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LA FONTAINE MOLIÈRE, RUE DE RICHELIEU

A son sujet, voici ce qu'on lit dans le compte rendu de la séance de la Convention, du 28 floréal an III (17 mai 1795) : (( La

Convention adopte le projet de Delecloy, consacrant à l'emplacement des ci-devant Jacobins, rue Honoré, l'établissement d'un marché public qui prendra le nom de Neuf-Thermidor. » Ainsi, là était donc cet ancien couvent des Jacobins-Saint-Honoré, fondé en 1612 et qui devint, après sa suppression, éternellement célèbre et tragique dans l'histoire pour avoir été le siège du Club des Amis de la Constitution, du Club des Jacobins! Le marché a été en effet construit, mais en 1810 seulement, et ce n'était plus le temps de parler du 9 thermidor.

Non loin, l'église Saint-Roch dresse sa masse sévère, rue Saint- Honoré. Elle est du même style que la plupart des églises du xvn^ siècle, et ce n'est pas pour nous émerveiller; mais à l'intérieur on admire plusieurs belles œuvres de peinture et de sculpture. C'était la paroisse de Corneille, mort rue d'Argenteuil, et il y a son tombeau; c'est Ja paroisse de la Comédie-Française qui y fait souvent célébrer des services en l'honneur de ceux qu'elle a perdus.

La rue d'Argenteuil doit son nom à ce que, prolongée autrefois avec des dénominations diverses dans la direction de la rue du Rocher, elle aboutissait au chemin d'Argenteuil par la plaine Monceau et Asnières. Corneille, nous venons de le dire, y mourut le 1^^ octobre 1684, après avoir trop longtemps survécu à sa gloire; une inscription rappelle que sa maison s'élevait sur l'emplacement du n<^ 6 actuel.

La fastueuse avenue de V Opéra a absorbé en grande partie la rue d'Argenteuil et effacé du sol la butte Saint-Roch ou butte des Moulins. C'était, à l'origine, une éminence formée de gravats, déblais et autres immondices, ce que l'on appelait alors une « voirie ». Un marché aux porcs y était installé au moins dès le xiv« siècle. Le 3 septembre 1429, Jeanne d'Arc voulant pénétrer dans Paris par la porte Saint-Honoré y fut blessée et dut renoncer à l'attaque. Plus tard, peut-être même à l'époque de Jeanne d'Arc, il y avait des moulins sur la butte. Aux siècles derniers, les moulins avaient fait place à quelques beaux hôtels et à un nombre plus grand de masures dont beaucoup étaient peu recommandables. Le quartier n'a pas perdu, à n'en garder que le souvenir.

La rue Molière qui datait de ces temps lointains sous le nom de rue Traversière, et qui, heureusement, a été profondément nivelée depuis, — au propre et au moral, — va nous conduire rue de Richelieu; celle-ci

PREMIER ARRONDISSEMENT

Phot. Neurdeiû.

LE GRAr^D BASSIN DU JARDIN DES TUILERIES.

a'appartient au 1°^ arrondissement qu'entre la place du Théâtre-Français et la rue des Petits-Champs, dans la partie où le souvenir de Molière est le plus vivace. Il Tétait trop, même, jusqu'aux premiers mois de l'année 1898, car les passants contemplaient avec stupéfaction sur deux maisons de la rue, portant l'une le n^ 34, l'autre le no 40, deux inscriptions affirmant que, « dans cette maison», Molière est mort le 17 février 1673! Laquelle des deux, cependant, avait réellement droit à cet honneur ? Il a fallu toute la sagacité de quelques érudits, armés de plans géométraux, de toises et de mètres, puis, toute la ténacité du Comité des Inscriptions parisiennes, pour identifier enfin l'emplacement de la maison mortuaire de notre grand comique avec celui qu'occupe le n° 40, et obtenir que l'immeuble rival renonçât à sa prétention et à son inscription.

La Fontaine Molière, en face de la fausse maison mortuaire, date de 1844 ou, plus exactement de 1838, époque à laquelle Régnier, sociétaire de la Comédie-Française, informé que l'administration était dans l'intention de créer à cet endroit une fontaine monumentale, écrivit au préfet de la Seine une lettre très digne pour lui proposer d'élever à Molière <c un monument que Paris, s a ville natale, s'étonne encore de ne pas posséder ». L'idée fut accueillie, une souscription ouverte et finalement le monument était inauguré en 1844. Il est, dans l'ensemble de la composition, l'œuvre de Yisconti; la statue de Molière est du sculpteur Seurre; les deux muses placées au-dessous sont dues à Pradier.

C'est encore ne pas quitter Molière, que de nous rendre de là à la Comédie-Française, puisqu'on l'appelle la maison de Molière. Assez

Phot. Ncurdciu.

