FAÇADE DE L'HOPITAL BICHAT
à plâtre, et c'étoit une indication aux plâtriers qui venoient en charger des sacs sur leurs ânes, dont ils se servent pour cette expédition.
« Si l'en trouvoit une pareille anecdote dans quelque ana, on la prendroit pour une plaisanterie : on ne peut contester l'authenticité de' celle-ci. »
Quand la Révolution éclata, une circonstance fortuite contribua à faire germer dans l'esprit des Montmartrois les sentiments d'ardeur pour l'indépendance qu'ils eurent, depuis, plusieurs fois l'occasion de manifester ; pour faire gagner quelque argent aux innombrables pauvres dont la capitale ne savait comment se débarrasser, on les employa à exploiter les carrières de la butte; ils y vinrent au nombre de quinze mille ; mais ces ateliers de charité — c'était leur nom — ne donnèrent pas les bons résultats qu'on en espérait; il fallut les fermer avant trois mois, de peur de graves émeutes ; les habitants de Montmartre ne virent dans cette mesure qu'un manque d'humanité et s'en indignèrent. Peu après, ils modifièrent le nom seize fois séculaire de leur commune et l'appelèrent Mont-Marat.
Depuis 1790, les limites de l'ancienne jmroisse, devenue municipalité, avaient été restreintes au mur des fermiers généraux, c'est-à-dire aux boulevards de Glichy et de Roche chouart. Les officiers municipaux de Montmartre extra muros protestèrent véhémentement devant l'Assemblée nationale contre cette diminution de leur territoire; de leur côté, les habitants de Montmartre intra muros, c'est-à-dire d'environ les deux tiers du IX^ arrondissement actuel, réclamèrent non moins vivement contre leur annexion à Paris. Eux aussi voulaient avoir une municipalité; ils élurent même un maire et, pendant quelques semaines, il y eut une commune de (( Montmartre extra » et une autre de « Montmartre intra». Le comité de constitution imposa sa volonté ; le faubourg Montmartre rentra dans le rang parisien; seul « Montmartre hors les murs» fut admis au bénéfice de s'administrer lui-même. Il s'en acquitta fort bien durant soixante-dix ans; après quoi, la loi de 18o9 l'engloba lui aussi dans l'enceinte de Paris. A ce moment, ses limites du côté de Batignolles-Monceau étaient fixées par une ligne partant du coude du boulevard de Clichy (rue Caulaincourt), suivant l'axe du passage de Glichy, contournant les murs du cimetière Montmartre, suivant vers l'Ouest la rue Ganneron, et, vers l'Est, la rue Etex, puis l'axe de la rue des Grandes-Carrières jusqu'à l'intersection des rues Championnet et Ordener. Aujourd'hui, la limite des XVIP et XVIII« arrondissements, bien plus rudimentaire, est formée par l'axe des avenues de Clichy et de Saint-Ouen. Du côté oriental, le territoire de Montmartre était séparé de celui de La Chapelle par la rue des Poissonniers, y compris la partie méridionale de cette
DIX-HUITIEME ARRONDISSEMENT
voie que le boulevard Barbes a absorbée.
Reprenons le rapide exposé de l'histoire de Montmartre. En 1814, ses habitants se trouvaient au premier rang des défenseurs à la barrière de Glichy, s'efîorçant de repousser l'armée étrangère, qui, elle, voulait contourner la butte pour y installer ses canons. Leur patriotisme était des plus ardents. Ils le prouvèrent l'année suivante lorsque, quinze jours avant Waterloo, ils prévoyaient déjà le retour offensif de l'ennemi devant Paris, et sollicitaient du préfet l'honneur d'êtï'e encore au premier rang pour défendre Paris. Ils n'en eurent malheureusement pas l'occasion.
Quartier des Grandes - Car rières. — Hormis des carrières, il y a un peu de tout dans le quartier des Grandes- Carrières : un hippodrome, deux cimetières, dont un dominé par un pont; trois hôpitaux, dont un néerlandais, plusieurs groupes scolaires, divers établissements où les « quatre-z'arts » et la chorégraphie sont fort en honneur, des sites extrêmement pittoresques, plusieurs moulins, dont un rouge, des
points de vue superbes sur la ville et la campagne, etc. Parcourons-le avec quelque méthode.
A l'angle que le boulevard de Glichy forme brusquement un peu au-dessus de la place t:;lichy pour prendre la direction de l'Ouest à l'Est s'élève la statue de Fourier, l'économiste célèbre jadis, assez oublié aujourd'hui du grand public. Elle a été inaugurée le 4 juin 1899. Sur l'une des faces du socle, se lit l'inscription suivante :