FAÇADE LATÉRALE DE L'OPÉRA
voir? Napoléon III et son ministre d'Etat furent donc bien inspirés en le comprenant; notre ville n'a pu qu'y gagner.
Rappelons maintenant que c'est en 1863 que le projet présenté par Charles Garnier fut accueilli avec enthousiasme. Son auteur est mort dans le courant de l'été de 1898 ; on est donc à l'aise pour le louer largement, même avec quelques réserves.
Ce n'est pas, en effet, une faible gloire pour un homme d'avoir élevé le plus beau monument civil de Paris après le Louvre, nous dirions même à l'égal du Louvre, si nos grands artistes de la Renaissance pouvaient avoir des égaux. Ce que l'on admire tout d'abord à l'Opéra, c'est la façade, d'une si riche et large ordonnance, formée, après un perron de quelques marches, d'une galerie voûtée que surmonte la colonnade de la loggia, composée de seize colonnes monolithes, surmontée elle-même d'un attique chargé de sculptures et complété par deux groupes en bronze doré, la Poésie, l'Harmonie, sculptés par Gumery. Au premier plan de cette façade, quatre groupes de sculptures symbolisant les arts musicaux : la Danse, de Carpeaux (le plus remarquable par sa beauté et son audace) ; la Musique, par Eug.
Guillaume ; la Poésie lyrique, par Jouffroy; le Drame lyrique, par Perraud.
Les deux autres merveilles de l'Opéra sont le grand escalier et le foyer. L'escalier aurait à lui seul suffi à la gloire de Garnier. Sa majesté le rend digne des palais les plus orgueilleux, digne d'un conte des Mille et une nuits. Il est seulement regrettable qu'au premier palier l'accès de l'amphithéâtre soit fait d'une baie un peu étriquée et que la double révolution qui conduit aux premières loges ne comporte pas une nouvelle révolution se terminant aux portes mêmes du foyer, qui paraît ainsi séparé et pour ainsi dire indépendant du théâtre. Combien cependant il mérite d'en être partie intégrante ! Si l'escalier est la gloire de Garnier, le foyer assure celle de Paul Raudry par les admirables peintures dont il l'a décoré, se traduisant toutes en apothéose de l'art. La salle est simplement belle, spacieusement disposée, et d'acoustique excellente. Le plafond est l'œuvre de Lenepveu.
On doit convenir que si les façades latérales sont inspirées du même goût heureux que la façade principale, celle de l'administration, sur le boulevard Haussmann, est vraiment trop peu en accord avec elles. L'architecte l'a négligée, et le mal est irréparable de transmettre aux siècles futurs un monument ainsi manquant d'homogénité. De même, tout en reconnaissant quelles exigences la décoration imposait pour les proportions de la scène, il faut bien reconnaître que cette toiture d'une hauteur démesurée, ces surfaces nues vues du dehors, ne sont pas d'un heureux effet; elles écrasent l'édifice que Ton voudrait parfaitement harmonieux dans toutes ses parties. Au fond, ce sont là de minces critiques ; elles n'infirment pas l'admiration que l'on doit à ce superbe spécimen de notre architecture nationale.
Commencée en 1863, l'œuvre ne fut menée que lentement, tant l'architecte avait souci de ne réunir que des matériaux rares, de n'imposer aucune hâte à ses collaborateurs artistiques. Puis, la guerre survint, et nos désastres, pour bien des causes, ralentirent le travail après l'avoir, même, un moment, fait cesser complètement.
L'incendie de la salle Lepeletier, dans la nuit du 28 au 29 octobre 1873, réveilla l'ardeur, et finalement la nouvelle salle fut inaugurée le 5 janvier 1875. Ce fut une soirée de grand gala donnée en présence du maréchal de Mac-Mahon, président de la République, et d'illustres hôtes
Phot. Neurdein.
NEUVIEME ARRONDISSEMENT
plaudir à la proposition )> du préfet de la Seine, et le même jour la décision était signée.
L'hôtel de la rue de la Victoire appartint, après Napoléon, au général Bertrand, puis au général Lefebvre-Desnouettes et à sa veuve. Il disparut comme nous venons de le dire.
Toute la partie du quartier de la Chaussée d'Antin qui avoisine celui du Faubourg Montmartre s'est, comme ce dernier, bâtie dans les vingt dernières années de l'ancien régime. Paris était mal à l'aise dans sa ceinture, et la spéculation guettait. Voici une lettre, que nous avons tout lieu de croire inédite, du ministre de la maison du roi au prévôt des marchands, le 21 novembre 1770 :
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