PERSPECTIVE DE L'AVENUE DE L^OPÉRA (Vue prise de la place du Théâtre-Français).

inexactement, d'ailleurs, cai' l'auteur du Misanthrope n'y joua jamais. Sa troupe, dans Paris, fut successivement rue Muzavino, puis au jeu de paume du quai des Gélestins. Au siècle suivaiil^ ollo j^InHfullu tour à tour au théâtre de la rue des Fossés-Sain (- Germain (aujourd'hui rue de l'Ancienne-Comédio), au théâtre des Tuileries, à celui de l'Odéon. Ce n'est qu'en 1790 que les Comédiens français vin rent occuper leur bâtiment actuel, construit par Louis pour le duc d'Orléans comme salle de théâln^ du Palais-Royal. Ils ne l'ont pas quittée depuis et l'on peut dire que chaque année est venue ajoult»r un peu de gloire à la maison. La Comédie-Français*^ possède des collections et des œuvres d'art remarquables. D'abord, aux archives du théâtre, les fameux registres de La Grange et de La Thorillièn puis la collection des registres de recettes journ< lières depuis 1681 ; au foyer des artistes, les beauxportraits de Molière par Mignard et de M^^^ Duclos par Largillière; dans l'escalier de l'administration, Dancourt de Gence ; au grand foyer du public et dans la galerie qui le continue, les statues ou bustes d(î Voltaire et de Molière par Houdon; des deux Cor-neille, de Rotrou, de La Chaussée, de J.-B.

Rousseau, par Caffîeri ; de Regnard par Foucou ; de Dufresny, par Pajou; la George Sand, de Clésinger, etc.

Lors de l'incendie du 8 mars 1900, on a pu sauver la plupart de ces œuvres d'art ainsi que les archives; mais le beau plafond de la salle, peint par Mazerolle, a été perdu.

Le Molière de Houdon a son histoire. Le 15 février 1773, Lekain proposa à ses camarades de consacrer le produit d'une représentation à la commande d'un buste de Molière, par Houdon, pour commémorer dignement le

centenaire du grand homme. Bien qu'annoncé avec grand bruit, ce (c bénéfice » ne produisit que 3,600 livres environ, somme insuffi-

LA STATUE DE JEANNE D'ARC, Par Frbmibx (Place des Pyramides).

aux frais de la Ville par l'architecte Moreau. Les flammes i'ayafil ((««tniit de nouveau en 1781, le duc de Chartres, depuis Pbilipp(V'Égalité, en profita pour faire élever par l'archiiocin Louis, les trois galeries qui entourent le jardin au Nord, à l'Ouest et à l'Est. Louis, à l'une des extréînil('s de la galerie Nord, édifia le Théâtre-Français, ot h l'autre, le théâtre du Palais-Royal. Le quadri- Inl^ro restait inachevé du côté du Sud; pendant la Révolution, on y éleva des galeries provisoires en bois, i\m sont restées célèbres comme le rendez-vous des IViiHïies galantes, des muscadins, des joueurs. Elles n'onl disparu qu'en 1829, pour être remplacées en pajlic par la belle galerie d'Orléans.

CNîst un lieu commun aujourd'hui que de s'attrister Hur fabandon oii la vogue changeante laisse maintenant les galeries du Palais-Royal; mais, écoutons ce qn^vii disaient, en 1844 les frères Lazare dans leur Oicthnnaire des rues de Paris ; « L'ancienne demeure dcïs ducs d'Orléans est aujourd'hui méconnaissable. VÀ\v, peut montrer encore avec fierté ses constructions monumentales et ses vastes galeries, mais la vie, la gaieiu ne sont plus là. C'était une libertine qui menait joyeuse vie, dont les regards attiraient les passants. On a voulu la convertir, la rendre honnête; elle s'est laissée faire, mais hélas! la pauvre repentie se sèche et meurt d'ennui. La richesse, le commerce, tous les plaisirs l'ont abandonnée pour aller sur les boulevards briller et sourire plus' à l'aise. ))

Déjà, en 1844 ! H faut dire que ce marasme cessa, au moins en partie, sous le second Empire ; le Palais-Royal connut encore de beaux jours et sut attirer la foule. Puis, il est redevenu ce qu'il était il y a cinquante ans.

Ne quittons pas le jardin du Palais-Royal sans donner un regard au petit canon que le soleil fait détoner chaque jour à midi, ni sans rappeler que c'est là que Camille Desmoulins lança aux Parisiens enthousiasmés des paroles

de liberté et de fraternité.

En continuant vers l'Est, la rue du Bouloi ou la rue Jean-Jacques-Rousseau nous conduiront vers la Bourse du commerce. Entre elles deux s'étend une cour aussi tranquille maintenant qu'elle était animée, bruyante, il y a quelque soixante-dix ans. C'était la cour des Messageries royales, et presque toutes les diligences et chaises de poste partaient de là pour les diverses régions de la France. Que de joies, que de tristesses, dont ces murs ont été témoins! Le percement de la rue du Louvre, la reconstruction de l'hôtel des Postes ont fait de la rue Jean-Jacques-Rousseau deux tronçons qui se rajustent assez mal; dans celui qui aboutit à la rue Montmartre, s'élevait l'hôtel d'Hervart, où le bon La Fontaine, hébergé chez des amis, s'éteignit le 13 avril 169o; la rue se nommait alors rue Plâtrière: J.-J. Rousseau n'en est le parrain que depuis 1791. La Bourse du commerce s'élève sur un terrain

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