpqsqr le prpsent pn ywp dç l'avenir. Lcj but yws lequel on s'£(v^npe ptant déterminé, chaque sipçlpp[)9sure ensMÎte sp^ forces k M disla^pp qu' jl dait franchir* Si dqnp la qne^t joi^ de Tinfluence de la vapeqr $ur Is mouyeqap4:)t (|e§ races spmblci ^U ppen^jpr ppup-d'peiU une hypothè§p4 pn ne tarde pas à lui découvrir une b4^ d^ps Fétgt actuel de la physiologie. Ta ^pjenpp des râpes est pncore en gerjpp , les voyage?^ contribueront à la foroier ; piai^ tpllp qu'plje pxiste, elle nous fournit déjà |es principaux traj^ qui peuvent servir à dessiner la perspective puvprtp 4e van t pQi|s par Tétablissernept des cbpn^ins de fer*

La surface habitée du gjobe nous prései^te uu très grapd nombre de races humaines, qu'on peut rameper à quatre grandes divisions : la rapp caucasique, qui a la peau blanche, les cheveux lisfes, qncti^eK^, (ins; la race mpngolique, qui a la peau j^HUe» les qhevpux épais et raides ; la race élhiopique, qui a la ppaH npirp> les fil}PVPU^ 4urf çt laineux; )a r^çs smé-

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ricaine, qiii a la peau mêlée de jaune et de rouge, les cheveux noirs, longs et rudes. Dans tous les endroits de la terre où ces variétés humaines se sont trouvées en présence, voici ce qui est arrivé : les noirs ont obéi aux jaunes; les uns et les autres se sont soumis aux blancs. Si des nuances moyennes résultent du mélange de ces trois couleurs, elles occupent dans la société des rangs intermédiaires. On peut déjà conclure de ce premier fait qu'il y a une gradation de puissance et de civilisation à établir sur les caractères des races humaines.

L'existence de plusieurs races d'hommes à la surface de la terre est un fait trop grave; il se rattache trop intimement au problème dont il s'agit de trouver la solution, pour que nous né cherchions pas à en pénétrer l'origine. Sur ce point, l'histoire n'a presque rien à nous apprendre ; l'histoire est muette. Pour le genre humain comme pour l'homme, la première enfance est couverte des ténèbres de l'oubli. Quelques monumcns respectables par leur antiquité, mais écrits dans des langues perdues, sont les seuls débris sur lesquels des races entières puissent lire leurs titres de naissance; encore ces monumens appartieiment-ils à des temps historiques, et, comme l'avènement des races a précédé sans nul doute l'établissement des sociétés humaines, nous ne réussirons jamais par cette voie à surprendre le secret de la nature. La science seule par la distinction des caractères physiques, arrivera sans doute à déterminer la place des différentes races sur l'échelle de l'humanité, leur filiation, et peut-être leur origine. Les voyages,

en agrandissant nos rapports, nous meltront sur la voie de plus amples découvertes. Qu'allons-nous faire dans les contrées lointaines et sauvages ? Chercher les traces de notre avènement sur le globe, conquérir notre histoire. Or, il faut nous hâter, car, tous les jours, les pages vivantes de cette histoire s'effacent ou disparaissent; des races primitives s'éteignent, et avec elles s'en vont les derniers traits de la naissance de l'humanité.

Pour lever le voile sur le berceau de notre espèce, il convient avant tout d'en séparer les élémens.La race blanche a fait remonter à son origine le commencement du genre humain; maisr tout nous porte à croire qu'elle avait été précédée. Les autres races dont elle n'a pas voulu tenir compte historiquement, ou que dans son orgueil généalogique elle a imaginé défaire descendre d'elle par voie de dégénérescence, ont très probablement devancé son existence à la surface de la terre. On peut considérer le genre humain comme formant un règne à part dans la création, les races sont, sous certains rapports, les Unes vis-à-vis des autres, ce que sont les genres dans le règne animal. Or, comme toute existence a été en progrès sur le globe, il est naturel de penser que les races les plus inférieures sont aussi les plus anciennes. Ainsi que dans l'histoire des âges antédiluviens chaque transformation du globe coïncide avec un progrès dans le règne animal, de même les changemens postérieurs à la grande semai ne de Moïse nous semblent avoir eu pour résultat l'apparition successive des divers groupes d'hommes sur les différons points de la planète. Nous

pouvons déjà placer dans le voisinage de la ligne équatoriale le berceau de la race noire, dans TAtlantide celui de la race rouge, dans le sud 4c^ l'Asie Torigine de la race jaune, daps le nord ou daq» l'Asie centrale les premières traces de la race blanche. Le mouvement de destruction et de reproduction qui préside à toute Ja nature parait s-étre étendu jusque sur la genèse du genre humain : la race noire est le débris d'un monde antérieur; elle a survécu misérablement au théâtre de sa force et de sa puissance. La race américaine nous semble également une ai)* cienne race naufragée, dont Christophe Colomb retrouva les restes épars qui commençaient à se reformer sur le sol de l'Amérique. Le même poup de la main de Dieu qui brisait un continent e|; abîmait la race rouge, soulevait peut-être d'un ;futre côté les montagnes de l'Asie sur lesquelles la race blanche allait se manifester. Cette vue nouvelle fait éclater les étroites lisières chronologiques dans lesquelles nos historiens ont voulu envelopper Texistence du genre humain ; mais il faut se souvenir que les siècles sont comme les objets qui s'effacent par la distance; aucun chronomètre ne peut guidef notre marche dans des âges où tout est epcore fabul^uy (i).

(z) Depuis que ces lignes ont été écriie», le hasard 0i*a donné oonnainaQce d'un travail de M. Marcel de Serres, qui était une réfulalion dp nt^ Yues. Les argumens qu'il dounait en faveur de l'antériorité de laraceblanphene m'ont pas le nioinsdu nionde ébranlé. Talletidrai du reste qu'il ail publié aon mfnoirepoor y répondre» En attendant, je dois, par délicatesse, reifiver ime fsntiar fie mon adversaire. Il fait rcmonier ses attaques jusqu'à M. Serres, dont je n'aurais été, suivant lui, que l'interprète. J'ignore ce que pense M. Sorres de la succession des races humaines; mais il n'a jamais , que je sache, itméit^ ceUp f|«eslioa

Il s'est élevé dans ces derniers temps une opinion qui sera jugée plus tard : quelques physiologistes distingués ont voulu faire sortir les races d'une souche commune par voie de développemens. La race noire se serait tr^insfqrmée avec 1^ temps, et en passant par les nuances intermédiaires, dans la race blanc)^^. Cette hypothèse flatteuse po^ir 'a fhéorie du progrès ne repose jpsqu ici, il faut l'avouer, suraucqn monument authentique. En fait, il existe plusieurs races d'hommes reconnaissables, dont les caractères semblent doué$ d'une force de résistance très grande. La nature a mis entre les différens groupes de notre espèce des limites qui ont empêché jusqu'ici la confusion de s'introduire parmi eux. Or, la nature veille a la conservation des caractères qui constituent les races, parce qu'à ces caractères sont attachées des aptitudes physiques et morales distinctes. Ces différences dans la couleur de la peau, dans la forme de la tête, et généralement dans la structure du corps, amènent les facultés particulières dont le rapport total forme l'harmonie du genre humain.

S'il y a une gradation de puissance à établir sur la couleur des races, il existe aussi une échelle de domination basée sur les formes du crâne. On a trouvé

dans ses cours, ni dans ses livres. Il est donc injuste de faire porter sur lui «n démenti plus ou moins indirect. Règle générale : toutes les fois que je n'ai pas indiqué la source d'une opinion, c'est que cette opiiiion m'appartenait. Tout en prenant, dans le rours remarquable de M. Serres, comme plus haut, dans celui de M. Isidore Geoffroy Saint-Hitaire, le point de départ de mes réflexions, je n*ai point entendu le coin[)romcttre dans ma philosophie de Tbisloire, louchanl le raouvemi ni des races humaines. Craignant pour M. Serres, les suites de cette alliance, j'ai eu soin de séparer ies idées des miennes, ei de le faire parler lui-même, quand je lui empruntais une de ses vues si u^ves et si originales.

