‹ ParisChapitre 2 sur 12 · MUSÉUM D'HISTOIRE NATURELLE · texte numérisé non relu

MUSÉUM D'HISTOIRE NATURELLE

cipes se sont attaqués avec ardeur et se mesurent encore : peut-être le moment d'un traité de paix est-il arrivé. Les travaux de l'auteur du Règne animal étaient nécessaires pour terminer glorieusement et splendidement les époques d'analyse; ceux du créateur de l'anatomie philosophique en France ne sont pas moins utiles pour préparer l'avènement des idées générales dans là science. Les esprits exacts qui aiment par-dessus tout la netteté, l'ordre, la précision mettront rhomme dont nous venons d'écrire la vie au second rang ; ceux au contraire qui iiennent plutôt compte des déductions brillantes et du pressentiment intuitif des choses lui donneront la préférence sur son rival. Le révélateur, le poète, le devin de la science au commencement du xfx® siècle, vates, ce n'est pas Cuvier, si admirable d'ailleurs, c'est Geoffroy. Leurs mémoires^ voilées de deuil, s'élèvent toutes deux entre l'âge des classifications qui finit et l'âge de la recherche des lois de la nature qui commence : quand les anciens voulaient fixer les limites intermédiaires de deux régions, ils y plaçaient des tombeaux.

T. — liai aclael da Nuséam d^hisloire nalarelle.

Nous avons vu le Jardin des Plantes sortir régénéré d'un vote de la Convention nationale. Cet établissement, qui avait langui durant près d^un siècle, sans réglemens fixes, sans lois précises^ dont les savans, inégalement traités, n'avaient pas même le droit

d'appeler auprès d'eux, à titre de coopérateurs , les hommes les plus distingués par leurs lumières; cet établissement, dis-je, s'élève tout-à coup du sein des ténèbres, et jette sur la marche des sciences naturelles un éclat qui s'accroît chaque jour. Un des articles du décret conventionnel avait disposé que le Muséum serait en correspondance avec tous les établissemens analogues qui existent dans les départemens. Cette loi, éclose d'une délibération de quelques heures , 4 la suite d'un entretien intime^ au plus fort des évéïiemens révolutioimaires^ est donc, comme nous l'avons dit,cellequirégitau]ardindesPlantes,etparsuitedans toute la France , on pourrait même dire dans toute l'Europe savante, les destinées de l'histoire naturelle. Il y a, dans la force même des choses, un mouvement particulier qui consiste à isoler chaque branche d'instruction du tronc primitif de la science. C'est à ce mouvement qu'il faut attribuer les changemens survenus dans l'acte de fondation qui régla, en 1793, les destinées du Muséum d'histoire naturelle. D'anciennes chaires se démembrèrent par suite des progrès qu'avait faits l'objet de chaque enseignement; de nouvelles se fondèrent sur les développemens qu*ODt pris dans ces dernières années les idées générales ; il en résulte que le nombre des professeurs, fixé d'abord à douze, s'élève maintenant à quinze, sans qu'il soit possible de l'arrêter dans l'avenir à ce chiffre déjà très considérable (i). Les embellissemens du jardin

(i) Voici en quelques mott Thistoire de ces variations et de c »w>»^.^, meiu dans le corps enseigoant du Muséuou La première orgaoîsatioii éliitg

MDSÉtTM D'HISTOIRE NATURELLE. 4t4

et du Muséum ont suivi la même marche. Chaque professeur étant tenu à administrer la partie de VétabKssement qui relève naturellement de ses fonctions, ce petit monde a dû s'élerer et s'accroître avec left progrès mêmes de la science. Parmi les fondations 4{ui appartiennent à la renaissance du Jardin des Planfedy les plus importantes, sans contredit, sont celles de la ménagèrie> du musée géologique^ et du ■lusée d'anatomie comparée.

» I/aréhitecture vint au secours des progrès de V histoire naturelle pour donner à l'établissement la figure tEionnmentale qui lui convenait. C'est en i834 , M. ThienS étant ministre , et M. Geoffroy Saint-Hilaire étant doyen des professeurs, que le gouvernement réalisa le projet utile de bâtir de nouveaux palais à la sciefice. Aujourd'hui le Jardin des Plantes embrasse tous les règnes delà nature; sous ses constructions de verre, aériennes et légères comme des demeures de féetf, il ^îouvre sans les cacher les arbres exotiques, et

Tavons dit , de douze chaires; il en fut ajouté une après coup (Reptiles et Poissons)^ par suile du démembrement de la chair des Vertébrés : ce fitl Ijwépède qui i*occupB. Le nooibre des professeurs Mvint ensuite au chiCfre éê doBié , i caute de la suppression de la chaire A' Iconographie , confiée* daos rorigine^ à Vanspaendoiick , peintre du cabinet. Les officiers du jarain ayant trouvé que les arlistes ne concordaient pas assez bien avec M srivMu y a? remplaça le tiluiaire mort par dent maîtres de dessin, ûmplement attachés à radmiuislration : ce furent Uuet et Redouté, ('un pour M iDiDiàiii et l'autre pour les végétaux. A la mort de Lamarck , on divisa la dMiire de« Aitmmudb sans vertèbres en deux chaires , l'une pour fhistoire des lâseaies et des Articulée^ l'autre pour l'histoire des Mollusqiwi et des Zoo^ phjtet : It première fut donnée à Latreille, la seconde à îd. de Blaiuvilie. Yoilà le nombre des professeurs du Muséum reporté à treize. Enfin , deux .H(Nif elles chaires furent créées dans. ces derniers temps, l^ae de Physique pour M. Becquerel, l'autre de Physiologie comparée pour Frédéric Cuvier ; e*ert ceUe fu*occupe maintenant M. Flourens.

