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LE SQUARE LABORDE

France, auquel nous empruntons cette description, ouvre sur le transept, derrière le sanctuaire, par trois arcades soutenues par des colonnes en marbre rouge, à chapiteaux composites. Les tympans de ces arcades sont surmontées d'une corniche portant une grille en fer

forgé et doré, semblable à celle qui règne dans les autres parties de l'édifice, à la hauteur du triforium.

La chapelle est élevée de quatre marches audessus du sol de l'église. La hauteur de la voûte est la même que celle des voûtes de la nef. Elle est ouverte au-dessus du tympan des arcades inférieures, ce qui permet de voir de la nef la décoration de la partie supérieure. )) Cette décoration se compose de deux toiles marouflées, signées de Pierre Brisset, représentant : à gauche, V Adoration des Bergers; à droite, la Présentation au Temple.

Sur le terre -plein qui précède Saint-Augustin s'élève une statue de Jeanne d'Arc, œuvre fort remarquable du sculpteur Paul Dubois. Le socle qu'elle surmonte est pourvu d'inscriptions dont l'abondance donnerait à croire qu'il s'agit là d'une figure peu connue. C'est l'été de 1900, si fécond en

inaugurations de tout genre, qui aura présidé à celle-là encore.

La caserne de la Pépinière, enfin, clôt la liste des édifices du VIII^ arrondissement.

Nous avons parlé plus haut de la pépinière du roi, à laquelle elle doit son nom. Bâtie au xviii« siècle pour recevoir deux compagnies de gardes-françaises, elle a été considérablement agrandie sous le second Empire. En même temps, le marché de Laborde faisait place à un coquet square, succursale utile, encore que bien modeste, du parc Monceau. La fontaine qui en occupe le centre ornait déjà l'ancien marché. Ce coin de Paris s'appelait la Petite Pologne, du nom dû à une enseigne de cabaret situé au bas de la rue du Rocher.

La rue de la Bienfaisance doit son nom aux actes de dévouement qu'accomplit un médecin qui l'habitait, Goëtz, mort en 1813. Auparavant, elle s'était appelée rue de-j- l'Observance , puis rue de Rovigo. Elle n'était pas alors la voie élégante que nous connaissons aujourd'hui : dans sa séance du 9 février 1793, le Bureau de la Ville prescrivait qu'elle fût rendue « praticable ».

PARIS

HUITIEME ARRONDISSEMENT

Qaaiû'er des Œamps-ÉIpées

PARI s- AT LAS

'^ fhoi. jucvy frères.

PERSPECTIVE DU BOULEVARD MONTMARTRE séparant les IX** arrondissement (à gauche] et II^ arrondissement (à droite).

L'OPÉRA, — . 33^ QUARTIER : SAINT-GEORGES. — 34« quartier : LA CHAUSSÉE D'ANTIN. 3o« QUARTIER : LE FAUBOURG MONTMARTRE. — 36^ quartier : ROCHECHOUART.

REGARDER les plus anciens plans de Paris, on se rend compte, d'un coup d'œil, que la région dont nous allons maintenant traiter ne fut guère, jusqu'au règne de Louis XIII, qu'une prairie, mise en culture maraîchère pour l'approvisionnement de la ville. Si l'on consulte ensuite un plan de la première moitié du xvni^ siècle, on verra qu'il n'y avait encore eu ni grands changements, ni grands progrès.

C'est du règne de Louis XV qu'il faut dater l'époque où la vie commença à transformer et à animer ce quartier. L'enceinte dite des Fermiers généraux, entreprise sous Louis XVI, représentée par les boulevards que l'on nomme extérieurs, le renferma dans Paris ; jusque-là, il en avait été isolé, tant par la fortihcation de Charles V, que par la construction, en 1630, du rempart, auquel ont succédé nos grands boulevards intérieurs. Il faut dire, cependant, qu'au delà de ce rempart et jusqu'au tracé de la rue Saint-Lazare, le territoire était considéré comme un faubourg de Paris, relevant des paroisses Saint-Eustache et Saint-Roch ; mais, à l'origine, il avait fait