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dans rAmérique du Sud une île , nommée THe des Sacrifices, dans laquelle les anciens habitans de cette partie du monde égorgeaient des victimes humaines. Des peintures, conservées sur les lieux et reproduites dans le grand ouvrage de M. de Huniboldt , nous montrent ces scènes affreuses. Une remarque curieuse à faire est celle de la différence de la tête chez les acteurs de ce drame horrible : les hommes dans le sein desquels leurs ennemis enfoncent le couteau avec une sorte de plaisir sauvage sont, pour ainsi dire, acéphales. Ces individus, quoique de couleur rouge, sortent évidemment d'une autre race, inférieure à celle qui les immole. Aujourd'hui que le temps a passé sur les peuples du Nouveau-Monde, et qu'il a confondu les débris des uns et des autres dans lesentraitles de la terre, on distingue encore le crâne des sacrificateurs et celui des sacrifiés^ La configuration de la tête de ces derniers, étroite et fuyante, annonce des êtres faibles, sans défense, nés pour mourir; tandis que la nature a imprimé sur le crâne de leurs terribles destructeurs les caractères de la force impitoyable. On voit donc qu'au sein des peuples d'une même coloration, en guerre les uns avec les autres, il existe des variétés considérables qui servent de base à une hiérarchie éternelle, les races plus robustes tendant sans cesse à vaincre et à opprimer les races plus faibles.

La science de l'homme, pour sortir enfin de la période fabuleuse des conjectures , demande à être calquée sur les caractères anatomiques des races. M. le professeur Serres jette ^ tous les ans^ dans sou cours

UU MOr^çraiEFl DES KACI» KHliJlXKK;;. uh

public les premiers traits d^iiDe iiDthropakigîe Oy<mi^ parée : il miMitre les ibncbons se d^^iid^nt ^vec ks or^;aiies, k laesare qu'^cm deso^Ml de la race <^<ioa^ sique dbns les races inférieures. Une ofaservatkyn in^ ■ tà^essaote est cdlede rj^aaisseoiaat du oord<»[i omhi^ lical dbez la race amaricaiDe; le nombril est pl^^s bas , parce que le foie est volumineux ; or, <iuand dans on individu il y a prédominance du foie, il y ^ f oujonrs prédominance de la voracités VoiU donc un premier £adt de Thistoire des Indiens du Nouv^u-- Monde qui a sa racine dans leur constituliou^ M. Serres possède un crâne américain dai^s la mâ^ choire duquel il nous a montré Texistence d'une ca^ nine ânorme , qui devait presque déborder la lévite supéri^jre : ce Irait de ressemblance avec les aiù« maux carnassiers explique le caractère de féi\>cik^ des Mexicains. Le même naturaliste a observé d^iu) dix ou douze individus de la race étbiopique, dont le cadavre était tombé sous son scalpel, une flexuosilt^ assez marquée des artères, il devait en résulter un ralentissement de la circulation du sang. Gîtte dis* position hydraulique qui , à un certain âge de la vio, devient pour l'homme de la race caucasique une cou» dition d'existence, est pour le noir une loi pernmnente de sa nature. Ne pourrait-on pas rattacher cette circonstance à l'état moral de ia race étliiopi* pique? Cette paresse de circulation coïncide, en cffeti avec cette torpeur et cette apathie qui forment un de» caractères du nègre. L'élongation des membres, Hurtout celle du membre inférieur, qui entraine toujouri la déformation du bassin, rend raison de la faibleene

physique des individus de la race noire; tous les voyageurs ont reconnu l'infériorité des forces du nègre, comparées à celles du blanc; La brièveté du cou, d'où résulte la longueur des bras , a pour effet là perte de ce gracieux arrondissement des formes qui constitue chez nous la beauté de la femme ) et de plus^ le raccourcissement du cou, cet organe Satellite de la main, comme le pense M. Serres^ doit concourir à rendre le nègre inhabile, maladroit, peu inventif; A mesure que le cou vient à se raccourcir j la face se projette en avant; cette disposition tout anitnale, semble avoir pour objet de faciliter à l'individu l'appréhension des alimens. Le prolongement des os de la face a , en outre , pour destination d'encaisser les organes des sens. A. mesure que nous descendons dans les races humaines, la moelle épinière et les nerfs deviennent d'autant plus volumineux qu'on approche plus de la race éthiopique. Il existe un antagonisme très prononcé entre la face et le cervedu, selon que la face prédomine, l'action des sens prédomine^ et l'action de l'intelligence baisse dans la même proportion. Les races inférieures sont remarquables par la finesse de l'odorat : les nègres et les Indiens du l!7ouveau-Monde connaissent par l'olfaction les individus, les sexes, les étrangers; ce sens leur sert à distingtier leurs ennemis. Le goût est aussi prodigieusement développé dans les races i:ouge et noire : la délectation que les individus de ces deux couleurs éprouvent à la vue et à l'absorption de la nourriture ne saurait se définir; la race blanche, à côté d'eux ne sait pas manger.

La €àvii&aÊÊèKm panîl airor ponr eéfel de rétânm it cxpÊdÊé ëe ra bd ottcn; cbcE 1m rKM SMr9«i^^ mi baitiaÉ«s^ iMts les a^iareik de 1» Tîe TègéMi^

ilcMdiitk {Mnise très wlkBle; leins »tisiesieK«^^ ce ma r a è i e sor lears porinits, tant œqai s«mitciieft iioos un ëbîei d^însuke est en hammcast ebes eiut« La rt^se âi M éiicjaii e»B fat remarqoer par certaine^ trieitès qm Mut, chez die, un effet de h lendanee deft fneei infiÉTÎéBresi dérdopper légume des réoe|i^ tades des sens. On rencontre des tribus dhe sauT«ges dont tes unes tiennéntà honneur d'être iescullivateiirs de roreitle^ d'autres les cultÎTateûrs du nez; on tronire anssi des sectes qui se distingueut par un TMitre énomie. Le chef d'une de ces sectes, repré* s^ité sur une grayure que M. Serres nous a (ait Yotri^ paraît atiési eontvnt de son abdomen que Tautre Test de son nez. Ses sujets cherchaient à T imiter, et repro* duisaient assez bien sa grosseur. Les sauvages d' Amé*^ rique sont, comine nous Tavons dit^ d'une voracité extrême $ lorsque la chasse a été bonne et qu'une masse d'aliknentation se trouve à portée de leur eslt>« tiiac, ils ^tigiéht avtt une avidité telle) qu'ils sont contraints ensjiite de s'étendre k terre, engourdis et repm. Ih se bobt^^nt sur le dos : un de leurd cama« râdêfi, moins gt>rgé dé nourriture^ vient s'asseoir sur leut- ventre et leur pétrit la partie kensihie jiour aider à là digesU@iti; Nom retrouvons dans ces racés ihfé* rieures tom lès traits de l'animaHté ; à mesul^ que l'action des sens se développe chez elles , la physio* nomie perd de sa mobilité > de son caractère, de sa

ii8 LE JARDIN DES PLANTES.

noblesse. li'âine, chez nous, a deux langages, la parole et la physionomie, par lesquels elle exprime tous ses sentimens. 11 n'en est plus de même dans la race éthiopique; nous rencontrons chez elle une entière apathie de la face; le jeu de la physionomie éteint exprime tout au plus par une grimace la grossière satisfaction des appétits matériels ; la parole , toute gutturale , se rapproche elle-même du son que font entendre les singes. Loin de fuir ces caractères d'animalitéy les races inférieures les recherchent. Quelques tribus américaines travaillent à conformer leur nez sur le modèle du bec de Taigle. La forme naturelle du crâne, chez les Mexicains, était déjà déprimée au sommet et renflée sur les côtés de la tête : ils avaient encore remanié cette forme pour la rendre plus sensible. Le Mexicain s'était donné la face du lion. CHes hommes, au visage terrible, se servaient sans doute de leur laideur féroce pour intimider leurs ennemis. Le type idéal que ces populations cherchaient à imprimer à leurs enfans était d'ailleurs contenu en germe dans la structure de leurs organes. « Il serait, nous disait M. Serres^ impossible de produire ces dépressions artificielles sur des individus de la race caucasique. » Tous ces faits , qu*un grave et éminent professeur enseigne du haut de sa chaire, ne rencontrent point d'objections sérieuses. Nous sommes donc fondé à conclure qu'en prenant pour guide l'anatomie, on arrive à déterminer les conditions du développement moral des différentes races humaines.

