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FAÇADE DE L'OPÉRA

LE BOULEVARD DES CAPUCINES (A gauclie de la place de rOpéra).

léon avait fait reconstruire pour y loger le cardinal Fesch. Gomme on le voit, les souvenirs historiques ne manquent pas à la Ghaussée d'Antin. Il est bon de dire aussi quelques mots des hôtels presque centenaires qui, en 1858, ont disparu pour faire place à l'Opéra. La rue Basse-du-Rempart datait alors d'un siècle environ, et sa physionomie avait à peine changé. Au 4, s'élevait l'hôtel construit par Bouret de Vézelay, devenu plus tard la propriété du comte de Sommariva ; au 6, la maison où mourut, en 1814, M^^^ Raucourt, à laquelle le curé de Saint-Roch refusa l'inhumation religieuse ; au 8, l'hôtel d'Osmond, construit par Brongniart, en 1775, pour M. de Saint-Foix, tréso-

luxe voisin. Au reste, le sol de la rue était, comme son nom l'indique, et est encore dans le court fragment qui subsiste, en contre-bas du boulevard; c'était un véritable fossé qu'il a fallu remblayer.

Par derrière s'ouvrait, en retour sur la rue Boudreau, la rue Trudon dans laquelle, sur l'emplacement de la Compagnie générale transatlantique, était l'hôtel de la grande Rachel.

L'Opéra. — Est-ce à l'admirable monument de Ghaiies Garnier, est-ce à la salle infiniment plus modeste de la rue Lepeletier que le IX« arrondissement doit, depuis 1860, son titre administratif? Aux deux, sans doute, car à cette date la construction était déjà décidée d'un éditîce destiné à remplacer la salle Lepeletier, ouverte «provisoirement» en 1821, et sa place déjà fixée au point sur lequel il s'élève. En 1857, le second Empire était à l'apogée de sa puissance. Paris, depuis quelque temps, s'ouvrait à la lumière, dans le sens propre du mot, — par des percements, bien conçus pour la plupart, et indispensables. G'est alors que Napoléon III invita son ministre d'Etat, M. Fould, à faire étudier un projet de nouvel Opéra. Ge fut l'architecte ordinaire de l'Opéra, Rohault de Fleury, que l'on en chargea. Dans ses Mémoires, le baron Haussmann a raconté avec quelque mauvaise humeur comment les choses tournèrent :

Après approbation des plans, M. Fould conclut avec la Ville un traité qui la chargeait de l'expropriation des terrains nécessaires à l'emplacement du théâtre et des bâtiments fentourant de trois côtés; à l'établissement de la grande place sur laquelle s'élevait, comme aujourd'hui, la façade principale, et de celles qu'on voit sur les côtés et sur le derrière du monument, où débouchaient la cour de l'empereur, la cour des abonnés et la cour de 'l'administration; enfin, à l'ouverture des rues Auber, Scribe, Halévy et Meyerbeer qui, reliant ces diverses places,

encadraient les autres parties de cet énorme ensemble de constructions, affectant la forme octogonale.

Les expropriations ont lieu, les voies publiques demandées sont établies; des constructions privées, le Grand-Hôtel, entre autres, s'élèvent suivant le type fourni par l'architecte de l'Etat, type se raccordant avec celui de ses bâtiments secondaires.

Cependant, une question de budget retarde la mise à exécution des plans adoptés. M. Fould est remplacé; son successeur (Walewski), sans tenir compte de cette approbation, ni des faits accomplis, ouvre un concours. Le projet de M. Charles Garnier, alors architecte ordinaire de la Ville, aujourd'hui mon très aimable confrère à l'Institut, l'emporte, et quand son Opéra s'élève triomphalement au fond de la place ménagée sur le boulevard des Capucines, dans l'axe de l'avenue Napoléon (aujourd'hui avenue de l'Opéra), il se trouve médiocrement en harmonie, pour ne dire rien de plus, avec le cadre préparé pour un autre monument, et l'architecture imposée à toutes les maisons voisines n'a plus de raisons d'être.

Ce couplet... académique, encore que peu aimable pour un « très aimable confrère à l'Institut » , méritait d'être cité pour plusieurs raisons.

D'abord il nous fait connaître

— au moins sommairement

— l'historique de la fondation du nouvel Opéra, les rues projetées dès lors, et dont le tracé a été réalisé — puis, il montre que les hommes

descendus du pouvoir sont trop souvent enclins à l'amertume, « pour ne dire rien de plus ». En quoi la construction dont Paris a lieu de s'enorgueillir n'est-elle pas en harmonie avec le cadre environnant, et quelle physionomie fallait-il donc rêver pour les larges voies dessinées tout autour? Les maisons qui les bordent — et qui font honneur à leurs architectes et à leur époque — ne pouvaient cependant pas avoir la prétention de rivaliser de luxe avec un édifice que l'on avait raison de souhaiter sans rival possible. D'autre part, n'était-il pas équitable de désirer que le dessin d'un pareil édifice fût mis au concours, sollicitât l'activité, le talent des cerveaux les plus dignes de le conce-

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