LE PONT DE LA RUE DE TOLBIAC
dessus des berges de la Seine, — et aussi celui de la rue du Chdteaudes-RentierSy car on ne voit guère ici ni château ni rentiers. Ces dénominations seraient-elles simplement employées par antiphrase? Ce serait à l'honneur de la gaieté et de la philosophie de ceux qui les ont choisies.
La rue de Tolbiac est de construction récente. Elle forme un tronçon de ce réseau si utile dont la troisième République a doté les faubourgs de la rive gauche et qui, entre les ponts de Tolbiac et Mirabeau, relie la Seine à elle-même par une large voie intermédiaire entre les boulevards des anciennes barrières et le chemin de ronde des fortifications. Rue de Tolbiac dans le XIII« arrondissement, elle devient rue d'Alésia dans le XIY% rues de Vouillé et de la Convention dans le XV^; au fond, c'est la même. Les anciens du quartier se rappellent-ils la rue et le pont Picard, par où on communiquait avec la rue du Ghevaleret en passant au-dessus des voies de l'Orléans? Le passage s'effectue aujourd'hui par la rue de Tolbiac, à l'aide d'un très beau pont, fait comme les ingénieurs les construisent maintenant; l'armature métallique s'élève au-dessus du pont, parallèlement au sens de sa longueur.
Le rivage de la Seine est presque entièrement bordé par l'immense gare aux marchandises du chemin de fer d'Orléans. Gela lui donne un caractèi^e de solitude et de mélancolie très particulier. Dès qu'on a dépassé les grilles par où entrent et sortent incessamment les lourds camions, le quai devient désert et triste. La Seine coule majestueusement, et relativement limpide à son entrée dans Paris ; en face, les chais de Bercy s'élèvent orgueilleux; ici, de vastes terrains à peu près incultes, faisant pressentir la misère voisine, avec laquelle la richesse n'a pas voulu se coudoyer.
Ce quai est pourtant une route nationale, et au temps des messageries royales, ce fut une voie très fréquentée, car elle formait le prolongement des deux routes de Belfort et de Genève qui se bifurquent à Alfort, devant l'École vétérinaire.
Quatre ponts relient le XIP et le XIIP arrondissement; nous avons parlé déjà de celui d'Aùsferlitz. Le pont de Bercy, précédemment dit pont de la Gare, ne date que de 1864. Le pont de Tolbiac est bien plus récent
encore : aux cartouches de pierre sculptés sur ses piliers d'entrée on lit : 1879-1882. Le pont National, - enfin, a été construit en 1852 à la fois pour le passage du chemin de fer de Ceinture et pour continuer le boulevard de ronde qui accompagne l'enceinte fortifiée. Il doit son nom... au 4 septembre 1870, car auparavant, il s'appelait pont Napoléon.
Reprenons ici notre excursion en chemin de fer de Ceinture dans le XIIP arrondissement. Ici, c'est-à-dire au milieu même du pont National. Après avoir franchi un double raccordement (dont un seul est utilisé) avec le chemin de fer d'Orléans, et passé sur un pont métallique au-dessus des voies de cette ligne, on arrive à la station d'Orléans-Ceinture. La voie occupe là un remblai élevé, d'où pendant quelques instants on aperçoit à droite plusieurs monuments de la rive gauche, et, de l'autre côté, les ondulations de terrain que domine le fort d'Ivry. Elle s'engage ensuite dans un souterrain de 348 mètres et atteint en tranchée la station de la Maison-Blanche. Au delà, le paysage se découvre de nouveau, fort pittoresque ; c'est la vallée de la Bièvre que nous traversons : dans le lointain, voici les dômes du Panthéon et du Val-de-Grâce ; sur la gauche, le sommet du clocher de l'église de Gentilly qui, vu de là, paraît au niveau du sol; voici la poterne des Peupliers, que nous reverrons tout à l'heure de plus près; puis, du côté de Paris, de vastes garages et ateliers de la Compagnie, et dans une nouvelle tranchée la station du Parc-Montsouris, établie à l'extrémité même de l'arrondissement. C'est là que les voyageurs correspondent, après avoir traversé un angle du parc, avec les lignes de Sceaux et Limours. Ce qui nous reste à dire du quartier de la Gare sera vite fait. Le boulevard de la Gare, qui le limite du côté du Nord-Ouest, offre l'aspect d'une large avenue, ouverte en pleine région de travail; les millionnaires n'en font pas leur promenade coutumière ; le peuple laborieux, y est, en revanche, comme chez lui. A signaler les immenses bâtisses de la raffinerie Say, abritant plusieurs milliers d'ouvriers et d'ouvrières. Quant aux avenues de C/ioisy et d'Ivry, elles demeurent mornes. La première est le chemin de la grande nécropole du Sud-Est, le cimetière d'Ivry — le champ de navets, comme on le nomme couramment. L'autre est plus calme encore, en dépit du teuf-teuf bruyant dont le tramway des Halles la fait retentir. L'industrie ne s'est pas encore décidée à occuper complètement ces espaces lointains qui, pourtant, lui sont offerts à bon compte. Le temps n'est pas proche où cette région se sera véritablement parisianisée. En veut-on une dernière preuve? Il s'y trouve une rue des Terres-au-Curé, qu'on appelait, avant 1877, rue de la Goupe-des-Terres-au-Guré. On aurait dû lui maintenir cette der-