La science a été plus loin : non contente d'ol>ser-

DU MOUTCMEflT DES RACES IWMâlKlS. «fl

ver les caractères des races à Tétat élémentaire^ eHe a cberché Taction queces races "exercent les niiesaiMr les autres en se croîsaiit. Ymci qad a été le rémilat de ses inforBiatîoii& Toutes les r^es humaines ont ta ÙKcahé de se reproduire entre elles. La nature a pourtant mis certains obstades au rapprochement de leurs extrêmes : l'union d'un individu de la race éthie» pique avec une femme blanche est douloureuse, anti^ pathique, le plus souvent improductive. La condition inverKest, au contraire, favorable au mdangedes sexes ; Tunion du blanc avec la femme noire est fir* cile, sympathique, et presque toujours féccmde. Si Ton interprète avec M. Serres les vues de la nature, on trouve qu'elle a mis un dessein dans ce point d^ar^ rét et dans cette barrière matérielle. La nature veut l'élévation des races, elle ne veut pas leur abaisse^ ment. Or, dans le premier cas, le produit descend vers la race éthiopique; dans le second, c'est-à dire dans le cas de l'union de Thomme blanc avec la femme noire, le produit est élevé vers la race caucasique. On entrevoit déjà que le mélange des races, dans certaines limites fixées par la nature , est un des moyens de perfectionnement de l'espèce humaine.

Cette faculté de reproduction entre les sexes appartenant à deux races différentes tranche la question d'unité : il existe plusieurs races, mais il n'y a qu'une nature humaine. Les animaux qui ne sont pas d'une même espèce ne se reproduisent pas entre eux; dans les genres très voisins, le croisement donne naissance à des métis dont la fécondité s'arrête à la première ou à la seconde génération. L'imité humaine se tnani*

4M LB JAEDIiH DES PLANTES.

fesie dans un autre &it que la science a recueilli : quand le mélange de deux individus de races diver* ses est fécond, la race supérieure fournit au moins les deux tiers à la nature du produit. Ce mouvement a été observé avec attention. M. Serres a reconnu que la race caucasique imprime «on cachet sur les races qu'elle touche; elle descend d'abord un peu{ mais, k la quatrième 9 cinquième ou sixième reproduction^ elle remonte et ranlène à elle tous les autres ,ty|ies. Qui ne prévoit déjà les conséquences philosophiques de ce fait d'histoire naturelle? Les envahissémens de la race blanche tendent aujourd'hui i effacer par toute la terre l'existence des autres racés. Les traditions anciennes^ qui nous représentent un premier homme blanc dont toutes les races sont sorties comme d'une souche unique, peipétuent sans doute une erreur; mais ce ti'est qu'une erreur de temips. L'unité de races, l'homme modèle ^ l'homme typé^ n'existe pas dans le passé; il a sa raison d'être dans l'avenir. Adam n'est pas venu, il viendria.

Les races supérieuines absorbent les lâcfcs inférieu* res. Ce fiait est sans exception. Tout bous porte à croire que la race noire a été primitivemenS la plus nombreuse; elle^it encore douée à cette heure d'une fécondité qui alimente partout l'esckvagdj son existence à là surface du globe ne s'est restreinte que sous les envahissémens des autres races qui sont ve^ nues s'établir au-dessus d'elle. £n Amérique la race rouge forme l'assise inférieure^ le substraUim des peuples qui lui ont succédé sur sa terre natale. Déji un grand nombre des indigènes du Nouveau-Monde

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l€s débmaenK»plw£âikset|A»d%rad^ oot waooombiL G» cxMicha sapcrposé» foiw ig »! coomie les âigei «ittfiMifi da gmre bmnni. Quwidl ce momreiBeDt d^âlMorptioB est nataurti^ â lomn^ à lavantage liii progrès; les races îiÉfmetires, en sY-^ teignant dans les races sopmeones, y d ép osen t det caractères noo^eaux , cpii deriemienl pour eelleshel autant de germes de dérdoppemefis. Malhetireitsi^ ment la force aveugle inlenrknt presque toujours dans cette œuvre, et enlève violemment dû ^obe ks races primitives, avant qu dies aient eu le t«iip$ dft se fondre dans la n&ire. On est encore à se demander si la découverte du Nouveau-Monde fut un bimfeit pour les générations à venir. Parmi les populations d'Amérique, les unes jouissaient d'une dvilisatioil commencée , les autres étaient sur le point de §6 mettre en marche vers un état de société, lorsque li

race blanche vint à tomber sur elles. Cet événement arrêta leur progrès. Notre état social, en venant se poser au milieu des tribus sauvages j a été pour elles une cause de stationnement et de ruine. Non contente d'étouffer dans ces tribus des développemens naturels j l'arrivée des Européens fit disparaître par la force des populations entières. Cette race, dont les débris avaient survécu aux cataclysmes de la nature, fut de nouveau abîmée dans la conquête. La brutalité de l'Espagne vis-à-vis des habitans du Nouveau- Monde fut un crime de lèse-humanité que cette puis* saute nation expie à celte heure par sa déchéance. Qui sait si les germes qu'elle écrasait ainsi sous son pied de fer n'étaient pas nécessaires à la nature pour achever un jour notre race ? Les mêmes attentats se sont répétés et se répètent encore : les Anglo-Améri« cains chassent aux Peaux-rouges sur le territoire de l'Union comme aux bêtes fauves. Les autres races n'ont point été moins maltraitées. Nos colonies européennes n'ont guère été fondées jusqu'ici que par la destruction des indigènes; une trace de larmes et de sang marque les progrès de l'homme caucasique autour de ce globe dont il aurait dû civiliser les premiers habitans. Tous les jours des chasseurs anglais tuent à coups de fusil des sauvages de la Nouvelleïlollande pour les donner en pâture à leurs chiens. Au nom du ciel, il faut que cela cesse! Iljest temps que la science dirige ces conquêtes dont la force brutale abuse sans les rendre fécondes. La physiologie nous enseigne qu'il n'existe pas de races insignifian- U)Sj puisqu'elles sont toutes destinées à entrer dans

DU MOITVEMEM' DKS RACES HUMAINES. 453

la nôtre. Laissons-les donc se développer à leur aise, au lieu de les refouler dans des déserts où elles périssent; il y a place pour elles et pour nous sous le soleil. Sans doute la civilisation ne saurait reculer devant l'état sauvage; mais c'est en renouvelant ses forces dans la nature qu'elle les accroîtra. Toutes les races d'ailleurs sont solidaires, celle qui en détruit une nuit à toutes les autres qu'elle prive ainsi d'un moyen de perfectionnement. Dernier-né peut-être de son espèce, l'homme blanc, l'homme adamique, doit ramener à son type toutes les variétés humaines; l'égoïsme même lui conseille en ce cas de ne point les comprimer par la violence et l'injure; développer les germes qui languissent, c'est encore, pour lui, féconder les élémens futurs de sa race.

Nous avons vu les conditions du croisement, nous allons rechercher son influence. Si nous suivons toujours le fil conducteur de la science, nous arriverons à mettre le pied sur un terrain positif où les faits nous répondent des théories. M. Serres a fait l'observation suivante : toutes les fois qu'on considère les races humaines à l'état pur , on trouve que chacune d'elles a un tempérament uniforme qui prédomine sur tous les individus ; quand c'est l'inverse qui a lieu, c'est-à-dire quand on a sous les yeux une race très mélangée, on distingue une variété considérable de tempéramens, et les individus qui les représentent ont les dispositions morales des races dont ils sont originaires. Ce fait, sur lequel nous reviendrons, parce qu'il amène des consé^iuences très nombreuses, nous dévoile déjà une des influences du croisement

qui est de multiplier les manifestations de la nature humaine.

Le hasard ayant amené, cet hiver, à Paris, deux sauvages botocude», la science a eu l'occasion d'exaipiner de près et k loisir l'état élémentaire de cette race américaine^ la plus mystérieuse de toutes celles qui existent. M. Serres constata un fait remarquable : les racines de la perfectibilité humaine , dans cette race, semblent appartenir à la femme, de telle sorte que ra})ruti$semeot de ces populations sauvages a sa c^use dans l'état de dégradation sous laquelle la fçmme a été tenue par l'homme. Si cette remarque pouvait s'étendre aux autres races, la femme, agent actif dan^ l'œuvre de la reproduction, se montrerait à nous comme le moule du progrès; or la science entrevoit déjà la certitude d'élever ce fait à la hauteur d'une loi générale. Le penchant qui attire les sexes de différentes races à s'unir n'est point un mouvement aveugle. Les races inférieures sont destinées à servir d'aliment aux races supérieures; les traits qui dessinent les premières ne seront pour cdia ni effisicés, ni confondus; leurs caractères, loin d'être détruits, se conserveront au sein même de la race caucasique dont ils augmenteront la variété.

Avec ces principes généraux, nous avons un moyen de juger l'influence du croisement des races sur les sociétés. C'est à la physiologie qu'il appartient de fournir les premiers traits du perfectionnement de la nature humaine : nous nous en servirons pour dessiner le tableau des peuples qui s'agitent en ce moment sur le globe. L'importance des rapports que nos voies

DU MOUVEMENT DES RàGES HUMAINES. Ml

de navigation à vapeur créent de jour en jour entra les habitans des diverses contrées y ^mblem enoora plus grande, si à la nature des races reliées entra elks se rattachent des dvilisatrons qui doivent ae compléter les unes par les autres. Or e'fst précisé*!» ment ce qui est.

