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LA BASILIQUE DU SACRÉ-CŒUR, VUE DU MOULIN DE LA GALETTE

LA BUTTE-MONTMARTRE. — 69^ quartier : les grandes-carrières.

70« QUARTIER : CLIGNANCOURT. — 71° quartier : LA GOUTTE D'OR. — 72« quartier : LA CHAPELLE.

N se souvient de l'idée spirituellement comique de feu Rodolphe Salis, le cabaretier du « Chat Noir», réclamant la séparation de Montmartre et de l'État. Avec plus d'exactitude, il est permis de dire que, de jour en jour, Montmartre est devenu inséparable de Paris; à ce point que si, par impossible, une nouvelle loi venait défaire ce qu'a fait la loi d'annexi-on de 1859 et rendre à Montmartre son autonomie, Paris y perdrait un des jolis fleurons de sa couronne, car Montmartre fabrique en grande abondance cette denrée précieuse, bien qu'impalpable, qui s'appelle l'esprit parisien.

LeXVIII^arrondissementest formé de deux très anciennes paroisses de la banlieue parisienne, devenues communes en 1790 : Montmartre et La Chapelle. Sa superficie est de 519 hectares, alors que fe plus petit arrondissement — le IP — n'en a que 97 et que le plus grand — le XV« — en compte 721. Au dernier recensement, le chiffre de sa population était de 228,428 habitants; à cet égard, aucun autre arrondissement ne lui dispute le premier rang.

Cette population est éminemment et exclusivement laborieuse, mais de façons différentes; les artistes y sont parfois des ouvriers, comme les ouvriers y sont souvent des artistes. Ouvriers de l'art et artisans de l'industrie y fraternisent dans l'ardeur commune qu'impose le combat de la vie; c'est en chantant qu'ils le livrent : la bonne humeur est de règle à Montmartre.

Nous avions raison de dire tout à l'heure que Montmartre était indivisible de Paris; il en fut peut-être même le berceau. On a tout

lieu de croire qu'à l'époque gauloise les divinités païennes étaient honorées sur le sommet de la butte. Mont de Mercure, mont de Mars, mont des Martyrs, les trois étymologies ont été proposées et sont également acceptables. Si même on accepte la dernière — et c'est assez notre sentiment — elle n'exclurait pas les deux autres. Le lieu du supplice des apôtres du Christ, saint Denis, Rustique et Èleuthère, dut être choisi à dessein là où, précisément, s'élevait le temple d'autres dieux. D'ailleurs, diverses fouilles en ont fourni la preuve.

Donc, les Parisiens de Lutèce se rendaient à Montmartre pour y pratiquer les rites de leur religion; certains s'y fixèrent; il a été retrouvé des sépultures qui datent de l'époque mérovingienne; on est assuré qu'une église y existait au même temps, ce qui implique un groupement d'habitants déjà assez important.

C'est encore vers Montmartre que les Parisiens tournaient désespérément les yeux dans le cours de l'année 886, lorsque assiégés par les Noi^mands ils attendaient de Charles le Gros le secours qu'il leur avait promis. Un jour enfin, après de longs mois, l'empereur, accompagné d'une nombreuse armée, apparut sur le sommet de la butte. Déjà les Normands se préparaient à fuir, mais le faible monarque préféra traiter à combattre : Paris, humilié, capitula.

Il faut arriver à la première moitié du xn^ siècle pour rencontrer de nouveau Montmartre dans l'histoire. Vers Tannée 1130, deux faits décisifs s'y produisirent; la fondation de la célèbre abbaye de religieuses qui devait, jusqu'à la Révolution, posséder la seigneurie, et la reconstruction de l'église paroissiale dédiée à saint Pierre, que nous décrivons plus bas. Couronnée par ces deux édifices, éventrée çà et là par des carrières, portant, accrochés à ses flancs, de nombreux

moulins à vent, la butte commença alors à prendre l'aspect pittoresque qui réjouissait les yeux de Regnard et qu'elle avait encore, il y a moins de cent ans.

De plus en plus, Montmartre devint populaire dans les habitudes parisiennes. Gravir la colline était une excursion que le Club alpin, s'il avait existé, n'eût certes pas dédaignée, car il n'y avait pas alors d'escaliers ni de rues en lacet: l'assaut n'en était que plus amusant. Et une preuve non douteuse de cette popularité, ce sont les proverbes plus ou moins facétieux dont le lieu était l'objet :

C'est du vin de Montmartre :

Qui en boit pinte en pisse quatre.

— C'est un devin de Montmartre qui devine les fêtes quand elles sont venues.

— Je t'eavoyerai paître à Montmartre et boire au Marais.

— Il y a plus de Montmartre à Paris que de Paris à Montmartre — dicton qui, à première vue, révoltait le sens commun, mais que l'on interprétait en expliquant que Paris avait été bâti avec le plâtre des carrières de Montmartre (Sauvai, Antiquités de Paris, i. P', p. 350).

Au mois d'octobre 1779 se produisit une aventure qui égaya fort les beaux esprits de la capitale. En fouillant une carrière abandonnée de la butte, des ouvriers rencontrèrent une sorte de table de pierre portant des vestiges d'inscription. On la nettoya avec d'infinies précautions, et le grimoire suivant apparut :

Laissons parler Bachaumont : « Mais quand il a fallu rechercher dans quelle langue étaient écrits ces caractères et ce qu'ils signifioient, ils se sont inutilement cassé la tête. Ils ont consulté M. Court de Gebelin, le savant auteur du Monde primitif et l'homme le plus versé dans la connaissance des hiéroglyphes; il s'est avoué incapable dy rien comprendre.

<( Le bedeau de Montmartre, entendant parler du fait et de rembarras des académiciens, a prié qu'on lui lit voir la pierre, et sans doute instruit de son existence antérieure, il en a donné sans difficulté la solution en assemblant simplement les lettres qui forment ces mots français : Ici le chemin des ânes, il y avoit dans ce canton des carrières

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