LA MAISON DE SCRIBE, RUE PIGALLE
Croix-Blanche ; la seconde, rue Royale. La Nomenclature officielle des rues de Paris publiée par la Ville, et qu'il faut toujours consulter, dit que la rue Royale fut dénommée rue Pigalle en l'an X, parce que Pigalle y avait son atelier. Ce n'est pas tout à fait exact ; le grand sculpteur avait son atelier au faubourg du Roule ; c'est là qu'il acheva la statue de Louis XV, commencée par Bouchardon, et qui décora si peu de temps la place de la Concorde. Lui paraît avoir eu deux maisons, au moins dans le quartier dont nous parlons. Une requête datée de 1774 et conservée aux Archives nationales fait mention d'une maison « sise au coin des rues Blanche et Saint-Lazare, exactement au-dessous de celle de M. Pigalle ». D'autre part, dans de curieuses notes publiées par Lucien Lazard dans le Bulletin du vieux Montmartre (1895), on trouve les noms suivants d'habitants de la rue Pigalle en 1790 :
« La demoiselle Adeline, pensionnaire de la Comédie-Italienne ; «La dame Raucourt, pensionnaire du Théâtre-Français. » Et dans la rue Saint-Lazare :
(( La dame Dumesnil, pensionnaire de la Comédie- Française ; « Le sieur de Bougainville, chef d'escadre; « La dame Pigal [ne) ; (( Le comte de Bernis. »
Le bel hôtel portant le n^ 12 de la rue Pigalle est celui où mourut Scribe, le 20 février 1861.
De la partie occidentale du quartier Saint-Georges, entre les rues de Clichy et d'Amsterdam, il y a, croyons-nous, bien peu à dire : les quelques rues, calmes et bien bâties, qui les relient Tune à l'autre, portent toutes des noms de grandes villes d'Europe, ainsi que celles qui, dans le VHP arrondissement, rayonnent autour de la place de l'Europe.
Quartier de la Chaussée d'Antin. — C'est par un pléonasme bizarre que l'usage s'est établi, même officiellement, de dire rue de la Chaussée-d'Antin, ce qui équivaut à dire rue de la rue d'Antin — une chaussée étant une rue. Nous nous garderons de cette redondance.
On a vu plus haut (p. 93) que cette voie importante fut d'abord un modeste chemin rural dit chemin de Clichy ou de l'Hôtel- Dieu, ou encore de la Grande-Pinte, de l'égout de Gaillon. Son nom de chaussée d'Antin, elle le doit à l'hôtel d'Antin visà-vis duquel elle aboutisr sait et dont le pavillon de Hanovre est le vestige conservé [voy. p. 21). En 1720, la Ville en fit une « chaussée, large de huit toises », mais ce n'est que vers la fin du siècle que la vogue vint à ce quartier hors les murs. Un restaurant qui a longtemps porté le nom fameux de Bignon, occupe, au n^ 2, l'emplacement d'un dépôt des gardes-françaises, qui durent le 12 juillet 1789, faire le coup de feu avec la population pour sauver leur colonel. Dans cette maison vécut Rossini, de 1857 à 1868. En face, c'était le fastueux hôtel Montmorency, véritable palais auquel succédèrent une maison de rapport et, en 1868, le théâtre du Vaudeville. C'est un joli édifice bien bâti par Magne, avec un avant-corps en forme de rotonde, au premier étage de laquelle est un foyer élégant. La façade est décorée de cariatides dont quelques-unes — détail curieux — proviennent de la maison précédente. Au 7, était l'ancien hôtel Necker, devenu la propriété de Récamier, puis de M"^^ de Staël, occupé plus tard par l'administration du chemin de fer de Lyon, qui lors des remaniements du quartier, fut transférée rue Neuve- des -Mathurins, et enfin, au moment du percement du boulevard Haussmann, dut encore
LE BOULEVARD DES CAPUCINES (A droite de la place de l'Opéra).
NEUVIEME ARRONDISSEMENT
émigrer rue Saint-Lazare, où elle s'est fixée. Au 9, était Fliôtel de la Guimard; au 11, celui du général Arrighi, duc de Padoue, auquel succédèrent les bureaux de la compagnie du Nord, puis ceux d'Orléans, chassés à leur tour par les constructions nouvelles et transportés rues de Clichy et de Londres. Au 13 ont été, de 1791 à 1860, les bureaux de la banque Mallet.
Le n° 12 a encore la forme bizarre de l'ancien cimetière Saint-Rocb, sur lequel il a été construit. Au 40, se trouve l'emplacement de l'hôtel habité à la fin du xviii® siècle par M^® de Montesson, épouse morganatique du duc d'Orléans, grand-père de Louis-Philippe. Il appartenait à l'ambassade d'Autriche lorsqu'un incendie le détruisit en 1810.
A sa place, on créa en 1826 la Cité (TAntin^ dans laquelle se trouve le Théâtre-Mondain, qui succéda à... une église, Saint- André-d'Antin , qui avait pris elle-même la place d'une salle de bal.
Au 42, s'élève la maison où Mirabeau mourut, le 2avril 1791;— au 62, l'emplacement de celle du général Foy, mort le 28 novembre 182o; deux inscriptions les signalent à l'attention du passant. La rue de Chdteaudun passe sur l'emplacement de l'hôtel Montfermeil , que Napo-
rier de la marine et devenu avant sa démolition le siège des concerts Musard ; au 20, a demeuré M"^^ Récamier; au 22, étaient les célèbres collections de tabatières et de bonbonnières de Lenoir-Jousserand, qui furent transférées plus tard au 24 de la rue Gaumartin avant que leur propriétaire en fît don au musée du Louvre. Plus loin, on rencontrait le passage Sandrié, allant se terminer à la rue Neuve-des-Matliurins et dont les misérables masures faisaient un fâcheux contraste avec le
Phot. JSfeurdein.