U £iut reconnaître dans chaque raoe une fiorcetaon crête qui déten»ine Fétendue et les focioes de «m développement : \fiA lois, les mœurs, les instiliftioiia, les croyances, se subordonnent à cette force, et c'est ce qui constitue la physionomie des sociétés. Uorga* nis^tion dHm état exprime toujours les caractères naturds qui sont dans le peuple. Cette cçnnaiss^nce est nécessaire pour diriger nos rapports : si l'homme eaucasique doit agir sur les autres races, il doit en méine remps conformer son action à Tétai de leurs dévelopfiemens. La surface habitée du globe nous pré* sente à cet égard une série d'inégalités morales qui résultent chez les diffiérens groupes du degré d'av^a^ cernent dq leurs caractères physiques, et dont le ré» sultat est de former des nations diverses. L'histoire universelle devient à ce point de vue un enchainemei^ continu de faits, qui ont tous leurs points d'attache dans la nature des races et dans leurs métamorphoses. Au plus bas de l'échelle, nous rencontrons l^s peuples sauvages, chez lesquels tous les développemens de la civilisation sont avortés. Plus haut commencent le^ nations barbares (les termes manquent pour fixer les nuances intermédiaires) chez lesquelles nous voyons apparaître hes premières ébauches de l'étatiiocial.Ces formes primitives de société se per^eelionnf nt k m&-

456 l'R JAKDINM)IÎ8 PLANlTiS.

sure que les couches humaines se rapprochent de la race blanche , qui est le terme de la série. L'échelonnement des sociétés, en rapport avec Téchelonneraent des races, est une vérité nouvelle que la science et les voyages féconderont dans Uavenir. Nous arriverons ainsi à connaître le caractère des nations sur lesquelles nous devons agir, et le degré de force de leui*s institutions ou de leurs croyances. Lorsqu'on envisage la distribution géographique des religions à la surface du globe, on est étonné de les voir partout soumises k une loi de la nature. Le christianisme s'est établi généralement sur la race blanche, tandis qu'il n'a jamais pu s'étendre d'une manière bien fixe sur les autres races. Ce fait a sa racine dans la constitution physique de notre espèce et dans la tendance des cultes. Qu'est-ce que le christianisme? Le triomphe de l'âme sur les sens, le règne del'espritsur la matière. Toutes les fois qu'une telle doctrine est venue s'appliquer sur des peuples de la race blanche, elle a rencontré chez eux une organisation préparée à la recevoir. Ce qui distingue en effet l'homme caucasique, c'est la prédominance du cerveau, et, par suite, de l'action intellectuelle sur l'action des sens. A mesure que nous descendons dans les races inférieures, cette prédominance s'efface; le prolongement de la face se dessine ; les organes des sens se développent, et avec eux augmente la résistance physique à la foi chrétienne. Le fétichisme ou l'adoration de la matière reparait de degré en degré et forme au bas de l'échelle le seul culte du nègre. I^es Arabes et les TurcSy qui marquent, les uns le passage de la race

étbiopique, les autres la transition de la race mongole à la race blanche^ ont un culte mixte : le mabométisme est, comme l'a dit M. de Maistre, une secte chrétienne^ mais à laquelle le génie de ces deux peuples a imprimé son caractère sensuel. L'organisation d'une race tient donc sous sa dépendance toutes les manifestations intellectuelles, religieuses, morales des sociétés qui la^ constituent. De là des civilisations qui s'écbelonnent sur un champ immense et qui s'arrêtent à des degrés divers. Le genre humain arrivera-t-il à faire disparaître ces inégalités par un progrès universel ? Nous le pensons. Les bornes, les obstacles que la nature a mis à la réunion des croyances, s'abaisseront à mesure que la race blanche revêtira les autres races de ses caractères physiques, d'où- dérivent toujours les caractères moraux. T/unité des religions sortira de la tendance du type caucasique à s'incarner dans les autres familles de l'espèce humaine.

Il existe une opinion dans la science qui, au premier abord, semblerait devoir rétrécir l'action des races les unes sur les autres; c'est celle de la persistance des caractères. Lorsqu'une nation policée travaille à retirer un peuple sauvage ou barbare de son abaissement, la civilisation et la nature constituent autour de lui deux forces qui se balancent, qui se croisent, qui se limitent; le mouvement hésite comme incertain sur sa pente. Il s'établit alors une lutte entre la constance du type et les causes d'action qui veulent l'infléchir. Si ces causes sont transitoires, le type résiste ; si au contraire elles sont permanentes, leiype

finit par céder. Dans quelles proportions cède-t-il? Ici les physiologistes se divisent : les uns soutiennent que les modifications amenée3 par cette lutte n'intéressent pas la forme générale, qui re^tela même. Mais ces modifications, où s'arrétent^eUes? C'est ce que nul ne peut définir exactement. Ces changemens oscillent dans des limites que la science même s'avoue impuissante à déterminer. L'expérience démontre bien qu'une plante soustraite aux conditions de la nature, enlevée de sou climat et placée sous la main de l'homme, subit des altérations graves qui vont souvent jusqu'à masquer sa forme première; elle démontre aussi que cette même plante, remise dans son milieu primitif, reprend peu-à-peu ses anciens caractères et redevient ce qu'elle était auparavant. Ce Hait est curieux, mais on peut conclure qu'il ne conclut rien ; car la question subsiste entière de savoir si c'est la force interne du végétal ou l'action des causes primitives renouvelée qui a déterminé son retour au type originel. La vérité est que tous les physiologistes reconnaissent des cas où les types se conservent, et d'autres où ils se dénaturent. Il se passe pour les races, dans la formation historique, quelque chose d'analogue à ce qui eut lieu pour les êtres organisés dans la grande époque de formation terrestre; il se rencontre des types qui résistent et se rompent, des types qui survivent intacts aux grandes secousses des événemens, des types qui cèdent. 11 n'est donc point impossible de faire sortir une race de l'orbite qui lui est tracé par la nature^ et de l'entraîner dans le mouvement d'une autre race. Mais ce qui est encore plus

certain et plus connu, c'est la production de types nouveaux sortant du contact de deux races en présence. Du nombre des élémens constitutifs dr'un peuple et du degré de leur association résulte, pour ainsi dire, la forme qui lui est propre. Plus la race est pure, plus son organisation sociale est simple, plus sa vie intellectuelle et son existence comme nation est limitée. Ces races, en quelque sorte rudimentaires, se compliquent et se perfectionnent par le croisement avec d'autres groupes du genre humain. Leurs caractères, en se mêlant, donnent naissance à une infinité de nuances intermédiaires. Plus un peuple acquiert ainsi d'élémens, plus il s'élève : son organisation sociale s'étend^ ses fonctions s'accroissent; et, à mesure que les caractères de la population se surajoutent les uns aux autres^ sa vie augmente. Les élémens sont d'abord désunis ; mais le temps en opère la fusion, et pendant que cette fusion s'opère , des développemens nouveaux se manifestent, l'éducation achève de faire disparaître les différences morales et organiques qui étaient im obstacle au progrès. C'est ainsi que la nature, avec un très petit nombre de races primitives, a pourvu par la variété infinie des croisemens à la perfectibilité matérielle des sociétés.

