LA SEINE ET LE VII« ARRONDISSEMENT VUS DU TROCADERO
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LE PALAIS-BOURBON. — 23° quartier : SAINT-THOMAS-D'AQUIN. — 26^ quartier : INVALIDES, 27« QUARTIER : ÉCOLE MILITAIRE. — 28« quartier : GROS-CAILLOU.
ROIS siècles ont concouru à la formation de cet arrondissement, dit le Palais-Bourbon : le xyii^ a vu se créer les deux premiers quartiers, le xvih% les deux autres, le xix« enfin, et surtout depuis les Expositions universelles, a déterminé, aux abords du Ghamp-de-Mars, un mouvement de constructions importantes, mondaines, qui ont changé les solitudes d'autrefois en un séjour fort apprécié. Le VII« arrondissement est limité au Nord par la Seine ; à l'Est, par l'axe du pont du Carrousel, de la rue des Saints- Pères et de la rue de Sèvres, qui le séparent du VP arrondissement et du XV« arrondissement pour la partie de la rue de Sèvres, comprise entre le boulevard du Montparnasse et l'avenue de Saxe; au Sud, par Taxe de l'avenue de Breteuil, de la place de Breteuil et de la rue Pérignon ; à l'Ouest, par l'avenue de Sufîren.
Sa population qui, au dernier recensement, n'atteignait pas tout à fait 100,000 habitants, appartient en grande majorité à la catégorie des heureux de la fortune ; la classe ouvrière ne s'y trouve que dans certaines parties des quartiers du Gros-Caillou et de l'École militaire, et pour une part assez faible.
Quartier Saint-Thomas-d'Aquin. — Les imposantes façades du quai Voltaire semblent annoncer et faire présager le caractère aristocratique de tout le quartier. Jadis, ce fut le quai des Théatins, parce qu'un couvent de cet ordre y était installé depuis 1648, sur l'emplacement des maisons numérotées de 15 à 21. Le 30 mai 1778, Voltaire mourut au n«23, à l'angle de la rue de Beaune, ainsi qu'en fait foi une
inscription apposée par la Ville de Paris, et le 4 mai 1791, le Conseil municipal de la Commune de Paris donnait au quai des Théatins le nom de l'illustre écrivain.
Charles Boucher d'Orsay était prévôt des marchands lorsque, en 1704, un arrêt du Conseil d'État prescrivit l'ouverture d'un quai sur la rive gauche de la Seine, à partir de la rue du Bac jusqu'à 400 toises {200 mètres) plus bas. C'est la partie que nous avons vue se transformer le plus complètement depuis quelques années. En 1894, le café d'Orsay, qui faisait le coin de la rue du Bac, a fermé ses portes pour ne plus les rouvrir, en dépit d'une célébrité longue et paisible, qu'Alfred de Musset avait consacrée avant de prendre ses habitudes à la Régence, et à laquelle une certaine affaire Santerre, en 1879 (nous parlons pour les vieux Parisiens), avait donné une note fortement pimentée. A côté, est la Caisse des dépôts et consignations, institution d'État qui date de 1816; l'entrée principale est sur la rue de Lille. A l'hôtel des Mousquetaires gris, avait succédé une caserne de cavalerie placée sous le vocable de Bonaparte. Son emplacement est recouvert par la partie orientale des bâtiments de la nouvelle gare d'Orléans. Le beau palais de la Cour des Comptes, enfin, bâti si soigneusement par Lacornée, décoré si luxeusement des fresques de Chasseriau, a disparu à son tour. Ses ruines, encore qu'elles fussent le plus lamentable témoin de la guerre civile de 1871, avaient fini par devenir très parisiennes; les poètes les célébraient, les botanistes trouvaient une flore inconnue dans l'épaisse végétation que vingt-cinq années y avaient laissé croître ; la zoologie se flattait d'y rencontrer des espèces rares, et, comme les poètes, les oiseaux y chantaient.
Au cours de Tannée 1895, la restauration do Fédificc, avec son ancienne destination, avait été votée, une cominission de concours instituée (arrêté ministériel du 18 mai), les archi-^ tectes invités à concourir, un lauréat — M. Moyaax - - pro-clamé; tout cela faisait croire à un prochain accoDiplissoinciU de l'œuvre; mais, peu après, la compagnie d'Orléans entrait en pourparlers avec le gouvernement pour acquérir, au prix de 10,506,000 francs, les terrains de la caserne et de la Cour des Comptes, afin d'y édifier une gare terminus plus centrale, et finalement, dans sa séance du 9 novembre 1897, le Sénat donnait la ratification suprême à cette convention.
Les riverains des quais, du pont Sully au pont Royal, ont déjà oublié ce que leur a valu d'ennuis la construction de la ligne, entièrement souterraine, qui a coûté à la Compagnie une somme de 50 millions environ, et la nouvelle gare d'Orléans s'est dressée au quai d'Orsay.
Magistralement construite par M. Laloux, elle offre un point de vue des plus agréables aux promeneurs du quai de l'autre rive. Sa façade est surmontée des statues des trois villes principales du réseau :
Bordeaux^ par M. Hugues, Toulouse^ par M. Marqueste, Nantes, par M. Injalbert.