partie intégrante des deux paroisses rurales qui, jusqu'à 4860, sont demeurées indépendantes de Paris : Montmartre et Glichy. Tout ce qui, dans le IX^ arrondissement, est situé à l'Ouest de la Ghausséed'Antin appartenait à Glichy; tout ce qui est à l'Est, à Montmartre. Deux lîefs anciens et importants y étaient situés : les Percherons, sur Glichy, la Grange-Batelière, sur Montmartre. Peu de rues : la grande artère transversale de l'Ouest à l'Est était la rue des Porcherons, aujourd'hui rue Saint-Lazare; la grande artère transversale, du Sud au nord (rue du Faubourg-Montmartre et chaussée des Martyrs); le chemin de Glichy, qui est devenu l'opulente Ghaussée d'Antin ; à l'Est, uniquement les rues de la Grange-Batelière, Bergère, de la Voirie (rue Gadet), et d'Enfer (rue Bleue).

Le IX^ arrondissement, dit l'Opéra, est limité à l'Ouest par l'axe des ruesVignon, ïronchet, du Havre et d'Amsterdam; au Nord, par Taxe des boulevards de Glichy et Rochechouart ; à l'Est, par l'axe des rues du Faubourg-Poissonnière et Poissonnière ; au Sud, par l'axe des boulevards Poissonnière, Montmartre, des Italiens, des Gapucines et de la Madeleine.

*Sa superficie est de 213 hectares : seuls, les quatre premiers et le

VI® arrondissement ont une surinrc. nioiijdrr. Sa popiilalion est d'environ 120.000 habitants, <'o qtii lui assure uiic rcpnVsentation double à la Chambre d(»s drpulrs.

De tous les arrondissements |>arisi<'HSj cchù-rî <»hI, sans conteste, le plus parisien. Si la « P>ahyi(Hto uuxhîrtHi » {»sl assez comparable, à ce qu'Éso])c disait de la laiigu(» : lu meilleure et la pire des choses, on pfniLdire {|ue vvWi* dvïïnition ne se vérifie nulle part aussi bien <{u1cî. Homnu^s du lettres, peintres, sculpteurs, g«»us ih^ Ihéàtrc, bur'eaux d(î rédaction des grands journaux mondains, maizasins (ro'uvrt^s d'art, tavernes et cafés à la mu<l<', HUéi'aires (*t aulnes, so groupent dans cet étroit espace ^ et s'y confundcnt avec beaucoup de ce qui en fait la lie :

aventuriers , rastaquouères , femmes légères..., tandis que dans certaines parties de l'arrondissement, rue Pigalle, rue d'Aumale, rue de La Rochefoucauld, rue Saint-Georges, la haute bourgeoise tient ses logis sévères fermés aux fièvres ambiantes.

D'après l'ordre administratif, le quartier Saint- Georges vient le premier.

Gomme il n'y a jamais eu dans cette région, ni nulle autre part dans le vieux Paris, d'église ou chapelle dédiée h saint Georges, il faut bien expliquer par une enseigne l'origine de ce vocable. L'enseigne est la providence, la ressource suprême étymologique.

Au xvni® siècle, la rue Saint-Georges n'était encore, d'après Jaillot, qu'une «ruelle aux Porcherons, allant de la rue Saint-Lazare à la ruelle Baudin » (aujourd'hui rue de la Tour-des-Dames). La ruelle est devenue plus importante lorsqu'on 1824 elle a été pror longée jusqu'à la rue Notre- Dame -de- Lorette et que la place Saint -Georges a été formée. ^

Il est à remarquer que les maisons de cette place, bien qu elle ait une dénomination officielle, font pour le numérotage partie intégrante de la rue Notre -Damede-Lorette. Le n^ 27 est fhôtel Thiers. L'illustre homme d'État l'habitait depuis plusieurs années déjà, il y avait groupé la majeure partie de la remarquable collection d'œuvres d'art qui est maintenant au Louvre, lorsque les événements de 1871 la lui firent quitter pour transporter à Versailles le siège du gouvernement. Les chefs de la Commune décidèrent de sévir contre la maison.

jfCGLI.SK })E LA TRIMTÉ,

Phot. Gaillard.