L'étude ethnographique du globe nous présente la grande division des races progressives et des races arrêtées. Il arrive un moment où l'activité des nations s'épuise : les unes se fixent plus tôt, les autres plus tard. Du degré où elles s'arrêtent résulte leur élévation ou leur abaissement dans l'histoire. Ces races incomplètes, mais achevées dans leur imperfection.

i60 LE JARDIN DES PLANTES.

siirvivenl quelquefois à leur propre grandeur, comme les ruines survivent au monument d'où elles sont tombées. Leur avenir est l'immobilité. Il y en a qui stationnent alors (c'est le cas des nations mongoles); il y en a d'autres qui rétrogradent. L'Afrique est surtout le berceau de ces peuples toujours au même âge; elle en a d'autres qui, après avoir atteint le degré de croissance des peuples civilisés, reculent de l'état où ils étaient parvenus pour se détériorer ou se détruire. L'Asie, la Chaldée, l'Assyrie nous présentent une image de cette triste métamorphose du temps : l'âme de ces peuples s'est convertie en béte fauve , anima fiera dwenuta. Ces races arrêtées sont mortes pour la civilisation. Elles disparaîtront infailliblement du globe, à moins de l'intervention d'une nation civilisée. Des races stationnaires pendant des siècles, parce qu'elles avaient épuisé la série de leurs développemens, et qu'elles étaient incapables par leurs propres forces d'aller plus loin, peuvent reprendre un nouveau mouvement , si elles viennent à s'unir avec des races en progrès. La France est , nous le croyons , prédestinée à cette œuvre : qu'allons-nous faire à notre insu dans l'Algérie? Ressusciter l'Afrique. I-a race sémitique est une de ces races fortes qui, après avoir fait leur temps, s'usent et tombent. Sa civilisation a précédé la nôtre et avait même jeté un grand éclat : cet éclat est fini; mais il peut renaître. Il dépend de nous de communiquer aux Arabes de nouvelles forces pour continuer leur progrès. La France gagnerait de son côté à retremper la fibre molle de ses habitans du nord dans cette nature sèche et bouil-

lante de TAtlas. Il en est des races comme des individus ; il y a chez elles déperdition de forces ; Faction leur enlève chaque jour de leur puissance; il faut alors que, pour se conserver et s'accroître, elles puisent sans cesse dans les autres races les élémens de leur vitalité. Le type arabe est magnifique et répond assez bien au type français; nous avons reconnu notre image dans cette race nerveuse qui se nourrit de ses luttes et qui s'endurcit de ses cicatrices. Lien naturel des peuples de notre continent avec ceux de l'extrémité de l'Afrique, l'Arabe nous initie à une plus ample conquête. Le chemin est désormais tracé à notre influence sur cette terre, berceau et patrie de la race noire. Napoléon nous a ouvert l'Egypte avec son épée; la civilisation nous ouvrira les profondeurs des autres contrées africaines, avec la vapeur et avec les chemins de fer (i).

L'Amérique du Sud présente aussi çà et là des races entravées dans leurs développemens, qui attendent notre action pour se dégager. L'Asie a , dans la race mongole, un rameau qui tombe faute de sève. L'iso-

(i) Depuis que ce travail a vu le jour, il m*est tombé entre les mains un remarquable ouvrage de M. Pascal Duprat : Essai historique sur Us races anciennes et modernes de P Afrique septentrionale. Je ae saurais toutefois partager son opinion sur un point essentiel. L'auteur ne croit point à Texisteuce d'une ancienne race noire sur le sol du nord de TAfrique. Cette existence me paraît attestée ^r de graves monumens et par des preuves d'analogieSy plus fortes encore que les monumens historiques. La piésence des nègres, à une époque très ancienne, dans les contrées du Maghreb, présence dont il ne reste plus aucune trace, et qui forme même aujourd'hui Tubjet d*un doute pour rhistorieo, u*est suivant moi que la répétition d\in fait général, a savoir l'occupation primitive de presque toute la terre par les races noires, et leur effacement successif sous l'arrivée des races cuivrées et blanches.

lement a (loti ait la force de ces peuples féroces et superbes qui , dans la personne de Grengis-Rhan et d'Attila, ont si puissamment effrayé l'Europe. L'événement qui enterait ce rameau flétri sur le tronc des races jeunes etvivaces, sauverait peut-être une grande civilisation à la veille de s'éteindre. Nations de l'Europe, que redoutons-nous? Toutes les races tendent H lenvahissement de la terre; mais elles le font avec des armes inégales. Les peuples qui avancent n'ont rien à craindre des peuples stationnai res. Une race supérieure ne peut être conquise sans que la force de sa constitution asservisse à la fln ses propres conquérans. La nature , plus forte que les armes, finit toujours par vaincre, en pareil cas, la victoire même. C'est ainsi que la race caucasique, long-temps comprimée en Asie par la race mongole, a réussi pi^esquc enlièrement à s'en délivrer. Aujourd'hui cette population si forte qui attaquait n'ose plus même se défendre; l'empereur de deux cent cinquante millions d'hommes jaunes n'oppose à une poignée d'Anglais que la soumission et le silence.

L'Europe est la partie du monde où la race blanche, pure de tout contact, développe le plus largement tous ces caractères. La supériorité de cette race est reconnue : pendant que le Mongol, le nègre, l'Américain, le Malais, n'étaient occupés qu'à satisfaire leurs appétits matériels, l'homme caucasique a mesuré la terre; la terre ne lui a pas suffi, il s'est élevé jusqu'à l'idée d'un premier principe, auteur de tous les êtres. Au moment où la race blanche apparut sur notre continent, elle trouva un monde à faire; elle

DU MOUViiMKNï DtS RACES HUMAINES. 463

le fit. Tandis que les autres races indolentes étaient désarmées contre les attaques des climats^ tandis que le Mongol lui-même n'avait fait qu'ébaucher la conquête de l'homme sur la nature, Ja race caucasique seule a {)oussé jusqu'au bout sa victoire } elle s'est rendue tnaitresse des élémens , maîtresse des mers. Ce qui est chez elle encore pluâ i*eniarquable ^ c'est le déve]o|)pement de la volonté; que les autres races sommeillent sous le joug d'une nécessité avieugle^ la racé blanche a dominé tous les obstacles ; elle ne s'est pas contentée de ses propres forces , elle en a créé. Ajoutant à sa puissance morale là découverte de l'imprimerie et cielle de la vapeur, elle a étendu son domaine. Toutes les fois quelle s'est approchée deà autres races, elle les a absorbées ; elle a pris au nègre, à TAniéricain , au Mongol , leurs tempéramens nerveux, bilieux, lymphatique» et elle a fait dé tout cela des hommes à son image. Cette race géante, descendue un jour des montagnes du Caucase , séjour de Prométliée, n'a point encore terminé son œuvi'e. Ija race blanche a cotninencé en Asie : la population ac-^ tuelle de notre continent est le résultat de plusieurs migrations successives et du croisement de ces inigrations entre elles. La marche des colonies qui se sont détachées des montagnes situées dans le nord de l'Asie est invariable: la race caucasiqitô s'avance d'orient en qccident ; elle laisse sur son cheiola une série de peuples qui se suivent et se succèdent les uns aux autres, en sorte que c'est pour ainsi dire étape par étape qu'elle développe ses forces. Dans ce mou^ vement général, le groupe celtique a précédé le groupe

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teuton, qui a devancé le groupe slave. La formation des différens peuples de notre continent a donc été marquée par des haltes et des temps de repos de la civilisation. Chacun de ces peuples apporte à son- tour des propriétés qui le caractérisent ; c'est de leur addition successive et de leur mélange que résulte la figure actuelle de l'Europe.

Il existe une croissance dans les races; à mesure qu'elles grandissent , la main de la nature achève sur elles son ouvrage : cette croissance se manifeste dans la race caucasique. Plus nous remontons vers son berceau , plus nous lui découvrons les caractères de la première enfance. Un grand nombre de monumens historiques s'accordent à nous représenter les hommes des migrations primitives comme ayant des yeux bleus et des chevelures qui variaient du roux au blond clair: les Celtes étaient blonds^ les Germains étaient roux. Ces deux nuances ont cessé d'être dominantes en France et en Allemagne. Les Écossais formatent également une race blonde : ils ont aujourd'hui perdu ce caractère. On peut donc dire que la couleur générale dans la population actuelle de l'Europe diffère notablement de celle de toutes les races qui ont concouru à la former. Ce résultat ne s'explique qu'en partie parles changemens auxquels ont donné naissance le mélange des peuples et les influences du climat. On est forcé de recourir à une autre cause d'action , à un principe moteur en vertu duquel une race qui avance rejette ses formes primitives pour en revêtir sans cesse de nouvelles. M. l'abbé Frère, auquel nous devons des recherches très curieuses sur les périodes historiques^

a obseivé que le tempérament de notre race avait été successivement lymphatique, sanguin, puis bilieux. La couleur de la peau a suivi les mêmes variations. I^a plupart des historiens grecs et latins nous peignent les Celtes comme très blancs^ Ammien Marcellin ne revient pas de la blancheur lactée des femmes gauloises : cette première teinte s'est changée en rouge, puis une couleur plus sombre est venue brunir l'éclat sanguin. Des changemens encore plus considérables, et dont l'importance s'accroît, semblent avoir agi sur le volume, sur la forme et sur le développement de la tête. M. Frère vient de concéder au Muséum du Jardin des Plantes une collection de crânes retrouvés dans des fouilles et appartenant aux différens âges de notre nation : ces monumens d'une nouvelle espèce nous montrent l'empreinte de la loi du progrès sur l'organisation humaine (i).