La décoration intérieure est due , de même, aux meilleurs artistes. Un hôtel terminus, contenant plus de trois cents
« numéros », prend jour sur les rues de Lille et de Bellechasse. De ce fait, la rue de Poitiers, qui n'avait pourtant que 200 mètres de longueur, a été raccourcie juste de moitié; entre la rue de Lille et la Seine, elle n'existe plus. Dans quelques siècles, les étymologistes seront tentés d'attribuer son nom au voisinage de la gare qui dessert le Poitou, en quoi ils se tromperont car, au xvn^ siècle elle existait déjà et s'appelait rue Potier.
La rue du Bac est la voie la plus ancienne d'un quartier qui, nous l'avons dit, n'est pas vieux. Elle date de la seconde moitié du xvi^ siècle. C'était alors un simple chemin de terre, ouvert à travers le Pré-aux-Clercs, et servant exclusivement au transport des pierres extraites des carrières de Vaugirard et de Montrouge pour la construction des Tuileries. Ces matériaux passaient la rivière sur un bac, d'où le nom de la rue. Au siècle suivant, des communautés religieuses se créèrent à Paris avec une ardeur qui ressemblait à de la frénésie. La rue du Bac en eut six pour sa part, dont deux sont restées, au moins en partie : le noviciat des Jacobins, fondé en 1632, est devenu le dépôt de l'artillerie et de la marine ; son église, placée sous le vocable Saint-Thomas-d'Aquin est la paroisse du quartier; le séminaire des Missions étrangères, ouvert en 1693 à l'angle de la rue de Babylone, existe toujours ; sa chapelle est ouverte aux fidèles, fort nom-
STATUE DE CHAPPE (boulevard saint-germain
MAISON MORTUAIRE DE VOLTAIRE (1, rue de beaune).
brcux dans celle région. La belle époque de la rue du Bac fut le temps de Louis XV et de Louis XVI ; le bon ton exigeait que l'on oui m\ hùUii au « faubourg Saint-Germain », comme autrefois à la place Hoyab», ci la mode n'en est pas passée. Le ruisseau i|UO regretlait M»^« de Staël — si toutefois ce n'est pas de la Seine qu'elle a entendu parler — arrose des maisons qui ont presque toutes leur histoire. La rue a, d'ailleurs trouvé son historien en la personne de M. Charles Duplomb, et pour le détail nous renvoyons à son intéressante monographie. Si les immeubles situés entre le quai et la rue de Lille paraissent beaucoup plus jeunes que leurs voisins, et ils le sont en effet, c'est parce que la guerre civile a passé par là. Six maisons furent « pétrolées » le 24 mai 1871, et n'ont été reconstruites que ci'nq ans après.
Le général Schramm, qui a sa sépulture dans le petit cimetière de la Courneuve, près Saint-Denis, où il était châtelain, habitait le n*' 24 ; il y est mort le 25 février 1884. Le n'^ 46 représente l'hôtel du fameux banquier Samuel Bernard.
Quelques pas plus loin, on croise le boulevard Saint-Germain. Ce point pourrait s'appeler carrefour Chappe, car au centre se dresse un monument élevé à la mémoire de l'inventeur du télégraphe aérien et auquel l'ajDpareil contre lequel l'ingénieur est adossé donne un aspect assez singulier.
Un peu au delà de la rue de Grenelle, à gauche, était l'une des façades du couvent des Récollettes, dont l'église désaffectée devint la salle du théâtre des Victoires Nationales, puis la salle du Pré-aux- Clercs. On y dansait; depuis, on y a fait de conférences politiques et autres. Une plaque commémorative rappelle aux passants qu'au n° 108 mourut Laplace; au n^ 120 une inscription analogue signale la maison mortuaire de Chateaubriand. Presque en face, commencent les nouvelles constructions du Bon-Marché, toujours s'agrandissant depuis la fin du second empire. A mentionner, plus bas, un autre grand magasin de nouveautés, le Petit-Saint-Thomas, dont les parchemins remontent jusqu'à 1810.
Le Pré-aux-Clercs, dont il a été dit un mot plus haut, était une vaste prairie dont l'Université et l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés se disputèrent la possession durant des siècles. La victoire resta finalement aux moines. La rue de Grenelle (chemin de Gamelles) la limitait au sud ; la rue du Bac la sépara en deux parties à peu près égales dans le sens de la largeur, la rue Saint- Dominique, dans la longueur. Hôtels et couvents commencèrent à s'y élever sous Louis XIV. Que de changements depuis lors! La rue Saint-Dominique qui, on le devine, devait son nom aux Jacobins ou Dominicains de Saint-Thomasd'Aquin, se confond maintenant avec le boulevard Saint-Germain entre la rue des Saints-Pères et la rue de Bellechasse, et dans cette section n'offre plus d'intérêt.
L'interminable opération édilitaire qui nous vaudra le boulevard Raspail est loin d'être terminée; amorcé un peu partout, il ne s'achève nulle part, et ne rend ainsi que d'insignifiants services à la circulation.
La rue de Grenelle, froide et sévère, possède une merveille au n« 57-59: FAÇADE DE L'ÉGLISE S'-THOM AS-D'AQUIN.
SEPTIEME ARRONDISSEMENT