442 LK JAKDIN DES PLASITES.

]es chauffe aux plus tièdes ardeurs de notre soleil languissant; dans les cages à barreaux de fer de sa ménagerie^ il enferme les animaux féroces et soumis ; dans les vastes bàtimens du Muséum , il nous montre les dépouilles de la nature morte et conservée par la main des hommes; dans les salles de géologie, il tient en sa puissance les trésors d'un ancien monde enfoui et retrouvé. L'étabhssement est une nouvelle arche de Noé où tous les êtres de la création sont représentés. Un professeur commis à chaque sorte de production naturelle veille pour en maintenir et en accroître le dépôt. Un déluge de barbares viendrait à couvrir le monde civilisé des flots de l'invasion et des ténèbres de l'ignorance, que l'univers, actuellement connu, se sauverait une seconde fois, dans l'intérieur de cette arche, et se maintiendrait au-dessus du cataclysme, tant que le Jardin des Plantes demeurerait debout.

Si nous cherchons à résumer l'histoire du Jardin des Plantes, nous verrons que cette création a eu, comme la nature, dont elle est la représentation amoindrie, de véritables époques. A chacune de ces époques se rattache im nom qui la résume et la caractérise; nous avons ainsi l'époque Gui la Brosse , c'est celle de la fondation; l'époque Fagon, l'établissement se régénère; l'époque Buffon, le Jardin des Plantes grandit et se transforme; l'époque Lakaoal, le Muséum d'histoire naturelle se refonde sur une idée politique d'unité ; l'époque Cuvier, l'institution s'accroît et procède sans relâche au solennel enregistrement des choses créées; l'époque Thiers, la magni»

MUSÉUM D'HISTOIRK NATURELLE. 143

ficence des bâtiméns égale en quelque sorte la majesté de la nature; enfin , l'époque Geoffroy Saint- Hilaire ; c'est l'âge des larges conœptions et des vues raisonnées sur l'ensemble des lois qui président à Téconomie universelle des êtres. Ce dernier âge ne fait encore qu'apparaître : il recevra des travaux modernes une extension croissante; peut-être même les recher<' ches d'hommes étrangers au Muséum doivent-elles concourir, par un autre ordre de lumières, à l'achèvement ^e cette philosophie de la science.

Nous ne dirons rien de la distribution ni des curiosités du jardin : on peut chercher ces détails ailleurs. Une seule circonstance attire chemin faisant notre attention , c'est l'élévation de terrain, autour de laquelle règne une allée en spirale, bordée d'arbustes, et qui conduit à un belvédère. Cette petite colline, qui fait maintenant un des ornemens du jardin, était autrefois connue sous le nom de Bute des Coupeaux : sur cette butte était un moulin à vent qui agitait ses ailes. Sauvai nous apprend que ce fut de son temps qu'on enferma le champ avec le monticule dans le Jardin des Plantes. L'origine d'une telle élévation est assez curieuse pour être rapportée. L'habitude d'entasser en certains endroits des débris de tout genre, forma, avec le temps, dans la ville de Paris, des collines de gravois, des montagnes d'immondices , auxquelles on donna le nom de buttes, de voiries, de mottes, de monceaux. C'est à de semblables amas que durent leur existence la butte Saint-Roch^ jadis rivale de Montmartre, aplanie ensuite sous Louis XIV; un village entier nommé le village de I. f

444 LE JARDIN DVê PLANTES.

Villeneuve-de-Gravois, et construit sur une hauteur, le monceau Saint-Gervais, la motte aux Papelards, et enfin la butte aux Copeaux. Ces collines artificielles, ouvrages lents et fortuits de la main de Thomme, ont eu pour résultat de changer la configuration primitive du sol de Paris. De tels ehangemens (et c'est la raison pour laquelle il convient de les signaler ici ) présentent» dans l'intérieur de la grande ville , une faible image des formations naturelles qui, sur une bien autre échelle ^ et dans des temps très anciens, ont refait, bossue, accru, bouleversé la physionomie antique du globe.

A présent que nous avons jeté un regard sur l'histoire générale du Muséum d'histoire naturelle, nous allons entrer dans chacune des grandes divisions de l'établissement, qui représentent une branche de la science. Le Muséum comprend en effet dans son unité toutes les variétés des trois règnes. Au milieu des richesses de la nature dont cet établissement est pour ainsi dire le bazar, de cet ensemble d'êtres vivans ou conservés qui ont fait du Jardin des Plantes un petit monde dans le grand, l'esprit aime à se reposer avant tout sur une division morale. Il y a une ligne qui sert de limite intermédiaire aux deux grandes époques de la création ; et cette ligne , c'est le déluge. Les naturalistes reconnaissent deux systèmes d'animaux , et, comme ils disent, deux zoologies : l'une qui s'étend depuis l'origine du monde jusqu'à la grande el der^ nière inondation qu'on suppose avoir recouvert le globe; l'autre qui se montre à partir de cet événement jusqu'à nos jours. lia première est la zoologie antédi*

Page 1