Le mouvement n'est pas le même pour toutes les variétés, chaque groupe de la race blanche s'avance vers des caractères qui lui sont spéciaux ; maïs c'est toujours par une succession d'états transitoires qu'il arrive à une forme déterminée. Cette évolution, qu'on pourrait nommer l'embryogénie des races, entraine à sa suite tous les faits de l'histoire des peuples. A mesure que les nations renouvellent leurs caractères physiques, elles renouvellent les bases de leur état

(i) Élève de M. Tabbé Frère» et péuélrc cQmme je le suis de reconnaUsaiice pour les leçons de ce maître distingué, j'exposerai un jour son système sur les périodes sociales. Il me suffit de dire en attendant, que suivant lui, un progrèi périodique, une loi, tracée dans lei organes^ préside chez les peuples à cette succession des caractères pbysi<|ues, moraux et intellectuels.

iC6 LE JAE0I5 DES VUlSTES.

social ; c est dans le cours de ces progrès, et notamment dans la transition d'un âge à un autre , que se •manifestent les grands événemens qui changent la face politique des nations civilisées. Ce mouvement de formation ne s*àrrête que quand la race a acquis tous ses élémens et s* est constituée sur le typé qui lui est relatif. Il se Eût alors une véritable station qiii s^étend au physique et au moral des sociétés. Noiis avons déjà retrouvé les traits de cette inimobiliié dans la population chinoise ou japonaise. Ëdenhe Geoffroy Saint-Hilaire, visitant la terre d'Egypte à là suite de nos années, compara les habitant actuels de cette région à ceux qui dorment dans les hypc^éeà: c'étaient les mêmes momies. Toute la différence qu'il put trouver entre elles, c'est que les unes étaient entourées de bandelettes, tandis que les autres étaient libres. Aucune des nations de l'Europe n'eii est la ^ toutes s'avancent par un renouvellementcôntinuel de formes, par une série de mutations, vers iin état 'qvLe ribiis ne connaissons pas encore.

Si maintenant nous coniparoiis le mbiivémeUt de la race blanche à celui des aiitres rialôeA, iibus découvrons qii'elle a effacé chez elle âudsëflfthréiJiént les âges inférieurs qui compo^nt à*uA^ toiHièté fixe l'état des civilisations brientàleft. Lb âkfHl d^àiràncement de ces clernîères s'est répâé èlkëz UbtÈ à tan moment donné de notre histoire. Jetons un regard sur les sociétés primitives de l'Asie, de TAfiriljue et du Nouveau-Monde : nous les trouvoiis toutes enveloppées dans des formes civiles et rdigieuses auxquelles nos sociétés européennes ont tMu petidant

quelques siècles , mais dont elles se sont détachées aujourd'hui par leurs développemens. La théocratie, la division par castes, l'usage des hiéroglyphes, qui forment autant de traits distinctifs des civilisations de l'Inde, de la Chine, de la vieille Egypte et du Mexique, se retrouvent chez nous dans la société dix moyeu âge. Toute la différence entre l'histoire de ces races et le mouvement de la race caucasiqùe, c'est que les peuples jaunes ou noirs se sont fixés sur des institutions que nous avons temporairement subies et rejetées. 11 ne faut pas comparer l'organisation Sociale dé^ peuples inférieurs avec celle des peuples supérieurs, à leur état d'achèvement ; niais il faut rapprocher là maturité des uns de l'enfancedesautres, et l'on voit naître alors de nombreux caractères qui se correspondent.

Nous ne devons, d'ailleurs, pas oublier que chaque groupe humain a une puissance de formation quilùî est propre. Dans là naissance des sociétés comnié dans la création des animaux et cïes races, on rémarque des intervalles de temps qui établissent la différence de Fùne à l'autre. Les États-Unis, fondés les derniers dans ce mouvement de rotation que là civilisation décrit autour de la terre, présentent fes caractères renforcés du type général de la racé bïanche el du rameati de cette race dont leurs populations se sont détachées. Un dés caractères, par exemple, de la race blanche, c'est le sentiment de la liberté. A peine a-t-elle touché le sol de notre continent qu'elle y oepose le principe de l'élection. Ce principe, qui l'a suivie dans les diverses phases de son état social , a revêtu toutes ses institutions civiles et religieuses dfe

ces formes extraordinaires que n'avaient jamais connues ni la race noire, ni la race jaune. Tandis que le Mongol languit sous la stabilité d*un état tyrannique et absolu , le Celte et le Teuton primitifs ont renouvelé plusieurs fois leurs chefs, leur monarchie, leurs lois. Le principe de l'élection, qui, en Europe^ a créé les gouvernemens constitutionnels, se développe à mesure que la race blanche avance sa marche circulaire à la surface du globe : il donne alors naissance, sur la terre du Nouveau-Monde, à une démocratie qui n'est point représentée dans notre continent, du moins sous les mêmes formes.

Les rapports géographiques ne doivent pas non plus être négligés dans le tableau de la configuration des peuples : l'histoire de l'homme se lie partout à celle du globe qu'il habite. Le morcellement de TAllemagne, par exemple, est une suite du mélange des Germains avec les Slaves et de l'état accidenté de son territoire. Ces montagnes, ces fleuves, ces profondes vallées qui brisent l'unité du sol, ont également déchiré l'unité politique en une multitude de petits Etats. La France, qui est au contraire douée d'un système géographique admirablement homogène, a aisément ramené sa population à une seule existence nationale. Strabon, en se fondant sur des considérations tirées de la surface topograpbique des Gaules, avait prédit la centralisation à venir de notre pays. Nous pouvons, en nous établissant sur la même base, prévoir les changemens que les chemins de fer amèneront. Ce n'est rien avancer de neuf que de dire qu'ils achèveront l'unité nationale des grands Etats

de l'Europe. En Allemagne, ce qu'on nomme à cette heure le type slave germanisé n'existe encore qu'à l'état d'ébauche. Les obstacles opposés par la nature des lieux à la communication des divers rameaux qui constituent les deux races ont puissamment contribué à maintenir leurs caractères respectifs, et avec eux les principaux traits de leur nationalité. L'ui^lé de la France existe en principe, mais existe-t-elle en fait? Les provinces du midi n'ont pas les mêmes intérêts que celles du nord , la Normandie ne parle pas la même langue que l'Alsace, Bordeaux ne tient à Paris que sur la carte. La révolution, la république une et indivisible,^ ont passé au-dessus de la tête des populations de l'ouest sans rien déranger à leurs mœurs, à leurs habitudes, à leurs croyances d'il y a deux siècles. Ouvrir la Bretagne, y faire pénétrer des voies de communication et de progrès, ce sera conquérir une seconde fois l'Armorique au royaume de France. Les chemins de fer, en rendant plus centrale la position de Paris, sèmeront l'enseignement dans les provinces incultes ; où ils passeront la lumière sera. Or, quand la France entière saura lire, quand toutes ses parties seront rattachées entre elles par les liens de l'intelligence et du commerce, quand son territoire, déjà si compacte, aura renversé la barrière matérielle des distances, quand Marseille ne sera plus qu'à deux jours, et peut-être même à vingt-quatre heures de Paris, l'unité morale, poHlique et industrielle de notre nation deviendra complète.

L'action cohérente des chemins de fer ne s'arrêtera pas toujours aux limites nationales. Nous croyons

que les Etats du centre de l'Europe sont destinés à s'asseoir sur une assiette plus étendue. Les chemins de fer concourront à effacer certaines divisions arbitraires contre lesquelles la guerre a été impuissante. Jusqu'ici les grands royaumes ont joui d'une existence assez fixe; mais entre eux s'enclavent de petits Etats dont le territoire sert sans cesse de point de rencontre à l'ambition de leurs voisins. L'incertitude de leur destinée toujours flottante est une suite de la tendance que manifestent les nations à régler leurs limites sur celles des races. Nous effacerions de notre mémoire le souvenir des faits historiques, qu'avec la seule connaissance des races et de leur gisement nous découvririons aisément sur la carte les points du globe sans cesse entamés par la guerre et les points intacts. Les pays où la race présente une surface considérable, uniforme, compacte, bien tranchée, ont été épargnés par le fléau, sauf les cas très rares d'invasion en masse. Au contraire, tous les endroits placés sur la transition d'une race à une autre ont subi ces guerres intermittentes qui déplacent indéfiniment Texistence nationale. Participant à-la-fois des deux types voisins dont ils réfléchissent la puissance, les habitans de ces petits États ont une nature hybride; la mobilité de leur patrie est une suite de l'incertitude de leurs caractères. Si maintenant nous cherchons les parties du globe sur lesquelles la grande vitalité des chemins de fer devra s'établir, nous trouveronsi que ce sont précisément celles-là. La guerre, ayant été dans le passé le seul moyen de communication, nous dessine la trace que l'influence de la