PLACE ET FONTAINE SAINT- GEORGEb^.

Vniii !o Wxio de farn'lé di? démolition, pris le 11 mai 1871 :

Lv iloirniv tic Sulul publlr,

\'u ruiTiriir (lu si<nu' 'J1û«'is, se disant chef du pouvoir exécutif de la jîépni>lî(|u<' }Van<:ai^(' ;

<:uusi(!(M'aul que cctlo a!'ficlu\ imprimée à Versailles, a été apposée >nv \v< laurs ûo Paris par h's ordres du sieur Thiers;

i)iii\ i\ti[\< vv iUu'm\\v)\{. il (lérlare que son armée ne bombarde pas Pim<, laîniis (jtir rha(p}<> jour, dv> femmes et des enfants sont victimes drs pr()jrr{ih».< ^ru{ri^i<h^■^ <1<* N'crsailles ;

Qu'il y vM fall app(4 à la trahison pour pénétrer dans la place, sentant

riîupo-sihiiilé uhsoîiH' iW xniwvv par les armes l'héroïque population

(le I

Arrélt» ; Aktuw.k PUK^^KU. - - Los biens meubles et les propriétés de

Thiers seront saisis par les soins de l'administration des domaines.

Art. 2. — La maison de Thiers, située place Georges, sera rasée.

Art. 3. — Les citoyens... seront chargés, chacun en ce qui le concerne, de l'exécution immédiate du présent arrêté.

Paris, 21 floréal an LXXIX.

Donc, les pierres seules étaient atteintes. L'article premier prouve que l'on voulait sauver les œuvres d'art, et c'est à Courbet, paraît-il, qu'en revient l'initiative.

M. Thiers n'eut donc qu'à les reprendre et à les réintégrer dans sa « maison », devenue hôtel depuis la reconstruction, qui en fut faite en 1874 par M. Aldrophe, aux frais de la Nation. On sait, en effet, qu'une loi votée par l'Assemblée nationale, en 1872, avait affecté un million à cette reconstruction. On sait aussi que le « libérateur du territoire »

ne mourut pas dans ce somptueux logis, qui lui était si cher; c'est àSaint-Germain-en- Laye que la mort l'atteignit, le 3 septembre 1877. Son corps fut ramené à la place Saint- Georges, et ses funérailles eurent lieu àNotre-Dame-de-Lorette en grande solennité.

La rue Notre-Dame~de-Lorette, que nous parcourons, n'est pas une voie ancienne. Au commencement du siècle, elle s'appelait rue Vatry, et sa dénomination actuelle ne date que de 1835. Lorette est une ville d'Italie où s'était créée une confrérie de chevaliers sous le patronage de la Vierge. Comment eut-on l'idée de choisir ce patronage pour l'église du faubourg Montmartre, dont nous parlerons plus bas? On l'ignore. Quoi qu'il en soit, il a servi à doter la langue française, d'un mot nouveau jadis, démodé aujourd'hui. La lorette ne se rencontre plus que dans les tableaux de mœurs ou les romans d'il y a soixante ans.

Le marché La Rochefoucauld, à l'angle de la rue du même nom, n'est plus, lui aussi, qu'un souvenir ; il a été détruit par un incendie au mois de mai 1898, et on en a profité pour le remplacer par une maison de rapport.

La rue Bréda aurait-elle aussi une origine italienne? Peut-être, mais c'est par le nom de son propriétaire, Bréda, qui la fit ouvrir sur des terrains dont il était possesseur. Et nous voici me Victor-Masse, ainsi dénommée depuis 1887 parce que l'auteur des Noces de Jeannette mourut non loin de là, cité Frochot, n° 1, le 5 juillet 1884, ainsi qu'en fait foi une plaque commémorative. Avant, c'était la rue de Laval. Les habitants protestèrent de toutes leurs forces contre ce changement de nom; ils y voyaient sans doute un dédain pour le chef-lieu du département de la Mayenne, et bien à tort, car la marraine de la rue était tout simplement Marie-Louise de Montmorency-Laval, dernière abbesse de Montmartre.

