LE CANON DU PALAIS-ROYAL, A MIDL
qui a eu bien des propriétaires et des fortunes bien diverses avant d'être ce qu'il est. Au commencement du xiii« siècle, Jean de Nesle s'y était construit un hôtel, adossé à la muraille de Philippe-Auguste. •Après lui, il passa à saint Louis, ou plutôt à sa mère, Blanche de Castille, qui y mourut, le 1er décembre 1252. « Sentant que la mort approchait, dit un chroniqueur, elle fit répandre de la paille dans sa chambre et mettre par-dessus un simple tapis. Ce fut son dernier lit. » Au siècle suivant, l'hôtel de Nesle appartient auxcomtes de Valois, puis à Jean de Luxembourg, roi de Bohême, la glorieuse victime de Crécy; on l'appela alors l'hôtel de Bohême. Il devient l'hôtel d'Orléans, — après avoir été pendant quelques années entre les mains du comte de Savoie, beau-frère de Jean de Luxembourg, — lorsque Louis d'Orléans en devient possesseur. L'hôtel se transmet ensuite aux ducs d'Orléans jusqu'.à Louis XII, qui le perdit au jeu. L'heureux gagnant était son valet de chambre, Robert de Framejelle qui s'empressa d'en battre monnaie, car il le vendit à une communauté dont les bâtiments étaient contigus, celle des Filles pénitentes. Elles le gardèrent un siècle. En 1585, Catherine de Médicis les expropria pour y faire construire un logis magnifique oii les meilleurs artistes furent employés : Salomon de Brosse, Germain Pilon, Jean Goujon, Jean Bullant. C'est ce dernier qui éleva, pour les observations astrologiques de la reine, la colonne encore existante, seul témoin aujourd'hui de toutes ces splendeurs. Au xvii^ siècle, l'hôtel appartint aux comtes de Soissons, puis à la famille de Carignan. Sous Louis XY, le prince Amédée- Victor de Savoie-Carignan y introduisit le trop célèbre Law et s'y ruina avec lui. Il dut, pour payer ses dettes, vendre le domaine à la Ville, qui l'acquit pour près de trois millions, dans le but d'y élever une halle au blé. La colonne de Jean Bullant fut respectée; un certain Petit de Bachaumont passe pour l'avoir rachetée de ses deniers et donnée ensuite à la Ville, afin de la sauver de la destruction ; mais il est désormais prouvé que le mérite ne lui en revient pas; il joua dans l'affaire le rôle de la mouche du coche.
La Halle au blé avait été construite en 4762, par l'architecte Le Camus de Mézières, et des maisons se bâtirent tout autour. Il ne faut pas être bien vieux Parisien pour se rappeler cette rotonde massive, qui avait l'aspect d'une prison cellulaire ; elle n'a disparu qu'en 1887, ou plutôt elle a été heureusement transformée en Bourse du commerce par l'adjonction dé bâtiments de style infiniment plus agréable. L'intervention d'un autre Petit de Bachaumont n'a pas été nécessaire pour que l'on ordonnât la conservation de la
colonne astrologique; elle est restée accolée à l'édifice, du côté opposé à la rue du Louvre, où elle s'offre aux méditations de ceux qui aiment à revenir en arrière. Les rues adjacentes de Viarmes, de Vannes, Vauvilliers, 0]3lin, ont gardé les noms du prévôt des marchands et des officiers municipaux sous l'administration desquels avait été construite l'ancienne Halle au blé.
L' Hôtel des Postes, situé un peu plus haut que la Bourse du commerce, dans la rue du Louvre, occupe un polygone irrégulier, limité par les rues Etienne-Marcel , Jean-Jacques-Rousseau et du Louvre. Il a été construit là, en 1887, sur une partie de son ancien emplacement et des terrains expropriés.
C'est dans ces bâtiments que sont centralisés, outre les services d'administration, tous ceux qui ont pour objet d'assurer l'expédition et la réception de ce que l'on appelle « le courrier )) : lettres, journaux, prospectus, valeurs, objets divers.
La Banque de France, rues de La Vrillière et Croix des-Petits-Champs, occupe les bâtiments d'un hôtel bâti par Mansard, pour Phelypeaux de La Vrillière, et qui appartint depuis au comte de Toulouse. Sous ce nom, il devint propriété nationale, et fut acquis moyennant deux millions par la Banque en 1808; elle s'y installa quatre ans plus tard. Il nous paraît inutile d'entrer dans le détail des opérations de crédit qui s'y font et du privilège que l'État lui accorde, d'émettre, sous certaines garanties, des billets dont la valeur, par une