vapeur doit parcourir. Ces petits Etats intermédiaires, si souvent sillonnés par les boulets, et dont Tinaportance est philosophiquement très grande, ont été les premiers à se couvrir de voie^ de conâmunication perfectionnées. Terrains d'assînailation dé cTeux races, la Belgique, par exemple, la Bokême, la Hongrie, nous semblent destinées à devenir, par l^établisseiheht des chemins de fer et des canaux, les points d^attach j de Tunité européenne. Grâce aux nonibreux rapports des races qu elle confine, la nationalité de ces petits Etats se fixera d'elle-même lorsqu'un des deux èlémens de leur population mêlée arrivera à prédominer sur l'autre. Il ne sera besoin pour cela ni de l'emploi de la force brutale, ni de ces interminables guerres de partage, qui, en déplaçant, de siècle en siècle, là borne des grands royaumes, changent et déclassent arbitrairement les destinées de leurs voisins. Quand Tesprit et le sang d'un peuple pénètrent dans un ra-' meau allié, ce dernier rentre naturellement dans lès limites de la race dont il finit par revêtir les caractères. L'événenaent qui doit le réunir arrive tôt ou tard, mais il arrive. Les forteresses, les lignes défensives, les ouvrages et les barrières élevés par la main des gouverneméns n'y peuvent rien ; l'opinion et l'inslinct de la nature les renversent. On a dit que les chemins de fer étaient des voies stratégiques; ils sont mieux que cela : ces lignes qui établissent des rapports croisés suV tous les points où les rivalités des grandes monarchies s'exerçaint, ne favorisent pas là guerre, elles la préviennent.

Quelques philosophes, voyant venir de loin ce fait

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du mélange des races, ont cru que les caractères des peuples se confondraient les uns dans les autres. C'est une erreur. Il existe bien un grand nombre de germes, dispersés à la surface du globe terrestre, et qui tendent tous à se développer selon des lois particulières; delà réunion de ces germes résultera plus tard l'unité finale de notre espèce et Taccomplissement de ses destinées; mais cette fusion n'amènera pour cela aucune uniformité. Il est aujourd'hui démontré que les types ne s'effacent pas toujours en se mêlant : M. Edwards a rencontré en France, en Allemagne et en Italie d'anciens peuples dont les traits et les autres caractères physiques avaient survécu à la mort nationale. Ces monumens de la nature étaient demeurés debout au milieu des ruines de tous les monumens de l'art. On retrouve également sur la colonne trajane la figure de la plupart des peuples modernes qui ont succédé aux Cimbres , aux Daces^ aux Scandinaves. Le visage des Huns , ce visage qui intimida l'Europe par sa laideur, n'est point perdu: M. Edwards l'a vu reparaître dans la Hongrie. La nature ramène quelquefois tout-à-coup au sein delà population la plus mêlée des types qu'on aurait pu croire anéantis : la tête de Charles X reproduisait les formes exactes de la race franke. Nous ne devons donc pas craindre que les traits des nations modernes s'altèrent de sitôt. M. Serres croit en outre à l'existence d'une force inhérente au sol qui détermine la forme générale des habitans. La terre de France, selon lui, fait des Gaulois, comme celle de la Grande-Bretagne fait des Anglais , comme la nature du Nouveau-

Monde, à peine ébauchée, produit des fils à son image. Nous avons donc dans la force interne du type et dans la force extérieure des milieux une double cause qui concourra long-temps à maintenir les caractères des peuples. L'unité des races en augmentera au contraire la variété. Quand les races sont pures, le même tempérament, les mêmes caractères se dessinent à grands traits sur tous les citoyens d'une nation : un Chinois ressemble à un autre Chinois. Si quelques individualités se détachent par hasard de la masse^ comme Gengis, Attila, Tamerlan, c'est qu'elles représentent le mongolisme élevé à sa troisième puissance; l'homme le plus fort est alors celui qui réfléchit le mieux le type général de la race. Quand c'est l'inverse qui a lieu, c'est-à-dire quand on observe une race très mélangée , on voit au contraire que les individus correspondent chacun à des groupes, à des familles humaines, dont ils ont emprunté en naissant les caractères, et dont ils reproduisent les dispositions morales. Cette répétition des races dans les individus est un grand fait de philosophie naturelle. La France, dans laquelle la race celtique s'est personnifiée, a un tempérament moyen, qui donne le tempérament primitif des Gaulois; mais à cause de ses nombreux rapports avec les autres races, elle se trouve avoir en elle un grand nombre d'autres types et constituer, pour ainsi dire, une huma* nité en petit. C'est à ce mélange qu'elle doit sa supériorité.

Nous ne sommes pas de ceux, comme on voit, qui rêvent une monarchie européenne; les seuls carac-

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tères (les races suffiront à maintenir pendant longtemps la division des États. Chacune de ces races a im mouvement particulier ; elle s'avance vers la réalisation d'un type qui lui est propre/Ce qu'on nomme le génie d'un peuple n'est que l'ensemble des caractères physiques et des facultés morales qui le distinguent d'un autre peuple, qui lui donnent une forme, une vie relative. L'existence de ces variétés naturelles constitue le sol sur lequel les institutions sociales posent leur fondement. L'histoire nous présente un balancement alternatif des races qui fait que tantôt l'une^ tantôt l'autre, se met à la tête du mouvement de la civilisation. Ce balancement ne permet pas à une de celles qui existent maintenant en Europe de s'établir d'une manière fixe sur ses rivales; c'est ce qui entretient l'équilibre des sociétés modernes. Avec le temps, l'une de ces races finira-t-elle par arrêter sa prédominance, et par donner, en quelque sorte, sa figure au monde? Nous n'élèverons pas jusque-là nos prévisions. A défaut de cette unité systématique de royaume, nous croyons que les peuples, en rapprochant leurs communications, formeront naturellement une même famille. On retrouve, dans les nombreux types de la race blanche, une empreinte indélébile qui se remontre à travers toutes les variétés, et qui semble être la trace d'une commune origine. Une langue universelle, dont les débris sont répandus dans nos langues modernes, et qui remonte jusqu'aux bouches du Gange, doit avoir présidé au berceau de notre race. Ces liens de parenté ne sont du reste pas les mêmes pour tous les habitans modernes

de l'Europe. On sait qu'il existe entre les races de notre continent des sympathies et des antipathies. Nous croyons que ces instincts , qui concourent souvent à former le sentiment national, sont des avertissement utiles de la nature. Cette mère sage a interposé des inimitiés dans le cœur des races qui se dégraderaient en se mêlant , tandis qu'elle a mis au contraire des inclinations dans le sang des races qui doivent s'élever par leur commerce. La loi de ces attractions et de ces répulsions nationales étant ainsi déterminée, nous avons un moyen pour juger les entreprises de la guerre qui seules ont fait communiquer les peuples durant les âges de barbarie. Il existe des conquêtes arbitraires et des conquêtes naturelles. Les conquêtes naturelles sont celles qui, par l'union de deux races en mouvement l'une vers Tautre, doivent concourir à l'avancement de la civilisation ; les conquêtes arbitraires sont celles qui agitent et confondent les peuples pour satisfaire l'amour-propre d'un homme ou d'une société. Les unes se sont généralement maintenues, les autres ont été renversées. Les peuples qui travaillent à défendre leur nationalité travaillent presque toujours à conserver en eux les élémens dont l'existence est nécessaire à la nature pour achever l'espèce humaine. C'est alors que la guerre est sainte. Il y a dans l'histoire un grand spectacle, c'est Vercingétorix en face de César, la Gaule et Rome. La race gauloise maintenait en elle par les armes un des germes de la civilisation future; elle fut vaincue, mais non soumise. L'indépendance des caractères celtiques se dégagea plus tard de la lutte; leur conservation survé-

eut même à la conquête et au conquérant. Dans ces derniers temps , Terreur de Napoléon et l'une des principales causes de sa chute fut d'avoir voulu amalgamer dans la victoire des races hétérogènes qui n'étaient point du tout préparées à s'unir. L'houimele plus fort ne j)eut rien contre la force de la nature, et toute entreprise qui violente les rapports des races entre elles échappe à la main de son auteur. Les chemins de fer, en ouvrant à travers l'Europe un champ de bataille pacifique, doivent augmenter l'action des influences morales. Le résultat des voies de communications nouvelles sera de remplacer les conquêtes par des alliances. La loi qui présidait aux unes présidera nécessairement aux autres. La force d'assimilation des races se trouvera plus que doublée par les fréquens rapports qu elles auront entre elles; mais nous ne croyons pas que cette force agisse jamais en sens inverse de son principe. Il existe à certaines alliances des obstacles que les chemins de fer eux-mêmes n'effaceront pas aisément. Un système de voies de communications à vapeur, fondé sur les rapports naturels des races, serait le seul profitable aux intérêts de l'unilé européenne.

