LA RUE DES IMMEUBLES-INDUSTRIELS
Quel est donc
ce Bas [roi, jugé
digne de donner
son nom à une
rue de quartier?
Vraisemblablement, ce ne fut
pas un homme,
mais un lieu dit;
Jaillot déclare
avoir trouvé
dans les archives
de l'archevêché,
àladatedulSno-
vembre 1393, le
bail d'une pièce
de vigne <( au
lieu dit Baffer, sur le chemin Saint- Antoine )>. Des actes moins anciens
établissent l'identité entre Bafîer et Basfroi. Nous n'en sommes guère
plus avancés pour cela ; qu'était-ce donc que Baffer ?
Sur ce point d'interrogation, nous passons dans le quartier Sainte- Marguerite, enserré entre les rues de Gharonne et du Faubourg-Saint- Antoine qui, formant à elles deux le dessin irrégulier des branches d'une parenthèse, enferment un groupe très dense d'habitations où le chômage n'existe guère.
Jusqu'au règne de Louis XIII, le chemin de Vincennes n'était bordé que de rares maisons et dépendait, au point de vue ecclésiastique, de l'église Saint-Paul. La population augmenta alors et réclama une paroisse pour elle. Des atermoiements, dont le récit n'offre plus d'intérêt depuis longtemps, firent que l'église souhaitée.
Sainte -Marguerite, ne fut livrée au culte qu'en 1634 comme succursale de Saint-Paul, et ne devint cure qu'en 1712.
Il paraît qu'il y avait urgence : le décret d'érection en cure explique ainsi la nécessité de cette mesure : « Les libertins et les nouveaux réunis [les ralliés au catholicisme], qui sont en très grand nombre dans le faubourg, n'étant pas veillez de près, se dispensent même du devoir pascal sans craindre d'être connus, parce qu'ayant la liberté de satisfaire à ce devoir à Saint-Paul ou à Sainte-Marguerite, on ne peut y découvrir ceux qui y manquent. Gette même liberté d'aller à Saint- Paul ou à Sainte-Marguerite fait que les enfans dudit faubourg ne sont ni à l'une ni à l'autre de ces deux églises, et ne reçoivent aucune instruction. »
ONZIEME ARRONDISSEMENT
L'édifice atteste la mauvaise époque artistique qui l'a vu construire. La façade notamment est d'une nudité rare. A l'intérieur, on remarque quelques œuvres intéressantes : il n'y pas longtemps (février 1899) que la commission du Yieux Paris a eu à se préoccuper, pour le faire replacer à une fenêtre du chevet, d'un petit vitrail du xvii^ siècle qui se laissait oublier dans les combles. Elle a signalé en même temps le beau monument de Girardon à la mémoire de sa femme et quelques bas-reliefs sculptés par Jean-Baptiste Goy, le premier curé de la paroisse, qui fut tour à tour sculpteur, prêtre, peintre. « Il s'étoit appliqué, disent les Nouvelles Ecclésiastiques du 22 avril 1738, jusqu'à l'âge de vingt-six ans à la sculpture, et avoit passé pour cet effet plus de dix ans à Rome. Plusieurs pièces de sa façon, qui sont dans les jardins de Versailles, de Meudon et de Marly ont été pour lui, depuis que Dieu l'eût touché, un objet continuel de gémissemens. » C'est dire que les bas-reliefs qu'il fit pour son église offrent toute garantie d'orthodoxie.
L'ancien cimetière Sainte -Marguerite, attenant à Téglise du côté du Nord, serait bien oublié aujourd'hui sans une circonstance qui lui a valu la célébrité. Personne n'ignore que le petit dauphin Louis XVII mourut au Temple à l'âge de dix ans et deux mois, et que c'est ce cimetière qui fut choisi pour le lieu de son inhumation. La terre accomplit promptement son œuvre d'assimilation, car les recherches ordonnées par Louis XVIII, dès le début de la Restauration, pour retrouver les restes du dauphin et les transférer à Saint-Denis, n'aboutirent à aucun résultat. Le hasard y fit retrouver en 1846 un cercueil de plomb contenant le squelette d'un enfant : les médecins commis à son examen n'hésitèrent pas à déclarer qu'on était en présence des ossements de l'enfant royal. Cependant, divers intérêts, historiques et autres, n'avaient cessé de se manifester dans le but d'établir que Louis XVII n'était pas mort au Temple, qu'il avait fait souche : des héritiers se produisirent. De nouvelles fouilles furent sollicitées et autorisées, dans le courant de l'été de 1894. Elles amenèrent la nouvelle exhumation du squelette de 1846 ; mais cette fois le diagnostic des savants fut tout autre ; il conclut à l'identification de ces restes avec ceux d'un sujet qui serait mort vers l'âge de dix-huit ans, près de huit ans de plus que n'en avait le dauphin!
Le mystère demeure donc entier, si toutefois on veut absolument qu'il y ait un mystère. Ce qu'il y a de moins explicable, à nos yeux, c'est que les Comités de la Convention aient donné leur préférence à ce cimetière obscur et éloigné.