Peut-on quitter la rue Victor-Masse sans adresser un souvenir ému au Chat Noir et à feu son propriétaire, Rodolphe Salis. Qui n'y est entré, au moins une fois, durant la dizaine d'années que dura sa vogue, dans ce cabaret où la fantaisie régnait en maîtresse, mais une fantaisie pétrie d'art, pétillante d'esprit? Qui ne se rappelle la verve endiablée de Salis, sa façon d'accueillir les « gentilshommes » et les « nobles dames », ses boniments, étourdissants de brio, sa pétition

NEUVIÈME ARRONDISSEMENT

organisée en vue de « la séparation de Montmartre et de l'État » ? Et des œuvres sont nées là, et des artistes s'y sont illustrés qui font honneur grandement à la mémoire du créateur de ce nid d'esprit et de talent, où, par surcroît, il avait fait fortune, grâce à V Épopée, à la Marche à VÉtoile, à Phrynéy sans parler de chansons à demi immortelles : le Bal de VHôtel de ville, Y Expulsion, les Sergots.., L'héritage de Salis s'est morcelé. De nombreux cabarets ou théâtres de genre très spécial ont été fondés avec un souci plus pratique que celui qui avait présidé à la création du « Chat-Noir »; mais l'esprit perd à s'éparpiller. C'est maintenant au « Carillon », à r <( Ane rouge >>, aux « Tréteaux de Tabarin », au « Cabaret bruyant », à la a Roulotte », aux (( Funambules », à F « Enfer » et au « Ciel », etc., qu'il faut aller en chercher les miettes disséminées.

Redescendons la rude pente de la rue des Martyrs, en plaignant les chevaux de l'omnibus de Pigalle — ces martyrs — qui la gravissent. Au n° 41, une haute maison, presque une cité, précédée d'une vaste cour, attire l'attention. Elle fut construite pour un établissement sui lequel les données sont vagues : deux ou trois lithographies, conservées au département des Estampes de la Bibliothèque nationale, la représentent avec ce titre énigmatique : « Omnibus — Cafés — Restaurans à domicile », et la date de 1837. Ce devait être un hôtel meublé, qui ne tarda pas à ne pas réussir. Au bas de la côte, l'église Notre-Dame-de-Lorette montre son laid chevet. A droite, s'ouvre la rue Saint-Lazare,

étroite, serpentante, bien délaissée au profit de sa jeune rivale, la rue de Chdteaudun, créée par le second Empire sous le nom de rue du Gardinal-Fesch. A signaler, au n*^ 10, le Théâtre d'application, que l'on n'appelle que là Bodinière, du nom de son fondateur (1887), Bodinier, alors secrétaire général de la Comédie-Française. Non loin de là, des demeures d'hommes célèbres : Auber, 22, rue Saint-Georges (la maison a été démolie en 1895 et reconstruite); Talma, 9, rue de la Tour-des-Dames ; Mignet, 14, rue d'Aumale. En débouchant sur lu place de la Trinité, la rue Saint-Lazare devient spacieuse, vivante, et c'est avec ce nouvel aspect qu'elle se poursuit — confondue avec la rue de Ghâteaudun — jusqu'au delà des limites de l'arrondissement.

La somptueuse église de la Trinité a remplacé deux chapelles placées sous la même invocation, qui avaient été édifiées, la première en 1840, rue de Calais, et la seconde en 1852, rue de Glicliy, en face de la rue d'Athènes (alors rue de Tivoli). La construction de Fédifice actuel, qui coûta tout près de quatre miUions, date d'un arrêté préfectoral du 9 juillet 1861 qui autorisa le commencement des travaux, dont Ballu dressa les plans; mais ce n'est que le 7 novembre 1867 que l'église fut inaugurée par farchevêque de Paris. Située dans l'axe de la Chaussée d'Antin, à laquelle elle fournit la plus agréable perspective, précédée d'un joli square que des balus-

PERSPECTIVE DE LA RUE DE LA CHAUSSÉE-D'ANTIN. (Au fond, l'église de la Trinité.)

Phot. Meuraem.

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