L'entrelacement des rameaux détachés à Torigine des montagnes de l'Asie rend fort difficile, chez les peuples modernes, la distinction de leurs caractères. Nous voyons pourtant encore se dessiner assez bien les principaux contours des races dans la configuration des grands États. A l'orient de l'Europe, parmi les glaces qui le couronnent, se dresse lecolosse slave; à l'occident, la tête encore cachée dans les forets du

Nouveau-Monde, un autre géant se dessine avec des caractères de teutonisme. Entre la Russie et la république des États-Unis, s'étendent des nations formées^ les unes des débris de la race celte, mêlée aux restes de la population romaine, les autres issues des différentes couches de la migration germanique. L'antagonisme entre les peuples du nord et ceux du midi de notre continent a sa racine dans cette diversité d'origine. Au contraire, une certaine analogie de dispositions morales se manifeste dans les peuples issus de la même souche ou formés à-peu-près des mêmes élémens. Il est à remarquer, en effet, que la réforme religieuse s'est établie avec une notable rapidité sur toutes les nations d'origine teutonique, l'Allemagne, l'Angleterre, les États-Unis; tandis qu'elle n'a jamais exercé qu'une action très passagère et très restreinte sur le groupe gallo-romain, c'est-à-dire la France, l'Italie et l'Espagne. Cette même opposition simultanée existe dans les mœurs et les aptitudes des deux groupes. Le Teuton a un courage froid, une force particulière pour lutter avec les obstacles matériels; il a devancé, dans la confection des 'chemins de fer, tout le groupe latin ; il a donné au Nouveau- Monde son peuple de défricheurs. Le caractère celtoromain brille au contraire par l'impétuosité «lu premier choc; il est toujours à la tête du mouvement quand il s'agit de tirer l'épée ou de renverser des barrières dans le monde moral ; mais une force qui résiste est assurée de le vaincre. 11 aime mieux lutter avec les hommes et avec les idées qu'avec la nature, parce qu'il sait que les obstacles du

monde matériel ne s'enlèvent pas à la baïonnette. La France est la représentation la plus avancée de ce type brillant; mais elle a avec l'Espagne et l'Italie des liens intimes qu'il ne faut pas négliger. La main de la nature a gravé sur ces trois nations des traits de famille. Le fond de leur population est àpeu-près le même. La race celtique, après avoir inondé les Gaules, s'est étendue sur l'Espagne, où elle a refoulé les Ibères dans le fond de la Péninsule. La moitié de Tltalie était celtique; tout le monde sait qu'il y avait une Gaule au-delà des Alpes. Cette première couche a été recouverte, mais non effacée, par des invasions successives. La domination romaine a donné son empreinte à ces trois pays ; plus tard, l'invasion germanique a glissé sur eux sans y laisser beaucoup de traces. On peut donc dire que la France, l'Italie et l'Espagne ont un caractère analogue ; nous n'entendons pas dire uniforme. Ces trois zones de peuples ressemblent à l'arc-en-ciel , dans laquelle chaque couleur fondamentale se mêle aux deux autres sans pourtant s'y confondre. L'affinité des langues est un lien de plus; le français, l'italien et l'espagnol constituent un même idiome, modifié par les caractères respectifs des trois nations. 11 résulte de ces traits de ressemblance, au physique comme au moral, une véritable sympathie. Les guerres entre la France et l'Espagne se sont toujours établies sur des points d'honneur, jamais sur des questions d'intérêt; pour les nations qui constituent le groupe latin, l'intérêt, c'est de s'unir. Si nos guerres de l'empire ont rencontré dans la péninsule ibérique ime vive résis-

tance, c est qu elles venaient détruire ou bouleverser les institutionsdupays. L'Italie nous a toujours tendu les bras dans ses momens de détresse ; depuis Charles Vlli et trançois V^, noire intervention a été regardée, au-delà des Alpes, comme un moyen de délivrance. tJne des causes de là grandeur de Napoléon fut d'avoir réiini dans sa personne et dans son origiite les caractères de ces trois peuples. La Corse est, en effet, le terrain d'assimilation de la race celtique, ibériènneet néo-latine. Aussi, toutes les fois que Bonaparte à tourné les pas de nos armées vers son berceau, il a constamment été heureux. Les destinées de remperèiir et celles de la France étaient du côié du soleil.

Le chemin de nos conquêtes dans le passé doit nous tracer cehii de notre influence dans l'avenir. A t3îeu ne plaise que nous conseillions de restreindre le réseau de. nos communications avec l'Allemagne et avec l'Angleterre ; niais tious croyons que les lignes de fer destinées à asseoir notre alliance thoralie, industrielle et commerciale , sur l'Espagne et l'Italie méritent en quelque sorte la priorité. Or, ce sont précisément celles qui ont été le {iliis négligées jiisqu'ici.

La ÎFrance est liné des nations les plus intéressées dâiis l'établissenient des voies de fer. Sa position centrale liii dohhéun grand avantage; chemin de transit de l'Atigletèrre vers l'Afrique, dé rAllemagnè et de là Russie vers lé Nouveau - Monde , elle ouvre des communications immenses. Son territoire mitoyen, sur lequel le sang des peuples ira se mêlant d'un monde k l'autre, devient comme le sol de l'unité des

Ji^{) LE JARDIN DES PLANTES.

races. Cette situation géographique est admirable. Les lois, les mœurs, les institutions, s'accommodent toujours chez un peuple à la somme des développemens qui lui est dévolue , et cette somme augmente en raison des forces nouvelles qu'il puise dans l'union avec les autres peuples. Ces emprunts entretiennent la vie des races et la vie des Etats. Plus les nations se mêlent , plus la richesse du fonds social dans lequel puise la nature pour former les individus se trouve augmentée. Les chemins de fer ouvrent à la supériorité des races qui couvrent notre continent un vaste champ-clos d'influences et de conquêtes. Ces conquêtes-là ne coûtent pas de larmes à l'humanité : les vainqueurs et les vaincus en recueillent également les fruits. La France n'a d'ailleurs rien à craindre dans cette lutte. Tête de cette gigantesque colonne qui s'est détachée un jour des hauteurs de l'Asie , la famille celtique est celle dont les caractères expriment le mieux le type de la race caucasique. La première fois quel le apparaît dans l'histoire, c'est pour brûler le Capitole. Elle lutte contre Rome pendant des siècles, et quand Rome est tombée, elle lui succède. Les Français ont aujourd'hui la figure et le tempérament des anciens Romains. Les autres races du Nord sont physiquement inférieures à la nôtre ; les Germains sont robustes, la famille slave est envahissante comme toutes les races jeunes ; mais par l'Allemagne et la Russie , on voit arriver de loin la figure du mongolisme. La France a surtout hérité de la puissance romaine un caractère d'initiative qui la distingue. Quand les philosophes ont cherché un motif à l'acte

de la création, ils n'en ont pas trouvé de meilleur^ sinon que le principe de la vie avait eu besoin de se communiquer. Ce besoin , qui chez Dieu détermine le mouvement créateur, devient dans l'humanité l'agent du progrès. Il y a des peuples qui communiquent, il y en en a d'autres qui absorbent : Carthage absorbait comme l'Angleterre, Rome communiquait comme la France.

Les Romains portaient partout avec eux la civilisation; ils construisaient des fontaines, des routes, des ponts, des canaux chez les peuples vaincus; ils leur transmettaient leur langue, leurs lumières, leurs connaissances. L'intensité des caractères diminue chez une race à mesure qu'elle étend et généralise ainsi sa présence à la surface du globe. A force de faire participer les nations étrangères à sa propre existence, la race latine, dans laquelle toutes les autres avaient mêlé leur sang, a fini littéralement par s'évanouir dans ses conquêtes. Cette cause de décadence de la grandeur romaine , quoique passée sous silence par Montesquieu , nous semble la plus forte de toutes : Rome est morte pour le salut de l'humanité. La France a visiblement la même tendance; elle est douée d'un mouvement d'expansion extraordinaire* On a dit que le Français n'était pas un peuple colonisateur; on pourrait même presque dire qu'il n'est point conquérant, en ce sens qu'il ne sait point conserver ses conquêtes. En effet, c'est moins la possession qu'il recherche dans la victoire que rinfluence à exercer sur le monde* l4t Français est, qu'on nous passe le mat, un peuple missiconaire* U aélé guidé

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