LA CASERNE DE REUILLY
de fer de Ceinture, qui ne dessert que les neuf derniers arrondissements, à partir du XIP.Le moment est donc opportun, avant de décrire sa route, de dire quelques mots^ de son origine. Il est exploité, oh le sait, par les six grandes Compagnies de chemins de fer syndiquées à cet effet. La première section construite fut celle de l'avenue de
CUchy à Orléans- Ceinture; elle fut ouverte en 1854, mais seulement pour le transit des wagons entre les réseaux d'Orléans et de Lyon, d'une part, ceux de l'Est, du Nord et de l'Ouest, d'autre part. Les voyageurs n'y furent admis qu'en 1862.
La deuxièm e section, entre Orléans-Ceinture et Auteuil, date de 1867. Elle se confond, en ce dernier point, avec la ligne de Paris- Saint-Lazare à Auteuil, qui, livrée à la circulation dès l'année 1854, n'a pas cessé d'appartenir exclusivement à la Compagnie de l'Ouest.
En 1869, fut établi le raccordement de Courcelles à l'avenue de Clichy, grâce auquel on pouvait désormais faire le tour de Paris en un circuit continu. Enfin, en 1893, la Compagnie du Nord s'est reliée directement à la Ceinture par un double embranchement, l'un vers l'Ouest, l'autre vers l'Est; la bifurcation, dite des deux branches, s'effectue en souterrain, à la Chapelle, sous les voies principales du réseau. Seule, depuis 1900, la gare du Nord reçoit directement les trains de la ligne de Ceinture, mais toutes les autres gares parisiennes sont reliées au réseau par une correspondance au point de croisement. Les prix sont de 40 et 20 centimes, suivant la classe, pour un parcours de deux stations, de 55 et 30 centimes pour un trajet supérieur, quelle qu'en ^-oit la longueur. La ligne compte 32 kilomètres; 28 stations y sont établies, en comptant celle du pont Marcadet qui est commune à la Ceinture et aux lignes du Nord.
Voyons maintenant quel est le parcours du chemin de fer dans le . XIP arrondissement. La voie ferrée y demeure constamment parallèle aux fortifications, qu'elle suit de très près. Elle franchit le cours de Yincennes et l'avenue de Saint-Mandé sur des ponts métalliques et croise, en passage supérieur, la ligne de Paris à Vincennes à la station de Bel-Air, traverse l'avenue Daumesnil sur un beau pont d'où l'on a un joli coup d'œil sur le bois de Yincennes; puis, après un arrêt à la halte de la rue Claude-Decaen, ouverte le 5 mai 1900, elle s'engage dans une tranchée dont la descente est assez rapide, passe sous la rue de Charenton, croise, également en passage supérieur, les voies du chemin de fer de Lyon et atteint la gare de la Râpée-Bercy qui, depuis ti"op longtemps, attend un bâtiment moins minable. En traversant la Seine sur le pont National, elle sort de l'arrondissement pour entrer dans le XIIP.
Nous ne quitterons pas le quartier de Bel-Air sans avoir salué en la rue du Rendez-Vous un très ancien chemin conduisant à un rendez-vous de chasse du bois de Yincennes, — et signalé dans cette rue l'église de rimmaculée-Conception, cure modeste qui, par exception, n'appartient pas à la Yille de Paris.
A noter enfin que la porte de Picpus appartient à ce quartier et non à celui dont elle porte le nom. Mais, dira-t-on, qu'est-ce que la porte de Picpus? A quoi nous répondrons que c'est la por^e Dow, celle qui,, à l'extrémité de l'avenue Daumesnil, ouvre sur les taillis du bois une ravissante perspective, celle dont les abords sont pourvus de «salons» pour noces pacifiques et pour meetings tumultueux. Personne ne connaît la porte de Picpus. Qui donc avouerait ignorer la porte Dorée? Le 46® quartier de Paris se nomme Picpus. En réalité, historiquement, nous sommes à Reuilly, mais l'administration préfectorale
DOUZIEME ARRONDISSEMENT
de 1860 avait besoin de ce dernier vocable pour baptiser son arrondissement, et elle a sacrifié l'histoire. De Reuilly, le savant abbé Lebeuf disait ceci, il y a cent cinquante ans : « Je ne me suis point arrêté à réfuter ici les modernes qui ont cru que le Romiliacum villœ, terre voisine de Paris, où le roi Dagobert P^ répudia Gomatrude, sa première femme, pour prendre Nanthilde, n'est autre que Romainville. L'analogie du latin est entièrement pour Reuilly, canton situé à l'extrémité du faubourg Saint- Antoine, où nos rois avoient alors une maison. )> En dépit de sa science, Lebeuf se trompe. Nos rois n'avaient pas de maison à Reuilly, et Reuilly ne vient pas de Romiliacum, mais de Rutiliacum; c'est à Romilly que Dagobert divorça. Gela n'empêche pas Reuilly, de par son nom même, d'avoir pu être déjà un hameau voisin de Paris au moment de cette aventure; seulement, les preuves manquent.
Dans un document intitulé : Mémoire curieux... sur la fondation, le patronage et la nomination à la cure de l'église paroissiale de Sainte-Marguerite {il3S, in-12), on trouve le texte d'un contrat de vente en 1624 par Jean de Vitry, sieur de Reuilly, à Antoine Fayet, curé de Saint-Paul « d'une pièce de terre contenant sept quartiers, sept perches ou environ, assis au terroir de Paris, proche le moulin à vent de l'abbaye de Saint-Antoinedes-Ghamps ». Reuilly avait donc pour seigneur Jean de Vitry; mais il est probable que la majeure partie de la terre appartenait à l'abbaye de Saint-Antoinedes-Ghamps, qui y avait déjà un moulin.
Dans le Journal d\in voyage à Paris de deux Eollandaisen 4656-1658, il est fait mention, d'une façon incidente, de Reuilly, en novembre 1657. Ge fut le temps où fut fondée, par Golbert, dans le hameau, une manufacture de glaces destinée à entrer en concurrence avec la fabrication vénitienne qui seule alors pourvoyait aux besoins de l'Europe civilisée. L'orgueil de Louis XIV fut, en cette circonstance, servi à souhait par la sagacité du ministre, et les glaces de Reuilly firent pendant, avec une gloire moindre, toutefois, aux tapisseries des Gobelins ou de la Savonnerie. Ges illustrations de nos faubourgs ne survécurent pas toutes au régime qui les avait créées : la manufacture de la rue de Reuilly est devenue une caserne d'infanterie.
Juste en face, au n" 11 de la rue de Reuilly, une maison basse, surmontée d'une lourde et bizarre tourelle, attire l'attention : c'est la brasserie de l'Hortensia, aujourd'hui; c'élait jadis la brasserie du fameux Santerre, commandant des gardes nationales en 1793, qui mourut là en 1809. Des jardins reliaient alors la brasserie à la maison particulière de Santerre dont l'entrée était au n° 210 du faubourg Saint-Antoine. Un peu plus haut, au n° 57, est l'École Boule, fondée par la Ville
en 1886 pour for- .. .- mer les ouvriers de l'ameublement. Pouvait-on mieux choisir le quartier et la placer sous de plus favorables auspices que ceux du fameux ébéniste de Louis XIV ?
L'enseignement professionnel dure quatre ans et estgratuit. L'institution due au Gonscil municipal a eu assez de succès pour exiger la construction de nouveaux bâtiments annexes qui ont été inaugurés le 7 avril 1895, par le président de la République.
Au delà du boulevard Diderot, voici, au n^ 36, la
LA MAISON DE SAiNTERRE. toute modcste